LIVRE II
font vivre les hommes , ou comjne des titres qui les distinguent. Cependant, si Ton voulait n'y regarder que ce qu'elles ont d'essentiel , c'est-Adire , les fonctions publiques réelles et nécessaires , on verrait qu'elles peuvent être exercées par un petit nombre de personnes , leur laissant encore du temps pour vaquer à leurs aflPaires particulières. C'est ainsi qu'en usaient tous les peuples de l'antiquité, et principalement les Hébreux ^. »
Mais chez ces derniers , comme dans toutes les anciennes républiques, le temps arriva bientôt où l'ambition et l'audace des uns , l'égoïsme et la lâcheté des autres, l'ignorance de tous, rompirent à tel point toutes les digues , que les prophètes , amis de la justice , s'écrièrent , dans une sainte indignation : « Les chefs du peuple ressemblent à des loups affamés : les sacerdotes ne courent qu'après les récompenses ; et des prophètes avides prêchent le mensonge pour de l'argent. Malheur à toi, Sion ; malheur à toi qui vois avec indifférence de si grandes iniquités "^ ! »
Dès que les fonctions publiques sont considérées comme des charges , la nomination du fonctionnaire doit avoir tous les caractères d'une loi; car à la loi seule il appartient d'imposer des obligations. Cette nomination portera donc le sceau de la volonté des citoyens, qui
tantôt recevra, pour le choix qu'elle aura fait, la sanction du conseil suprême, tantôt accordera sa sanction propre au choix de ce conseil. Ainsi Moïse, s'adressant à l'assemblée du peuple, lui prescrit ce principe fondamental : « Prenez parmi vos tribus des hommes sa\?ans y pnidens et considérés y je les mettrai à votre tête. » Alors tout le peuple, charmé de sa proposition, lui répondit : « La chose que tu viens de dire est des meilleures ®. Vous établirez, ajoute-t-il, des juges et des hommes d'autorité dans toutes les villes de vos tribus 9. » De même, lorsque la nature des circonstances le détermine à instituer la tribu de Lévi , il fait exprimer par le reste du peuple , son assentiment à la chose ; et lorsqu'il trace les règles à suivre, si jamais on désire un roi, il réserve à ce peuple de constituer lui-même l'homme que son propre conseil, que l'assemblée des anciens aurait désigné .
Quoiqu'ils ne nous aient pas transmis en détail l'ordre primitif des nominations , les livres hébreux renferment quelques données et plusieurs exemples intéressans : ainsi l'on peut distinguer quatre temps principaux dans l'élection de Jephté. Les ennemis assemblés campèrent en Galaad. Alors le peuple et ses magistrats, réunis dans la plaine, se dirententre eux : « Qui sera notre