‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreu (volume 3)Chapitre 19 sur 60 · UYBE V. — CHAP. II · texte numérisé non relu

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un sursis; il réfléchit avec trois de ses compagnons versés comme lui dans les lettres et la science, et une inspiration de la nuit lui apprend ce qu'il doit faire. Deux partis se présentaient, ou de deviner le songe oublié, ou d'influer assez fortement surTesprit du despote, pour lui persuader qu'il avait songé la chose qui lui serait racontée. « Grand roi, lui dit Daniel, tu as vu en songe une immense statue éclatante , qui se tenait debout devant toi, et qu'on ne pouvait regarder sans frémir. Sa tête était d'un or très-fin , sa poitrine et ses bras d'argent, son ventre et ses hanches d'airain , ses jambes de fer, ses pieds en partie de terre et en partie de fer. Tu la contemplais, lorsqu'une pierre, se détachant d'elle-même de la montagne, brisa la statue, et ayant broyé ensemble la terre, le fer, l'airain, l'argent et l'or, s'agrandit et devint bientôt une montagne qui remplit toute la terre. Voilà le songe ; voici l'interprétation : Toi, qui es le roi des rois, à qui les enfans des hommes, les bêtes des champs, les oiseaux des cieux obéissent, qui as reçu de l'Éternel le sceptre , la puissance , la force et la gloire , tu es la tête d'or très-pur; mais après toi s'élèvera une monarchie de moindre importance; ensuite un troisième royaume qui sera d^airain et qui dominera au loin; puis une quatrième monarchie, aussi forte que le fer, qui brisera tout, mais qui

HÂTIONS ÉTBANGÈRES. Idl

' aura un côté faible, comme l'indiquent les pieds en partie de fer et en pai*tie de terre. Enfin un dernier empire se formera, dans lequel seront confondus tous les royaumes , et qui n'aura jamais plus à craindre la destruction. »

Le roi surpris de ces paroles , prononcées avec une solennité qu'il nous est impossible de rendre, et cbarmé sans doute d'être appelé la tête d'or très-fîn , tandis que tout le reste ne consistait qu'en argent, en airain, en terre et en fer, fit grâce , en faveur de cet or-là , à la pierre qui avait .tout broyé, se prosterna devant la sagesse du jeune bomme, retira l'édit de prescription , établit Daniel gouverneur de Babylone , et lui accorda des places importantes pour ses trois amis. Ce premier signe d'aliénation mentale , de la part d'un prince qui avait voulu l'interprétation d'un songe dont il ne se souvenait pas lui-même , fut suivi de quelques autres; enfin du développement complet d'une maladie qui a son nom particulier dans la science médicale, et qui fait croire à rhomme affecté qu'il est changé en loup , en chien , ou tout autre animal de ce genre (49.)

Les successeurs de Nabuchodonosor s'abandonnèrent à la paresse et à la débauche; la décadence deTempire fut rapide. Les Mèdes, possesseurs de l'Assyrie, se virent rangés sous les mêmes drapeaux que les Perses , par l'élévation de Cyrus ,

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qui marcha bientôt à la conquête de Babylpne. Le roi chaldéen , Betsasar, qu'Hérodote appelle Labydénus, se préparait par des festins à résister à un si puissant ennemi. Tout à coup , au milieu d'une orgie, trois mots parurent en caractères de feu sur la muraille. Le roi épouvanté fait appeler ses mages, qui n'en savent pas trouver l'interprétation. Daniel , alors revêtu du titre de chef des mages , des astrologues , des devins et des Ghaldéens, lui dit : « Ces trois mots sont : mène, qui signifie que Dieu a comptéles années de ton règne et en a marqué la fin ; tékel , que tu as été pesé dans la balance et trouvé léger; orPHARSiN ou PERES , que ton royaume a été partagé et donné aux Mèdes et aux Perses (50). »

Babylone passa en effet sons la domination persane, et Daniel, ayant acquis la confiance des nouveaux souverains , les suivit àSuze , et fut mis à la tête des affaires publiques. Il était toujours très-avantageux à cet empire de posséder les rives de la Méditerranée. La résolution des rois .d'Assyrie de substituer des colonies aux habitans du pays d'Israël n'avait suscité que des troubles. Combien n'aurait-on pas plus de garanties pour la conservation de ce pays même , en y rétablissant un peuple qui avait su le défendre avec tant de valeur, qui ne pouvait chasser de son souvenir ses sujets de plainte envers l'Egypte et la Syrie,

nauohs étbahgèrbs. ISB

ei qn'une reconnaissance éternelle , autant que ses pi*opre$ intérêts, attacheraient au puissant royaume de Perse ! D'ailleurs , quel honneur pour le monarque appelé à accomplir cette grande chose ! Le Dieu souverain du ciel et de la terre avait, plusieurs siècles avant sa naissance, signalé son nom, ses victoires, et Téclat imposant qui jaillirait de sa couronne.

Gyrus convaincu par cé$ raisons, et flatté de cet hommage , signa Fédit qui rendait aux Juifs la liberté de rétablir leur république. Quarantedeux mille hommes montèrent de Baby lone , sous la conduite de Zorobabel, de la tribu de Juda, président du conseil des anciens , et de Josué fils de Josédec , chef de la magistrature sacerdotale.

Mais les peuples voisins et ennemis de la Judée ne virent pas sans effroi qu'elle allait revenir à son ancien pouvoir , et que tôt ou tard elle regagnerait ses premières limites. Les colonies samfiritaines songèrent avec habileté à se faire admettre dans lejnouveau gouvernement^ comme, amis et confédérés; afin d'acquérir peu à peu de l'influence et de détourner toutes les mesures qui pourraient donner trop de prépondérance à Jérusalem. Les anciens des Hébreux, ayant aussitôt compris tout ce que leur proposition renfermait d'arrièrepensée, leur répondirent, en peu de mots, «qu'ils se trouvaient assezjforts pour rebâtir le temple,

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et que, Cyrus ne leur ayant imposé à ce sujet aucune condition , ils s'en tenaient à la lettre même de redit (51). » Alors les Samaritains , aidés des Arabes, des Ammonites et des Asdodiens, s'efforcèrent de jeter Tépouvante, par de fausses nouvelles , dans l'esprit des Juifs ; ils corrompirent des gens qui leur servaient d'espions et qui proposaient de mauvaises choses dans le conseil; ils eurent auprès du roi de Perse des hommes affidés qui nuisaient sous-màin aux affaires de leurs adversaires ; en même temps ils écrivirent les lettres suivantes , qui développent très-bien la question politique et l'impatience du joug qu'avait le peuple dont nous nous occupons : « Le conseil des nations diverses que le grand et glorieux Osnapar a transportées des contrées au-delà de l'Ënphrate dans la Sàmarie , au roi de Perse ^ salut.

cf Tes serviteurs pensent qu'il est de leur devoir de t'avertir que les Juifs revenus à Jérusalem bâtissent la ville rebelle et méchante , posent les fondemens de ses murailles et les relèvent. S'ils accomplissent leur dessein , ils se soustrairont bientôt à payer le trîbut, la capitation , l'impôt, et porteront un notable dommage au revenu du roi. Or, ilnenous convientpasà nous, qui avons été nourris par le roi, de souffrir cela ; c'est pourquoi nous l'engageons de chercher dans Te livre des Mémoires' de son pèrfe : il y verra que

NATIONS ÉTaANGÈRSS. If^

cette yille a tpujours été pemîciease aux rois et aux provinces , et que toujours il s'y ^st tramé des complots., lesquels ont occasionné sa ruine (52). »

Les travaux furent donc suspendus pendant les dernières années du règne de Cyrus, pendant tout le règne de Cambyse et de son successeur éphémère Smerdis ; mais les Juifs toujours occu- . pés de leur projet, et parmi lesquels un grand nombre établis à Babylone et dan^ la Per&e jouissaient de beaucoup de crédit à la cour^ finirent par obtenir de Darius fils d'Hystaspe , que , l'Écriture nomme Assuérus, la confirmation de redit primitif. Ësdras amena, en 467, la septième année du règne d'Artaxerce-Longue-Main , une nouvelle troupe de Juifs à Jérusalem ; et il mit une grande activité dans les travaux que les prophètes Aggée et Zacharie excitaient aussi par leurs discours. Neuf ans après , Néhémie, qui était échanson du roi de Perse, vint lever de nouveaux obstacles et repousser par les armes les peuples qui s'opposaient à la restauration de . la république. Dans la suite, elle n'eut que de faibles démêlés avec la Perse qui marchait vers sa ruine ; et elle lui donna un dernier et beau témoignage de reconnaissance, lorsque, après la bataille d'Issus (en 333), si funeste pour la famille de Darius Godoman , Alexandre eut mis

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le siège deTant Tyr. Un ordre fut transmis à tons les peuples d'alentonr de porter des secours et des vivres à l'armée macédonienne. Jaddus, alors grand-prétre et prince de Judée, répondit que le serment de fidélité que la nation avait prêté au roi de Perse n'était pas délié par le malheur de ce roi , et qu'ils n'enverraient pas des vivres à son ennemi. Les Samaritains espéraient qu'Alexandre, vainqueur, exhalerait sa colère sur Jérusalem ; mais le contraire arriva. Jaddus , n'ayant pas d'autres armes à lui opposer, se revêtit de ses ornemens pontificaux, fit couvrir les chemins de fleurs et alla à sa rencontre. Ce vieillard vénérable, cette fermeté généreuse , cet encens, cette réception inattendue chaimèrent le jeune héros ; d'antiques prédictions sur sa fu> tare gloire flattèrent doucement son oreille , et il accorda des faveurs à ceux dont la perte semblait assurée(53).

Dans les grands mouveraens des armées qu'occasionna sa mort , la Judée fut long-temps à savoir sous quelle domination resterait la Syrie et la Phénicie. Antigone y régna quelque temps et étendit par des victoires sa puissance sur toute l'Asie. Ptolémée fils de Lagus, ligué avec les autres généraux d'Alexandre , marcha contre lui et traversa la Syrie; mais bientôt forcé de Tévacuer, il se rendit maître de Jérusalem et se fit suivre

d'une nombreuse colonie de Juifs qui peuplèrent Alexandrie et Gyrène. La preuve de fidélité qu'ils avaient donnée à Darius le détermina à leur confier plusieurs de ses places fortes. Après la bataille d'Ipsus , ( en dOl ) , où Antigone perdit la vie , la Syrie tomba en pai*tage à Séleucus , la Palestine et la Gœlé-Syrie comprise entre le Li* ban et FAnti-Liban , en partage au roi d'Egypte. Mais cette dernière contrée» qui avait une grande importance , à cause du bois de construction qu'on en retirait , devint un éternel sujet de discorde entre la famille des Séleucides et les Ptolémées. Pendant plus d'un siècle on voit la Gœlé- Syrie perpétuellement prise et reprise , et la Ju-* dée perpétuellement foulée et refoulée par de puissantes armées qui se rencontraient sur son territoire. Quelle constitution ; quel patriotisme, quelle constance auraient résisté à des désastres si multipliés ! Et comment se fait-il que des bisn toriens aient accusé le peuple bébreu de n'avoir, jamais su conserver sa liberté , dont il se montrait d'ailleurs si avide ? Aucune nation do Mon-, de, proportions gardées , n'a plus fait pour cela que lui ; mais aussi aucune nation n'a eu à lut-' ter contre un concours de circonstances, plu» graves.

Gependant les Machabées parurent , et bientôt le territoire fut nettoyé d'ennemis , et bien-

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tôt la Judée toncha à ses anciennes li'miteB ; de sorte que, sans les Romains, la balance des premiers temps se serait rétablie entre TEgypte , la Palestine et la Syrie , et qu'un nouveau David aurait probablement fini par reprendre TaTantage sûr les jiirinces syriens et par relever, pour me servir des termes juifs eux-mêmes, la majesté de Vempire, Gela explique le profond attachement, qne lés patriotes hébreux conservaient à la mé-» moire de te roi , et les qualités auxquelles il» croyaient'dèvoir reconnaître leur libérateur, ou messie. « Si tu as tant de pouvoir, dîsaient^ils à Jésus , fais-le servir d*abord à nous rendre rin« dépetodancè ; reconstitue l*État , et puis enseignè-nous, comme prophète , tout ce qui te semblera bon (54); »

Mais 1^'flot, arrivé jadis de lX>rient, partit, cette fois des rives occidentales , et Rome , cédant > à un mouvement qui dotait la détruire elle-même , engloutit à la fois TÉgypte, la Syrie et Jérusalem. Une longue barbarie a dominé depuis sur ces contrées; quel fixera leur avenir? Les oscillations des peupl0s contmuent ; Timpulsion générale vers rObcidèntsÊfmblé terminée > tous les yeux se repôrlient déjà vers le berceau de l'humanité; et Fimportance politique de Jérusalem et du pays dlsra^ ne peut manquer de renaître, dès que la' civilisation unira l'Asie a^l'Europè; dès que le

génie de Thomme sera parvenu à creuser l'isthme de Suez , pour mêler les eaux de TOcéan à celles de la Méditerranée , et pour éviter aux relations commerciales de l'Orient l'immense circuit du cap de Bonne*£spérance.

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