‹ Histoire des institutions de Moïse, et du peuple hébreu (volume 5)Chapitre 29 sur 73 · JÉHOVAH · texte numérisé non relu

JÉHOVAH

le Monde et toutes les créatures ^ n ; il en est uA grand nombre de secondaires y parmi lesquels, iod, le faiseur; schadaîy icelui qui se suffit à lui-même ; ël^ le fort ; adonaï , qu'on traduit ordinairement par Seigneur y et qui, dérivant de la racine adarty base, ou colonne, signifie le principe; E lion y le Très -Haut; enfin Ehhimy dénomination a laquelle nous devons une atteiftion particulière.

Quoiqu'au pluriel , ce nom sert toujours au singulier : sa racine est éloha^ force; de sorte qu'il indique toutes les forces réunies en une seule , et qu'il représente exactement l'idée de' Dieu , de l'intelligence générale , de l'ouvrier, du grand fabricateur, lorsqu'on distingue dans l'universalité , la nature et Dieu. « Les forces, ou plutôt l'ensemble des forces^ fit la terre »^ dit la Genèse. Un sens analogue est acquis à ce mot dans le langage politique ; il désigne les forces intellectuelles les plus agissantes dans . l'Etat, celles qui impriment le mouvement à toutes les parties, sa.Voir, les juges et les sénateurs. Mais , de même que ces sénateurs et ces )nges, appelés les élohim politiques, ont au- '^ dessus d'eux un être général qui est Israël ou le peuple, de inême l'e/bÀ/'/Ti théologique se perd, pour ainsi dire > dans l'unité du Jéhovah. C'est la différence essentielle, je le répète encore.

l88 LIVRE I. CHAP. I.

entre la doctrine de Moïse et le dualisme des théocraties égyptiennes et éthiopiennes. Ici la caste sacerdotale formait les élohim absolus da pays, et le peuple qui représentait la matière inertp était condanfné à rester , autant que possible, dans cet état.

Trois causes tendaient à multiplier les formes et figures dans le langage des Hébreux » la nécessité de mettre des principes profonds à la portée du vulgaire y le génie oriental , la pauvreté de lar langue : de là vient que Maimonide ne cesse de recommander l'attention qu'on doit aux homonymies, aux métaphores et aux allégories, pour voir disparaître une foule de doutes et de préjugés : de là vient que Jésus, fils de Sirach > dit à ses lecteurs que les livres de la loi, des prophètes, et tous les livres hébreux ont une autre force et un autre esprit dans le texte que dans les traductions ^ ,

Conmie la figure la plus familière et la plus noble que le théologue pût choisir, pour rendre sensible l'idée du grand . Etre , était celle de l'homme, la plupart des anciens , tout en admettant Dieu insaisissable et sans forme, l'ont dépeint comme un jnembre de l'humanité. Mais le législateur répète sans cesse de ne pas s'abuser jusqu'à croire que Jéhovah eût véritablement cette manière d'être, et les docteurs

J^OVAH. 1 89

s^expiîmeni en ces termes : « Quand il fallut diriger le3 esprits vers l'idée du Très-Haut , on eut recours surtout aux analo^^ies tirées de

TLomme Gomme le vulgaire ne conçoit

que ce qui frappe directement les sens, et comme une chose ne se communique ordinairement 4^ l'esprit d'un honrnie à celui d'un autre, que par le moyen de U voix et du discours, les prophètes peignirent le Dieu d'Israël

entendant, voyant et parlant ; et , attendu

que toutes ces actions et opérations, le mouvement, la vision, l'ouïe, Texercice de la parole, ne sont accomplis qu'au moyen de nos organes ou instrumens corporels, ils lui supposèrent des organes semblables, des yeux, des oreilles , une bouche, une voix, des bras et des mains^.

Dès qu'on a reconnu que la forme humaine, attribuée à Jéhovah, n'est qu'une figure , les autres métaphores s'expliquent sans effort.

Premièrement, la vérité est l'expression de ce qui est y ou l'expression des lois de l'être général, auxquelles l'homme reste toujours assujétl *.

* Les conséquences les plus fausses peuvent résulter de principes excellcns. Les anciens Juifs admirent que la moindre plante éprouve Tinfluence de tont le monde extra-terrestre. Jusque là rien d*irraisonnable ; mais ils imaginèrent dc^ spécialisés , savoir, que chaque individu de la terre avait son principal correspondant dans Tordre céleste ; de 1% l'aslroiogie et les superstitions. Le catholicisme a spiritualisé la chose ; il u mis chaque individu sous la protection d'un saint qui lui sert de patron.

igO LIVRE I. CHA.P. I.

Il sera donc exsict de dire que là yérité arfnré à rhomme du dehors, qu'elle se révèle à lui, qu'il est ^auïs certains cas expressément dtgai^ nisé pour la recevoir, et pouf comprendra la parole métaphorique de Jéhovah , de laquelle dérivent les locutious y V Eternel veiU^ demande, ordonne y et autres de ce genre : il vra exact de dire aussi quef l'homme devient , métaphori* quement parlant, d'autant plus ami dç Jélu^ak^ qu'il s'élève davantage à la connaissance ' de la vérité y puisqu'il est de la nature d'un àmi At connaître toutes les pensées, tous les désin, toutes les volontés de celui qu'il aime, et que les loisphjsiqiies, politiques et morales du globe terrestre et de l'homme , sont les i>ùloniés de l'Être général. Mais quelle que soit la portée de l'esprit humain, il n'embrasse qu'une faible partie de ce qui est; de là cette autre métaphore : « Nul mortel ne peut contempler toute la ^ce de Jéhovah ; »' car, voir ssl fdce, comme l'a dit Maimonide, consiste à apprécier tous les êtres possibles, à comprendre leur union, leurt rapports, et les lois qui les régissent, soit en général, soit en pai:ticulier. Si Moïse, ajoute-t-il, eut ce bonheur, c'est qu'il avait reçu la sublime faculté de voir les choses sans voile, dépouillé de tous les préjugés, de toutes les passions, de toutes les vanités qui, naissant de

liHOVAH. 19 f

notre tempérament , notre éducation , notre ignorance et nos mœurs, élèvent comme un mur entre la vérité et nous. En effet , lorsque nous avançons que notre Dieu est enveloppé d^un nuage , cela ne le regarde pas lui-même y mais regarde notre nature , qui a besoin de se perfectionner, et de prendre la forme convenable, ' pour sortir dés ténèbres dans lesquelles le vulgaire des hommes est plongé^.

Secondement, au moyen d'épithètes appropriées aux qualités humaines, les lois les plus importantes pour l'humanité ont été transformées en attributs de Jéhovah ; la fécondité de la terre, la chaleur du soleil^ les bienfaits de la pluie et de la rosée, les douceurs de Tamour, de Tamitié, et tous les biens de ce genre, Font fait reconnaître bon; l'étendue des cieux, le fracas des élémens, la main puissante qui relève les humbles et précipite dans l'abtme ceux dont la tête semblait toucher aujc nues, o'bt dicté ses attributs Ae force et de puissance ; comme le bien est le résultat de nos déterminations privées et publiques qui sont fondas sur la vérité , on l'a réputé fidelle ; comme le mal suit tôt ou tard Terreur et l'injustice , on l'a réputé vengeur: de là l'expression craindre Jého\^ahy puisqu'il faut craindre de s'écarter, même involontairement , de la bonne route , à

Page 1