‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 28 sur 67 · LITRE. V. — CHAP · texte numérisé non relu

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après avoir appartenu à Sidon passa à Tyr qui , dans ses changemens de gouvernement, ^suivit un ordre inverse de celui des Hébreux. Ceux-ci avaient substitué , vers Van 1100 avant notre ère; des rois à leurs juges ( chophétima); celle-là, six cents ans plus tard , substitua des juges ou auffètet à ses rois. On sait à quelle grande antiquité les Phéniciens prétendaient '^ : leurs divinités , Baal , Astarté ou Vénus , Thamuz ou Adonis et beaucoup d'autres, représentaient principalement la lune et le soleil, et avaient donné naissance àuné foule de pratiques dont ce n'est pas ici le lieu de parler. Ils inventèrent , dit-on , les caractères de l'écriture; et j'ai déjà signalé leur^ manufactures, leur grand commerce et leurs colonies.

Salomon semblerait avoir été guidé par les mêmes vues politiques, lorsque d'une part il resserra les liens avec le roi de Tyr , et que de l'autre il prit en mariage , dans les premières années de son règne , une princesse égyptienne. Mais les vices intérieurs de son administration lui firent perdre sa prépondérance extérieure. Un soldat heureux monta sur le trône de Damas , qui par-

• A plus de trente mille ans. Peut-être que le nouveau gouvernement qu'ils établirent , après la prise de Tyr par Nabuchodonosor , ne fut qu^un retour à un gouvernement plus ancien.

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viol bientôt au plqs haut degré do puissance. Il s'agrandit aux dépens des deux royaumes de Juda et d'Israél , dont la séparation et la folle inimitié avaient été fomentées surtout par les rois d'Egypte. Benhadab II et Hazaél sont les rois syriens de Damas qui jouent le rôle le plus important. L'antiquité de leur ville était grande, puisqu'elle etistait avant Abraham, et que Thistorien Hécatée attribue à ce patriarche d'y avoir pendant quelque temps gouverné.

Dès que les rois assyriens eurent renversé ce royaume , l'alliance aurait dû se resserrer d'autant plus entre TÉgypte et le peuple hébreu , que ce dernier avait à y gagner un appui formidable ; que l'Egypte trouvait par là le moyen d'élever entre elle-même et les puissances orientales un rempart qui empêcherait les souverains de la Babylonie de cpnduii'e leurs soldats jusqu'à ses portes. Mais leur prévoyance n'allait pas si loin ; ou plutôt il fallait que le flux et le reflux des peuples s'accomplissent, que l'Orient tombât sur rOccident qui le refoulerait à son tour. Dans la première irruption des Assyriens ( vers 771 ), Phul leur roi s'était contenté d'un tribut, et avait servi la tyrannie de Ménahem roi d'Israël : dans la seconde ( en 740 ) , le royaume de Damas fut anéanti : dans la troisième (721 ) , celui d'Israël qui avait laissé apercevoir ses desseins de se con-

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fédérer avec l'Egypte, subit le même sort. Salmanazar,poiir mieux s'assurer le pays, emmena captifs les habitans * , et y transplanta des colonies persanes et médes. A la quatrième irruptioD, Bans une peste qui frappa probablement son armée , Sennachérib am*ait détruit Juda et peutêtre soumis rÊgypte. Les généraux de son successeur ravagèrent la Syrie , et de nouvelles colonies occupèrent le pays des Hébreux.

Une révolution s'opéra en Orient; les Assyriens furent abattus par la puissance chaldéenne qui s'éleva à Babylone, la splendeur de leur capitale Ninive s'évanouit pour jamais. Le pbaraon Néco songea alors à prévenir son ennemi, à porter la guerre en Asie. Josias seizième roi de Jada , qui avait beaucoup à se plaindre de lui , voulut s'opposer à son passage , quoique Néco lui assurât que ce n^était pas contre son royaume, mais contre Babylone que ses efforts se dirigeaient. Josias périt dans la bataille. Au lieu de réparer le malheur de cette guerre , de s'attirer la confiance de la Palestine et de la fortifier, le vainqueur lui imposa des tributs , et plaça sur le trône , aux dépens du roi que le peuple |uif avait

* Déjà, dans rîrruption précédente, Tiglat^Piléseray ait transporté en Assyrie une partie des habitans qu*il avait subjugués.

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établi, le frère de ce roi dont il espérait \ine soumission plus grau de (45). Mais dans une nouvelle irruption , le roi Nébucadnézar ou Nabuchodonosor-te-Grand mit l'Égyptien en déroute et lui enleva toutes ses conquêtes d'Asie. Une sixième , une septième irruption dirigées par le même monarque soumirent Jérusalem, prévinrent une alliance tardive avec le pharaon , dont Tarmée accourue au secours de cette capitale essuya encore une défaite , ruinèrent la Judée et préparèrent aux successeurs de Nabucbodonosor la conquête entière de l'Egypte.

Ainsi plusieurs siècles se sont écoulés pour le développement d'une idée simple de sa nature , savoir, que la position même de Ninive et de Babylone inspirait à leurs maîtres de s'enrîchir des produits des deux mers. Tous les actes , toutes les agitations , tons les combats , tontes les fautes de la Syrie y de l'Egypte, de la Palestine , ont concouru à ce résultat, parce que ce résultat lui-mémè se liait au développement d'une idée , ou d'une nécessité plus universelle, je veux par* 1er du choc, du mélange, de la composition et de la décomposition des peuples , pour arriver à Tensemble harmonique que doit former un jour Thumanité»

Avec ces données, on concevra sans effort les prophètes juifs qui , jugeant par inspiration du

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particulier au général , attachaient les mêmes effets aux mêmes causes. Suivant eux » le défaut d'équité , de raison» d'ordre, d'équilibre, entraînerait la ruine d'Israël : il en arrivera de même aux nations ; elles se précipiteront les unes sur les autres et disparaîtront de la surface de la terre , mais le peuple hébreu restera , parce qu'il porte dans sa loi tous les élémens de justice et d'équilibre , et que la force principale qu'il en retire, quoique se trouvant détournée du but par ses erreurs, ses intérêts, ses passions, joints aux circonstances extérieurs, résisteva à tontes les forces contraires et finira par les absorber.

Certes , on ne peut s'empêcher de reconnaître beaucoup de grandeur dans tout cela : beaucoup de majesté dans ces hommes dont la pensée va, comme une flèche invincible , frapper , à travers les siècles , les dynasties et les nations ; dont la voix solennelle sonne tristement leur agonie et leur fin, et dont les chants se plaisent, pour ainsi dire, à se promener sur des ruines, parce que de tous ces édifices ruinés qui, dans les temps de leur plus grande splendeur, n'avaient pas mis à l'abri leurs habitans^xloit sortir un édifice solide où l'homme savourera en paix toutes les douceurs de la vie. Avec quelle abondance d'images, quelle énergie, quelle pétulance ne se jettent-ils pas, par exemple, sur l'Egypte dont

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on a vu la politique faible et étroite laisser accabler Israël et Juda pai* les Assyriens. Écoutons d'abord Isaïe. « Voici la charge de l'Egypte. JéhoYah Ta monter contre elle sur une nuée légère; les idoles trembleront, le cœur de TÉgypte lui manquera. L'Égyptien combattra l'Égyptien , chacun son frère , chacun son ami , ville contre Tille, royaume contre royaume. L'esprit de l'É*gypte s'est dissipé ; elle n'a plus de bon conseil; je la livrerai à un maître rigoureux , à un roi cruel... •. Son fleuve tarh*a , ses canaux resteront à sec, ses digues seront rompues ,... ses prairies disparaîtront, ses manufacturiers en fines étoffes seront désolés.... ses principaux ont perdu la rai-* $on, les plus sages du conseil du pharaon diva* guent ; ils lui répètent qu'il est le fils des sages , le fils des anciens rois? Fais les donc venir maintenant ces sages-là et qu'ils ie déclarent, s'ils le savent, les décrets de l'Éternel contre l'Egypte. Un esprit de renversement est répandu sur elle; on la prendrait pour un homme ivre qui se roule dans l'ordure (46). »

. « Préparez le bouclier et l'écu , disposez-vous pour la bataille, s'écrie à son tour Jérémie, lorsque le pharaon Néco, après avoir opprimé la Judée , marcha contre le roi de Babylone ; harnachez les chevaux, que les cavaliers les montent; couvrez-vous du casque, affilez vos lances ;

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revêtez les cuirasses. Mais que "vois-je! VcttixÀ «^empare d*eux; ils tournent, le dos; les hommes forts de l'Egypte sont mis en déroute ; ils fuient en toute hâte sans regarder derrière : la frayeur de rÉternel les a environnés. Uhomme léger à la course ne s'échappera point, l'homme fort ne trouvera pas de salut; ils sont renversés vers l'Aquilon auprès du fleuve d'Eaphrate. Qui est celle-là, qui s'élevait comme un fleuve dont les eaux sont agitées ? l'Egypte. Elle disait : je couvrirai la terre , je détruirai les villes et leurs habitans ;.... mais voici une journée de vengeance, où répée s'abreuvera de sang et sera rassasiée: voici un sacrifice à TÉtemel des armées près da fleuve d'Euphrate. Cours en Galaad, 6 vierge fille de l'Egypte , et demande du baume; mais ta multiplierais en vain les remèdes ; il n'y a pas de guérison possible pour toi (47). i»

Enfin le violent Ézéchiel trouve sur le même sujet de nouvelles images. « Fils de l'homme, m'a dit l'Éternel , tourne ta face vers TÉgypte , et prophétise contre le pharaon et contre son royaume. Parle-leur ainsi : C'est à toi que j'en veux , pharaon, roi d'Egypte, grande béte aquatique qui te tiens couchée au sein de tes canaux, et qui te contentes de dire : le fleuve est à moi; je me suis fait moi-même. Eh bien ! je mettrai des crochets dans tes mâchoires , j'attacherai à tes écailles tous les

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poissons qui Tivent dans tes eaux, et je tous tirerai tous ensemble hors da fleuve ; je tous étendrai sur le sable du désert ; tous y tomberez de tout votre poids ; et je tous livrerai aux bétes de la terre et aux oiseaux des cieux-, pour qu'ils tous déTorent : car vous n'avez eu envers la maison d'Israël, que la consistance du roseau; quand elle t'a pris dans la main , tu t'es rompu et tu lui as percé jusqu'à l'épaule; quand ils se sont appuyés sur toi , tu as cassé , et tu les as Fait tomber à la renverse (48).

La pensée des principaux Juifs transportés en captivité à Babylone, fut de se faire bien valoir à la cour où le roi les avait admis ; de gagner l'esprit du monarque , et d'obtenir par la faveur , la liberté qu'ils n'avaient pu conserver par les armes. Daniel , qui était du sang royal , obtint la pins brillante destinée dans cette période. Qu'on juge le despotisme asiatique. Nabuchodonosor eut un songe qui l'agita beaucoup ; à son lever il le perdit de mémoire. N'importe; il fait appeler ses mages, ses astrologues, ses enchanteurs, sesChaU déens, et il leur impose de lui donner l'interprétation du songe qu'il a oublié. En vain, ces diverses compagnies lui expriment l'impossibilité de la chose; le roi le veut, et, s'ils n'y réussissent pas, un décret général d'extermination punira leur ignorance. Le décret est lancé : Daniel demande

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un sursis; il réfléchit avec trois de ses compagnons versés comme lui dans les lettres et la science , et une inspiration de la nuit lui apprend ce qu'il doit faire. Deux partis seprésentaient , ou de deviner le songe oublié , ou d'influer assez fortement sur l'esprit du despote , pour lui persuader qu'il a\ait songé la cbose. qui lui serait racontée, j ce Grand roi^ lui dit Daniel , tu as vu en songe | une immense statue éclatante , qui se tenait de- j bout devant toi, et qu'on ne pouvaitregarder sans frémir. Sa tète était d'un or très-fin, sa poitrine et ses bras d'argent, son ventre et ses hanches d'airain , ses jambes de fer, ses pieds en partie de terre et en partie de fer. Tu la contemplais , lorsqu'une pierre, se détachant d'elle-même de la montagne , brisa la statue, et ayant broyé ensemble la terre, le fer, l'airain,, l'argent et l'or, s'agrandit et devint bientôt une montagne qui remplit toute la terre. Voilà le songe ; voici l'interprétation : Toi, qui es le roi des rois, à qui les enfans des hommes, les bétes des champs, les oiseaux des cieux obéissent , qui as reçu de l'Éternel le sceptre , la puissance, la force et la gloire, tu es la tête d'or très-pur; mais après toi s'élèvera une monarchie de moindre importance ; ensuite un troisième royaume qui sera d'airain et qui dominera au loin; puis une quatrième monarchie , aussi forte que le fer, qui brisera tout, mais qui

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aura un côté faible, comme l'indiquent les pieds en partie de fer et en partie de terre. Enfin un dernier empire se formera , dans lequel seront confondus tous les royaumes , et qui n'aura jamais plus à craindre la destruction. »

Lié roi surpris de ces paroles , prononcées avec une solennité qu'il nous est impossible de rendre , et cbarmé sans doute d'être appelé la tète d'or très-fin , tandis que tout le reste ne consistait qu'en argent, en airain, en terre et en fer, fit grâce, en faveur de cet or-là , à la pierre qui avait tout broyé, se prosterna devant la sagesse du jeune homme, retira Tédit de prescription , établit Daniel gouverneur de Babylone , et lui accorda des places importantes pour ses trois amis. Ce premier signe d'aliénation mentale , de la part d'un prince qui avait voulu l'interprétation d'un songe dont il ne se souvenait pas lui-même, fut suivi de quelques autres; enfin du développement complet d'une maladie qui a son nom particulier dans la -science médicale, et qui fait croire à rhomme affecté qu'il est changé en loup , en chien , ou tout autre animal de ce genre (49.)

Les successeurs de Nabuchodonosor s'abandonnèrent à la paresse et à la débauche ; la décadence de Tempire fut rapide. Les Mèdes , possesseurs de l'Assyrie , se virent rangés sous les mêmes drapeaux que les Perses , par l'élévation de Cyrus y

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qui marcha bientôt à la conquête de Babylone, Le roi chaldéen , Betsasar , qu'Hérodote appelle Labydénus, se préparait par des festins à résister à un si puissant ennemi. Tout à coup , au milieu d une orgie , trois mots pàinirent en caractères de feu sur la muraille. Le roi épouvanté fait appeler ses mages , qui n'en savent pas trouver Tintei^prétation, Daniel , alors revêtu du titre de chef des mages , des astrologues , des devins et des Cbaldéens» lui dit : o Ces trois mots sont : tblbtsè, qui signifie que Dieu a compiéles années de ton règne et en a marqué la fin ; tékel , que tu as été pesé danjs la balance et trouvé léger; ovpharstn ou PERES , que ton royaume a été partagé et donné aux Mèdes et aux Perses (50). »

Babylone passa en effet sous la domination persane, et Daniel, ayant acquis la confiance des nouveaux souverains , les suivit àSuze , et fut mis à la tête des affaires publiques. Il était toujours très-avantageux a cet empire déposséder les rives de la Méditerranée. La résolution des rois d'Assyrie de substituer des colonies aux habitans du pays d'Israël n'avait suscité que des troubles. Combien n'aurait-on pas plus de garanties pour la conservation de ce pays même, en y rétablissant un peuple qui avait su le défendre avec tant de valeur , qui ne pouvait chasser de son souvenir ses sujets de plainte envers l'Egypte et la Syrie,

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et qu'une reconnaissance étemelle , autant que ses propres intérêts, attacheraient au puissant royaume de Perse ! D'ailleurs , quel honneur pour le monarque appelé à accomplir cette grande chose! Le Dieu souverain du ciel et de la terre avait , plusieurs siècles avant sa naissance , signalé son nom , ses victoires , et l'éclat imposant qui jaillirait de sa couronne*

Gyrus convaincu par ces raisons , et flatté de cet hommage , signa Tédit qui rendait aux Juifs la liberté de rétablir leur république. Quarantedeux mille hommes montèrent de Babylone , sous la conduite de Zorobabel, de la tribu de Juda, président du conseil des anciens , et de Josué fils de Jûsédec , chef de la magistrature sacerdotale.

Mais les peuple*s voisins et ennemis de la Judée ne virent pas sans effroi qu'elle allait revenir à son ancien pouvoir , et que tôt ou tard elle regagnerait ses premières limites. Les colonies samaritaines songèrent avec habileté à se faire admettre dans lejnôuveau gouvernement, comme amis et confédérés; afin d'acquérir peu à peu de l'influence et de détourner toutes les mesures quipour^ raient donner trop de prépondérance à Jérusalem. Les anciens des Hébreux, ayant aussitôt compris tout ce que leur proposition renfermait d'arrière^ pensée, leur répondirent, en peu de mots, «qu'ils se trouvaient assezvforts pour rebâtir le temple.,

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et que, Gyrus ne leur ayant imposé à ce sujet aucune condition , ils s'en tenaient à la lettre même de redit (51). » Alors les Samaritains , aidés dei Arabes, des Ammonites et des Asdodiens, s'efforcèrent de jeter TépouTante, par de fausses nouvelles, dans l'esprit des Juifs; ils corrompirent des gens qui leur servaient d'espions et qui proposaient de mauvaises choses dans le conseil; ils eurent auprès du roi de Perse des hommes affidés qui nuisaient sous-main aux affaires de leurs adversaires ; en même temps ils écrivirent les lettres suivantes , qui développent très-bien la question politique et l'impatience du joug qu'avait le peuple dont nous nous occupons : « Le conseil des nations diverses que le grand et glorieux Osnapar a transportées des contrées au-delà de TEuphrate dans la Samarie , au roi de Perse , salut.

cr Tes serviteurs pensent qu'il est de leur devoir de t'avertir que les Juifs revenus à Jérusalem bâtissent la ville rebelle et méchante , posent les fondemens dé ses murailles et les relèvent. S'ils accomplissent leur dessein , ils se soustrairont bientôt à payer le trîbut, la capitation, l'impôt, et porteront un notable dommage an revenu du roi. Or, il ne nous convientpasà nous, qui avons été nourris par le roi , de souffrir cela ; c'est pourquoi no«is l'engageons de chercher dans le livre des Mémoires dç son père : il y verra que

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cette Tille a toujours été p^oicieuse aux rois et aux proTioces 9 et que toujours il s'y est tramé des coiqplpt» , lesquels ont occasionné sa rui«ne(52). »

Les travaux furent donc su$pendus pendant les dernières années du règne de Gyrus , pendant tout le r^ne de Gambyse etde^son successeur éphémère Smerdis ; mais les Juifs toujours occu* pés. de leur projet, et parmi lesquels un grand nombre éti^Uis à Babylone et dans la Perse jouissaient de beaucoup de crédit à la cQur, finirent par obtenir de Darius fils d'Hystaspe , que rÉcriture nomme Assuérus,^ la confirmation de redit primitif. Ësdras amena, en 467^ la septième année du règne. d'Artaxerce-Longue-Main , une nouvelle troupe de Juifs à Jérusalem ; et il mit une grande activité dans les travaux que les prophètes Aggée et Zacharie eiLcitalent aussi par leurs discours. Neuf ans après, Néhémie, qui était échanson du roi de Perse, vint lever de nouveaux obstacles et repousser par les armes les peuples qui s'opposaient à la restauration de la république. Dans la suite, elle n\eut que de faibles démêlés avec la Perse qui marchait vers sa ruine ; et elle lui donna, un dernier et beaa témoignage de reconnaissance, lorsqye, après la bataille dlssus (en,, 333), si funeste pour la famille de Darius Godoman, Al^andre eut mis

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le siège clevaDt Tyr. Un ordre fut transmis à tous les peuples d'alentour de porter des secours et des vivres à l'armée macédonienne. Jaddos, alors grand-prétre et prince de Judée, répondit que le serment de fidélité que la nation avait prêté au roi de Perse n'était pas délié par le malheur de ce roi , et qu'ils n'enverraient pas des vivres a son ennemi. Les Samaritains espéraient qu'Alexandre, vainqueur, exhalerait sa colère sur Jérusalem ; mais le contraire arriva* Jaddns, n'ayant pas d'autres armes à lui opposer, se revêtit de ses ornemens pontificaux, fit couvrir les chemins de fleurs et alla à sa rencontre. Ce vieillard vénérable , cette fermeté généreuse , cet encens, cette réception inattendue charmèrent le jeune héros ; d'antiques prédictions sur sa fa« ture gloire flattèrent doucement son oreille , et il accorda des faveurs à ceux dont la perte semblait assurée(53).

Dans les grands mouvemens des armées qu'occasionna sa mort , la Judée fut long-temps à savoir sous quelle domination resterait la Syrie et la Phénicie. Antigène y régna quelque temps et étendit par des victoires sa puissance sur toute l'Asie. Ptolémée fils de Lagus , ligué avec les autres généraux d'Alexandre , marcha contre lui et traversa la Syrie; mais bientôt forcé de l'évacuer, il se rendit maître de Jérusalem et se fit suivre

d'une nombreuse colonie de Juifs qui peuplèrenl Alexandrie et Gyrène. La preuve de fidélité qu'ils avaient donnée à Darius le détermina à leur confier plusieurs de ses places fortes. Après la ba« taille dlpsus, ( en 301 ) , où Antigène perdit la -vie , la Syrie tomba en pai*tage à Séleucus , la Palestine et |a Gœlé-Syrie comprise entre le Liban et TAnti-Liban» en partage au roi d'Egypte. Mais cette dernière contrée, qui avait une grande importance, à cause, du bois de construction qn'on en retirait, devint un éternel sujet de discorde entre la famille des Séleucides et les Ptolémées. Pendant plus d'un siècle on voit la Cœlé- Syrie perpétuellement prise et reprise , et la Judée perpétuellement foulée et refoulée par de puissantes armées qui se rencontraient sur son territoire* Quelle constitution ; quel patriotisme, quelle constance auraient résisté à des désastres si multipliés ! Et comment se fait-il que des historiens aient accusé le peuple hébreu de n'avoir jamais su conserver sa liberté, dont il se montrait d'ailleurs si avide ? Aucune nation du Monde, proportions gardées , n'a plus fait pour cela que lui ; mais aussi aucune nation n'a eu à lutter contre un concours de circonstances plus graves.

Cependant les Machabées parurent , et bientôt le territoire fut nettoyé d'ennemis , et bien-

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tôt la Jndée toucha à ses ancieimes limites ; de sorte que , sans les Romains , la balance des premiers temps se serait rétablie entre TÉgypte , la Palestine et la Syrie , et qu'an nouveau DbvA aurait probablement fini par reprendre l'avantage sur les princes syriens et par relever, pour me servir des termes juifs eux-mêmes , la majesté de f empire. Gela explique le profond attachement que les patriotes hébreux conservaient à la mémoire de ce roi , et les qualités auxquelles ils croyaient devoir reconnaître leur libérateur , ou messie. « Si tu as tant de pouvoir, disaient-ils à Jésus , fais-le servir d'abord à nous rendre l'indépendance ; reconstitue l'État , et puis enseigne^nous, comme prophète , tout ce qui te semblera bon (54). »

Mais le flot, arrivé jadis de l'Orient, partit cette fois des rives occidentales , et Rome , cédant à un mouvement qui devait la détruire elle-même, engloutit à la fois l'Egypte, la Syrie et Jérusalem. Une longue barbarie a dominé depuis sur ces contrées; quel sera leur avenir? Les oscillations des peuples continuent ; l'impulsion générale vers l'Occident semble terminée,; tous les yeux se re* portent déjà vers le berceau de l'humanité ; et l'importance politique de Jérusalem et du pays d'Israël ne peut manquer de renaître, dès que la civilisation unira l'Asie à l'Europe; dès que le

génie de Thominesera parvenu à creuser Tisthme de Suez , pour mêler les eaux de l'Océan à celles de la Méditerranée , et pour éviter aux relations commerciales de l'Orient l'immense circuit du cap de Bonne-Espérance.

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