‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 33 sur 67 · LITRB VI. — CHAP. IX · texte numérisé non relu

LITRB VI. — CHAP. IX

gardera comme des frères, des concitoyens, des égaux; enfin il respectera scrupul en sèment la loi, dont une copie exacte sera écrite de sa main , sous les yeux des sacerdotes , chargés de surveiller les copies qu'on tirait du livre original : s'il ne remplit pas toutes ces conditions, la couronne loi sera ôtée , et passera dans une' aàtre famill%\

Voici le texte même: « Quand tu seras entré dans le pays que TÉternel ton- Dieu te donne, que tu le posséderas et y demenrei^as , et qâe tu auras dit , « Je veux établir un rôi , à l'exemple de toutes les nations qui m'environnent » , tu ne manqueras pas d'établir celui que Jéhovah aura choisi, un de tes ffèï-cs , jatoâis wn étranger forain (nocri ) qui ne soit pas ton frère.

(( Ce roi> pour avoir beaucoup de chevaux, ne ramènera pas le peuple en Egypte , attendu qu^il vous a été commandé de ne pltis retourner par ce chemin. Il ne prendra pas beaucoup de femmes, de crainte que son cœnrn'en sort amolli. Il n'amassera p as beaucoup d'or ni d'argent. Quand il sera assis sur le trâne « il écrira pour son usage un donbb de cettd- loi , sur le livre gardé par les sacerdotes de la racé deLévi.€étle copie restera sous sesyêûx, ctiïyiîra touô les jours de sa vie , pour apprendre a craindre l*Éternel , pour se souvenir de toutes les paroles et de tous les statuts de la loi et iea exécater

CAMUiEL ET LA ROTiilITB.

Que son cœur sjurtout ne s'élèye jamais pa< orgueil au-dessus de ses frères , et qu'il ne s'écarte de ce commandement , ni à droite ni à gauche, afin de prolonger les jours de son règne et du règne de ses fiis en Israël (25). »

Quelles réflexions soudaines inspirent ces articles? Dira-t-on que par les mots, Je veuiP étor hUr un roi comme toutes les nations qui men^ vironneni^ lô législateur ait permis de prendre la constitution de ces nations mômes ? lui qui arait à cœur de former un peuple si différent ! D'ailleurs ces nations, dans leur gouvernement , offraient les caractères les plus divers , depuis le roitelet abisolu jusqp'à celui qui cédait mal-? gré son cœur , comme le roi des Philistins , à la volonté des chefs de son peuple. ^

Dira^t'on , sur cette phrase du chant symbolique de Jacob , « Juda est un jeune lion , il s est çauohé comme un lion dans sa farce , le sceptre ne lui sera point ôté (26) » que la royauté devait être accordée par privilège à un homme de la tribu de Judas ? mais le mot hébreu chebet^ qui signifie sceptre , verge , bâton , puissance ^ emporte ici un tout autre sens. Mais Moïse aurait-il ordonné de choisir le roi parmi les citoyens en général? n'aurait'il exclus que Tétranger du dehors , et le premier roi établi serait-il sorti delà tribu.de Benjamin? ,

LITHE VI. — CHÀP. tu

Dira-t-on que par ces mots, Vous étahlirez pour roi f homme que Jékovah votre Dieu awa choisi^ le choix du roi était laissé aux sacerdotes? mais on a TU que l'expression de la volonté de JéhoTah appartenait au conseil supérieur , aux citoyeos de toutes les dasses , et qu'elle n'était que confirmée par la magistrature sacerdotale.

Dira-t-on que l'autorité légitime du roi s'étendait plus loin que le commandement de la force publique ? Qu'il nous suffise ici de rappeler ces paroles de Fleury : « L'autorité des rois hébreux était très -bornée; ils étaient contraints d^obser- Ter la loi comme les autres particuliers ; ils ne pouvaient ni y déroger ni y ajouter. Il n'y a pas d'exemple qu'aucun d'eux ait fait une loi nouvelle (27). »

Dira-t-on que le roi ne sortait pas par le droit de la loi fondamentale , et par b fait du sein du peuple? le texte est là pour y répondre. Dirat-on enfin que la royauté n'était pas conditionnelle : que le roi ne pouvait pas être déposé, quand il manquait à la loi qu'il avait jurée? outre la lettre du texte, les faits vont décider cette question qui me ramène à Samuel.

« Vous voulez un roi , dit-il aux Hébreux , qui marche à votre tôte et qui vous juge ; mais songez à ce qui arrivera. Il prendra vos fils, les mettra sur ses chariots , les fera courir de^

êkmevL BT LA ftOTAvrit. 900

van t lot , les établira çhàfs de milliers d'hommes et de cinqnantaiDes, les emploiera à son labourage, a faire des ÎDstrumens de guerre et atout l'attirail de ses chariots. Il prendra vos filles pour le service de sa maison , s'emparera de vos vignes , de vos champs , des terres où sont vos bons oliviers ; et il dîmera vos moissons , vos vendanges , vos troupeaux, pour les donner à ses ennuques et à ses serviteurs. Il vous enlèvera pour lui-même vos propres serviteurs, vos Servantes , Télite de vos jeunes gens et vos bestiaux. Alors vous serez ses esclaves et vous errerez , à cause du- roi que vous vous serez donné; maïs, en ce jour Jéhovah ne vous exaucera point.... Vous persistez ! Je proteste contre votre dessein , et cependant , tout irrité qu'il est , Jéhovah m'ordonne .de vous obéir (28). »

Que prouva cette scène imposante ? Est-ce la théocratie , ou bien un homme convaincu que la royauté la plus bornée engendrerait dans l'état des choses plus d'inconvéniens que d'avantages; ouïe droit qu'avait la nation, malgré son imprudence , de modifier le gouvernement ?

A la vérité quelques docteurs , entre lesquels Maimonide , vivement repoussé par Lévî-Ben- Guerson , Abarbanel et- Kimki , ont prétendu que les paroles précédentes , loin de rei^^ermer

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UTKB YI.^^CHAF. II»

des nienaoes prophétiques # sembUbies aux me- «aces prononcées ^r Moïse, et qui se sont réalisée» comme elles , étaient l'expresision des droits accordés au làouveau roi sur ses sujets. Quelle erreur? .Quoi, Seimuel, qui no veut pai de roi , qui mettra tous ses efforts à imposer un frein au pouToir ro^al ,; aurait' dans le méoie instant improvisé pour lui "des droits, subversifs -de la loi tout entière^ ! Quoi, il rauratt rendu piaîtré de la personne^ et des biens de tous , tandis que le roi ne doit pas s'élever par or- (;ueil au-dessus à% ces frères , -tandis que les propriétés sont inaliénables, et qu'Acbab ne put «btenir que par un meurtre le champ de Fïa« both ! Enfin n'ont-elles pas tous les caractères prophétiques, ces dernières paiîoles àoxqueUes les Hébreux aveuglés refusèrent dé croire ; u. Alors vous sei'ez ses esclaves , et vous crierez en vain

*' On «'est fondé sur ce que Sainjucl irrité leur dit : « Vous le voulei, eh bien ! voici le droit du roi qui régnera sur vous. Mais il est évident, comme Tobscrvent les rabbins cités' plus haut, que cela signifie. « Voici les droits qu*usurperà le roi qui régnefrs t aûv vous. »■ ta. Vulgate et tous les théologiens l'entendent ainsi.. Gei}S qui soutiennent le contrairei otit été obligés d'établir pour faits légaux^ les faits mémos qui sont la réalisation de la prophétie. Maimonide, ayant un grand nombre de fortes idées à faire passer, cédait, je crois, au temps, pour quelq[ues autres. ' ' .,,•,'

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conti*e le roi que vous vous serez donné * ? » Le rabbin Abarbanel. qui, dans le quinzièma siècle de. notre ère, fut successivement ministre de quatre rois chrétiens *'^y justifie en ces termes l'opposition du juge : « Un roi absolu n'est nullement nécessaire à un peuple ; rien au contraire de plus pernicieux qu'un seul homme puisse tout faire avec impunité. On a prétendu qu'il fallait à un empirç Tunité sans partage, la perpétuité i Timmutabililé et le pouvoir absolu. Mais ne peutrron.rconcevoir un pçuple gouverné par un certain nombi^e d'hommes réunis en un conseil çx>aimun,, qui dictât les çiesures d'administration publique ( ne peut-on concevoir que ces hommes

époques pi If s. éloignées -, qu'ils eussent une puis- ' *

* Mais les Juifs aveuglés veulent changer leurs lois , Et Dieu , pour les punir, leur accorda des rois. f OKI iiVt%\ Beautés de ia Bible.

*• jSfé à Lisbonne vc'rs le milieu da quinzième siècle (1437); intendant des fii^ances d*Alphonsé Y roi de Porti|giil,(de f ecdwandrbe-C^tbolîque roi de Gastille , d< f erdinand-^l^-BÀtard-i^oi, d^ Napks, d'Aljphonse II son successeur , qu^il n^abandonna pas lorsque les Français l'eureut chassé de son royaume. Après la mort de ce roi, il s'établit en Italie et fut pris pour conciliateor dans (les affiiîrts de 'commerce 'par le roi de Portugal et la répu^lx^ede Ycniae.' Il a commenté 1^4 Uvrçs; sacréii liQiiiiuitjtii «^ défei^M tou^ç à tj^ur ^imoi^de.

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sance iimilée par des lois et par des règlemens?.. N'esti-il pas probable qu'un seul homme, entraîné par son ignorance , sa colère et ses autres passions ( car il est dit que la colère d'un roi est la messagère de la mort), tombera plus aisément dans la prévarication qu'une assemblée d'individus qui se ramènent les uns les autres dans la bonne voie?... Considérez les faits mêmes; jetez les yeux sur les États soumis à des rois absolus... Voyez au contraire les États régis aujourd'hui par des juges ou par des chefs élus , ils n'ont pas de rois, et chez eux la justice est renplue à tons, dans l'ordre le plus convenable... C'est donc nue chose bien étonnante , que certains auteurs aient pu s'oublier jusqu'à comparer l'unité d'un roi, dont l'élection dépend de la volonté des hommes , avec l'unité et l'éternité de Dieu , dont le nom soit béni, et qui existe nécessairement (2d.)i Comme juge, président du grand-conseil, Samuel dut chercher avec ses collègues l'homme convenable. Ses yeux se portèrent sur SaCd , fils de Kis , par deux raisons naturelles : l'une, que Saiîl , appartenant à une des moindres tribus et à une famille plus considérée par ses vertus privées que par sa fortune , ne serait pas disposé à s'enorgueillir; l'autre, d'un grand poids chez les anciens, qu'il avait la prestance imposante qu'on regardait comme un attribut nécessaire dès faé-

BàMCML BT LA ftOYAQTB. S09

ros. « G*6tait un jeane homme d'élite, superbe, à qui nul aubre des enfans dlsraêl ne pouvait être comparé; car il les dépassait tons de toute la téte(dO.)»

Laissons le moyen auquel Samuel eut recours pour l'attirer au lieu où il donnait une fête publique , et l'adresse avec laquelle le serviteur du jeune homme seconda ses vues (31.) Saûl, courant avec ardeur après ses â^ses perdues , passa d'un canton à l'autre , et , giiroé par son serviteur, arriva en présence du grand-juge et de trente citoyens des plus respectables du pays. Il reçoit dans le festin, à son grand étonnement, la place et le morceau d'honneur ; il a ensuite une longue conférence avec le juge , qui , le lendemain , à l'heure de son départ , lui verse sur la tête une petite fiole d'huile pure, et le baise, en lui disant : « Jéhovah te donne l'onction , pour que tu sois le conducteur de son peuple. »

Cependant ce juge fait publier une assemblée générale, pour connaître sur qui tomberait définitivement le choix de Dieu. N'est-ce pas une déception ! s'est-on écrié. Samuel avait déjà présenté Saiïl comme roi futur à un certain nombre de citoyens, il lui avait accordé Tonction, et maintenant il va feindre de consulter l'oracle, et faire tomber le sort sur l'homme de son propre choix! Qu'on y prenne garde ; Samuel , je le ré-

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