‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébrenChapitre 62 sur 96 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Un jour les peuples se réuniront et dtroot : < Ne dirigeons plus les armes les uns c<Mitro » les autres ; transformons en boyaux et en » serpes le fer de nos lances et de nos épées;

> ne nous combattons plus. >

ISAlB, II, 4; MlCBil, IT, 3.

Si Ton jette les yeux sur le pays où s'élevait l'ancienne Babylone, on s'aperçoit que la position de cette cité la destinait au grand rôle qu'elle a obtenu. Â chaque époque on pourrait tracer, en quelque sorte, un cercle plus ou moins considérable qui représen* terait la sphère d'activité des principales nations et où l'on découvrirait an point disposé à devenir centre. Soit que les conquérants anciens marchassent de l'Orient à l'Occident, comme les rois d'Assyrie et de Perse, soit qu'ils se dirigeassent dans un sens contraire, comme Alexandre, leurs prétentions sur la domination de l'Asie occidentale devaient prendre pour appui Babylone*. Vai-

Quand la mort surprit Alexandre, on sait qu'il ayait le dessein de faire de Babylone la capitale de sa vaste monarchie ; mais déjà le monde politique s'était très-étendu du côté de l'Occident, et le principal centre se déplaçait. Dans le partage des conquêtes de ce grand homme, les Séleuaides obtinrent Babylone; ils l'alwindonnèrent bientôt pour porter leur capitale sur les bords de la Méditerranée, à Antioche. Ce fut peut-être une faute de leur part ; ellftindique toutefois le mouTement général.

' RAPPORTS AVEC LÉTRAMGËR. 395

neinent un Sésostris sortit de l'Egypte et soumit des peuples lointains : sa puissance ne fut que passa* gère. UÉgypte touchait à la circonférence bien plus qu*au centre du monde politique ou alors civilisé, et cette condition n* était point la plus favorable à raffermissement de son empire *.

Situées, Tune sur TEuphrate, Tautre sur le Tigre, fleuves qui vont se jeter ensemble dans TOcéan Persique, Babylone et Ninive inspiraient continuellement à leurs possesseurs le désir de s'étendre jusqu'à la Médi* terranée, afin de profiter du commerce^ des deui mers. C'était aussi la pensée de TÉgypte, qui voulait faire communiquer directement ces deux mers au moyen d*un canal parti de la mer Rouge. Mais de la part des uns et des autres, avant Texécution de tout projet organisateur, de grands efforts militaires étaient exigés pour s'emparer des pays situés entre TEuphrate, la Méditer-* ranée et l'Océan, ou adjacents à leurs rives, et pour les tenir sous l'obéissance.

Telle est, indépendamment des causes secondes, la cause politique essentielle des mouvements opérés jadis par les populations de l'Asie occidentale, la cause de la lutte entre TÉgypte et les Orientaux, et des invasions auxquelles il nous importera si fort de reconnaître que la Syrie et surtout la Palestine furent presque fatalement assujetties.

Que fit le législateur hébreu pour préserver des vicissitudes de la guerre son petit peuple dont rétablissement allait se réaliser sur les rivages mêmes de la Médi-

* Carthage eut aussi ce désavantage d'être moins centrale que Rome dans le cercle de la civilisation contemporaine.

terranée orientale? Quelles lois étaient^ assez fortes pour empêcher que les circonstances extérieures ne vinssent ajouter un poids redoutable aux dispositions intérieures quMl avait déjà à combattre? Ou bien Moïse devait prendre l'initiative et devenir conquérant, comme plus tard Mahomet ; ou bien il lui appartenait de conibiner les institutions de manière à former un ensemble compact qui, forcé de subir une foule de chocs différents, saurait néanmoins y résister. L'état des tribus placées sous sa conduite et le but qui préoccupait son intelligence le déterminèrent pour ce dernier parti ; de sorte que, sans sortir de l'exactitude historique, on est en droit de lui prêter ce langage : < Je veux créer un peuple durable qui, loin d'être anéanti par les armes des nations et leurs violences, agisse puissamment sur l'existence de ces nations par son seul principe. De même que je construis au milieu de ce peuple une arche pré-' cieuse où je dépose mes déclarations sacrées , de même je le constituerai comme une espèce d'arche, comme un vaisseau. Je me servirai du bois le plus dur, j'en resserrerai les joints ; les vents et les tempêtes pourront l'agiter, le réduire au plus triste état, mais ils ne l'engloutiront jamais, et il survivra, pour porter jusqu'à leur destination les richesses intellectuelles et morales qui lui auront été confiées. >

Trois conditions sont indispensables à l'existence complète d'un peuple : des hommes, des lois et un sol. Des tilbus errantes ne forment que les éléments d'une nation. Les Hébreux ne méritèrent donc le nom de peuple, dans toute son étendue, qu'après leur établissement : c'est à dater de cette époque que la nature de leurs rapports sociaux avec les autres nations doit être jugée.

Si je m'astreignais à indiquer Tesprit de la législation mosaïque, je pourrais éviter de parier de la conquête accomplie sur les Cananéens. Les ordres qui la prescrivent nasont pas une partie intégrante de cette législation. Quel homme, pour apprécier les lois et la morale des peuples modernes, s'aviserait de leur demander leurs titres primitifs de propriété sur la terre qu'ils habitent, ou leur tiendrait compte de la conduite des peuplades dont ils ont tiré leur origine? Mais, comme histoire, c'estjpar l'établissement local et nécessaire des Hébreux que je dois commencer.

Âpres le fait de la conquête, la question des étrangers considérés comme nations comprendra ^on-seuloT ment les principes que la loi dictait à leur égard, mais aussi les renseignements ultérieurs qui éclairent les deux points suivants : d'un côté les formes officielles usitées chez les Hébreux dans leurs rapports avec les autres populations, leur manière de décider de la paix et de la guerre; d'un autre côté, l'influence exercée sur leurs destinées et sur le langage des prophètes les plus véhéinents par la politique et les efforts guerriers des nations circonvoisines ou lointaines. ^

Enfin la question des nations étrangères amène celle des étrangers considérés comme individus, ou les préceptes et les lois qui font éclater en leur faveur les sentiments d'une libre bienveillance et d'une fraternité réelle

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