‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreu (volume 3)Chapitre 42 sur 60 · FEMMES · texte numérisé non relu

FEMMES

recours au divorce sans douaire, n Cette privation de la dot devint surtout une des peines de J'adultère, disent les auteurs, elle en était la seule , si la femme , dès le commencement de la procédure, s'avouait coupable* On déchirait Tacte de mariage, pour que Tépouse perdît à jamais le droit de rien exiger de son époux; ou, sans le déchirer, on Tannulait en écrivant au bas : J*ai commis un adultère et je mérite de perdre la dot que vous m'aviez donnée (29). »

Beaucoup de modestie leur était prescrite. •L'usage vbulait qu'elles ne parussent point en public la tête découverte; on ne le permettait qu'aux jeunes filles. Les magistrats qui auraient rencontré une femoie avec les bras nus ou le sein non voilé, l'auraient obligée de rentrer dans sa maison.

. Pour calmer une funeste passion à laquelle les Hébreux étaient enclins, et qui, enfantait des actes de violence, Moïse établit le sacrifice de jalousie, et la boî^son des eaux amères, dont les formalités paraîtront bien innocentes, si on les compare aux épreuves judiciaires de beaucoup d'autres peuples. Mais avant d'y obliger la femme, il fallait que l'époux lui eût enjoint, devant deux témoins, de n'avoir aucun rapport avec tel homme individueltement désigné; ensuite l'inconséquence la plus légère, .par exemple, si elle était restée T. n, 80

346 txfwm nu — ohap. i.

seule avec loi, disent les docteurs de la manière la plus bizarre y le temps qu il faut pour avaler un œuf, la faisait condamner par les juges à Tépreuve. Le refus de s'y soumettre entraînait de droit la privation de la dot (26).

Parle aux enfans dlsraél^ dit rÉtemel i Moïse : quand la femme d'un liomme se sera abandonnée à un autre, et qu'il l'aura possédée sans que le mari en ait la certitude , sans qu*il existe contre elle un témoin de flagrant délit, si tout â coup Tesprit de jalousie s'empare de l'époux , ou même si cet esprit Tassiége , quoique nul motif ne le justifie, il fera comparaître sa femme dans le temple. La, le sacerdote délaie un peu de la poussière du pavé du sanctuaire, dans de Teau d'aspersion sur laquelle il prononce l'anathème. Découvrant ensuite la tête de là femme, il lui donne à tenir un gâteau de farine d'orge sans hwle et sans encens , offert par le mari, et il l'interpelle : « Si tu n'es pas coupable, sois exempte de tous les maiA que portent ces eaux que tu vas boire n ; et alors la femme prête serment de son innocence. « Mais si tu es coupable , que l'Éternel tourne contre toi l'exécration de ce serment que j'ai écrit dans un livre avec ces eaux, et que j'efface. » Elle répondait, ainsi soit-il, et elle vidait la coupe : le sacrifice alors était accompli, et la punition du mal, confiée à la

FSHHE8. 8â7

justice dJTÎne, sar laquelle rhomme ^aloax devait entlèremeiit se repeser. Quelle leçon pour v la femme inconsidérée! Quant à l'effet miraculeux des eaux et à Thydropisie qui devait s'ensuivre, les docteurs assurent avec une rare prudence qu'il pouvait être retardé et annulé , lorsqu'elle rachetait son erreur par de bonnes actions ; ou lorsque le man ne lui avait pas été en tout temps fidèle (27).

Si une femme se livrait publiquement à une vie scandaleuse sans opposition de la part de son époux, les magistrats devaient intervenir. Lesveuves aussi pouvaient ôtre appelées devant le tribunal par le plus proche parent du mari , ou par les magistrats eux-mêmes. La loi avait or-, donné qu'il n'y eût jamais de proslituées en Is*< . raêl (28). Mais l'entraînement^es mœurs, et sans * doute une nécessité réelle l'emportèrent sur sa volonté. Qui ne croirait voir un tableau moderne dans les paroles suivantes^ tirées de Salomon ? Qui pourrait s'empêcher de répéter encore qu'il n'y a rien de nouveau sons le soleil ?

« Gomme je regardais par la fenêtre , j'aperçus sur le soir, an moment où la nuit devenait obs- . cure, un jeune insensé qui se dirigeait vers cer-« tain logis. Une femme fut a sa rencontre, parée en courtisane, pleine dé ruse, bruyante, débau* chée, courant tantôt sur les places publiques ,

848 UYMM YU* — CHAP* I*

tantôt se tenaat aax aguets aux coins des mes. Elle l'arrêta et l'embrassa avec effironterie : je te cherchais^ j*ai parfumé mon lit de myrrhe , d'àloês et de cinnamome ; je suis seule ; viens , réjouissoDs-ootts jusqu'au matin. Il fut pris au filet par ses discours trompeurs , et il la suivit comme le bœuf dont on va foire une victime , comme l'agneau qui ne comprend pas qu'on le conduit à la mort... Maintenant donc , jeune homme, sois attentif a mes discours, ne te laisse pas égarer par cette femme ; sa maison est le chemin du tombeau (29). »

Dans les grandes assemblées du peuple, et lors de l'adoption générale des lois , les femmes avaient leur rang. Le législateur les comprit expressément dans l'alliance publique. Au retour de la captivité def Babylone elles prêtèrent, comme les hommes, leur serment d'adhésion.

C'est en elles surtout que résidait la faculté de transmettre tous les droits : le fils d'un esclave et d'une femme Israélite était homme libre (30). Tel fut le principe de la loi qui ordonnait aux sacerdotes de prendre des femmes de leurs tribus ; il n'existe de certitude absolue que dans la filiation par les femmes : aussi notre loi^salique , at-elle eu besoin de la fiction , que celui-là est le père qui est l'époux. '

D'après les principes de Moïse, les femmes qui

iliaDifestaient une intelligence snpérienroy n'étaient pas exclaes des fonctions publiques. L*esprit de Dieu s'arrêtait sur elles comme sur les citoyens. Hnlda,laprophétesse qui demeurait dans le collège à Jérusalem , était consultée par les rois; on a tu l'illustre Bébora juge suprême, guerrière et poète; on a tu la mère du roi Asa régente; la femme d'Hyrcan Machabée désignée pour régente par le testament de son époux , la Teuve d' Alexandre Jannée portant pendant près de dix ans le sceptre.

L'état des femmes chez les Hébreux n'avait donc rien de comparable à l'idée qu'on se fait des femmes de l'Orient. Elles remplissaient le rôle de véritables citoyennes , soumises à ce titre aux conditions exigées par leur propre nature , l'intérêt de la patrie, l'intérêt sanitaire, et les circonstances : libres par les lois, pour me servir des expressions de Montesquieu , mais captivées par les mœurs. Les enfans d'Israël auraient-ils oublié, sans une noire ingratitude, qu'ils devaient à la sensibilité d*nne femme, la conservation de leur législateur livré à 1^ mercides flots? auraientils oublié qu'elles leur avaient plusieurs fois donné le signal de la délivrance? Dans la législation romaine , après avoir été le patrimoine du père, la femme devenait celui du mari, qui avait sur elle droit de vie et de mort. Un étranger pon-

SSO urms th.— aur« u

Tait leur intenter l'action en adoltère, sans la participation deIeiirépoiix.ASp«*te,elle8étaient citoyennes, sacrifiant tous les sentimens à l'amour de la patrie. Athènes les Toyait pins frÎToles, adonnées a la toilette et aax plaisirs. Elles avaient la faculté de porter devant un tribunal , leurs plaintes conjugales, témoin la jeune et tendre Hyparète, femme d'Alcibiade. Gomme elle présentait aux juges l'écrit accusateur , l'infidèle parut soudain , la prit dans ses bras et Tentraîna sans résistance , aux applaudissemens de tout le peuple dont il avait fasciné les yeux. Enfin Mahomet céda à sa position , quand il grava ces paroles du Coran : u Les hommes sont supérieurs aux femmes , parce que Dieu leur a donné la prééminence sur elles, et qu'ils les dotent de leurs biens. Les femmes doivent être obéissantes et taire les secrets de leurs époux , puisque le ciel les a confiées à leur garde. Les maris qui ont à sonfirir de leur désobéissance peuvent les punir, les laisser seules dans leur lit, et même les frapper. La soumission des femmes doit les mettre à l'abri des mauvais traitemens (81). »

Si les Hébreux les eussent considérées comme des esclaves , Salomon et son imitateur auraientils rappelé sans cesse à l'homme ses devoirs envers elles. Auraient^ils' dit qu'une bonne femme vaut mieux que toute chose; qu'elle prolonge la

VKMVSSé 801

vie de ton . époux ; qn'elle est ponr sa maison * comme le soleil ponr le monde? u O mon fils , sois docile à la sagesse! Méfie-toi de la courtisane étrangère ,dont les paroles sont douces comme le miel, mais que l'amertume suit de près.... Pourquoi lui donnerais-tu ton honneur, tes an* nées , et le fruiî dé ton travail ?... Que ta source soit pure. Emploie joyeusement ta vie avec la femme de ta jeunesse; qu'elle soitàtesyeux comme une biche charmante , comme une chevrette pleine de grâce , que son sein t*enivre en tout temps , et que ton cœur soit perpétuellement ravi de son amour (32). » Auraient-ils écrit ces autres sentences qui , en retraçant l'abus de leurs facultés , prouvent sans réplique la liberté positive de ces facultés mêmes? « La femme sage élève sa maison , la folle la ruine de ses mains. Autant vaudrait arrêter le vent qu'une femme querelleuse. La malignité d'une femme lui change le regard, et ^ pâlit son visage : elle fait soupirer son mari même au milieu des festins. Méfie-toi de celle qui a l'œil hardi. La langue d'une femme qui s'arrête avec tous les passans , est un fléau. Que la femme n'ait pas une autorité trop grande ; elle en abuserait contre son mari. Il est trois choses que mon cœur redoute, et une quatrième qui. me change le visage : ' la calomnie de toute «ne ville , une émeute populaire, et une fausse aîocusation ; mais

la jalousie d'une femme, voilà ce qui cause audessus de tontla tristesse et la douleur (33).» Enfin si la servitude eût pesé sur leurs têtes , les filles de Sion auraient-elles chanté lagloire et les malheurs de leur patrie ? se seraient-elles années pour la défendre ; et Tamour de ses lois eût-il .survécu dans leurs cœurs ?

Cependant, outre le divorce, Moïse toléra la polygamie , dont Torigine était des plus reculées. Mais avant de montrer qu'il lui imposa depuissans obstacles ; qu'il excita par son exemple à ne prendre qu'une seule épouse ^ qu'il la considéra enfin comme le remède d*un mal, et nullement comme un bien, je dois faire connaître le fameux épithalame cité plus haut , le Cantique des Cantiques , ce poème pastoral qui se divise en plusieurs scènes ou tableaux ., et dans lequel sont compris les principaux usages qui caractérisent les sept jours des noces des Hébreux. U n*est pas de pièce poétique de l'antiquité dans le même genre qui l'emporte sur celle-là, par l'imagination et par la grâce. L'habitude où Ton était d'y chercher un sens mystique , et des dialogues entre la Synagogue et Dieu , ou entre l'Ëglise et Jésus-Christ, a généralement empêché de le voir tel qu'il est. Pour en découvrir le charme naturel, il ne ^'agit que de n'y mettre aucune finesse, et de rapporter les paroles du texte, aussi littéralement que peut le

permettre le passage d'une langue ancienne et orientale , dans une langue moderne, dont les expressions exigent plus de mesure. Si Satomon n'est pas Tauteur de cet œuvre, celui qui l'a composé a certainement montré beaucoup de grandeur d'âme à abdiquer en faveur d'un autre un an ssi beau titre littéraire. Fut-il fait pour le mariage avec la fille du roi d'Egypte , on avec une Phénicienne , ou avec une fille du bourg de Sulam , non loin de Jérusalem ? le lecteur pourra tirer lui-même ses conséquences. Je n'ai pas besoin de rappeler que durant la semaine des noces l'époux ne voyait l'épouse qu'à la dérobée , et était à la merci de ses compagnons. Après avoir fait la part de la chasteté , il y aurait qnelqu'incdovenance peut-être à s'efiaroucher des poétiques transports d'on amour vrai et légitime.

884 LIYRB YH. — GHAP. I.

Page 1