CHAPITRE III
La. population doit être envisagée sons un triple point de vue : naturel, politiqne et domestique. Après avoir rendu par ces mots : « Croîs et multiplie », la première impulsion donnée à l'homme, quand le globe terrestre encore désert demandait la présence de Tespèce humaine comme son plus bel ornement, Moïse établit que la grande population de rÉtat serait la conséquence et la preuve de sa plus haute prospérité.
Nul doute , comme Font dit de savans économistes y que la population ne soit proportionnée aux moyens de subsistance et d*existence ; nul doute qu'il ne soit absurde de prétendre influer sur elle , par des primes accordées aux nombreuses familles, et par d'autres mesures de ce genre. Ce n'est point ce que fit Moïse; les moyens d'exis-
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tence ne sont produits que là où les lois ne mettent pas d^entraves a la liberté de Thomme, et nous avons tu que ses lois protégeaient cette liberté autant que pouvaient le permettre le temps et la position des Hébreni. Certes , il n'entre pas dans ma pensée de chercher dans les siècles reculés Toiigine de la science de l'économie politique I qui a commencé presque sous nos yeux 9 mais il est juste de reconnaître que le législateur ne sépara jamais l'idée de la population, de l'accroissement des moyens d'existence. La preuve est que, lorsqu'il retrace les avantages qui résulteraient de l'exécution de sa loi , il s'écrie : « Tu prospéreras à la ville et aux champs > le fruit de tes amours sera béni, et le fruit de ta terre , et le fruit de ton bétail, et de ton grenier , et toutes les oeuvres de tes mains, n Et quand il retrace les effets d'une conduite mauvaise: «Bien ne te réussira ni dans la ville, ni aux champs ; le fruit de tes amours et de ta terre, les œuvres de tes mains , tout manquera à la fois. »
Quelle que soit de nos jours la nécessité pour les individus, de prévenir par la restreinte une fécondité qui n'est point en harmonie avec leur position particulière , la nature même des choses exige que l'accroissement des populations soit un des objets constans du législateur. Si elle est fayorisée par l'accroissement des subsistances ,
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la population favorise à son tour cet accroissement même. Elle pousse Thomme vers les idées les plus exactes d'ordre et de justice : car il faut, sur un terrain oùle nombre d'habitans augmente, tirer de chaque place le meilleur parti possible, proportionner chaque chose aux besoins généraux, et revenir sur des emptètemens qui , au premier abord, avaient paru sans conséquence. Qu on jette les yeux sur les État« despotiques, on n'y rencontrera que solitudes; que Ton considère l'Europe , quels progrès n'a-t-elle point fait depuis qu'une impulsion forte a rompu les entraves qui pesaient à la fois sur la liberté, Tindustriç et la multiplication de Tespèce? Sans doute la population peut souvent être trop grande, par rapport à certaines organisations sociales, et à certaines localités. Mais qu'elle soit toujours trop grande , comme le prétend M. Malthus , cela est impossible à admettre. Les conséquences de ce principe seraient redoutables. Avant d'attaquer la population de quelque manière que ce soit, il faut attendre qu'il n'existe plus un coin de terre habitable ou susceptible d'être mieux fécondé. Qui sait alors si, dans le genre humain, comme dans l'homme, la faculté de se propager, après avoir en son accroissement et sa station , n'aura pas son décroissement naturel? « Que la terre soit bien cultivée, disait Pénélon à une époque
OÙ il y avait un grand mérite à exprimer dételles pensées, elle nourrira cent fois plus d*habitans qu'elle n'en nourrit.. Elle ne manque pas aux hommes, tandis, que les hommes insensés se manquent à eux-mêmes en la négligeant; ils ont devant eux des terrains immenses qui sont vides et incultes, et ils renversent le genre humain pour un coin de cette terre si négligée (47) ! »
Malgré le respect recommandé envers les vieillards, le jeune Israélite aurait répondu comme le Spartiate au vieillard célibataire : « Je ne me lève point devant toi, car tu n'as pas d'enfans qui se lèveraient un jour en ma présence. » C'est pourquoi l'on éloignait du grand-conseil et de toute fonction publique l'homme reconnu incapable de devenir père : c'est pourquoi Moïse s'était gardé de faire renoncer son sacerdoce aux douceurs de la paternité, an lien qui attache le plus fortement le citoyen à l'État.
Mais , dans les derniers siècles de la république des Hébreux, il se forma quelques sectes imitées de l'Orient, chez lesquelles le célibat fut considéré sons un tout autre aspect. Telle était la secte essénienne, dont je parlerai dans la suite, et surtout les thérapeutes, véritables moines juifs qui prirent racine en Egypte.
Les commotions que l'exercice des sens imprime à la machine humaine , et leur influence
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sur la pensée y avaient depuis iong-temps porté les esprits contemplatifs à conclure qu^ine chasteté entière enrichirait TinteUigence de toute rénergie qui semble se perdre dans les transports de Tamour. Le catholicisme a suivi cette trace ; et comme toute grande conception , quelque imparfaite qu'elle puisse être, emporte toujours des empreintes de vérité, il n'estpas difficile de découvrir les aperçus raisonnables qui le guidèrent.
La division par classes qu'il avait admise , à Tinstar des anciennes théocraties de l'Inde et de rÉgypte , suppose l'intention d'établir une division générale des travaux de la société. La propagation de l'espèce forme un de ces grands travaux de la machine sociale ; lequel embrasse non seulement la production des nouveaux êtres, mais l'ensemble des soins matériels nécessaires pour les faire croître convenablement. La masse occupée à accomplir cela était suffisante; il pouvait donc exister une parcelle de la société qui s'en dispensât, afin de se livrer avec plus de liberté et d'ardeur aux travaux intellectuels et moraux que la nature des temps réclamait. On connaît les éminens services rendus aux lettres et aux sciences dans le moyen^âge , par des corporations religieuses qui s'arrachaient aux affaires d'un monde barbare et turbulent, pour suivre
dans la solitude leurs méditations et leurs recherches; et rien ne serait plus" injuste que de ne pas proclamer hautement Theureuse influence que le clergé catholique a exercée à diverses époques sur le moral de Thumanité.
Mais Yoici la part de l'erreur. On établit comme condition indispensable d'une classe organisée, un vœu qui devait être laissé au libre arbitre des individus; un voeu qu'on ne peut pas , sans une excessive témérité, faire dans un âge de la vie , pour tous les âges futurs. On ne distingue pas dans le rapprochement des sexes , ce qui tient , pour ainsi dire , au travail public , de ce qui est besoin personnel, d'avec ce qu'il faut regarder comme moyen d'impulsion et d'excitation , même pour le moral et pour l'intelligence. Enfin, et c'est ici l'accusation la plus grave , loin d'adopter le vœu de célibat comme une véritable division de travaux, on l'accueillit comme division d'intérêts , et l'on sépara l'homme de l'homme , non pas pour en faire l'instrument d'une haute production intellectuelle, mais pour le rendre étranger à tous les sentimens de la nature, et le façonner de la manière la plus profitable à un triste système d'ignorance, de fanatisme et d'oppression. Alors les contradictions , qui sont la suite inévitable d'une combinaison de principes mal liés , parurent au grand jour, et sans parler des
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effets politiques , ou vit bientôt une démoralisation plus profonde, une fainéantise plus décidée et un abaissement plus sensible de Tintelligence , dans les États mêmes où les classes célibataires obtinrent le plus d'extension et le plus d'honneur.
Quant au célibat des femmes , il peut être , de même que celui des hommes, le résultat de con- Tenances ou de goûts personnels. Mais pour elles encore plus que pour eux, il y a un contresens social à le réduire en une profession avouée. Ce n'est pas à la mort, mais au célibat , d'après les docteurs , que Jephté voua sa fille : et ce sacrifice parut si extraordinaire, que pendant deux mois entiers elle parcourut avec ses compagnes les montagnes de Galaad, pour pleurer le droit dont on allait la priver de devenir épouse et mère. Pour peindre une époque de dépopulation et de ruine, Isaïe s'écriait: « Jusqu'à sept femmes diront à un seul homme, accorde-nous au moins de porter ton nom, afin d'échapper à l'opprobre qui nous menace. »
Les ■ enfans de Jacob arrivés en Egypte , au nombre de soixante-dix couples, formèrent-ils dans trois ou quatre siècles une population de deux millions d'ames ; ou s'est-il glissé des altérations dans le texte? c'est une question que j'abandonne à la sagacité du lecteur. Mais le re-
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censément fait sons le règne de David prouve que le peuple hébreu s'élevait à treize cent mille hommes au-dessus de vingt ans , plus de quatre millions d'ames. Les divers recenseinens publiés de nos jours assurent, terme moyen, rexistence d'un nombre égal , peut-être même supérieur , d'Israélites répandus sur tout le globe. Or, en se rappelant la foule qui a péri autrefois , soit dans les discordes civiles, soit dans les invasions étrangères, la foule qui est tombée sous le fanatisme religieux ou qui a passé à d'autres croyances, on est forcé de reconnaître que Tacite, parmi ses nombreuses erreurs sur leur compte, a eu raison de leur attribuer pour caractère essentiel : Generandi amor , tnoriendi coniempius ; l'amour de la paternité , le mépris de la mort.
Dans les temps antérieurs à Moïse , le père jouissait d'une puissance absolue sur les enfans. A Rome il pouvait battre son fils, le vendre à quelqu'âge que ce fût , même quand il était marié, enfin le tuer. Celte loi des Douze-Tables reçut, il est vrai, de grandes modifications, mais le principe ne changea point. On regarda toujours les enfans comme appartenant à leur père, comme dépendance de son bien.
Le législateur hébreu posa des limites raisonbles à l'autorité paternelle, il lui ôta tout droit de "vie et de mort. C'est au grand-conseil seul qu'il
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appartenait de juger le fils rebelle , et pour le mettre en accusation, il ne suffisait pas qne le père ou la mère l'eussent dénoncé , il fallait que tous deux se présentassent ensemble (48); or, cette garantie^ sans parler des autres garanties ordinaires de la justice et des formalités minutieuses exigées pour ce cas particulier , était sans contredit exclusive de tout abus.
Le père ne pouvait dépouiller son fils du patrimoine. On sait que la propriété foncière qui forme l'héritage de la famille ne s'aliénait jamais d'une manière absolue. Il avait la faculté de disposer des biens-meubles, ou des propriétés achetées à charge de restitution , et de les faire passer par donation sur la tète d'autrui, mais non pas sur la tète d'un de scis fils, aux dépens des autres* Seulement la jurisprudence lui accorda de rendre aussitôt le fils favorisé propriétaire de sa portion propre, et curateur de celle de ses frères qui rentraient plus tard dans tous les droits qu'on lira au chapitre des successions. Selon ne permit qu'à ceux qui n'avaient pas de postérité de faire un testament. Chez les Romains la faculté de tester n'avait pas de bornes, attendu que le père, qui pouvait vendre ses enfans , pouvait à plus forte raison les priver de ses biens (49).
A tout âge un fils hébreu aurait du refuser à son père l'accomplissement d'un ordre contraire
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à la loi : « Que le fils qui voit son père commettre des fautes y prenne garde , et ne fasse point de choses semblables, ditÉzéchiel;.... qu'il suive les commandemens , qu'il reste dans la loi , et il ne sera point coupable (50). »
Le père enfin ne fera pas durement peser son pouvoir sur ses enfans. Il les corrigera avec zèle, en s'efforçant de leur rendre aussi doux que possible le chemin de la vie, attendu que les voies de la sagesse ne sont que prospérités (51).
La puissance paternelle cessait de droit à la majorité, qui était de deux espèces pour les garçons : Tuqe, à treize ans,rendaitle jeune homme actif dans la société , capable de contracter sous les yeux du père, et lui imposait l'observation scrupuleuse de tous les préceptes de la loi ; l'autre, à vingt ans, donnait le caractère de parfait citoyen. L'exemple le plus remarquable du droit qu'on leur reconnaissait, estcelui du jeune Tobie; il contracte un mariage qui devait plaire à ses parens, mais sans avoir besoin de leur permission (52). .
La nature du climat avait fait fixer la puberté des filles, à douze ans et demi. « Alors ces jeunes citoyennes, dit M. Pastoret , appartenaient plus particulièrement à la société , qui réclamait d'elles l'exécution d'un devoir, auquel la puissance paternelle n'avait ni le droit ni la possibilité de
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les soustraire (53). » Elles devenaient propriétaires du fonds et de Tusufruit des biens qui leur arrivaient par hérédité ou partout autre moyen légal. « Le père administre ces biens , dit la jurisprudence , mais il n'en consomme pas les fruits (54)», afin qu'il ne soit poussé par aucune raison à mettre un retard illimité au choix de l'époux.
Le principal devoir national consiste à inspirer aux enfans Tamour des lois de la patrie. Mais pour aimer les lois , il faut les connaître, et pour donner aux enfans cette connaissance et cet amour, il y a un moyen sûr, c'est que les pères l'aient eux-mêmes. Peu de jours après sa naissance Tenfant recevait le caractère indélébile dont je parlerai plus tard. Au sortir du berceau on hii apprenait à lire et à écrire. C'était une obligation pour tout Hébreu d'écrire, au moins une fois dans sa vie , le livre de la loi {pS) ; bien différent en cela du Spartiate qui restait dans une complète ignorance, et des peuples modernes où la loi religieuse se transmettait dans une langue inconnue à l'immensité des citoyens , où la loi civile et politique leur semblait une chose tout-à fait étr an gère- Les lévites, entre autres, s'occupaient à enseigner la loi : cela formait une partie naturelle des fonctions conservatrices auxquelles on les
avait voués. Mais loin que ce devoir fut un pnvilége exclusif, on accordait le plus grand honneur aux hommes zélés qui , sous le nom de maîtres , s'appliquaient à instruire le peuple. Parmi les nombreuses sentences, je ne citerai que celleci, de l'auteur des Proverbes ; elle mériterait d'être écrite sur toutes les portes des universités : i( Achète la vérité , s'il le faut , mais ne la vends point (56), »
Lorsque l'enfant avait dépassé sa cinquième année , le père le conduisait dans les assemblées pour qu'il entendît lire la loi et discuter sur les choses d'intérêt public. Après ses dix ans on devait le mettre aux règlemens de jurisprudence, aux développemens des choses qui n'étaient qu'indiquées dans les cinq livres. A quinze ans il comparait les opinions diverses, il discutait et proposait lui-même sdn avis. Enfin , dix-huit ans était l'époque ordinaire de son mariage (57). Toutes ces obligations n'excluaient pas les autres études; témoins Salomon et les Sages de son temps. Mais on devine que les nombreux détails des lois, des coutumes , des cérémonies, surtout quand elles eurent pris une fausse direction , et qu'on les eut encombrées de frivolités, durent avoir ce fâcheux résultat de détourner les yeux de l'observation immédiate de la nature, et de s'opposer à de grands progrès scientifiques. Le
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principe général pour rinstmction nationale était très-bon ; les applications en furent mesquines , et souvent très-mauTaises.
Indépendamment de ces études civiques, il était ordonné de rendre les jeunes gens propres à la plupart des exercices utiles. On a vu leurs jeux guerriers ; et quelle que fût la fortune des pères, ils devaient une profession à leurs fils, car le travail est d'obligation pour tout Israël : car l'homme qui ne fait pas apprendre un état quelconque à ses enfans , agit, disent les talxnudistes , comme s'il les élevait au brigandage (58).
Les filles instruites sous les yeux maternels passaient dès Tâge nubile à l'état de femmes, tt Que jamais leurs pères ne les donnent pour épouses à des vieillards, ce serait les prostituer (59). n
Moïse recommande dans les mêmes termes le culte filial et celui que Ton doit à l'Éternel ; il promet pour tous deux la même récompense :
« Honore ton père et ta mère, afin que tes jours soient prolongés sur la terre. » — « Pour honorer son père et sa mère, disent les docteurs, il faut ne jamais prendre leur place ; ne point contrarier leurs discours , ni les appuyer avec affectation ; il faut les conduire dans leur âge avancé, et accomplir tout ce qui peut leur être utile on leur plaire. Lorsque les parens manquent de bien,
et que les enfans en ont acquis , ils leur en doivent une part convenable (60). » Enfin , après ayoir consolé leur vieillesse, ils reçoivent leur bénédiction , ferment leurs paupières et les accompagnent au champ du repos pour les réunir aux ossemens de leurs aïeux.
Âh ! combien sont touchans les derniers mo« mens de Jacob et les exhortations du vieux Tobie ! On apprend sa maladie à Joseph , qui accourt avec ses deux fils. Le vieillard se lève sur son séant , et ayant reporté son souvenir vers Ra-* chel , Tobjet de ses plus chères amours , il fait approcher les jeunes gens , les embrasse , et posant les mains sur sa tête de l'un et de l'autre , il les bénit. La famille entière Assemblée reçoit aussi ses conseils et sa bénédiction. « Enterrezmoi, je vous prie , leur dit-il , dans la caverne de Macpéla où reposent mes pères. » Alors il retira doucement ses pieds dans le lit , et il expira. Joseph se jeta sur lui , et le couvrit de ses larmes ; ensuite l'ayant fait embaumer, selon la coutume égyptienne , il le porta dans la caverne entourée d'arbres où son père avait souhaité d'être mis. «O mon fils! dit Tobie, prends soin de m'ensevelir, et garde-toi de dédaigner ta mère. Honorela tous les jours de sa vie ; ne lui cause aucune affliction ; fais tout ce qui lui sera agréable , et n'oublie jamais les dangers auxquels tu l'as expo-
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sée quand elle te portait dans son sein** A sa mort, dépose-la auprès de moi. N'entre point dans le chemin de Tiniquité; sois charitable san» orgueil , et en proportion de tes biens ; ne mépriser point les enfans de ton peuple; ne fais jamais à un autre ce qui te révolterait pour toi-même; recherche le conseil du Sage, et bénis TËternel (61). Mais il est une dernière vertu a exercer, bien difficile, la résignation dans le malheur, Quoique la mort soit la conséquenee rigoureuse du mouvement même de la vie , quoique son nom sorte sans cesse de nos lèvres, la vérité qu'il exprime ne s'offre que sous une forme confuse à notre esprit. Les anciens se familiarisaient davantage avec elle. Au milieu des festins TÉgypte ne manquait jamais, dit-on, de faire apparaître un' cercueil. Pourquoi en serions-nous épouvantés? pourquoi les couleurs les plus sombres nous semblent-elles attachées à cette heure inévitable? Serait-ce le regret qui nous saisit d'avoir mal consumé des jours qu'un ordre naturel des choses aurait pu rendre délicieux? Il est des peuples qui célèbrent le départ de la vie comme une fête ; de quel poids leur cœur ne s*est-il pas soulagé! Le soleil se lèvera-t-il moins beau le lendemain du jour où nous ne vivrons plus? la verdure des champs paraîtra-t-elle moins brillante, et la place que nous occupons r este ra-t- elle vide long-temps?....
Mais se séparer d'un objet chéri ; mais le Toir ex* pirer sous nos yeux par un coup imprévu; mais tendre vers lui des bras d'où il s'échappe pour jamais!... Oh! que bienheureux est celui qui peut alors pleurer avec abondance !
Le fîls que David avait eu de Bethsabée tomba dangereusement malade. La douleur de ce père est impossible à décrire; il ne mangea plus; il restait couché par terre toute la nuit , priant en sa faveur; au septième jour Tenfant mourut : ses serviteurs tremblaient de le lui apprendre. Soudain il change de vétemens , il court au temple , et à son retour il accepte les alimens qu'on lui présente. «J'ai pleuré, s'écria4-il^ j'ai prié tant que l'enfant pouvait m'étre rendu : à quoi serviraient maintenant et les cris et le jeûne. C'est moi qui vais vers lui ; il ne reviendra plus vers moi (62)!»
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