LITRE. V. CHAP. II
m Le loup, disent métaphoriquement les prophètes, ne mangera plus l'agneau; le léopard vivra avec le chevreuil (32)»; tandis que lès hommes n'ont pas cessé de se dévorer entre eux ; que la servitude se rencontre partout sur la terre; que l'absence des peines et le bien-être sont loin de se faire ressentir à l'universalité des humains. Mais laissons parler la doctrine hébraïque ellernérae.
c( L'anéantissement de toute tyrannie, la liberté, la paix formeront la principale différence entre le
mohde actuel et les temps du Messie Israël
vivra en paix avec toutes les nations , qui lui témoigneront de la déférence à cause de sa droiture et des choses miraculeuses qu'il aura accomplies * Dans ces temps là, dont il est impossible
de déterminer l'époque, il n'y aura plus de famine, plus de guerre, plus d'ambition cruelle, plus de procès ni de pénibles discussions : la félicité coulera abondamment de toutes parts,et tous les genres de délices serontaussi communs que lapoussière..< Nous ne croyons pas cependant qu'il y ait une égalité absolue de richesses, ni une égalité absolue
* On con<^oit comment Timagination des rabbins a pu broder ce principe; et comment ils ont été conduits à se faire une large part dans le monde futur, pour se dédommager des peines et des avanies que leur prodiguait le monde présent.
NATIONS ÉTRANGEBES* 181
de puissance ; mais les choses seront disposées de manière à ce que en travaillant modérément on obtienne un très-grand résultai... Nous ne pensons pas non plus que Tabondance des récoltes, . et toutes les richesses , et le bon vin , et la musique , soient le seul objet à remplir ; mais comme il faut pour la perfection de Tintelligence^a perfection du corps, et comme on ne peut pas s'adonner aux choses spéculatives , quand on est sous le poids du besoin et de toutes les contrariétés de la vie , il y aura daus ces temps là de bonnes mœurs, beaucoup de sagesse, beaucoup de droiture^ des , assemblées d'hommes justes et une connaissance parfaite de TÉternel (33). »
Après avoir défendu sévèrement les traités ; d'alliance avec les peuples de Canaan, Moïse a donné lui-môme l'exemple des conventions avec les nations étrangères et de Féquité rigoureuse qui devait y présider. L'histoire hébraïque offre une foule d'alliances extérieures; et les actes de cette espèce de diplomatie sont des renseignemens curieux pour apprécier la politique du pays et surtout les mœurs du temps.
La discussion textuelle des envoyés die Jephté auprès du roi d'Ammon ne manque ni de fermeté ni de mesure : u Quand vos ancêtres montèrent du pays d'Egypte , leur dit ce roi , ils s'emparèrept ! d'une partie de mon territoire depuis le torrent
182 LIYBE. V,— ^CHAP. II.
d'Amon jusqu'au torrent de Jaboc et même jus* qu'au Jourdain ; maintenant donc , rendez-le-moi de gré à gré. — Tes plaintes manquent de fondement, répliquèrent-ils; il n'est pas Trai que nos ancêtres se soient emparés de ton pays; au contraire , lorsque les rois d'Édom et de Moab nous eurent l%fusé le passage, nous fîmes un grand circuit pour ne pas entrer chez eux, et nous dépéchâmes des envoyés au roi des Amorrhéens.
Mais il crut devoir nous combattre; nous fûmes vainqueurs, et telle est l'origine de notre conquête. Nous l'avons faiteaunomdu Jéhovah notre Dieu, et elle nous appartient, comme celles que tu as faites au nom de Kémos ton dieu t'appartiennent à toi-même. D'ailleurs une possession de trois cents anis confirme notre droit. Vainement le roi de Moab a voulu nous chasser; songes-y donc : nous ne t'avons offensé en rien , et ce n'est pas une bonne action que de nous menacer de la guerre : si tu persistes , que rÉternel, le juge des batailles, juge aujourd'hui la cause des enfems dlsraêl et celle des enfans d'Ammon (34). »
Ces mêmes Ammonites, du temps de Saiil, assiégèrent la ville de Jabès; et lorsque les habitans leur eurent proposé une capitulation , leur roi répondît qu'il traiterait alliance avec eux, à cette condition, qu'illeur crèverait à tous l'œil droit (35). Saiil lui fit chèrement payer ce projet. Cependant
HÂTIONS ÉTRAHGiRES. 183
les relations amicales se rétablirent plas tard avec David : les deux rois s*unirent assez étroitement. Après la mort du roi des Ammonites , celui dlsrael décida aussitôt d'envoyer des hommes de sa maison à son fils et son successeur, pour lui offrir ses complimens de condoléance et lui donner des marques d'affection semblables à celles qu'il avait reçues du feu roi (36). Mais la gloire de David, qui venait de triompher des Philistins, des Moabites et d'une grande partie de la Syrie , avait réveillé dans Tâme des principaux Ammonites des sentimens de rivalité et de haine ; ils poussèrent le jeune roi à une démarche funeste. On s'empara des ambassadeurs, et, sous prétexte qu'ils avaient plutôt le dessein d'explorer le pays que d'apporter des paroles de consolation , on leur fit Toulrage le plus sanglant; on leur rasa la tête et la barbe, on leur coupa les habits à moitié du corps et on les renvoya isoudain. Ils n'osèrent se présenter à Jérusalem , et de Jéricho ils écrivirent le traitement qu'ils avaient essuyé (37). Le cri de guerre retentit de toutes parts : les Syriens jaloux de reprendre leur supériorité accoururent en grand nombre au secours des Ammonites ; mais rien ne résista aux armes hébraïques qui , pendant tout le règne de David, furent invincibles.
On a vu les alliances de Salomon avec lés peu* pies étrangers, surtout avec les Ty riens et les
LIVUE. T. — CPAP. H.
Egyptiens. Quand les royaumes dlsraêl et de Juda se furent formés, chacun s'efforça d'attirer dans ses intérêts les rois de Syrie et d'Egypte pour accabler plus facUernent son adversaire ; insensés! qui ne voyaient pas qu'ils travaillaient en même temps à leur propre destruction. L'argent et l'or furent prodigués pour s'attacher ces dangereux auxiliaires. Des prophètes s'élevèrent avec véhémence contre une si funeste politique; Anani censura de toutes ses forces le roi Asa, arrière -petit-fil s de Salomon, qui avait donné l'exemple , et il mérita l'honneur d'être opprimé pour la cause de la vérité et du peuple (B8). Bientôt les rois étrangers demandèrent ce- qu'on ne leur offrait plus , et les princes juifs furent obligés de réunir leurs efforts pour opposer quelque résistance. Vers l'an 900 avant notre ère , cent cinquante ans avant la fondation de Rome , Ben-HAdad II , roi de Damas , ayant réuni sous ses ordres une foule de petits rois syriens y une nombreuse cavalerie et des chariots, envoya des messagers à Achab , septième roi d'Israël depuis la scission. Ils lui parlèrent en ces termes : u Ainsi dit le roi de Syrie : ton argent et ton or sont à moi, tes femmes aussi et tes plus beaux enfans* « Le roi d'Israël consentit à se soumettre ; mais le lendemain les messagers se présentèrent de nouveau, tt Outre ton argent, ton or, tes enfans et
NÀTXOaS ÉTRANGÈRES. 135
tes femmes, le roi notre seigneur veut qv'on fouille dans ta maison et dans celle de tes serviteurs, pour en emporter ce qui lui plaira.,» Achab n'était coupable que d'une grande fcdblesse de caractère : sans les conseils et Tempire de sa femme Jézabel, il aurait déployé des vertus. Les anciens et le peuple furent soudain assemblés ; il leur exposa rextrémUé à laquelle oui le réduisit : «Ne complais pas à cet homme y s'écria-t-on d'une . voix unanime »; et quand les ambassadeurs, re« : venus pour prendre sa détermination, lui dirent , avec jactance , « que sa. capitale réduite en poussière ne suffirait pas pour remplir le creux de la main de toutes les troupes que leur roi conduisait», il leur fit. cette réponse digne des pli^ beaux, temps de l'antiquité : a Ce n'est pas quan4 on endosse les armes qu'il faut être fier; c'est . quand on les quitte (39). »
Deux cents ans après, sou$ le règne d'Ézé.cbia.s, troisième roi de Juda, deux ambassades, d'une importance majeure et d'une nature tout opposée ocicupèrent vivement le pays. Les rois d'Assyrie; développaient leur plan de s'emparer de tous Içs bords de la Méditerranée : Tiglat-Piléser avait détruit, pendant le règne du prédécesseur d'Ézéchias, le royaume de Damas, et Salmanazar venait d'anéantir, le royaume d'Israël. Senn^chérib^ qui lui succéda^ résolut une expédition en Egypte
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Il tira d'abord un gros tribut du roi de Jnda, qui espérait par ce moyen détourner ses armes. Mais l'Assyrien fit marcher de grandes forces, et comme les Hébreux se disposaient à se défendre, il leur envoya trois de ses capitaines. Lorsque ces ambassadeurs furent devant Jérusalem , près de l'aqaéduc du haut étang, qui touchait au chemin du Champ-du-Foulon, ils s'arrêtèrent et appelleront le roi. Le grand-maître du palais^ le secrétaire et le directeur des registres sortirent de la ville. « Rendez nos paroles à Ézéchias : ainsi a dit le grand roi , le roi des Assyriens , quelle est votre présomption de vouloir vous opposer à moi! Sur quoi comptez-vous ? sur l'Egypte ; mais l'Egypte est un roseau fêlé ; elle percera la main de ceux qui se hasarderaient à la prendre pour appui. Sur vos troupes ? mais le roi , notre maître s'oblige i vous donner deux mille chevaux , si vous pouvez fournir un égal nombre d'hommes capables de les monter. Sur votre Dieu? mais les dieux des nations les ont-ils secourues? Les dieux d'Arphad, de Sepharvaïm , de Samarie , ont-ils arrêté le succès de nos armes? Peuple juif, ajoutèrent-ils, en se servant toujours de la langue judaïque, et sans écouter les envoyés hébreux qui les priaient de parler en syriaque afin que le peuple n'entendît pas toutes ces menaces de dessus les murailles; peuple juif, c'est à toi que nous nous
HATIORS ÉTBAHGEBES. 187
adressons! N'attends rien d'Ézéchîas; tourne-toi du côté du roi d^Assyrie , il te donnera un pays aussi bon que celui que tu possèdes (40). n Mais le peuple, se conformant aux ordres qu'il avait reçus , ne répondit rien : et bientôt T Assyrien orgueilleux eut à déplorer la perte de son armée.
L'autre ambassade curiva deBabylone, chargée de présens pour le roi. Ézéchias , ravi de cela , leur découvrit avec ostentation ce qu'il avait de plus précieux; des ouvrages en or et en' argent, des aromates, ses trésors, ses arsenaux, et tout ce que renfermaient sa maison et sa cour. Isaïe censura soudain cette faiblesse. N'était-ce pas assez de la propension qu'avaient les peuples orientaux à marcher sur l'Occident, sans y ajouter encore l'appât d'un riche butin ? « Viendra le jour, lui dit-il , où toutes ces choses , tout ce que tes pères ont amassé sera enlevé au profit de Babylone; où ta postérité elle-même servira dans leur palais les rois de ce pays (41), »
Juda Machabée fut le premier des princes juifs* qui demanda aux Romains leur amitié , de* venue bientôt fatale au peuple d'Israël. Ses am* bassadeurs dirent au sénat : « Jnda, ses frères et
* J*ai souvent parlé des princes Machabées qa^on ne confondra pas avec les sept frères Machabées martyrs : ils n^ont rien de commun que le nom.
1% LIYBE. V. — GHAF* II.
le peuple juif nous ont envoyés pour traiter aU iiance avec vous, pour que vous nous receviez au nombre de vos confédérés et amis, n Et les Romains les agréèrent (42). Le livre des Machabées renferme aussi les fragmen3 d'unecorrespondance avec Sparte, On les a déclarés apocryphes ; mais en supposant qu'il n'existe aucun rapport entre les deux peuples; que les premières colonies^ qui, durant Tépoque de Moïse débarquèrent dans la Grèce, n'eussent emporté aucun souvenir de rÉgypte , d'où elles étaient sortis comme les descendans de Jacob et d'Abraham; en supposant que Lycurgue , qui voyagea dans l'Egypte et dans laPhénicie, après le règne de Salomon, pour s'informer des lois, n'ait pas entendu parler des lois si remarquables de ce pays; en admettant mémo que ces fragmens soient totalement controuvés, ils suffisent, dès que le peuple hébreu ne les désavoue pas, pour déterminer ses principes. « Jonathan, souverain pontife, le conseil de la nation , les sacerdotes et le reste du peuple juif, à ceux de Sparte leurs frères , salut Nous désirons renouveler notre ancienne amitié et fraternité, afin de ne pas devenir étrangers à votre égard*. Nous
* La copie du message vrai ou faux , envoyé par un roi de Sparte dont le nom est défiguré, comme cela arrive souvent dans les livres sacrés » s'exprime en termes qui ont bien quelque chose de laconique :
« Arius , roi de Sparte , k Onias , souverain sacrificateur ,
HATIONS ÉTBAICGEBES* 139
nous souvenons de vous dans nos sacrifices et nos fêtes solennelles, et nous nous réjouissons do votre gloire. Nous avons enduré beaucoup d aiSlictions, et soutenu plusieurs guerres. Toutefois nous n'avons point voulu donner de peines, dans ces malheureuses circonstances, à nos confédérés et amis; le Ciel est venu à notre aide, et nos adversaires ont été humiliés. Nous avons donc choisi Numénius et Antipater pour renouveler avec les Bomaîns notre ancien traité; en même temps nous les avons chargés de se rendre auprès de vous pour vous saluer et vous porter nos lettres (43).»
L'établissement des Hébreux était à peine accompli, que la politique exigeait une solide alliance entre ce peuple, la Syrie , la Phénicie et rÉgypte. Alors toute la ligne de la Méditerranée se serait trouvée défenaue, etles puissances orientales ne leur auraient pas imposé le joug. Le nom de Syrie, chez les Hébreux, Arain, embrasse une étendue qui varie suivant les époques, et dans laquelle la Palestine , la Phénicie , et tous les pays
salut. Il s^est trouvé écrit que les Spartiates et les Juifs sont frères descendus d* Abraham ; à cadse de cela , vous ferez bien de nous apprendre, dans qael état vous êtes. Vos possessions et vos bétes soijit à nous ; les nôtres sont à vous ; c^est pourquoi nous avons ordonné qu^on vous le déclarât. » {1 Machabées , xii.)
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environnans sont souvent confondas. On peut la regarder, en général, comme borliée à l'orient par TËuphrate; à Toccident, par la Méditerranée; au midi, par le Liban et la Palestine; au nord, par le mont Taurus : ce qui embrasse à peu près cent vingt lieues de long sur cent de large. La Phénicie, comprise dans cet espace , touche à la Palestine , et s'étend entre le Liban et la mer. Le principal fleuve de la Syrie est l'Oronte , qui du sud-est vase jeter dans la Méditerranée, et àFembouchure duquel fut bâtie, par les successeurs d'Alexandre, une des deux villes du nom de Séleucie. La Syrie ancienne était primitivement gouvernée, de même que les pays de Ghanaan, par une foule de petits rois dont les États se bornaient à une ville , et qui exerçaient un pouvoir plus ou moins rapproché de la démocratie ou du pouvoir absolu. Soit par des confédérations , soit par des conquêtes , ils formèrent des royaumes plus con sidérables, dans lesquels les divers princes conservèrent long- temps leur domaine particulier, en se reconnaissant vassaux d'un principal roi. C'est la marche ordinaire des choses ; cela est arrivé de la même manière dans la formation de tous les empires modernes : on dirait une espèce d'application des lois générales de l'affinité qui rapproche les élémens des corps, les unit, les sépare , les réunit encore , jusqu'à ce qu'il en soit ré-
VATIORS ÉTEAIIGEEES* 141
suite un ensemble plus ou moins parfait, qui devient à son tour élémentd'une plus grande masse. Les principaux royaumes de l'ancienne Syrie furent Gessur, Hamat, Soba et Damas; les deux derniers plus importans <pie les deux autres.
De Josué jusqu'à David la possession du territoire avait été le principal objet de la nation bébraïque : elle ne l'avait acquis que par lambeaux, et on les lui disputait chaque jour. David déplaça la question : non seulement il compléta, à peu de chose près , le plan primitif de conquête, mais il abattit les États agresseurs. Son rival le plus redoutable était Hadadézer roi de Soba, qui aspirait à la domination de toute la Syrie ; il détruisit ses armées. Son empire s'étendit jusqu'à TEuphrate ; de sorte qu'on a mis en doute si c'est pour user de la faculté que lui laissaient les instructions mosaïques , qu'il y porta ses limites , ou si c'est a cause de l'événement même qu'on a inséré plus tard les détails du Pentateuque. Pour mieux régner en Syrie, il épousa la fille du roi de Gessur, il prit sous sa protection spéciale le roi de Hamat , et il conti*acta amitié avec le roi de Tyr (44). Cette ville, Sidon , Béryte , Biblus , Âradus "^ , formaient les principautés de la Phénicie. La suprématie ,
* Le nom de Tripoli fut origiuairement donné à la réu< nion des trois villes, Tyr, Sidon et Aradus.
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après avoir appartenu à Sîdon passa à Tyr qui , dans ses changemens de goavernemenl , suivit un ordre inverse de celui des Hébreux. Ceux-ci avaient substitué, vers l'an 1100 avant notre ère, des rois à leurs juges ( chopkétitna) ; celle-là, six cents ans plus tard , substituades juges ou suffètes à ses rois. On sait à quelle grande antiquité les Phéniciens prétendaient* : leurs divinités , Baal , Astarté ou Vénus , Thamuz ou Adonis et beaucoup d'autres, représentaient principalement la lune et le soleil, et avaient donné naissance aune foule de pratiques dont ce n'est pas ici le lieu de parler. Ils inventèrent, dit-on , les caractères de récriture; et j'ai déjà signalé leurs manufactures, leur grand commerce et leurs colonies.
Salomon semblerait avoir été guidé par les mêmes vues politiques, lorsque d'une part il resserra les liens avec le roi de Tyr , et que de l'autre il prit en mariage, dans les premières années de son règne , une princesse égyptienne. Mais les vices intérieurs de son administration lui firent perdre sa prépondérance extérieure. Un soldat heureux monta sur le trône de Damas , qui par-
* A plus de trente mille ans. Peut-être que le nouveau gouvernement quils établirent , après la prise de Tyr par Nabuchodonosor , ne fut qu^un retour à un gouvernement plus ancien. ^
NATIONS ÉTBANoiRES. 1^
vint bientôt au plus haut degré de puissance. Il s'iagraudit aux dépens des deux royaumes de Juda et d'Israël , dont la séparation et la folle inimitié avaient été fomentées surtout par les rois d*Égypte. Benhadab II et Hazaêl sont les rois syriens de Damas qui jouent le rôle le plus important. L'antiquité de leur ville était grande, puisqu'elle exis-r tait avant Abraham , et que l'historien Hécatée attribue a ce patriarche d'y avoir pendant quelque temps gouverné.
Dès que les rois assyriens eurent renversé ce royaume , Talliance aurait dû se resserrer d'autant plus entre l'Egypte et le peuple hébreu, que ce dernier avait à y gagner un appui formidable ; que l'Egypte trouvait par là le moyen d'élever entre elle-même et les puissances orientales un rempart qui empêcherait les souverains de la Babylonie de conduire leurs soldats jusqu'à ses por- . tes. Mais leur prévoyance n'allait pas si loin ; ou plutôt il fallait que le flusc et le reflux des peuples s'accomplissent, que l'Orient tombât sur l'Occi* dent qui le refoulerait à son tour. Dans la première irruption des Assyriens ( vers 771 ) , Phul leur roi s'était contenté d'un tribut, et avait servi la tyrannie de Ménahem roi d'Israël : dans la seconde ( en 7^0 ) , le royaume de Damas fut anéanti: 'dans la troisième (731), celui dlsraèi qui avait laissé apercevoir ses desseins de se con-
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fédérer ayec TÉgypte, subît le même sort. SaU manazar,pour mieux s*a.ssurer le pays, emmena captifs les habitans * , et y transplanta des colonies persanes et médes. A la quatrième iiToption, sans une peste qui frappa probablement son armée , Sennachérib aurait détruit Juda et peutêtre soumis rÉgypte. Les généraux de son successeur ravagèrent la Syrie , et de nouvelles colonies occupèrent le pays des Hébreux.
Une révolution s'opéra en Orient; les Assyriens furent abattus par la puissance chaldéenne qui s'éleva à Babylone, la splendeur de leur capitale Ninive s'évanouit pour jamais. Le pbaraon Néco songea alors a prévenir son ennemi, à porter la guerre en Asie. Josias seizième roi de Juda , qui avait beaucoup à se plaindre de lui , voulut s'opposer à son passage , quoique Néco lui assurât que ce n'était pas contre son royaume, mais contre Babylone que ses efforts se dirigeaient. Josias périt dans la bataille. Au lieu de réparer le malheur de cette guerre , de s'attirer la confiance de la Palestine et de la fortifier, le vainqueur lui imposa des tributs , et plaça sur le trône , aux dépens du roi que le peuple juif avait
* Déjà , dans rirmption précédente , Tiglat-Pfléser avait transporté en Assyrie une partie des habitans qu*il avait subjugués. «^
HATIOES ÉTEJilfGiaES. 145
établi, le frère de ce roi dont il espérait une soumission plus grande (45). Mais dans une nouvelle irruption , le roi Nébucadnézar ou Nabuchodonosor-le-Grand mit TÉgyptien en déroute et lui enleva toutes ses conquêtes d'Asie. Une sixième , une septième irruption dirigées par le même monarque soumirent Jérusalem, prévinrent une alliance tardive avec le pbaraon , dont Tarmée accourue au secours de cette capitale essuya encore une défaite , ruinèrent la Judée et préparèrent aux successeurs de Nabuchodonosor la conquête entière de TÉgyple.
Ainsi plusieurs siècles se sont écoules pour le développement d'une idée simple de sa nature , savoir, que la position même de Ninive et de Babylone inspirait à leurs maîtres de s'enrichir des produits dés deux mers. Tous les actes, toutes les agitations , tous les combats , toutes les fautes de la Syrie, de TÉgypte, de la Palestine , ont concouru à ce résultat, parce que ce résultat lui-même se liait au développement. d'une idée, ou d'une nécessité plus universelle, je veux parler du choc, du mélange, de la composition et de la décomposition des peuples , pour arriver à l'ensemble bannonique que doit former un jour l'humanité.
Avec ces données, on concevra sans effort les prophètes jaffs qui, jugeant par inspiration du
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particulier an général , attachaient les mêmes effets aux mêmes causes. Suivant eux, le dé£aut d'équité , de raison, d'ordre, d'équilibre, entraînerait la ruine d'Israël : il en arrivera de même aux nations; elles se précipiteront les unes sur les autres et disparaîtront de la surface de la terre , mais le peuple hébreu restera , parce qu'il porte dans sa loi tous les élémens de justice et d'équilibre , et que la force principale qu'il en retire, quoique se trouvant détournée du but par ses erreurs, ses intérêts, ses passions, joints aux circonstances extérieurs, résistera a toutes les forces contraires et finira par les absorber.
Certes, on ne peut s'empêcher de reconnaître beaucoup de grandeur dans tout cela : beaucoup de majesté dans ces hommes dont la pensée va, comme une flèche invincible, frapper, à travers les siècles , les dynasties et les nations ; dont la voix solennelle sonne tristement leur agonie et leur fin, et dont les chants se plaisent, pour ainsi dire, à se promener sur des ruines, parce que de tous ces édifices ruinés qui, dans les temps de leur plus grande splendeur, n'avaient pas mis à l'abri leurs habitans, doit sortir un édifice solide oijL Tbomme savourera en popL toutes tes douceurs de la vie. Avec quelle abondance d'images, quelle énergie, quelle pétulance ne se jettent-ils pas, par exemple, sur r||gypte dont
HATIONS ÉTHAHGÈaES. 147
on a va la politique faible et étroite laisser accabler Israël et Juda par les Assyriens. Écoutons dVbord Isaïe. « Voici la charge de TÉgypte.
Jéhovah va monter contre ello, sur une nuée légère; les idoles trembleront, le cœur de TÉgypte lui manquera. L'Égyptien combattra TÉgyptien , chacun son frère , chacun son ami , ville contre . Tille, royaume contre royaume. L'esprit de TÉ*gypte s'est dissipé ; elle n*a plus de bon conseil; je la livrerai à un maître rigoureux , à un roi ei*uel..... Son fleuve tarira , ses canaux resteront à sec , ses digues seront rompues ,... ses prairies disparaîtront, ses manufacturiers en fines étoffes seront désolés.... ses principaux ont perdu la raison, les plus sages du conseil du pharaon divaguent ; ils lui répètent qu'il est le fils des sages , le fils des anciens rois? Fais les donc venir maintenant ces sages-là et qu'ils te déclarent, s'ils le savent, les décrets de TÉternel contre TÉgypte. Un esprit de renversement est répandu sur elle; on la prendrait pour un homme ivre qui se roule dans l'ordure (4Ç). »
« Préparez le bouclier et Técu, disposex-vous pour la bataille , s'écrie à son tour Jérémie , lorsque le pharaon Néco, après avoir opprimé la Judée , marcha contre le roi de Babylone ; harnachez les chevaux, que les cavaliers les montant ; convret^vous du casque , affilez vos laçces ;
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revêtez les cuirasses. Mais que vois-je! VcttroX 8*empare d'eux; ils tournent le dos; les hommes forts de l'Egypte sont mis en déroute ; ils fuient en toute hâte san:? regarder derrière : la frayeur de rÉternel les a environnés. L'homme léger à la course ne s'échappera point, l'homme fort ne trouvera pas de salut; ils sont renversés vers l'Aquilon auprès du fleuve d'Ëuphratc. Qui est celle-là, qui s'élevait comme un fleuve dont les eaux sont agitées ? l'Egypte. Elle disait : je couvrirai la terre , je détruirai les villes et leurs habitans ;.*... mais voici une journée de vengeance, où répée s'abreuvera de sang et sera rassasiée : voici un sacrifice à l'Étei^nel des armées près du fleuve d'Ëuphratc. Cours en Galaad, ô vierge fille de l'Egypte , et demande du baume; mais ta multiplierais en vain les remèdes; il n'y a pas de guérison possible pour toi (47). »
Enfin le violent Ézéchiel trouve sur le même sujet de nouvelles images. « Fils de l'homme, m'a dit l'Éternel, tourne ta face vers TÉgypte, et prophétise contre le pharaon et contre son royaume. Parle-leur ainsi : C'est à toi que j'en veux , pharaon , roi d'Egypte , grande béte aquatique qui te tiens couchée au sein de tes canaux, et qui te contentes de dire : le fleuve est à moi; je me suis fait moi-même. Eh bien ! je mettrai des crochets dans tes mâchoires , j'attacherai à tes écailles tous les
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poissons qai vivent dans tes eaux, et je tous tirerai tous ensemble hors du fleuve ; je vous étendrai sur le sable du désert ; vous y tomberez de tout votre poids; et je vous livrerai aux bêtes de la terre et aux oiseaux des cieux , pour qu'ils vous dévorent : car vous n'avez eu envers la maison d'Israël, que la consistance du roseau; quand elle t'a pris dans la main , tu t'es rompu et tu lui as percé jusqu'à l'épaule; quand ils se sont appuyés sur toi , tu as cassé , et tu les as fait tomber a la renverse (48).
La pensée dqs principaux Juifs transportés en captivité à Babylone, fut de se faire bien valoir à la cour où le roi les avait admis; de gagner l'esprit du monarque, et d'obtenir par la faveur, la liberté qu'ils n'avaient pu conserver par les armes. Daniel, qui était du sang royal, obtint la pins brillante destinée dans cette période. Qu'on juge le despotisme asiatique. Nabuchodonosor eut un songe qui l'agita beaucoup ; à son lever il le perdît de mémoire. N'importe; il fait appeler ses mages, ses astrologues , ses enchanteurs, sesChaldéens, et il leur impose de lui donner l'interprétation du songe qu'il a oublié. En vain ces diverses compagnies lui expriment l'impossibilité de la chose; le roi le veut, et, s'ils n'y réussissent pas, un décret général d'extermination punira leur ignorance. Le décret est lancé : Daniel demande