‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébrenChapitre 33 sur 96 · LA MBR ROUGE ET LE DÉSERT · texte numérisé non relu

LA MBR ROUGE ET LE DÉSERT

défense de la partie du peuple qui ne combattrait point oa à laquelle son chef avait dicté de côtoyer simplement le rivage*.

A peine ces dispositions étaient faites que les troupes égyptiennes, dont la marche avait été plus rapide, semblèrent fermer toute retraite. A cet aspect, le grand Bombre d'hommes faibles, de vieillards, de femmes, d'enfants qui remplissaient. le camp hébreu, fut saisi d'épouvante et murmura contre son chef. « N'y avait-il pas assez de sépulcres en Egypte ; pourquoi nous amener mourir au désert? » Mais Moïse leur répondit : < ayez bon courage, vous obtiendrez bientôt votre délivrance. •

La mer Bouge, ou mer de Souph, est un golfe de rOcéan qui s'avance du midi au nord, dans une étendue de plus de quatre cents lieues, depuis le treizième degré environ de latitude boréale jusqu'au trentième. Elle ressemble à un large canal jeté entre T Arabie, au levant, TAbyssinie et l'Egypte, au couchant. Sur ses rives occidentales vivaient les anciens Troglodytes, ou habitants des cavernes. Elle se termine au nord par deux petits golfes, sujets de tout temps à de fortes marées, et que je comparerai, pour la forme, à deux doigts de la main écartés l'un de l'autre. Chez les anciens l'oriental s'appelait sinus HeropoliteSj et l'occidental, qui n'est séparé de la Méditerranée que par l'isthme de Suez, sintis JEla-

* Le mot désert est employé ici pour solittuie. Il est dit que les Hébreux campèrent dans le quartier de Pi-haheroth, entre le Higdol et la mer, vis-à-vis de Baal-Zéphon. Migdol et Baal-Zéphon, qui signifient une tour et le dieu du septentrion, ou Tidole de Zéphon, ont été pris ainsi que Pi-hariroth, pour des villes, des montagnes, des aofractuosités de la mer.

nîles, du nom de la ville d'Mlana, bâtie sur ses bords.

La position choisie par Moïse à Textrémité du golfe occidental est devenue très-difficile à déterminer, à cause des grands changements qu'une longue suite de siècles a fait subir à ces rivages ^ Le sintts Mlanites n'offre encore à son extrémité qu'une largeur d'une ou deux petites lieues. Les marées y sont d'environ deux mètres, dit l'ouvrage de la commission française en Egypte , et dans les tempêtes, lorsque le vent du sud souffle avec violence, elles s'élèvent quelquefois à trois ou quatre mètres, ce qui est plus que suffisant pour noyer une armée nombreuse *• Le général en chef de l'expédition d'Egypte revenant un jour des fontaines de Moïse, situées sur la rive orientale, voulut profiter de la marée basse, et traverser la mer Rouge à pied sec ; mais, surpris par la nuit, Bonaparte s'égara au milieu de la mer montante, et eut à peine le temps d'échapper au reflux des eaux ^.

Moïse, qui avait étudié ces parages pendant le cours de sa longue vie pastorale, fit passer le soir, sur les derrières, les feux qui jusqu'alors marchaient à la tête du peuple. C'était pour cacher aux Égyptiens, au moyen d'une vapeur épaisse, les mouvements de son camp, ou pour leur montrer, à la lueur de la flamme, une partie de ce camp immobile, tandis que l'autre exécuterait ses ordres en silence *.

Bientôt le flux commença, aidé par un vent violent, et

* Ainsi dit le texte : « La colonne partit de devant enx, et se tint derrière, et eUe vint entre le camp des Égjrptiens et le camp d'Israël ; elle était pour les uns une vapeur et une obscurité, et pour les autres elle éclairait la nuit : et l'un des camps n'approcha pas de l'autre de tout le soir. » [Exod. xiv, 20.)

Lk MER ROUGE ET LE DÉSERT. 53

les eaux, en se retirant, offrirent une disposition, qui rend raison des faits ultérieurs d'une manière plus sa* tisfaisante que l'explication d'ailleurs toute naturelle proposée par Josèphe, suivie par saint Thomas, Grotius, et plusieurs savants rabbins. D'après celle-ci, les I^aélites auraient décrit une ligne demi-circulaire dans la mer pendant le flux, et seraient revenus sur le même rivage d'où ils étaient partis ^.

Kautre explication, fondée sur la nature ded lieux, est plus simple. Nous avons dit qu'à l'endroit où elle fut traversée, la mer Rouge ressemble bien plus à un canal qu'à une mer, et qu'à son extrémité septentrionale ce canal est fermé par l'isthme de Suez. Nous avons dit aussi que le vent y favorise fréquemment des marées très-fortes. Supposons que le fond du canal, que son lit offrit un exhaussement de terrain allant d'un bord à l'autre, de même que certaines rivières profondes offrent en quelques endroits des passages guéables qui ne sont connus que par les habitants du pays et dont il serait dangereux de s'écarter. Sous l'influence du flux et du reflux, supposons aussi que cet exhaussement fût susceptible d'être tantôt pleinement couvert, tantôt à peu près découvert. Lorsqu4l viendra à se découvrir, les eaux de l'extrémité du canal formeront de toute nécessité une sorte de lac ayant d'un côté pour limites l'isthme de Suez, et de l'autre l'exhaussement servant comme de digue ou de jetée. Dans ces conditions, l'homme qui franchira cette chaussée naturelle pour passer du bord occidental au bord oriental , aura à sa gauche ou au septentrion le lac momentané dont je parle et à sa droite ou au midi la masse des eaux de la mer Rouge se retirant sur elles-mêmes et se

64 PRÉLIMINIIRËS.

séparant en réalité des autres eaux restées comme stagnantes.

Or, c'est précisément cette disposition , facile à concevoir, et dont les observations faites sur les lieux sem* blent confirmer l'exactitude*, qui se trouve exprimée à la lettre dans la partie historique du texte qu'il faut bien distinguer d'avec le chant ou la partie poétique dont je citerai tout à l'heure un fragment. • La mer se retira toute la nuit par un vent d'orient très-fort^ dit cette partie historique, et elle fut à sec et les eaux se divisèrent *^ »

Aussitôt les diverses tribus entrèrent sur le haut fond et se développèrent d'autant plus qu'il s'élargissait da-* ': jitage. Elles s'avancèrent, ayant à leur gauche les «5aux du lac, qui de ce côté les arrêtaient comme un mur, et à leur droite, les eaux de toute la mer qui, à mesure qu'elles s'éloignaient du lac, et qu'elles laissaient la chaussée naturelle ou le gué à découvert, semblaient se fendre pour leur ouvrir un passage.

Dès qu'ils eurent aperçu ce mouvement, les Égyptiens, aveuglés par la vengeance, suivirent les traces de l'ennemi, qui, parvenu sur l'autre rive, aurait pu se ranger de manière à repousser leurs efforts, et à les retenir dans le lit du golfe. Mais cette précaution ne fut pas nécessaire. L'obscurité d'une nuit orageuse et surtout la pesanteur des chariots égyptiens, dont les roues enfonçaient dans un terrain de sable, accrurent au dernier point la difficulté de leur marche. Tout à coup le bruit des eaux se fit entendre. Elles accouraient avec d'autant plus de violence que le vent les avait plus retenues, et que le golfe est en cet endroit plus resserré. Un cri : • Fuyons I le Dieu des enfants d'Israël combat con-

Page 1