‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébrenChapitre 67 sur 96 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES CHBF8 SUPRfiMBS OU JU6B8.

Dans ce livre, comme dans «toutes les autres parties de mon exposé, on sait que les développements historiques n'ont pas seulement pour objet de confirmer le principe des institutions, ni de rétablir une foule de faits ignorés en général ou dénaturés. J*ai à y montrer aussi à quel point le commencements et la fin du peuple hébreu, en qualité de nation, concourent à s'éclairer, à s'expliquer l'un par l'autre.

La succession des Juges, depuis Moïse jusqu^au roi Saûl, fut de quinze individus dans une période d'environ quatre cents ans. C'est Tintervalle qui, des Sésostris en Egypte et des premières colonies de la Grèce, aboutit à l'an 1100 avant J.-C, c'est à dire aux jours des troubles suscités par les familles de Pélops, deux cents ans avant Lycurgue, plus de quatre cents avant Rome.

ff Sous le nom de Juges, dit Josèphe, les Hébreux donnaient une autorité suprême au citoyen le plus distingué par son courage et ses talents militaires '• » Souvent il présidait le conseil de la nation, toujours il commandait l'armée. A sa voix, tous les citoyens étaient tenus de se rendre dans un lieu désigné, pour y prendre des déterminations générales. Mais hors de ses fonc-

lions, il n'avait d'autre marque distinctîve que le respect inspiré par sa (lignite et sa personne.

Ne perdons pas de vue les deux situations oii se trouva r ancien peuple. Avant la conquête, il ne formait qu'un corps d'armée, qui demandait à être dirigé par un chef permanent revêtu d'une sorte de dictature. Mais après l'établissement des tribus, le juge n'exécutait rien, si ce n'est à la guerre, que de l'autorité expresse du conseil. Tous les écrivains qui en ont parlé tombent d'accord sur ce point. < Les juge»n'avaient pas la puissance souveraine, dit un des plus modernes, M. Pastoret, ils ne ressemblaient pas aux chefs des autres nations; ils ne portaient pas le diadème; ils n'étai€nt pas entourés de satellites nombreux ; on ne levait pour eux aucun tri* but...... Ce n'est que lorsqu'il fallait combattre qu'on

leur laissait toute l'autorité ^, » jusqu'au droit de vie et de mort *.

Cette espèce de consulat à vie pouvait rester vacant pendant un temps plus ou moins long. Soumis à la loi, il était accompagné d'ui^e popularité qui ne se démentit jamais. Aucun des juges n'abusa ostensiblement de son pouvoir, et, sous leur gouvernement, le peuple hébreu jouit de périodes de repos dont on ne voit pas beaucoup d'exemples chez la plupart des autres peuples. Pourquoi renonça-t-il à cette forme? On en verra plus tard la cause : le repentir suivit de près, et dans les siècles postérieurs, la promesse de rétablir les juges comme ils étaient la première fois et les conseillers tels qu'au com-

* Le gouvernement de Carthage était anssî entre les mains d'un sénat et de deux juges ou su/fites à yie ; en même temps le peuple nommait ses magistrats et participait aux fonctions législatives.

mencement, ne cessa d'être présentée, au nom de Jébovah, comme un de ses bienfaits pour Favenir'.

Moïse est le premier juge. H proposa pour son successeur Josué, fils de Nun, de la tribu d'Éphraîm, qui n'était ni son parent ni son allié, mais qu'il avait reconnu doué des talents nécessaires pour raccomplissement de Tentreprise. L'élévation du nouveau magistrat fut consacrée par une triple sanction, celle du grand-conseil, celle du grand-pontife, et la sanction du peuple qui, à l'heure où il prit le commandement, lui dit : c Nous consentons à t' obéir, sous condition que tu obéiras toi-même à la loi et que tu suivras la route tracée par Moïse \»

Si Josué n'avait pour lui que le passage à pied sec du Jourdain , les murailles de Jéricho et le prétendu soleil arrêté, de quel intérêt serait son histoire 7 Mais il fut vaillant à la guerre, il conquit la majeure partie de la terre promise, il en traça le partage, il fit renouveler par le peuple sa libre sanction aux lois fondamentales, et, sous ce rapport, on ne sera pas étonné de la vénération qui lui a été accordée. Pourquoi ne.désigna-t-il pas son successeur? il aurait empêché peut-être les tribus de tomber dans la faute com mise par les Cana néens, celle de ne pas se défendre en commun, et leur aurait fait éviter le joug étranger.

Le troisième juge fut Othoniel, de la tribu de Juda, qui se délivra d'un roi de Mésopotamie^ et qui procura au pays, pendant les quarante années de sa judicature, la plus parfaite paix.' De son temps, vers la fin du xv* siè-

* U Mésopotamie, entre TEuphrate et le Tigre, bom ée au nord par rArméoie, au midi par iaBabylonie, pays de p&turages, séjour de tribus nomades .

de avant notre ère, les Pélopides arrivèrent de TAsie Mineure à Argos, et donnèrent leur nom au Péloponèse : Minos régnait dans la. Crète *.

Le quatrième juge, Ehud ou Âod, de la race Benjamite, avait présenté d'une main au roi de Moab le tribut auquel les Hébreux étaient assujettis depuis dix-huit ans, et de l'autre Tavait percé de son épée. A la tête des guerriers d'Éphralm^ il chassa Tennemi du territoire, et quatre-vingts ans de repos furehtle fruit de ses exploits^

Samgar, le cinquième juge, remporta des avantages signalés sur les Philistins; mais à sa mort, un roi de Canaan triompha des Israélites, qui élevèrent à la judicature une femme d'une capacité et d'une vaillance peu communes dont le nom signifie abeille, l'illustre et poétique Débora. Assise à l'ombre d'un palmier sur la montagne d'Éphraîm, entourée des anciens et des chefs des tribus, cette épouse de Lapidoth leur donnait les plus sages conseils. Bientôt sa voix les appela aux armes, et leur traça le plan de campagne à suivre contre Siséra, chef de l'armée ennemie, qui depuis vingt ans tyrannisait le pays, et qui y trouvait des soutiens contre lesquels débordaient toutes les haines nationales. De ce nombre était Heber-Ie-Renite, descendant du beau-frère de Moïse Hobab*. Sa femme Jahel au contraire gémissait

* Vers le commencement de ce xy« siècle, la colonie de Danaûs avait aussi passé de TÉgypte à Argos, et quelque temps avant Danaûs, Cadmus avait conduit les Phéniciens dans la Béotie, et jeté les fondements de Tbèbes. Déjà la lutte entre les Pélasges et les HeU iônes, races différentes, quoique arrivées également de l'Asie, s'était terminée à l'avantage de ces derniers qui donnèrent leur nom à la Grèce. Les Pélasges, poussés vers TOccident, peuplèrent une partie de ritalie, qui prit, ensuite le nom de Grande-Grèce. La dix-neuvième dynastie régnait en Egypte.

de rabaissement d'Israël, détestait l'oppresseur et aspirait de tout cœur à la délivrance. Or un jour Débora dit à Barac, fils d'Abinoam : < De par l'Eternel rassemble une troupe armée en la montagne du Thabor; prends dix mille hommes des enfants de Nephtali et des enfants de Zabulon. Siséra, chef de l'armée de Jadin, sera attiré vers le torrent de Kison, avec ses chariots et sa multitude ; tu le tailleras en pièces. — J'irai, répondit Barac ; seulement à cette condition que tu seras avec nous. — Tu le veux, j'y consens ; mais l'honneur de l'affaire ne rejaillira pas sur toi, il appartiendra à une femme \ »

En effet Débora resta victorieuse et chanta sa victoire. D'après les uns, son cantique fut le fruit immédiat de ses inspirations, tandis que d'autres s'attachent à l'en dépouiller et attribuent à quelque poète ultérieur do l'avoir écrit ou arrangé. Quoi qu'il en soit, on rencontrerait difficilement un chant de guerre aussi antique et aussi brillant que ce tableau de la défaite de Siséra par une femme et de sa mort par Jahel, une autre femme.

t Israël est vengé; le peuple s'est porté de bon cœur au combat. Bénissez l'Eternel ! Rois, écoutez ; prindfes, soyez attentifs ! Je chanterai Jéhovah, je psalmodierai en l'honneur du Dieu d'Israël. 0 Tout-Puissant ! quand tu sortis du Séhir, quand tu passas u travers le territoire d'Édom, la terre fut ébranlée, lea cieux se fondirent en eaux, les montagnes s'écroulèrent, et le Sinaï trembla en ta présence. » Aux jours de Samgar, fils de Hanath, et aux jours de Jahel, les grandes routes n'étaient plus battues et ceux qui les fréquentent prenaient des chemins détournés. Dans la crainte de l'ennemi, les villes privées

de murailles restaient sans habitants, jusqa^à ce que je me sois levée, moi Débora, moi-même, pour être la mère d'Israël. A peine ce peuple avait-il choisi des dieux nouveaux, que la guerre et la servitude étaient à ses portes, qu'on ne voyait plus ni bouclier, ni lanoe, parmi quarante mille d'Israël 1 Mon cœur est aux législateurs du peuple qui ont montré de la bonne volonté. Bénissez T Étemel. Vous qui montez sur des ftnesses blanches, qui voua asseyez sur le siège de la judicature, et vous qui allez

» par les chemins, parlez.

1 La voix des archers ne résonne plus aux lieux où

9 Ton puise de Feau. Qu'on s'y entretienne désormais

V des justices de TËternel, qu'on s'entretienne de ses

9 justices dans les villes sans murailles : le peuple de

» Dieu descendra aux portes.

• Courage I courage, Débora, courage I Chante le

» Cantique. Lève-toi, Barac, filsd'Abinoam, et amène

» les prisonniers que tu as faits I

» Nous sommes devenus les maîtres de ceux qui avaient de la renommée ; T Éternel nous a élevés audessus des plus forts. Éphraïm a commencé à lutter contre Amalec ; Benjamin est celle des tribuS qui a marché ensuite ; de Makir, sont descendus les législateurs ; de Zabulon, ceux qui tiennent le stylet du scribe. Les principaux d'Issachar étaient avec Débora et avec Barac ; Issachar lui-môme a été envoyé dans la vallée. Mais Ruben n'a pas quitté les barres des étables où l'on entend les cris des troupeaux ; il y a eu chez lui de grandes divisions et de grandes hésitations de cœur. Galaad est resté au delà du Jourdain^ Dan sur les navires, Aser aux ports de mer et

dans les anfractuosités du rivage ; mais Zabulon a exposé son âme à la mort, et Nephtali s'est déployé sur les hauteurs des campagnes.

» Les rois de Canaan ont livré bataille près- des eaux du Méguiddo ; leur ardeur pour l'argent et le butin n'a pas été satisfaite. On a combattu des cieux, les étoiles mêmes ont combattu contre Siséra : le torrent de Kison a emporté leurs cadavres. O torrent de Kison 1 ô torrent de Kidoumim ! mon âme a foulé aux pieds la force. Dans la rapidité de leur fuite, la corne des pieds de leurs chevaux s'est brisée. » Maudissez Méroz, a dit l'envoyé de l'Eternel, mnu» dissez ses habitants qui ne nous ont pas porté du secours. Bénissez au contraire Jahel, femme de Héber le Kénite (lequel, comme eux , a pactisé avec l'adversaire) ** Mettez-la au-dessus de toutes les femmes qui se tiennent dans les tentes. Siséra a demandé de l'eau ; elle lui a donné du lait, elle lui a offert de la crème dans la coupe des riches.... Mais bientôt saisissant un clou de la main gauche et le marteau des ouvriers de la droite, elle a frappé Siséra et lui a ouvert la tempe. 11 s'est courbé, il est tombé entre ses pieds, il a été étendu mort.

» La mère de Siséra regardait par la fenêtre, et s'é-

* La note marquée du chiffre 6 à la fin du volume et correspondant au nom d'Heber le Cénien ou le Kpnite prononcé plus haut, démontre cette pactisation de l'époux de Jahel, Tidentité de sa conduite avec celle des habitants de Meroz, et ses relations personnelles avec le chef oppresseur, que j'ai cru nécessaire de rappc - 1er à l'aide des quelques mots jetés entre parenthèses. Par là se trouve expliquée l'exaltation du poëte en faveur de la femme qui était loin d'avoir partagé les sentiments anti-nationaux de son mari.

9 criait à travers les treillis : Pourquoi soû char tarde- 9 t-iltantà venir? Pourquoi ses chariots vont-ils si ten-

• tement? Et les plus sages de ses femmes lui faisaient 1 cette réponse, qu'elle s'adressait aussi à elle-même : » C'est qu'ils ont trouvé du butin ;• c'est qu'ils le par- 1 tagent : une jeune fille, deux jeunes filles pour chacun ; 1 des vêtements de couleur pour Siséra, des vêtements 9 de couleur, brodés des deux côtés, et des ornements » pour le cou !..

> Qu'ainsi périssent, 6 Éternel, tes ennemis ; et que

• ceux qui t'aiment soient comme le soleil qui se lève t dans sa force. »

Or le pays fut en paix pendant quarante ans. Ensuite Gédéon vainquit les Madianites, les Amalécites, et une troupe considérable d'Arabes, qui depuis sept ans ravageaient la contrée. La ruse de guerre, à laquelle il dut son succès, est trop inséparable de son nom pour ne pas la redire : Pendant la nuit, ce juge donna à trois cents hommes d'élite, des trompettes et des flambeaux cachés dans des vases de terre. Cent hommes sous ses ordres se dirigèrent en silence vers un des côtés du camp des Madianites et de leurs nombreux auxiliaires. Quand ils furent tout près des tentes et qu'ils eurent trompé la surveillance des sentinelles, les flambeaux se découvrirent, . les trompettes sonnèrent avec fracas; de grands cris, Foici Cépée de l* Eternel et Fépée de Gédéon, firent retentir les montagnes. L'ennemi arraché au sommeil se porta en désordre sur le point attaqué. Tout à coup, vers l'autre extrémité du camp, le même fracas se répéta; puis dans une autre direction. Ces trompettes, ces cris, ces feux, ces épées flamboyantes, toute cette apparence d'une armée formidable, jetèrent Té-

pouvante dans le cœur de Tétranger. Il prit la fuite ; les troupes de Nephtali, d'Aser, de Manassé, complétèrent sa déroute , et les hommes d'Éphraïm, avertis par un courrier de Gédéon, fermèrent les passages du Jourdain.

Dans l'excès de leur reconnaissance, ses concitoyens lui offrirent la couronne héréditaire. « Ni moi, ni mes fils, s'écria ce juge, ne devons dominer sur vous. Que Jéhovah, que la loi seule reste votre maître '• » Mais un de ses fils, né d'une courtisane, Abimélec, fut plus ambitieux. A la tête de quelques gens soldés, il entretint des intelligences avec les principaux de Sichem, et leur proposa cette question : S'ils ne trouveraient pas meilleur d'être gouvernés par un seul homme que par soixante-dix? Bientôt Abimélec s'empara de leur ville, fit mourir sa propre famille, tous ceux qui mettaient obstacle à ses desseins, et fut reconnu roi.. C'est alors que Jotham, .un de ses propres frères échappé au massacre, récita aux Sichémites du haut de la montagne de Guérisim l'apologue politique suivant, un des plus anciens que l'on connaisse :

« Un jour les arbres ayant résolu de se donner un roi, allèrent en toute diligence vers l'olivier et lui dirent : « Règne sur nous. • Mais l'olivier répondit : « Suis-je privé de mon huile agréable à Dieu et aux hommes, et irai-je m'agiter pour la royauté? » Ils firent la même proposition au figuier : « Règne sur nous ; « mais le figuier préféra produire son fruit doux et savoureux. La vigne mit au-dessus de tout l'avantage de fournir le vin dont Dieu se réjouit ainsi que le cœur de l'homme. Enfin, les arbres s'adressèrent au buisson épineux : • Viens, et règne sur nous. » J'accepte, dit-il, mais puisque vous voulez que je sois votre roi, accourez et retirez- vous

80US mon ombre : sinon que la flamme sorte du boisson épineux et dévore les cèdres du Liban *. •

En effet, la discorde éclata bientôt entre les Sicbémites et le roi; on s'insurgea. Abimélec détruisit la ville, incendia le fort où s'étaient retirés ses adversaires. Mais au siège de Tébès, une grosse pierre lancée par une femme, du haut d'une tour où il allait mettre le feu, le frappa à la tête. A peine eut-il le temps de donner Tordre à son écuyer de le percer de son épée, afin de ne pas laisser dire que c'était de la main d'une femme qu'il avait reçu la mort*®.

Les autres Juges furent successivement : Tola, vers la fin du XIII' siècle avant Jésus-Christ, époque à laquelle correspondent la fondation de l'empire des Assyriens, parNinus, fils de Bel, l'expédition des Argonautes dans la Golchide, et la guerre des sept chefs contre Thèbes, terminée par leurs fils, les Épigones ; Jaïr, de la tribu de Manassé; Jephté, contemporain de la guerre de Troie qui finit vers 1200, et qui, ayant donné lieu à une foule de petits États de se réunir, fit de la Grèce un ensemble politique vivant. Ce juge fut témoin des plus sanglantes discordes entre -les enfants de Galaad et les hommes d'Éphraïm. Ceux-ci reprochèrent aux Galaadites d'avoir traversé leur pays pour aller faire la guerre au roi d'Ammon, sans leur demander ni leur participation, ni leur consentement. Ils perdirent la bataille; et les vainqueurs, s' étant emparés des passages du Jourdain, forcèrent les fugitifs à répéter le mot chibolet * (un

* Ce mot signifie plutôt le bruit que font les épis agités par le vent; c'est pourquoi le livre de Job s'en sert pour épi (xxiv, ^), el les psaumes pour ruisseaux, à cause de leur murmure (lxix, 3, 16). D'autres l'ont traduit par ornement du cou.

épi), avec lequel ils distinguaient les Éphralnoites qui ne savaient le prononcer autrement que sibolet. Là dessus et sans pitié on leur donnait la mort "•

Le juge Ibsan, de Bethléem, fut père de trente fils et de trente filles. Le juge Élon était de la tribu de Zabulon, et Abdon de la tribu d'Éphralm. A sa mort, les Philistins soumirent le pays. Alors parut Samson, rhercule des Hébreux, vers le milieu du xii* siècle, auquel correspondent les conquêtes de la veuve de Ninus, Sémiramis. Il jugea vingt ans Israël. On connaît les singulières actions qui lui sont attribuées : son désir de secouer le joug ; le lion rugissant qu'il déchire comme un chevreau ; son énigme tirée des abeilles qui avaient déposé leur miel dans la gueule de ce lion et qui firent succéder la douceur à la fprce ; les trois cents renards attachés deux à deux par la queue, et traînant des flambeaux, pour mettre le feu aux moissons des Philistins; la fameuse mâchoire qui lui servit de ceste contre mille hommes ; et les portes de la ville de Gaza, enlevées comme un poids léger et transportées sur la montagne. Il éprouva plus cruellement encore que le héros grec le pouvoir des femmes sur les cœurs les plus intrépides. L'esprit de Dieu, qui donnait à Samson tant d'énergie athlétique pour la délivrance du pays, ne l'empêchait pas de s'abandonner à des courtisanes. L'étrangère qu'il aima par-dessus toutes les autres, surprit le secret de sa force, l'endormit sur ses genoux et le trahit. Mais sa mort fut aussi fatale que sa vie aux Philistins; il s'ensevelit avec plusieurs milliers d'entre eux sous les ruines d'un de leurs cirques.

Héli succéda à Samson, ou, selon l'avis de divers chronologistes, les travaux de l'Hercule sacré ne furent

qu-une épisode de l'époque où vécut ce magistrat C'est en la personne d'Héli que, contrairement au vœu de la constitution mosaïque, le peuple hébreu réunit pour la première fois la judicature et le pontificat suprême, qui furent de nouveau séparés sous Samuel. Mais l'histoire de ce quinzième et dernier juge, et la révolution qui s'opéra dans la forme du gouvernement, en dépit de ses eCTorts, sont de trop grande importance pour n'y pas consacrer un chapitre.

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