CHAPITRE IL
DB SAMrSL ET DE LA ROTAVTE.
Les idées généralement répandues sur le comple de Samuel sont fausses. Uœuvre de Vol* ney intitulé Samuel inventeur du Sacre des Roiê , est un contre *sens perpétuel.
Samuel fut-il grand-prétre ou seulement pré' tre des Hébreux , et agit-il jamais en cette qualité ?
Usurpa-Ml un pouvoir qui revenait légitimement aux enfans du grand-pontife Héli ?
Est-ce dans l'intérêt de la prétendue théocratie , et en vertu d'un titre usurpé ^ qu'il protesta contre la proposition qui lui fut faite d'établir un roi?
Est-ce en vertu d'un pouvoir usurpé , et contrairement à la loi , qu'il déposa Saiil et qu'il fit passer la royauté dans une autre maison ?
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La théocratie des modernes enfin , peut-eile tirer quelque avantage de son histoire ?
A toutes ees questions , Volney et la foule répondent affirmativement : je vais prouver le contraire par des faits irrécusables. Il n'est pas besoin de dire que j'écarte, pour le moment, tout ce qui tient aux mœurs de l'époque , et tout les accidens miraculeux sur lesquels je me suis déjà expliqué en parlant des prophètes.
Samuel, né d'un simple lévite d*Éprhaïm , comme le prouve sa généalogie (14) , fut voué au naziréat* qui imposait quelques observances spéciales et qui permettait aux citoyens de toutes les tribus de participer à certaines fonctions de la tribu de Lévi. Mais le naziréat conduisait-il au sacerdoce ? mais un simple lévite pouvait-il devenir pontife ? jamais. Les enfans d*Âaron seuls étaient sacerdotes, seuls ils pouvaient pré* tendre au pontificat. La k>i est expresse : « Les simples lévites n'appi*ocheront ni des vaisseaux du sanctuaire ni de l'autel (15). » Samuel en fut donc exclus par le droit; et par le fait , cette dignité resta dans la famille d'Héli jusqu'au règne de Salomon. Cela ne peut soulever le moindre nuage : jamais personne versée dans la matière
*Le juge Sam^on, dont je viens de parler, avait été, ^omme Samuel , voué dès son enfance au naziréat.
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n'a porté Samuel dans la succession des poniifes. Qu'on lise les chroniques : ce soni les fils de Phinée fils d'Héli qui se montrent fusqu à l'heure où la branche cadette d'Aaron est remplacée par la branche aînée (16). Qu'on lise Josèpbe ; il nous apprend que la dignité saceixlotale est toujours demeurée dans la famille d'Aaron , saos que nuls autres aient été reçus à l'exercer (17). Mais Samuel, a-t-on dit, sacrifiait les irictimes de sa propre main. — Il fit faire des sacrifices * ; il ne les accomplit pas lui-même; il ne pouvait les accomplir; c'était réseryé aux seuls sacerdotes: et si Moïse immola des victimes, c'est airant qu'Aaron fut institué , c'est pour l'instituer , car il n'existait pas encore de sacerdoce légal. Mais je veux admettre que Samuel ait exécuté lui-mérae les sacrifices : qu'en faudra-t'il conclure ? le contraire de l'opinion reçue. Il est incontestable que oet hébreu jugea le peuple; il est incontestable que des meml^res de la famille d'Aaron vivaient alors. En quoi auraient consisté les empiètemeos
* Dans les verbes hébreux il y a plusieurs sortes de conjugaison, Tune indique Taction, Tautre la répétition deTaction, celle-ci, Tordre de faire Taction. Ainsi le raéine mot, modlGé, signifie je frappe , je frappe fréquemment , j^ordon9e que Ton frappe, on je fais frapper ; un homme sacrifie , il ordonne qu'on fasse le sacrifice. Nous disons de même dans notre langue, j'ai bâti une maison, pour j'ai fait bâtir.
de la théocratie? en ce que le pontife se fât emparé d'une partie des fonctions du juge. Bien loin de là y c'est le juge qui s'empare d'une partie des fonctions du pontife. En supposant irrai le fait que je conteste, c'est donc sur la prétendue théocratie , et non de la part de la théocratie qu'il y aurait eu empiètBment.Et remarquez que la qua* lité de simple lévite qu'avait Samuel, loin de lui donner des droits, rendait son cas plus grave : rien d'aussi sacré que la hiérarchie dans les théo* craties réelles; la loi en faveur de la famille d'Aaron s'exprime d'une manière irrévocable , et ce n'est que dans l'absence complète de cette fa*mille, qu'un lévite aurait pu être appelé à la remplacer.
Mais enfin il était pontife , celui qui parlait toujours an nom de Jéhovah? nouvelle erreur. On a va que dans l'État tout se traitait au nom de ce Dieu, que ce nom appartenait au domaine public , et que l'emploi qu'en faisait légalement un fonctionnaire quelconque, ne prouvait en aucune manière qu il appartînt à la caste sacerdotale , ou qu'il travaillât pour elle.
Ainsi, Samuel ne fut jamais pontife: il fut juge, comme le teite l'indique à chaque page , chef politique de la nation ; do son temps vivait un grand-pontife éclipsé par la suprématie de ce magistrat de la république. On aperçoit donc
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aussitôt l'importance de ce premier fait , que Vol- Dey et tant d'autres ont matériellement altéré.
£t dans quelle série d'erreurs son idée dominante n'a-t-elle pas jeté ce philosophe*!
*Samuel, pris en grande amitié par le pontife Héli , fut élevé dans le temple. Mais ce vieillard avait deux fils, sujets de scandale pour tout le pays; ils s'emparaient dans les sacrifices d'une part des victimes , à laquelle ils n'avaient au6un droit ; ils couchaient , dit le texte , avec les femmes qui s'assemblaient par troupes à la porte da tabernacle. Leur père les réprimanda avec faiblesse : alors un homme de Dieu , un homme sévère d'Israël, lui adressa à lui-même de violens reproches. Ainsi , dit l'Éternel : «Je vous ai élevés à la sacrificature , j'ai déterminé les oblations auxquelles vous deviez prétendre, pourquoi vous étes-vous mal conduits? pourquoi en ton particulier as-tu honoré tes fils plus que moi-même, et as-tu souffert qu'ils se soient engraissés du meilleur des offrandes de mon peuple? C'est pourquoi ta maison qui devait marcher perpétuellement devant moi , éprouvera un autre sort. Tu^v,erras un rival dans le tabernacle, au temps où j'enverrai toute sorte de biens en Israël ; niil de tes descendans no deviendra vieux : je m'établirai un nouveau pontife fidèle, qui agira selon mon cœur et mon ame, et je lui édifiej'ai une mais<miiuo*
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branlable. » En effet Salomon, dit le IWre des rois, déposa Âbialhar, qui avait élé jusque là grand-pontife, et le remplaça par Sadoc; de sorte que la parole de l'Éternel fut accomplie, cette parole qu'il avait prononcée à Silo , contre la maison d'Héli (18).
Rien de plus précis que tout cela, et cependant . Volney se figure que ce rival, ce nouveau pontife, tout ce discours se rapporte à Samuel. Il va plus loin : pour accommoder les choses à sa pensée , il altère le texte , et au lieu de ces mots : « Je m'établirai un pontife fidèle qui agisse seK>D mon cœur et mon ame, et je lui édifierai une mtaison assurée », il ^rit ceui-ci , destinés à faire allusion au gouvernement de Samuel : « Et je me susciterai un prêtre selon mon cœiir et selon mon ' esprit, pour gouverner toute sa ifie (19). » La feûte est d'autant plus grande que Volney substitue la' raillerie à la dignité de l'histoire. Le juste effroi que lui causait la théocratie, est la seule raison^ qu'il puisse invoquer; Voltaire lui avait servi d'exemple. Mais qui oserait aujourd'hui suivre les traces de Voltaire, de cet esprit unique, comme le concours des circonstances au milieu desquelles il brilla; de ce génie puissant dont la' constante volonté fut de faire, ponr ainsi dire, table rase , dans Tintérét de la raison et de la fé-licité humaines!
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Mais quels éTénemens naturels portèrent Samuel à la judtcalare? voilà la deuxième question.
Elevé sous les yeux du juge-poutife , présent à toutes les assemblées des anciens qui aidèrent le juge de leurs lumières 9 s^os cesse occupa de la loi et des intérêts du peuple , Samuel , né avec du génie, attira bientôt à lui l'attention générale. « En croissant il ne se reçdit pas seulement agréable à Dieu, dit la Bible, mais aux hommes, à ses concitoyens. Aucune de ses parolesi ne tombait par terre, et ce fut bientôt uno chose reconnue d^piMS Dan jusqu'à Béersabée, que Samuel serait un JQur prophète de r|)ternel(20)»; capable de CQmiprendre ce que voudrait VÉternel pour le bien de tocs y par conséquent d'être chef da peuplQ.
Ainsi, c'est l'opinion publique qui le proclame 4'avance , et ses qualités personnelles qui sont la première cause de son élévation. Volney, en reconnaissant d'une manière formelle ces qualités mêmes, renverse de sa propre mi^in l'échaffaudage avec lequel il transforme l'ame d'un républicain sévère en un politique astucieux de nos cours modernes. Là où l'égalité de la loi existait, OÙ tous les citoyens avaient droit à toutes les fonctions, hors le sacerdoce, un homme de la trempe de Samuel ne devail-^il pas , par la forcq même des choses, par la volonté du Jéhovah
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comme par ia Tolonté da peuple , arriter A la plas haute mi^strature?
Dorant les derniers joiu*8 de la malheureuse jadicature d'Héli, ses fils , étrangers à ses vertus» afaîent péri dans la bataille. L'Arche sainte enf oyée par les anciens au milieu de Tarrnée , pour eiciter son courage y était tombée au pouvoir de reuuemi, et les Philistins avaient rétabli leur domination, qui durait depuis vingt ans, lorsque le peuple s'adressa à Samuel pour secouer le joug: «Renverses vos idoles, reveneK à rÉternel| k l'amour des lois et de la patrie, et fidtes publier une assemblée générale dans les plaines de Mispa.» Cest là qu'il exerce pour la première fois la judicature; il ordonne des sacrifices » il invoque le ciel, ranime la confiance , met en déroute les ennemis , les rejette hors des frontières , reprend toutes les villes perdues , et force l'étranger à demander la paix (31). Ensuite ses vues se tournent vers l'administration du pays» Il va chaque année se convaincre par lui-même comment la justice est rendue dans les divers districts dlsraél (22); il applique enfin tout son esprit, toute son ame i la chose publique. Voilà ses titres. Volney les récuse-t-il7 non.» On ne peut disconvenir que Samuel n^ait gouverné aûea ftudenoe ei taieni, fuiique tout le tempe de sofi àdministraiion fut paisibh au dedans et au dehors (lS).n
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. D(W3$ QQ âge avmicé, il crut peuvoif se reposer sur ses deux fils , de quelques uns des soins qu'il prenait; sa confiance et 'Celle du peunle furent trompées. Les anciens des tribus profitèrent de cette circonstance,. pour lui demander un roi à l'instar des nattons voisines. G'étatt au . commencement du onzième siècle avant notre ère , dans le temps même où, aprèis la mort de Codrus, •Athènes remplaçait par la république la royauté à laquelle elle avait été jusque là soumise. Les an- .cieos s'étaient persuadée 4 depuis les jours de Gédéon , qu un chef permanent et héréditaire les «protégerait mieux contre les ennemis : il ferait agir avec plus d'ensemble les forces militaires des tribus qui avaient été souvent asservies , parce que les peuples voisins s'étaient jetés sur chacune d'elles en particulier, et avaient assuré leur domination avant que les autres eussent joint leurs secours aux forces de la tribu attaquée. Ils n'aper- .cevaient que le bon côté de la chose. D'ailleurs .la simplicité des juges ne satisfait plus leur imagination. Mais quel rapport existaitril entre la conduite des fils de Samuel et l'établissement d'un roi? il fallait les punir et réparer leurs injustices. C'est ce que leur dit le juge : « Point de détour, il ne s'agit pas des personnes , vous en voulez à Jéhovah , vous exigez une nouvelle forme de gouvernement (24). »
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Mais ayant de rappeler sa détermination , soyons les articles de 1& constitution de Moïse relatifs i la royauté.
Le législateur laissa la faculté d'établir un roi, lorsqu'on serait en possession de tout le pays dont il aurait tracé les limites. Ce roi désigné , au nom de JéhoTahi par le conseil des anciens, sera approuvé par le pontife, et recevra Tinstitution du peuple* On ne le prendra point parmi les étrangers forains; on ne lui laissera que le commandement de la. force publique ; il conservera la simplicité première ; il n'accumulera pas des richesses aux dépens de ses sujets; il ne se livrera pas à ses passions ; il regardera tous les Hébreux, non comme ses enfans, car les enfans, après avoir été nourris par les pères, deviennent pères à leur tour, tandis que le roi reçoit tout du peuple qui -reste peuple sans cesse .^1 mais il les re-
* Jéhovah seul était considéré comme le père du peu* pie. C'est à quoi rÉvangile de saint Mathieu fait allusion, quand il dit : « N'appelez personne votre père , car vous nVezipi^un père qui est dans les cienx (xxtn, 9). Quand David parle à rassemblée générale , il se tient debout devant eux et leur dlt?'«c Heifirères et mon peuple, écoutei-moi. >• Sur ice fqndement les docteurs établissent que le roi devait rendre honneur à rassemblée sénatoriale; lorsqu'ils se présentaient devant lui , il devait se lever de <on sié^e et lés accueillir debout. ( Âctd rêgum. Voyaz ScMckatd,' été^Jtki rt^\ ^«»if ./p. 91 ).