DES JUGES CONSULAIRES
t Sous le nom de Juges , dit Josèpbe , les Hér brçox doDaaieot une autorité suprême au citoyen le plus distingué par «on courage et ses taleos militairesî (8). » Souvent il présidait le sénat» tour jours il commandait Tarmée. Â sa yoii^ , tous les citoyens étaient tenus de se rendre dans un lieu désigné , pour y prendre des déterminations générales. Mais hors de ses fonctions 9 il n'avait d'autre maj*que distinctive que le respect qu'inspiraient sa dignité et sa personne.
Ne perdons pas de Tue les deux positions où se trouva le peuple. Avant la conquête , il ne formait qu'un corps d'armée , qui avait besoin d'être dirigé par un chef permanent revêtu d'une sorte de dictature. Mais après l'établissement définitif des tribus , le juge n'exécutera rien , si ce n'est à
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la guerre, que de l'autorité expresse du sénat. Tous les écrivains qui en ont parlé tombent d'accord sur ce point, u Les juges n'avaient pas la puissance souveraine , dit un des plus modernes, M. Pastoret; ils ne ressemblaient pas aux chefs des autres nations; ils ne portaient pas le diadème; ils n'étaient pas entourés de satellites
nombreux ; on ne levait pour eux aucun tribut
Ce n'est que lorsqu'il fallait combattre qu'on leur laissait toute l'autorité (4) », jusqu'au droit de vie et de mort.
Cette espèce de consulat à vie pouvait rester vacant pendant un temps plus ou moins long.
Toujours soumis à la loi, il était accompagné d^une popularité qui ne se démentit jamais : aucun des juges '^ n'abusa ostensiblement de son pouvoir, et, sous leur gouvernement, le peuple hébreu jouit de périodes de repos dont on ne voit pas beaucoup d'exemples chez la plupart des aati*es peuples. Pourquoi renonça-t-il à cette forme républicaine ? On en verra plus tard la cause : le repentir suivit de près, et dans les siècles postérieurs , la promesse de rétablir lès juges comme
* Le gouTernement de Carthage était aussi entre Us mains d'un sénat et de deux juges ou suffetes k vie ; en même temps le peuple nommait aea magistrats et participait aux fonetiont iégislattvet.
jvaES.
ik étaient la première fois et les sénateurs tels qu'au commencement, fut toujours présentée, au nom de Jéhovah , comme un de ses grands bienfaits pour Tavenir (5).
Moïse est le premier juge. Il proposa pour son successeur Josué, fils de Nun, de la tribu d^Éphraïm,*qui n'était ni son parent ni son allié, mais qu'il avait reconnu doué des talens nécessaires pour Taccomplissement de l'entreprise. L'élévation du nouveau magistrat fut consacrée par une triple sanction, celle du sénat, celle du grand pontife, et la sanction du peuple qui, à l'heure où il prit le commandement, lui dit: «Nous consentons à t'obéir, sous condition que tu obéiras toi-même à la loi et que tu suivras la route tracée par Moïse (6). »
Si Josué n'avait pour lui que le passage à pied sec du Jourdain , les murailles de Jéricho et le prétendu soleil arrêté, de quel intérêt serait son histoire? Mais il fut yaillant à la guerre, il conquit la majeure partie de la terre-promise, il en traça le partage , il fit renouveler par le peuple sa libre sanction aux lois fondamentales , et sous ce rapport, on ne sera pas étonné de la vénération qui lui est accordée* Pourquoi ne désigna-t-il pas son successeur? il aurait empêché les tribus de tomber dans la grande faute commise par les Cananéens qui ne s'étaient pas défendus en commun,
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et leur aurait fait ériter peut-être le joug étranger.
Le troisième juge fut Hotniel , de la tribu de Juda, qui les délivira du roi de Mésopotamie* et qui procura au pays, pendant les quarante années de sa judicature, la plus parfaite paix. De son temps , vers la fin du quinzième siècle avant notre ère , les Pélopides arrivèrent de l'Asie Mineure à Argos, et donnèrent leur nom au Péleponèse : Minos régnait dans la Crète **.
Le quatrième juge Éhud on Aod , de la race Benjamite , présenta d'une main au roi de Moab le tribut auquel il avait assujetti les Hébreux depuis dix-huit ans , et de l'autre le perça de son épée. A la tête des guerriers d'Éphraïm , il chassa du territoire Tennemi, et quatre-vingts ans de repos furent le fruit de ses exploits (7).
* La Mésopotamie , entre FBuphrate et le Tigre , bornée au nord par rArménie, au midi par la Babylonie ^ pays de pâturages, séjour de tribus nomades.
** Vers le commencement de ce quinzième siècle , la colonie de Danaiis avait aussi passé de TÉgypteà Argos, et quelque temps avant Danans , Cadmua avait conduit les Phéniciens dans la Béotie, et jeté les fondemens de Thèbes. Déjà la lutte entre les Pélasges et les Hellènes , peuples différens, quoique arrivés tous deux de TAsie, 8*était terminée à Tavantage de ces derniers qui donnérent leur nom à la Grèce. Les Pélasges, poussés vers TOc' eidenti peuplèrent une partie de Tltalie , qui pritenaiiile le nom de Grande-Grèoe. La dix-neuviéme dynastie ré^ gnait en Egypte. ^
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Sanigar, le cinquième joge» remporta des ai^antages si^alés sur les Philistins; mais à sa morl, un roi de Canaan triompha des Israélites qui élevèrent à la judicature une femme d'une capacité et d'une yaillance peu communes, Tillustre et poétique Débora*'. Assise à Tombre d'un palmier sur la montagne d'Éphraïm et entourée des anciens et des chefs des tribus, elle leur donnait les plus sages conseils. Bientôt elle les appela tous aux armes; elle traça les dispositions militaires^*, combattit Siséra, chef de Tarmée ennemie, qui depuis vingt ans tyrannisait le pays, fut victorieuse et chanta sa victoire. Qu'il soit le fruit de ses propres inspirations , ou qu'on Tait écrit ou arrangé plus tard, son Cantique offre trop bien tous les caractères d'un poème, et il peint avec trop de majesté les mœurs du temps , pour que je le passe sous silence.
* Le nom de déhora sigoifie abeille,
•• Elle fit venir Barac fils d'Abinoam , et lui dit : <i De par rÉtemel, rassemble une troupe armée en la montagne de Thabor, prends avec toi dix mille hommes des enfans de Nephtali et des enfans de Zabulon ; Siséra , chef de Farmée de Jabin , sera attiré ver» le torrent de Kison , avec ses chariots et sa maltitude , et tu le tailleras en pièces. — J'irai , répondit Barac , à condition (^ue ti| seras avec nous. — Tu le veux, j'y consens, mais Thonneur de Taffaire ne rejaillira pas sur toi ; il appartiendra à une femme. » Jug. IV, tf , 7.
184 UTRB VI. — CHAP. I.'
« Israël est vengé; le peuple s'est porté de » bon cœur au combat. Bénissez l'Éternel ! Rois, » écoutez; Princes, soyez attentif! Je chanterai M Jéhovah , je psalmodierai en Thonneur du » Dieu d'Israél. O Tout-Puissant! quand tu sor- » tis de Séhir, quand tu passas à travers le ter- » ritoire d*Édom , la terre fut ébranlée , les » cieux se fondirent en eaux, les montagnes, s'é* » croulèrent, et le S inaï trembla en ta présence.
» Aux jours de Samgar , fils àe Hanath , et aux » jours de Jahel^ les grandes routes n'étaient » plus battues et ceux qui les fréquentent pre- » naient des chemins détournés. Dans la craiute n de Tennemi, les villes privées de murailles » restaient sans habitans , jusqu'à ce que je me » sois levée , moi Débora , moi-même , pour être » la mère d'Israël. A peine ce peuple avait-il » choisi des dieux nouveaux, que la guerre et la » servitude étaient à ses portes, qu'on ne voyait » plus ni bouclier, ni lance, parmi quarante » mille d'Israël.
» Mon cœur est aux législateurs du peuple qni » ont montré de la bonne volonté. Bénissez TE- » ternel. Vous qui montez sur desânesses blao- » ches, qui vous asseyez sur le siège de la ju- » dicature , et vous qni allez par les chemins , » parlez.
» La voix des archers ne résonne plus aux
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» lieux où l'on puise de l'eav. Qo^on s'y entre* » Uenne désoroiais des* justices de rÉternel, » qa'on s'entretienne de ses justices dans les vil- » les sans murailles : le peujrfe de Dieu descen* » dra aux portes.
» Courage! courage ,Débora, courage! Chante » le Cantique. Lève «toi , Barac fils d'Abinoam, » et amène les prisonniers que tu as faits !
» Nous sommes devenus les maîtres de ceux qui
» avaient de la renommée; l'Éternel nous a éle*
» vés au-dessus des plus forts. Éphraïm a com->
» mencé à lutter contre Amalec ; Benjamin est
» celle des tribus qui a marché ensnite ; de Ma-
B kir, sont descendus les législateurs; de Zabulon,
B ceux qui tiennent le stylet du scribe. Les prin-
» cipanx d'Issacar étaient avec Débora et avec
» Barac ;. Issacar lui-méuiie a été envoyé dans la
» vallée. Mais Buben n'a pas quitté les barres
» des étables où Ton entend les cris des trou«
B peaux; il y a eu chez lui de grandes divisions
» et de grandes hésitations de cœur. Galaad est
B resté au-delà du Jourdain , Da:n sur les navires ,
» Aser aux ports dé meretdanslesanfractuosités
B du rivage ; mais Zabulon a exposé son âme à la
B mort, et Nephtali s'est déployé sur les faau-
B teurs des campagnes.
B Les rois de Canaan ont livré bataille près
B des eaux de Méguiddo ; leur avidité pour l'ar-
189 LIYBS TΫ-^OHAF« !•
» gent et le butin n'a pas ^té salisfaîle. On a
« combattu des cieni, les étoiles même ontcom-
» battu contre Siséra, leur général : le torrent
» de Rison a emporté leurs cadavres. O torrent
» de Kison ! ô torrent de Kidoumîm ! mon âme
» a ioulé aux pieds la force; dans la rapidité de
» leur fuite , la corne des pieds de leui^s chevaui
» s*est brisée.
n Maudissez Méroz, a dit l'envoyé de TÉternel, » maudissez ses habitans qui ne nous ont pas » porté du secours. Bénie soit Jahel , femme de » Héber, par dessus toutes les femmes qui se » tiennent dans les lentes. Siséra épuisé de fait iigue a demandé de Teau ; elle lui a donné da » lait, elle lui a offert de la crème dans la coupe » réservée aux personnes distinguées. Mais bieu- 9 tôt saisissant un clou de la main gauche et le » marteau des ouvriers de la droite , elle a frappé i> Siséra à la tête pendant son sommeil , et elle » lai a ouvert la tempe. Il s'est courbé, il est 9 tombé à^es pieds; ti a été étendu sans mouve- » meot et tout défiguré.
» La mère de Siséra regardait par la fenêtre,
» et s'écriait à travers les treillis : Pourquoi son
» char tarde*t-il à venir? Pourquoi ses chariots
» vont-ils si lentement? Et les plus sages de ses
» femmes lui faisaient cette réponse, qu'elle s'a-
» dressait aussi à elle même : C'est qu'ib ont
n trouvé du butin ; cest qu'ils le partagent : une » jeune fille, deux jeunes filles pour chacun y des » yétemens de couleur pour Siséra, des véte- M mens de couleur, brodés des deux côtés , et » des orneniois pour le cou !..«.
» Qu'ainsi périssent, 6 Éternel, tes ennemis; P et que ceux qui t'aiment soient comme le soleil • qui se lève dans sa force (8)« »
Or le pays fut en paix pendant quarante ans , Ensuite Gédéon vainquit les Madianites , les Amalécites ,etune troupe considérable d'Arabes , qui depuis sept ans ravageaient la contrée. Dans l'excès de leur reconnaissance, ses concitoyens lui offrirent la couronne héréditaire. « Ni moi, ni mes fils, s'écria ce juge, ne devons dominer sur vous, que Jéhovah, que la loi seule soit votre maître. (9). » Mais un de ses fils plus ambitieux , Abimélec , à la tète de quelques vagabonds solides , entretint des intelligences avec les principaux de Sichem , à qui il proposa cette question : S'ils ne trouveraientpas meilleur d'être gouvernés par un seul homme que par soixante-dix? Bientôt il s'empara de leur ville , il fit mourir tous ceux qui mettaient obstacle à ses desseins, et il fut reconnu roi par les Sichémites , i qui Jotham ,un dé ses propres frères échappé au massacre, récita du haut de la montagne de Guérisim l'apo* logUe suivant :
188 LITRE TU — GHÀP. I.
K Un jour les arbres ayant résolu dé se donner un roi, furent en toute diligence Ters ToliTier et lui dirent : a Règne sur nous. » Mais l'olivier répondit : « Loin de moi de renoncer à mon huile exquise , agréable aux dieux et aux hommes , pour la royauté. » Ils firent la même proposition au figuier, qui préféra produire son fruit doux et savoureux ; à la vigne qui mit au-dessus de tout lavantagc de fournir le )us divin qui réjouit le cœur de Thomme. Enfin ils s'adressèrent au buisson épineux : a Viens et règne sur nous. — J'accepte, dit-il, mais puisque vous Toulez que je sois votre roi, accourez et retirez-vous sous mon .ombre : sinon que la flamme sorte du buisson épineux et dévore les cèdres du Liban (10). n
En e£fet , la discorde éclata bientôt entre les Sichémites et le roi ; on s'insurgea. Abimélec détruisit la ville, incendia le fort où s'étaient retirés ses adversaires. Mais au siège de Tébès, une grosse pierra lancée par une femme, du haut d'une tour où il allait mettre le feu , le frappa à la tête et ne lui laissa que le temps de donner à son écuyer l'ordre de le percer de'sonépée ; afin qu'on ne pût pas dire , que c'était de la main d'une femme qu'il avait reçu la mort (11).
Les autres juges furent suocessiTement : Tola, Ters la fin du treizième siècle , époque à laquelle correspondent la fondation de l'empire des Assy-
JD6E8.
riens, parNinus fils de Bel, l'expédition des Argonautes dans la GolGhide, et la guerre des sept chefs contre Thèbes , terminée par leurs fils , les Ëpigones ; Jaïr , de la tribu de Manassé; Jephté, contemporain de la guerre de Troie qui finit en 1184, et qui, ayant donné lieu à une foule de petits États de se réunir, fit de la Grèce un ensemble politique vivant. Ce juge fut témoin des plus sanglantes discordes entre les enfans de Galaad et les hommes d*£phraïm. Geux^i reprochèrent aux Gala^ites d'avoir traversé leur pays pou^ aller faire la guerre au roi d'Ammon , sans leur demander ni leur participation, ni leur consentement. Ils pei'dirent la bataille; et les vainqueurs, s'étant emparés des passages du Jourdain , forcèrent dans leur cruauté tous les fugitifs à répéter le mot ehibolet * (un épi) , avec lequel ils distinguaient les Ëphraimites qui ne savaient pas le prononcer autrement que iib,olety et soudain leur donnèrent la mort (12)^
Le juge Ibsan , de Bethléem , fut père dé trente fils et de trente filles. Le juge Ëlon était dé la tribu de Zabulon,et Abdon de la tribu d^Ephraïm.
* Ce mot signifie plutôt le bruit que font les éf^s agités par le ventj c'est pourquoi le livre de Job s^en sert pour épi (xxiY, 24), et les psaumes pour ruisseaux, à cause de leur murmure (ixix, 3, 16). B^autres Tout traduit par ornement du cou.
190 LITRE TX*«*~€HAF« I.
A âamort, les PhiU$iiti« soumirent lejMiys :alori parut Samson , THerciile des Hébreux | vers le milieu du siècle douzième , auquel con^espoudent les conquêtes de la Teuve de Ninus , Sémiramis. Il jugea tingt ans Israël. On cobnait les singulières actions qui lui sont attribuées : son désir de secouer le joug; le lion rugissant qn'il déchira comme un chevreatt ; son énigme tirée des abeilr les qui allèrent déposer leur miel dans la gueule de ce lion et qui firent succéder la douceur à la force; les trois cents renards qu'il attacha deuià deux par la queue ^ oTeo des flambeaux, pour mettre le feu aux moissons des Philistins f^la fameuse mâchoire qui lui servit de ceste contre mille hommes; et les portes d6 la Tille de Gâza qu'il emporta sur la montagne. Il éprouva plus cruellement encore que le héros grec le pouvoir des femmes sur les cœurs les plus intrépides. L'esprit de Dieu , qUi lui donnait tant d'énergie athlétique pour la délivrance du pays , ne l'empêchait pas de s'abandonner à des courtisanes. L'étrangère qu'il aima par dessus toutes les autres , surprit le secret de sa force > l'endormit sur ses genoux et le trahit. Mais sa mort fut aussi fatale que sa vie aux Philistins ; il s'ensevelit avec plusieurs milliers d'entre eux Sous les ruines d'un de leurs cirques (13)« Héli succéda à Samson , ou , selon l'avis de di-
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vers chronologistes , les travaux de hercule sacré ne furent qu'une épisode de l'époque où Técut ce magistrat. C'est en lui que le peuple réunit , contre le vœu de la constitution mosaïque , la judicattire ^t le pontificat suprême , qui forent de nouveau séparés sous Samuel. Mais l'histoire de ce dernier juge^ et la révolution politique qui s'opéra alors , sont de trop grande im* portance pour n'y pas consacrer un chapitre particulier.
199 UTU TI. — OHàP. u.