CHAPITRE m
JOOtlIBirT BT GONDÀVKATIOK DB JÉSUS
Après Te^posé des lois pénales et l'administration hébraïque de la justice, je me suis engagé à faire Tap* plication de ces données au jugement le plus mémo« rable de Thistoire, celui de Jésus-Christ. J'ai dit les motifs qui me dirigent, et dans quelles conditions j'aborde ce sujet; j'ai montré qu'aucun titre chez ran-* cien peuple ne mettait à l'abri d'un décret d'accusation. Que la loi fût bonne ou mauvaise, que les formes fussent bonnes ou mauvaises, ce n'est pas ce que j'examine : qu'on doive plaindre l'aveuglement des Hébreux de n'avoir pas reconnu un Dieu dans Jésus, ou qu'on puisse s'étonner qu'un Dieu en personne qui aurait voulu se faire comprendre n'ait pas été compris, ce n'est pas non plu^ ce que j'examine. Mais dès qu'ils ne découvrirent en lui qu'un homme, qu'un citoyen, les
Juifs ie jugèrent-ils d'après la loi et les formes existantes ? voilà ma question *• C'est dans les Évangiles mêmes que je puiserai les faits, dans les Évangiles considérés comme œuvre d'ensemble ainsi que l'Église l'exige et que cela se pratique pour le Pentateuque. Je ne m'enquerrai nullement si toute cette histoire n'a pas été développée après coup, pour servir de forme à une doclrine nouvelle, ou à une ancienne doctrine qui recevait une nouvelle extension.
Jésus naquit d*une famille peu fortunée : Joseph, son père putatif, s'aperçut que sa femme' était grosse avant même qu'ils eussent été ensemble. Dans le cours ordinaire des choses, et d'après l'article 23 du chapitre xxn du Deutéronome, Marie, s'il l'eût appelée en jugement, aurait pu subir une condamnation, et Jésus, déclaré
* Tout ce chapitre existait comme note dans ma première édition de 1822. Ce fut en 1828 qu'une des célébrités de notre époque« M. Dupin aîné, aujourd'hui membre du sénat, publia une série d'articles dont la réunion forma son écrit intitulé : Jésus dbvakt Gàïphb et Pilatb, ou Réfutation d'un chapitre de M. Salvador, Après avoir rendu un compte très-bienveillant de mon livre qui touchait de divers côtés à l'histoire générale des lois, ce jurisconsulte s'était vu aUaqué violemment à mon sujet par l'organe alors le plus actif de la réaction politique et religieuse. Il en prit à son tour occasion de'réaliser un dessein exprimé depuis longues années dans son intéressante brochure sur la Libre défense des accusés.. « Je publierai quelque jour, disait-il, un examen du Procès de Jésus-Christ. » Par un sentiment facile à comprendre et malgré l'appât de la publicité, je crus devoir renvoyer ma réplique à la suite du nouveau travail dont j'étais déjà occupé : Jésus-Christ et sa doctrine^ ou la naissance de TÉg^se, Peut-être serait-il curieux de présenter à part l'ensemble de ce débat, qui, en lui-même, en raison des causes qui l'excitèrent, et par pes conséquences, avait une portée religieuse et morale beauc oup plus étendue qu'une foule de gens affectaient de ie croire ou del ? di/e. (Note de 1860.)
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illégitime, n^aurait jamais été apte à siéger dans le haut-conseil , en vertu de l'article 2 , chapitre xxm de ce même livre'. Mais Joseph qui, pour ne point déshonorer sa femme, avait pris la résolution de la renvoyer secrètement, eut bientôt un songe qui le consola*.
Après avoir été circoncis, Jésus grandit comme les autres hommes, se rendit aux fêtes solennelles, et déploya de bonne heure une sagesse et une sagacité surprenantes. Dans les assemblées du jour de repos, les Hébreux avides de la polémique incessante à laquelle donnait lieu Tinterprétation de la loi, aimaient à l'entendre. Mais bientôt il s'éleva à des travaux plus importants : il prononça des censures coutre des villes entières, Caphamaûm, Gorosaîm, Bethsaïde\ Rappelant les temps des Isaîe et des Jéiémie, ii tonna contre les chefs du peuple avec une vuliùmence dont on s'épouvanterait de nos jours*. Le peuple alors se plut à le considérer comme un prophète*; on l'entendit prêcher dans les campagnes et dans les villes sans que personne y mît obstacle; on le vit s'entourer de disciples , h l'exemple de tous les hommes savants de l'époque : quel que fût leur ressentiment, les chefs attaqués se taisaient, tant qu'il restait dans le droit hébreu.
Mais Jésus, en présentant des idées nouvelles, en donnant de nouvelles formes à des idées déjà répandues, parla de lui-même comme d'un être surnaturel, comme d'un Dieu, ou tout au moins comme ayant mission de s'élever résolument au-dessus de l'autorité de la loi. Ses disciples le répétèrent, et ta suite des événements prouve qu'une grande partie d'entre eux, sinon
tous, Tentendaient ainsi \ k cette époque et dans le pays c'était un blasphème énorme aux yeux des citoyens. On a vu que fa loi commandait de ne s*attacher qu*à Jehovah, Tuniqtiei de ne croire jamais à des dieux de chair et d'os, ayant ressemblance d'homme ou de femme; de ne pas écouter, de ne pas ép«nrgner le prophète qui, faisant des miracles, de grands miracles, annoncerait un dieu nouveau, un dieu qu'eux et leurs pères n'auraient point connu*. Jésus en effet ayant dit un jour : t Je sois descendu du ciel pour faire toutes ces choses, • les Juifs, qui jusque-là lui avaient prêté attention, murmurèrent et s'écrièrent : t N'est-ce point Jésus, fils du charpentier Joseph et de Marie? Nous connaissons son père, sa mère et ses frères ; pourquoi donc dit-il qu'il est descendu des cieux^. » Un autre jour, les Juifs irrités par la même cause prirent des pierres et le menacèrent ; Jésus leur dit : t J'ai fait devant vous de bonnes œuvres par la puissance de mon père, pour laquelle de ces œuvres voulez-vous me lapider? — Ce n'est pour aucune bonne œuvre, lui répondirent les Juifs qui dans ces quelques mots rendaient tout le conflit, mais h cause de ton blasphème ; car étant un homme **, tu te fais Dieu •. »
* L'expression fils de dieu était d'un usage ordinaire chez les Hébreux, pour marquer rhomme d'une haute sagesse, d'une haute piété. Ce n'est point dans ce sens que s'en servait Jésus-Chrtst ; elle n'aurait pas causé une si vive sensation. D'ailleurs, si on allait prétendre, pour en faire un sujet d'accusation contre ces mêmes Hébreux, que Jésus ne se proclamait pas dieu d'une manière expresse, on s'exposerait de leur part k cette réponse : Pourquoi donc le eroyeivous?
** Voilà le fait aussi nettement établi que possible ; et remarquez qu'il n'y avait eu jusque-là ni prévention ni inimitié dans l'esprit de ce peuple, puisqu'on avait écouté Jésus avec la plus grande atten*
, Son langage a'était pas toujours clair. Souvent ses disciples eux-mêmes ne le comprenaient point. Parmi 868 meximes, dont les unes offraient la plus grande douceur « il s*en présentait que les Hébreux, qui n'étaient frappés que de leur sens naturel, jugeaient cri«» minelles* < Ne pensez pas* que je sois venu apporter la paix sur la terre, je ne suis pas venu y apporter la paix, mais Tépée; je suis venu séparer Thomme d'avec son père, la fille d*avec sa mère, et la belle-fille d*avec sa belle-mère. L'homme aura pour ennemis ceux de sa propre maison : il faut quitter pour moi, père, mère, frère, sœurV • Enfin, s'il faisait des miracles devant certaines troupes du peuple, ses réponses aux questions des docteurs étaient en général évasives*\
Sous le rapport politique, il occasionnait des disseii siens**, et cela précisément dans un temps où la do* mination étrangère et la résistance du pays à s'y conformer créaient aux chefs religieux et nationaux des difficultés incalculables. Un grand nombre de gens de mauvaise vie qu'il avait l'intention de ramener au bien, mais qui inspiraient des craintes au conseil, se rangeaient autour de lui *' ; ses discours les flattaient d'autant plus qu'il prononçait des anathèmes contre les riches. « Sachez, leur criait-il, qu'il est plus aisé à un chameau de passer par le trou d'une aiguille, qu'à un riche d'entrer dans le royaume des cieux*'. i En cet état de choses, le conseil délibéra ; les uns furent d'avis de le regarder comme un insensé'^.
Uon, puisqu'on n*ayait pas mis la moindre hésitation à reconnaître en lui tout ce que le droit public permettait d*y reconnaître, c'est-àdire un prophète, un homme saintement inspiré.
les autres dirent qu*il cherchait à séduire le peuple *^ Pour rintelligence de la situation on doit se rappeler, en effet, que chaque jour le conseil avait à lutter contre de prétendus libérateurs ou Christs, qui entraînaient le peuple dans les solitudes, lui faisaient de brillantes promesses et occasionnaient des désastres. Gaîphe, le grand sacrificateur, que sa dignité même obligeait à défendre la lettre de la loi, exprima Tavis que ces dissensions seraient pour les RSmains une raison d*accâbler la Judée, et que l'intérêt de la nation devait remporter sur un homme : il fit décider Taccusa* tion**. Uordre fut donné de saisir le prophète délinquant. Mais arrêtons-nous sur un fait de la plus haute importance. Le sénat hébreu ne commença point par s'emparer de Jésus, comme cela se pratiquerait de nos jours ; il commença par rendre après débats un jugement pour qu'il fût saisi *\ Ce jugement est public ; il est connu de tous. Rien n'empêche Jésus de J s'éloigner : sa liberté dépend en entier de lui-même*.
* Mais, dit on, Jésus ne voulait pas s'éloigner ; il avait depuis longtemps annoncé sa mort comme devant accomplir les prophéties ; soit. Mais alors ce sont les prophéties qui Tont fait mourir et nullement les Hébreux ; car si les Hébreux eussent été plus forts qu^elIes, et ne l'eussent pas condamné, les prophéties se seraient trouvées fausses; et si elles s'étaient trouvées fausses, Jésus n'aurait pas été Dieu... Ainsi, en suivant les conséquences du système chrétien, on aurait eu de bien plus grandes plaintes à faire contre les Juifs, si par la non-condamnation de Jésus ils avaient fait manquer toutes les choses annoncées. Avouons donc qu'on les a placés dans une singulière position I Condamnaient -ils! ils tuaient Dieu, ils étaient déicides. Ne condamnaient-ils pas 1 ils étaient bien plus déicides encore, puisqu'en mettant en défaut les paroles de Jésus-Christ et la vérité des prophéties telles que le christianisme les entend, ils tuaient bien plus directement encore sa divinité absolue.
Ce n*est pas tout, ce jugement de prise de corps a été précédé par un autre jugement d'admonition. Un jour, Jésus étant entré dans le temple, y prit une autorité contraire au droit commun, puis il prêcha le peuple et 8*écria : c Que ceux qui auraient foi en lui pour* raient tout faire ; que lors même qu'ils diraient à une montagne : c Ote-toi de là et jette-toi dans la mer, elle s'y conformerait. > Alors les princes des sacerdotes et les sénateurs allèrent le trouv-er, et lui dirent : c De quelle autorité fais-tu tout cela ; qui t'a donné ce pouvoir*'? i
Cependant un perfide découvrit le lieu ou s'était retiré le prévenu; les gardes autorisés par le grand pontife et par les anciens y accoururent *. Un de ses disciples, se mettant en révolte ouverte, abattit d'un coup de sabre l'oreille de l'un d'eux, et s'attira le blâme de son maître *^ Dès que Jésus fut arrêté, l'enthousiasme des apôtres s'éteignit : tous l'abandonnèrent^®. On le conduisit devant le grand -conseil où les sacerdotes soutinrent l'accusation. Les témoins déposèrent, et ils purent être nombreux, puisque les faits qu'on lui reprochait s'étaient passés en présence de tout le peuple**. Les deux témoins que saint Mathieu et saint Marc accusent de. fausseté, rapportent un discours que saint Jean déclare fidèle, sous le rapport de
* On se souvient que le sénat tenait ses séances sous un des portiques du temple. Ici le chef d'accusation était à la fois religieux et politique. Dans ce temps-là le pontife présidait le sénat, de sorte que les gardes du grand-prêtre, des anciens et du temple, n'étaient autres que la milice légale.
** Voyez plus haut page 338, en fait de témoignage, l'éclaircissement fourni par saint Mathieu sur la jurisprudence du temps.
la puissance que Jésus s'attribue ^\ Enfin le grand pontife s'adressa à l'accusé, et lui dit : ■ Est-il vrai que tu sois Christ, que tu sois fils de Dieu? — Je le suis, répondit Jésus ; vous me verrez dans la suite à la droite de la majesté de Dieu, qui viendra sur les nuée? du ciel, i A ces mots, Caîphe déchira ses vêtements en signe de désolation : « Vous l'avez entendu. » On délibéra. La question déjà soulevée parmi le peuple était celle-ci : Jésus s'esUil fait Dieu*?Nereuverse-t-il pas le principe absolu de la loi et son autorité reconnue? Or sous l'influence de ses convictions et des difficultéa croissantes de la situation réelle, le sénat déclara que Jésus, fils de Joseph, né à Bethléem, avait profané le nom de Dieu en l'usurpant pour lui-même, simple citoyen. Il en résulta l'application de la loi chapitre ziu du Deutéronome et chapitre xviii, d'après lesquels tout prophète, même celui qui fait des miracles, doit être puni quand il parle d'un Dieu inconnu aux Hébreux et à • leurs pères, d'un Dieu à figure humaine, comme les dieux des populations voisines ou lointaines, -d'une extrémité de la terre à l'autre extrémité ^^ La peine capitale fut prononcée. Quant aux mauvais traitements qui auraient suivi la sentence, ils sont contraires à l'esprit de la loi hébraïque-; et il n'est pas dans l'ordre de la nature qu'un sénat composé des hommes les plus respectables d'une nation; qu'un sénat qui se trompe, peut-être, mais qui pense agir légalement, ait permis
* Je répète que Texpression fils de dieu entraînait ici l'Idée de Dieu même; le fait est déjà établi, et tontes les circonstances postérieures le prouirent. Notez de plus que je ne cite que les chroniques d'une des parties de ce grand procès.
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de pareils outragdâ envers celui dant il tenait la vie entre ses mains. Les écrivains qui nous ont transmis cefi détails, ayant abandonné leur maître au jour du débat, ont été disposés ensuite à charger le tableau, soit à cause de leurs affections personnelles, soit pour jeter sur les juges un excès de défaveur comme cela arrive en tous pays aux sectes naissantes et militantes. Un fait certain, c'est que le conseil se rassembla de n ouveau dans la matinée du lendemain ou du surlendemain ^', comme la jurisprudence Texigeait, pour confirmer la sentence ou Tannuler : elle fut confirmée. On fit conduire Jésus devant Pilate, le procurateur que Rome avait imposé aux Hébreux. Ceux-ci avaient conservé la faculté de juger selon leurs lois, mais dans les mains du procurateur seul résidait le pouvoir exécutif. Tout coupable ne pouvait périr que par son consentement, afin que le conseil hébreu, soumis en apparence au vainqueur, ne fût pas en état d'atteindre indirectement les hommes vendus à l'étranger, vendus à Rome \ Le Romain Pilate signa F arrêt. Les bras chargés de Texécuter furent ses propres soldats, mélange impur de diverses nations, entre lesquels
* Les fonctions de Pilate, dans ces occasions, consistaient à s'informer en quoi les sentences toucLaient ou ne touchaient pasàTintérêt de Rome : là finissait son rôle. Aussi n'y a-t-il pas lieu de s'étonner que ce procurateur, fort peu au courant sans doute des lois judaïques, n'ait pas reconnu personnellement que Jésus fût coupable, et cependant ait signé l'arrêt. On verra plus tard qu'il y avait plusieurs partis chez les Juifs, parmi lesquels les hérodiens ou les partisans de la maison d'Hérode, dévoués à l'étranger; ceux qui parlaient toujours de César, de rendre à César, tandis que la masse de la nation, an contraire, et au risque d'y périr, se proposait de reprendre ce que César avait injustement usurpé.
on distinguait particuUèrenient des Thraces et des Gaulois. Ils s'étaient déjà tous habitués à tourner en moquerie ce qui regardait la religion et la nation juive. J'ai laissé & l'écart l'intention préconçue de coDcentrer sur Jésus toutes les formes et images douloureuses, exprimées dans la poésie des prophètes. A s'en tenir à l'historique de l'événement, ce furent les soldats de Filate qui amenèrent Jésus au prétoire, qui le dépouillèrent devant la cohorte, qui lui mirent sur la tête une couronne d'épines et un roseau à la main, qtd lui firent subir enfin un supplice tout romain et dont la jurisprudence hébraïque n'avait pas transmis l'usage **. Mais avant l'exécution, le gouverneur avait accordé au condamné l'appel au peuple, qui, respectant le jugement de son conseil, ne voulut point faire grâce, et motiva son refus en ces termes : ■ Nous avons une loi; d'api'ùs cette lui, il doit mourir, car il s'est fait fils de Dieu ", l'égal de l'Éternel lui-même. » Alors Pilait; hissA le chuix de sauver Jésus, ou un prisonnier éminciit qui portftit aussi ce nom de Jésus et était fils d'Abbas ou de l'abbé (Bar- Abbas) , tout comme Simon- Pierre était fils de Jonas- ou Bar-Jone. On l'accusait de révolte à main armée contre les dominateurs et par suite de meurtre. Le peuple, déjà impatient de secouer le joug étranger et de tenter une guerre décisive, se déclara pour ce dernier Jésus, en disant que l'autre jetait dans la nation des semences nouvelles de discorde *.
' Le renvoi que, selon l'Ëv&ngile de sûnt Luc, Pilale aurait f&it de JéiuB devani Uérade, n'est pu répété par les autres Ërangiles, et ne change rien à la question judiciaire. Hé rode- An ti pas, té(rarque
Le fils de Marie expira , du moins en apparence ; car sans toucher à d'autres détails, on sait que les apôtres ne participèrent en rien à sa descente de croix et à son ensevelissement. Plusieurs des sacrificateurs et des membres du conseil durient se rendre au lieu du supplice. Gomme la sentence avait reposé sur ce fait, qu'il était tombé dans le cas du prophète réfractaire, et qu'il s'était illégalement arrogé le titre de fils de Dieu, Dieu lui-même, les évangélistes déclarent qu'on l'interpella ainsi : < Tu veux sauver les autres, et ne peux te sauver. Situes réellement roi d'Israël, descends au milieu de nous, et nous croirons en toi ; puisque tu as dit : je suis le fils de Dieu, que Dieu qui t'aime vienne en ce moment à ton aide ^. • A la vérité, d'après le sentiment évangélique, ces paroles n'étaient qu'une raillerie. Mais la nature des personnes qui les prononçaient, leur dignité, leur âge, leurs opinions et superstitions connues, l'ordre qu'elles avaient suivi dans le jugement et surtout les formes obligatoires de la jurisprudence hébraïque, bien antérieure à l'apparition de Jésus-Christ, militent en faveur de leur bonne foi. Un miracle à cette heure même n'eût-il pas été décisif?
de la Galilée et de la Pérée, n'avait aucun pouvoir dans Jérusaleno. A- son passage dans cette ville, Pilate, suivant saint Luc, aurait par déférence fait comparaître Jésus devant cet allié des Romains, à cause que Jésus était un habitant de la Galilée. Mais à quelque tribu que le fils de Marie eût appartenu, soit de Nephtali, soit de Juda, la nature de l'accusation aurait toujours exigé, d'après le droit hébreu, qu'il fût jugé par le conseil de Jérusalem.