CHAPITRE m
JUGEMENT ET OORDAltlIATXOll DE JESUS.
ÂPRES l'exposé de la justice, je Tais en suivre l'application dans le jugement le plus mémorable xte l'histoire , celui de Jésus-Christ. J'ai déjf^ dit les motifs qui me dirigent , et le point de vue sons lequel j'aborde la chose; j'ai déjà montré qu'aucun titre chez les Juifs ne mettait à l'abri d'un décret d'accusation. Que la loi fût bonne ou mauvaise, que les formes fussent bonnes, ou mauvaises, ce n'est plus ce que j'examine ; qu'on doive plaindre l'aveuglement des Hébreux de n'avoir pas reconnu un Dieu dans Jésus, ou qu'on puisse s'étonner qu'un Dieu en personne qui aurait voulu se faire comprendre n'ait pas été corn* pris, ce n'est pas ce que j'examine. Mais dès qu'ils ne découvrirent en lui qu'un citoyen , le jugèrent*ils d'après la loi et lés formes existantes ?
voilà ma question , qui ne peut donner lieu à aucune équivoque. C'est dans les Évangiles mêmes que je puiserai tous les faits, sans me demandef aucunement si toute cette histoire n'a pas été développée après coup , pour servir de forme à une doctrine nouvelle, ou à une ancienne doctrine qui recevait une nouvelle extension.
Jésus naquit d'une famille peu fortunée : Joseph , son père putatif, s'aperçut que sa femme était grosse avant même qu'ils eussent été ensemble. S'il l'eût appelée en jugement, dans le cours ordinaire des choses, Marie, d'après l'article 2S du chapitre xxii du Deutérpnome, aurait pu subir une condamnation , et Jésus , déclaré illégitime, n'aurait jamais, en vertu de l'article d, chapitre xxiii, siégé dans le haut-conseil (S4). Mais Joseph qui, pour ne point déshonorer sa femme , avait pris la résolution de la renvoyer secrètement, eut bientôt un songe qui le consola (85).
Après avoir été circoncis , Jésus granditcomme tous les hommes , se rendit aux fêtes solennelles , et déploya de bonne heure une sagesse et une sagacité surprenantes. Dans les assemblées du jour de repos, les Hébreux avides de la polémique à laquelle donnait lieu l'interprétation de la loi, aimaient à l'entendre. Mais bientôt il s'éleva à des trfivaux plus importans : il prononça, des
censures contre des villes entières^ Giq[>harDftûm 5 Corosaïm , Bethsaïde (86). Rappelant les temps des isaïô et des Jérémie, il tonna contre les cheCi du peuple avec une véhémence dont on s'ëpou«» Tanteraît de nos jours (87). Le peuple alors se plaît à le considérer comme un prophète(88); on Tentend prêcher dans les campagnes et dans les \illes sans que personne y mette obstacle; on le Toit s'entourer de disciples , a l'exemple de tous hommes savans de l'époque : quel que soit leur ressentiment, les chefs se taisent, tantqullreste dans le droit.
Mais Jésus , en présentant des idées noutellés, en donnant de nouvelles formes à des idées dé^ répandues, parle de lui-méoye comme d'un Dieu; ses disciples le répètent, et la suite des évène-^ mens prouve avec la dernièr'e évidence qu'ils Tentendaient ainsi *. C'était un horrible blasphème aux yeux^ des citoyens : la loi commandç
* L'expression fils de dieu était d^nn usage ordinaire chez les Hébreux, pour marquer Thomme d'une haute sagesse, d'une haute piété. Ce n'est point dans ce sens que s^en servait Jésus-Christ ; elle n'aurait pas causé une si vive sensation. D'ailleurs, si on allait prétendre, pour en faire un sujet d'accusation contre ces mêmes Hébreux, que Jésus ne se proclamait pas dieu d'une manière expresse, on s'exposerait de leur part à cette réponse : pourquoi donc le croyez- vous?
84 LIVBB iy«<— GHAP. UI.
de ne s'attacher qa*à JélioTah, Tunique; de né croire jamais à des dieux de chair et d*os , ayant ressemblance d'homme ou de femme ; de ne pas écouter, de ne pas épargner le prophète qui, faisant même des miracles , annoncerait un dieu nouveau, un dieu queux et leur père n'auraient point connu (89). Jésus en effet ayant dit un jour: •t Je suis descendu du ciel pour faire toutes ces choses » , les Juifs qui jusque là lui avaient prêté attention murmurèrent et s*écrièrent : « N'est-ce point Jésus, fils du charpentier Joseph et de Marie? nous connaissons son père, sa mère et ses frères, pourquoi donc dit-il qu^il est descendu des cieux (90). » Un autre jour , les Juifs irrités par la même cause prirent des pierres et le menacèrent; Jésus leur dit : « J'ai fait devant vous de bonnes œuvres par la puissance de mon père, pour laquelle de ces œuvres voulez-vous me la* pider? — Ce n'est pour aucune bonne œuvre « lui répondirent les Juifs qui rendent en quelques mots tout le procès , mais à cause de ton blasphème; car étant un homme ^, tu tb fais Dieu (91). n
* Voilà le fait aussi nettement établi que possible ; et remarquez qaHI n^y avait eu jusque là ni prévention ni inimitié dans Fesprit de ce peuple, puîsqu^cn avait écouté Jésus avec la plus grande attention , puisqu*on ^^avait pas mis la moindre hésitation à reconnaître en lui tout
JUGfiMBlIT DE JlteirS. 80
Son langage n'était pas tovjour» clair. Souvent ses disciples eux-mêmes ne le comprenaient point. Parmi ses maximes , dont les unes offraient la plus grande douceur, il s'en présentait que les Hébreux, qui n'étaient frappés que de leur sens naturel , jugeaient criminelles. « Ne pensez pa« que je suis Tenu apporter la paix sur la terre , je ne suis pas venu y apporter la paix, mais l'épée; je suis venu séparer l'homme d*aveç son père, la fille d'avec sa mère, et la belle-fille d'avec sa belle-mère. L'homme aura pour ennemis ceux de sa propre maison : il faut quitter pour moi , père , mère, frère, sœur (92). » Enfin , s'il faisait des miracles devant certaines personnes du peuple, ses réponses aux questions des docteurs étaient en général évasives (93).
Sous le rapport politique , il eccasionuAit des dissensions (94). Un grand nombre de gens de mauvaise vie qu'il avait l'intention de ramener au bien , mais qui inspiraient des craintes au conseil national, se rangeaient autour de lui (95); ses discours les flattaient d'autant plus qu'il prononçait des anathèmes contre les riches. « Sachez , leur criait-il , qu'il est plus aisé à un chameau de passer par le trou d'une aiguille , qu'a
ce que le droit pub^ permettait d'y reconnaître, c'està-dire un prophète , un homme bien inspiré.