‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébrenChapitre 72 sur 96 · V. LA MER ROUGB ET LE DÉSERT · texte numérisé non relu

V. LA MER ROUGB ET LE DÉSERT

1) Lorsque Alexandre voulait décamper, dit Quinte-Coroe, la trompette donnait le signal ; mais comme le son ne pouvait, la plupart du temps, dominer le tumulte, il fit placer au-dessus de sa tente une perche qu'on voyait de tous côtés, et qui servait à supporter un signal : de jour il s'en échappait de la fumée, la nuit du feu (liv. v, chap. 7).

2) Dominus autem prœcedebat ad ostendendam viam per diem in columnâ nubis, et per noctem in columnft ignis, ut dux esset itineris in ulroque tempore. Nunquam defuit columna nubis per diem, çt columna' ignis per noctem coram populo (Exod., xiii, 21, 22). . — Dixitque Moyses Hobab filio Raguel Madianitacognatosuo... Noii nos relinquere : tu enim nosH in quibus loeia per desertum castra

ponere debeamus, et eris ductornoster. Cumque nobiseum vettcris, quîdqaid oplimum fuerit ex opibus, quas nobis traditaniB est Dominas, dabimas tibi (Nombr., cbap. x, 31, 33).

De ces paroles que Jéhovah marchait devant les Israélites, Abarbanel conclut que c'est une manière d'indiquer la providence de Dieu qui les préservait de tout mal. Von der Hart, vers la fin du XVIl^ siècle, soutenait que la colonne de fea n'était que le feu sacré entretenu par Aaron.

Le Courrier de r Egypte du 27 nivôse an viii de la république, rapporte que le général en chef, pour empêcher qu*une caravane, qui l'avait accompagné dans une excursion, et dont il se trouvait séparé, ne s'égarât, ordonna de tirer un coup de canon, d'allumer des feux sur les tours du château, et fit porter sur quelques points élevés de la route qu'il venait de parcourir, des fanaux dont les caravanes sont toujours munies pour éclairer leur marche dans la nuit. Ces fanaux sont fort simples. C*est un réchaud cylindrique dans lequel on entretient un feu vif et brillant, en y brûlant des morceaux très-secs de sapin ; ces réchauds sont fixés à la partie supérieure d'un bâton de cinq à six pieds de hauteur, qu'on fiche en terre lorsqu'on, veut s'arréler. Si la caravane marche la nuit, ellea à sa tète plusieurs hommes qui portent de pareils réchauds qu'ils ont soin de tenir élevés, afin que leur flamme soit aperçue de chaque voyageur. (Description de VÉgypte, dans la notice citée de M. du Bois- Aymé).

3) Non eos duxit per viam terr© Philistiim quœ vicina est ; reputans ne forte pœniteret eum, si vidisset adversum se bella consurgens et reverterenlur in iEgyptum... Ldqaere filiis Israël: reyersi caslrametentur e regione Pihahirolh quœ est inter Magdalum et mare contra Beelsephon : in conspectu ejus castra j^oneiis super mare. Dicturusque est Pbarao super filiis Israël : Coarctati sunt in terra; conclusit eos desertum (Exod., xiii, 17. xiv. 2, 3).

4) Lors donc que les Hébreux étaient sur le bord de la mer Rouge, ils se trouvèrent environnés de toute part... La mer les enfermait d'un côté, et ils Tétaient de l'autre par une montagne inaccessible et des rochers qui s'étendaient jusqu'au rivage (Josèphî, Aniiq.^ liv. II I chap. vi). Prendre une idée générale de cette disposition des lieux dans les cartes de 1 Egypte.

5) Le rivage de la mer» dit le voyageur danois Niebuhr, a changé ici comme partout ailleurs. On rencontre sur tontes les côtes d'Arabie des indices que l'eau s'est retirée. (Voir le mémoire de M. du Bois-Âymé sur les anciennes limites de la mer Rouge. Description de L*Égyple, t. I; Voyage d'Aly-Bey, t. III, page 89.)

6) Description de V Egypte, lom. ï, Notice citée, page 311. — Niebuhr observe que la partie du golfe où la ville de Suez est située, semble n'avoir que la largeur d'un fleuve. {Description de l'Arabie, page 410.) Hérodote savait que chaque jour cette mer se retire et revient (liv. m, § 2), et Diodore ajoute quelle avait des îles longues, des passages étroits, et un flux et reflux très-violent (liv. m).

7) Notice citée de M. du Bois-Aymé. — Mémorial de Sainte- Hélène, tom. I.

8) J'ai rapporté tout ceci en particulier, selon que je l'ai trouvé écrit dans les livres saints. Personne ne doit considérer comme un acte impossible que des hommes qui vivaient dans l'innocence et dans la simplicité de ces premiers temps, aient trouvé, pour se sauver, un passage dans la mer, soit qu'elle se fût ouverte d'ellemême, ou que cela ait dépendu de la volonté de Dieu. La même chose a été exécutée par les Macédoniens, quand ils passèrent la mer de Pamphylie sous la conduite d'Alexandre, de qui Dieu voulut se servir pour ruiner l'empire des Perses (Josèphb, Antiq., liv. ii, chap. vil). Là est le mont Climax, dit Slrabon, qui entre dans la mer de Pamphylie, et qui laisse un passage lorsque les flots sont calmes; mais dès que la mer devient.gro.sse, ce chemin est en entier sous les eaux. Malgré la saison d'hiver, Alexandre y flt passer son armée (liv. xix, chap. ii, § 9).

9) Description de VÉgypte. — Mémoire sur les anciennes limites de la mer Rouge.

10) Cumqne extendisset Moyses manum super mare , abslulit

illud flante vento vehementi, et urente totâ nocte et vertit

in siccum : divisaque est aqua [Exod., xiv, 21). Le texte dit : fecit abire, il fit retirer la mer: en effet, pUis loin on la verra redire, retenir.

11) Et ingressi sunt filii Israël per médium sicci maris: erat enim aquae quasi murus a dexterâ eorum et Itevà. Persequentesque

.flgyptii ingressi sunt post eos Jamque advenerat vigiliamatu-

tina, et ecce respiciens Dominus super castra iEgyptiorurn per colamnam ignis et nubis, interfecit exercilum eorum : et subvertit rotas curruum, ferebanturque in profundum : dixerunt ergo £gyp-

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tii : fagiamus Israëlem ! Dominus enim pugnat pro eis contra nos. Et ait.... ad Moysen : Extende' manum tuam super mare ut revertantur aquœ ad iEgyptios super currus et équités eorum. Cuoique extendisset Moyses manum contra mare, reversum est primo diluculo ad priorem locum : fugienti busqué ^Egyptiis, occurrerunt aquœ el involvit eos in mediis fluctibus. Reversseque sunt aque et operuerunt currus et équités cuncli exercitû? Pharaonis. qui sequentes ingressi fuerant mare : nec unus quidam superfuit ex eis. Filii autem Israël perrexerunt per médium sicci maris, et aquie eis erant quasi pro muro a dextris et a sinistrîs : libcravitque Dominus in die illâ Israël de manu .flgyptiorum. Et viderunt /flgyptios mortuos super littus maris, timuitque populus, et crediderunt Domino, et Moysi servoejus (Exod.,xiv, 22-31).

Pour peu qu'on veuille prendre en considération le temps où tout cela a Hé écrit, le caractère général des langues et du style des Orientaux, la manière particulière des écrivains hébreux, le but que se proposait l'auteur, il est impossible de ne pas reconnaître beaucoup de simplicité et de franchise dans ce récit. Micbaëlls a établi que les Hébreux commencèrent leur passage à huit heures du soir, et que jusqu'à trois heures environ du matin, c'est-à-dire pendant six ou sept heures, ils eurent le temps de traverser une étendue d'un mille et demi environ. On a pensé auss^ que ce ne fut pas tout le monde qui avait traversé la mer, seulement les hommes capables de porter les armes, dont il n'est nullement indispensable d'élever le nombre à six cent mille. Lorsque Moïse fut parvenu dans sa première marche à l'extrémité de la mer Rouge, il aurait dirigé vers l'Arabie une partie du peuple, les femmes, les enfants, les vieillards, en même temps tous les troupeaux» et il ne serait revenu sur ses pas qu'avec l'élite de son armée.

13] La manière dont fut chanté ce cantique, les paroles dont il se compose et son auteur ont donné lieu à de grandes discussions. Je ne m'arrête pas à ces questions, qui n'ont pour résultat que des probabilités. Mais ce qui me semble plus positif, c'est la nécessité d'y voir un langage poétique tout différent du langage historique cité dans la note précédente. On n'y remarque pas une coupe de strophes invariables; le rhythmc

est tout arbitraire, et c'est plutôt par la majesté des paroles et les inflexions de voix dont on les accompagnait, qu'il se distingue de la prose. Quant aux tambours qui soutenaient le chant de Miriam et le chœur des femmes, c'étaient probablement des tambours de basque très-communs chez les Arabes et dans toutTOrient.

Tune cecinit Moyses et filii Israël carmen hoc...., et dixerunt: cantemus Domino : gloriose enim magnificatus est ; equum et ascensorem dejecit in m^re.,. Jehovah, quasi vir pugnator, cmnipotens nomen ejus. Currus Pharaonis etexercitum ejus projecit in mare : electi principes ejus submersi sunt in mari. Âbyssi operue* runt, eos, descenderunt in profundum quasi lapis... misisti iram tuâm, quaB devoravlt eos sicut stipulam. Et in spirita furoris tui congregat» sunt aquœ ; stedit unda fluens, congregatœ sunt abyssi in medio mari.

Je le demande : est-il possible à qui que ce soit de ne pas voir dans ces eaux arrêtées et condensées une image poétique? Une des strophes dit que la colère de Dieu dévora les égyptiens comme le feu dévore la paille ; une autre qu'ils tombèrent au fond de l'eau comme du plomb. Or, cela n'est pas d'une vérité rigoureuse : la paille dévorée par le feu ne laisse plus de trace; une masse de plomb proportionnée à la masse des Égyptiens resterait inébranlablement flxée au fond de Feau, tandis que les corps des submergés ne disparurent point, et furent poussés sur le rivage. Aussi voyez quelle différence entre les deux récils : les eaux se retirèrent par un vent très-violent, dit l'historien; le souffle de la colère de Jéhovah fit arrêter les eaux, les amoncela, les condensa, dit le poète. Les eaux retournèrent sur le matin, dit l'historien : Jéhovah souffla de nouveau, et tout cet amas condensé tomba sur les Égyptiens, dit le poète.

Au pied du mont Adule entre mille roseaux, Le Rhin, tranquille et Oer du progrès de ses eaux, Appuyé d'une main sur son urne penchante. Dormait au bruit flatteur de son onde naissante. Quand un cri tout à coup, suivi de mille cris, De ce calme profond vient tirer ses esprits. Il se lève, il regarde...

Parmi les raisons qu'ont données de part et d*aulre les écrivains qui soutiennent que les livres de Moïse ont été longtemps après lui, et ceux qui lui en attribuent la rédaction, il en est une qui frappe par-dessus toutes, et quêtai dijà indiquée dans ma préface : c*est que le peuple bébrea devient beaucoup plus surprenant, s*il faut y reconnaître une série d'hommes dominés par la même pensée, cl travaillant à des siècles de distance comme s'ils n'eussent été qu'un même individu; c'est que tous ces récils, considérés comme objet de pure imagination, ne seraient pas moins remarquables que si la réalité était hors de litige.

13) Alors il prit un morceau de bois qu'il fendit en deux, et, après l'avoir jeté dans le puits, il dit au peuple que Dieu avait e^taucé sa prière, et qu'il ôlcrait à cette eau tout ce qu'elle avait de mauvais, pourvu qu'on exécutât ce qui allait être ordonné, lis lui demandèrent ce qu'ils avaient à faire; H commanda aux plus robustes de tirer de l'eau de ce puits, et les assura que celle qui y resterait serait bonne à boire. Ils obéirent, et reçurent ensuite l'eiTet de sa promesse {Anliq, jiidaïq., liv. m, chap. i).

14) Mane quoque rosjacuit circuitum caslrorum. Cumquu operuisset superficiem terrœ, apparuit in solitudine minutum et quasi pilo tusum, in similitudinem pruinae super terram. Quod cum vidissent filii Israël, dixerunt ad invicem man-hu? Quod signifîeat, quid est hoc?... Appellavitque domus hraêi nomen ejus man : quod erat quasi semen coriandri album, gustus ejus quasi simile cum melle (Exod., XVI, 14, 31).

Parmi beaucoup d'autres qualités que les commentateurs ont su rendre de plus en plus singulières : « Elle avait ceci de remarquable, dit Josèphe, que ceux qui s'en nourrissaient la trouvaient si délicieuse qu'ils ne désiraient point d'autre nourriture. » Il tombe encore aujourd'hui en ce pays-là une rosée semblable à celle qu'il plut alors à Dieu d'envoyer en faveur de Moïse {Àntiq., liv. m, cbap. I. — Voy. Prospbr Alpin, De Medicind jEgyplior,, liv. ii, chap. V. — BuxTORP, Historia mannœ. — Calmbt, Dissertation sur la manne, — Description de V Egypte, t. I, lac. cit.^ pag. 318).

15) Et ascendens cotnrnix, cooperuit castra (Exod., xvi, 13. — Description de l'Egypte, tom. I, Notice de M. bu Bois-Atmé, pag. 318).

Comme od le pense, il y a eu division sur le sens du mot hébreu traduit ici par cailles; les uns ont voulu que ce fût une espèce de sauterelles dont les Orientaux ont coutume de se nourrir, d'autres des poissons ailés. Mais la majorité se réunit pour les cailles; et, en effet, cette espèce d'oiseau est des plus communes sur ce rivage. « Toute la contrée d'Egypte, dit Prosper Alpin (Rerum mgyptiarum, liv. iv, chap. i ), abonde tellement en cailles des plus grasses que les habitants de la campagne n*ont pas besoin de tendre des filets; ils les prennent à la main, en courant après elles, et ils les vendent à si vil prix que pour un denier d'argent, appelé ma^Jm, on en obtient vingt. » — Aussitôt après, une grande multitude de cailles, qui sont des oiseaux fort communs vers le détroit de l'Arabie, traversèrent ce bras de mer, et, lasses de voler, tombèrent dans le camp des Hébreux. Ils se jetèrent en foule sur ces oiseaux comme sur une viande qui leur était envoyée de Dieu dans une si pressante nécessité. . (Josèphe, Antiquit, juddiq.^ liv. m, chap. i ].

16) Yenit aulem Amalec, et pugnabat contra Israël in Raphidim. Dixitque Moyses ad Josue : Elige viros : et egressus, pugna contra Amalec. Cras ego stabo in vertice collis, habens virgam Dei in manu meâ. Fecit Josue ut ioculus erat Moyses, et pugnavit contra Amalec : Moyses autem et Aaron et ilur ascenderunt super verticem collis. Cumque ievaret Moyses manus, vincebat Israël : sin autem paululum remisisset, suporabat Amalec. (Exod., xvii, 10, 12).

II sera parlé dans la suite du traitement que les Amaléciles firent subir aux Hébreux, et de ses conséquences de résolutions dictées à leur égard.

17) Sans compter ce que leur dit Moïse lui-môme, qu'il les a conduits dans le désert pour leur faire entendre les paroles de Jéhovah, ne voit-on pas dans toutes ses démarches un plan bien suivi? Quand il est remonté vers le nord, il motive son retour vers la mer Rouge de deux manières : Tune, qu'il ne veut pas avancer dans la crainte des Philistins, qui le placeraient entre deux ennemis; Vautre, qu'il veutdonner à penser au pharaon, par l'irrégulaeiié de sa marche, que les Hébreux ne savent où aller, qu'ils sont égarés dans la solitude, et qu

490 NOTES JtJSTIFICÀTIVES.

c'est par aveuglement d*esprit et en désespoir de cause qu'ils ont dressé leur camp sur les bords de la mer. Mais, après le passage de la mer Kouge, Moïse aurait pu suivre sa marche de manière à entrer dans la terre promise par Torient, comme il flt plus tard : les Égyptiens ne le menaçaient plus. Il les enfonce au contraire dans le désert, vers le raidi, et il arrive au Sinaï même.

18) Interroga de diebus antiquis qui fuerunt ante te ex die que creavit Deus hominem super terram... Si facta est aliquando hujusce modi res (Deutéron., iv. 32).

§ VI. PLAN DB l'OUVIàGB.

1) Govtemement de Pologne, chap. ii.

3) Contrat social, liv. ii, ch.vii.

3) Philosophie de Vhisloire de l'humanité (Traduction de M. Edgard QuiNST, t. H, pag. 375).

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