‹ Histoire des institutions de Moïse, et du peuple hébreu (volume 5)Chapitre 31 sur 73 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

PB h HOMM^

QuELiiE étude que celle de Thomme ! Depuis plusieurs mille ans , les sages se sont écriés : « Connais-toi toi même » , et Thoinme ignore 4încore ce qu'il est. D'après Moïse, il fut formé à Pimage et ressemblance du Jéhovah : ce qui rappelle aussitôt à la pensée le principe des Egyptiens et des Grecs sur le macrocosme^ ou grand monde ^ dont l'homme^ sous le nom de microcosme y ou petit monde ^ n'était qu'une répétition en miniature.

Maimonide a sur cette analogie , et sur l'homme en général, quelques chapitres remarquables. Les idées qu'il se faisait du monde devaient gêner sa logique et vicier plu-

S§8 LITÉÈ T. CitilP. II.

Qiie de» plus petites parties de te monde, et n'al)e2 pas croire qu'il soit l'objet final dé^ a^ tires, des aniitiau^t, des plantes dotït il rétine d'ailleurs de l'utilité. Ghaqtie être, de grande ()U de faible importance, eieiste poui* liii-même* Gela résulte des principes ée notre loi et de là théorie... L'Ecriture dit ttè^blen que l'homme ti'est qu'btie yabité, qu'ub tenAisseau. Sans doute, il faut le regarder commue le plus parfait et le plus noble des êtres fonnés de la substance tet*tiesire ; mais ^ on lé compare aux pld* nètes, aux étoiles, aux intelligences abstraites, combien n'cst41 pas au-dessous d*elles •* ? »

Cette force de raison du sarant irabbin , qui suppléé, jusqu'à lïn certain point, à l'exactitude des découvertes Scientifiques, prtfiiVe i ^elle hauteur il se serait élevé dans lin siècle pitis tîcbe de liberté et de documens positifs. Où ttôinatit entendre un philosophe dé notre ép6i^ue; et cependant quelques auttés rabbins, parmi lesquels Joseph Albo , lui reprochent d'avoiîp faibli sur plusieurs questions, et d'avoir Irop accordé à certaines idées dogmatiques *.

* Cela se passait en Espagne, du douzième au quiniiéme si^le, de sorte qu*ûn est forcé de reconnaître qu'une dca (fi verses catties de la haine , du ifaépris et des porsëcution» que les hommef dirigeant Topinion et les consciences avaient jadis accumulés sur U tétc dos Juifs, se trouve dans la crainte qu^inspirait le libre ckameh qui était rcgardfi par eux comme un devoir , et dans leur tendance marquée vers la philosophie naturelle.

DB l'homme. 199

L'homme est un comme Jéhovah • Toute division de son individualité n'a rien de fondamental ; toutes ses facultés vivent les unes par les autres; tous ses organes, quoiqu'ils aient chacun leur centre particulier et leur vie privée, tendent vers un centre commun, où se répète l'expression de leur bien-être et de leur maux ; vers un même foyer où réside essentiellement le MOI, la personnalité, où correspondent les sentimens de plaisir et de peine, de ccmservation et de destruction, de justice et d'injustice; où les pensées enfin, préparées par l'organe spécial de la raison, reçoivent la sanction morale.

Ainsi la constitution humaine s'appuie , comme les constitutions sociale et universelle, sur le principe de l'unité, avec la différence que l'unilé socialeet l'unité humaine sont imparfaities et passagères, tandis que l'unité universelle a pour attributs la perfection et l'éternité « Les mêmes conséquences pratiques que nous avons remarquées dans l'ordre social, se représentent dans l'économie de l'homme. Chaque partie sera soumise à l'ensemble, et le bien de l'ensemble, qui comprend le bien des parties elles-mêmes, deviendra le but constant de tous^ les mopiveroens, de toutes les actions générales et parti- <?ulières du corps humain. Autrement, il eh

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résulterait le despotisme des oi^aaeai^ €pxi, en* tretenant la vie de quelques uns aux dépens de tons les autres ; détruirait tout équilibre, et préparerait ces réactionsintérieures^ dont l'effet est de causer le malheur de Tindividu, et de le jeter prématurément dans la tombe.

Ainsi, triple unités triple constitution, triple idolâtrie : idolâtrie théologique , qui adresse ses hommages à des êtres secondaires; idolâtrie politique 9 qui met quelques honmies au-dessus des nations et de l'humanité ; idolâtrie morale^ qui, sacrifiant aux passions, détruit l'équilibre humain auquel sont attachées la durée et la douceur de la vie.

Mais il est une autre manière de considérer l'unité individuelle, qui a servi de base aux doctrines de plusieurs écoles modernes du Nord, dont les traces se suivent dans toute l'antiquité, qui forme la principale clef de la philosophie transcendantale et du mysticisme , et de laquelle découlent quelques inductions morales trèsimportantes.

Chacun peut se dire à soi-même : « Tout ne vit que dans mon idée , le présent , le passé , l'avenir; tout ce qui semble exister hors de moi, est eu moi : ces arbres, ces montagnes, ces astres, sont au fond de mes yeux; les formes rudes ou légères ne naissent que sous

DE L HOMJIE. aOf

mes doigts; le mugissement des ireDts et des mers, le cri des animaux , la voix de mon semblable, que dans mon oreille; le goût, Fodeur des choses m'appartiennent; tous les sentimens de volupté et de douleur « d'espérance et de désespoir , ne me sont connus que par les diverses modifications de mon être.

Serai-je donc le créateur du spectacle animé qui m'environne ? mes impressions et les objets qu'elles retracent , loin de venir de l'extérieur, sortiraient-elles de mon sein? et mon sentiment avec ma pensée , débrouillant un chaos qui me lassait , produiraient-ils à la fois mon existence et le Monde?

Certes un tel doute s'évanouit en entier dans la vie de relation ; mais sa solution absolue est impossible •

Ainsi, par une sublime ordonnance , l'infini que nous avons cherché et aperçu hors des limites de l'univers visible , nous le retrouvons au fond du moi; et en supposant que tous les hommes rentrassent de la même manière dans leur cœur, et que, dégagés tous ensemble, pour un moment , de nos impressions ordinaires, nous y découvrissions l'existence de tout ce qui nous paraît extérieur et le germe de tout ce qui doit être, il en résulterait ce fait, sur lequel s'exerça Platon, et qui se cache sous la princi-

aOîl LIVRB I. GHA.P. II.

pale forme du christianisme , savoir : que l*hotii' me vivant dans la plénitude de ses facultés peut à la fois se considérer comme atome de Timmensité et comme cette immensité tontentiëre, comme un tempséwiferbe être , et comme ce verbe absolu , comme créé et comme créateur , comme personne et comme dieu , eniin <îomme image et ressemblance du Jéhovah , qui ne peut avoir d'autre image et ressemblance que lui-même.

Mais les miroirs fidèles de cet Etre qui seul est -stable y passent et se succèdent sans cesse comme les fragiles cristaux où se réfléchirait un flambeau étemel. Hâtons-nous donc d'agrandir toutes nos facultés, d'acquérir lV.ç^rrV,rintel* ligence qui nous transmettra cette supériorité humaine avec laquelle nous percevrons toutes les richesses que peut renfermer notre sein. Et puis^ qu'il n'est pas de modèle plus sublime que l'har-. monie universelle , disposons le monde social de manière à retrouver dans chaque individu son image y sa fessemùlance parfaite; et que rhomme et la femme soient si doucement portés, dès leur naissance, à la place qui leur convient, qu'en effectuant chaque jour le bonheur de»

autres, ils aient sujet de croire que toute chose dérive d'eux-mêmes, ponraccomplir leur volonté expresse , jKjur assurer leur bonheur personnel. Moïse a nommé ncpkerh le foyer de la per-

sonne, le point insaisissable où Vont aboutif toutes les sensations €fxtërietlt«6 let întëtîeurè^, et d'où s'échappent les iiApnhion!^ divet*ses tfai, dans tous les actes de la yiedeih^lËliôti^ prennefit le nom de volonté. H rôconnatt en Même temp^ que ce foyer existe chez les anirûaux , avec lès difféi^ences qui tiennent à la grossièreté de Iietirk *ensation$> et au petit hombré de leurs facultés. C'est pourquoi Maimonide le compare^ dans le^ diverses espèces, à des lumières dont les dues brillent comme le soleil , dont les autres ressemblentàla clarté incertaine de lalùne, oud^un pâle flambeau. « Au commencement, Véiohim fit produire à la terre et eLUxeaxixdesâmeswi^anteSy nephech raXa, de diverses espèces, quadrupèdes, oiseaux, reptiles, et poissons : il fit ensuite une autre âme vivante, nephech raïa^ qui fut l'homme *\ »

Ce nephech n'a donc aucun ràp]port avec l'âme des modernes^ Alors les commentateurs se sont empressés de chercher celle-ci dans le verset de la Gettèse , où il est dit que Véiohim^ après avoir fonné l'homme du liihon terrestre , iouffia dans ses narines ^ne re^iraXiùn de 9fie. Mais ils sont tombes dans une erreur sensible. Cette respiration ou ce souffle de vie, mchmat ràimy désigne l'acte respiratoire avec d'autant plus de certitude , comme le reconnaît Grotim»^

9lo4 LIVRA I. GHAP. II.

que y dans le récit do Déluge^ la même exprèspression est appliquée aux animaux : « En ce testips*là^ tous les animaux de la terre qui avaient une respiration de vie , en leurs narines , nichmat rouak rainiy périrent'^. » D'ailleurs, une autre preuve certaine que le souffle de me n'a pas un caractère au-dessus du nephech^ c'est que, loin d^étre accordé à l'bomme lorsqu'il était déjà formé en âme vivante y à l'instar des ani- ^laux y il dut obtenir d'abord ce souffle , pour devenir âme vivante, selon son espèce **.

Reste une troisième expression, rouak elohimy qu'on traduit ordinairement par esprit de Dieu y et à laquelle se lient les idées les plus importantes.

Le mot rouaJk signifie le vent, le souffle, l'haleine, l'esprit, la volonté; et la locution rouak elohiniy qui veut dire à la lettre le souffle des forces y désigne la fraction, si je puis m'exprimer ainsi , ou l'émanation de l'intelligence générale , de la force harmonique * , qui détermine tous les mouvemens, toutes les actions, les qualités et facultés des êtres en particulier. Dom Galmet, en conséquence, a grande raison

* Le mot abstrait /brce, employé sans épithètc , comme on s'en sert en physique , a quelque chose de trop vague, et n'indique pas assez qu*cn agissant sur une partie, la force générale- fait ressentir cette action à tontes les autres.

i>R l'homms. 2oi>

d'observer « que cet esprit correspondait à ce que les anciens philosophes appelaient Vesprii moteur y Vante du monde, V amour '*. »

Son principal caractère est de produire toute chose , et d'être partout k même '^ ; de sorte que la multiplicité infinie de ses effets ne peut être conçue qu'au mojen de son accumulation différente chez les divers êtres ; presque nulle dans le minéral , plus grande -dans la plante , plus grande dans les animaux y supérieure enfin dans rhomme, chez lequel elle produit la pensée y mais en laissant des degrés infinis parmi les hommes eux-mêmes y dont les uns se rapprochent de la bête , tandis que les autres s'élèvent vers TEtemeL « G^ens à tête duré, et qui manquez de sens y disait Moïse au vulgaire israélite , que ne m'est-il donné de voir V esprit se répandre sur vous tous ! » Et ne semble-t-il pas que Jacob fasse allusion à ces degrés pro^ gressifs de l'intelligence , dans la vision pleine de philosophie et de poésie, où une échelle dressée sur la terre appuyait son sommet dans les cieux ! Des êtres plus ou moins intelligens y montaient et en descendaient sans cesse y et sur l'échelon supérieur reposait, d'une manière allégorique, l'Etre éternel, celui qui possède tout Y esprit, toute \^ force, toute l'existence^ tonte la perfection *^. ,

làQÔ LIVEfi I^ GHAP. II.

Qu'ils fussent législateurs , poètes , CHP^taitrs, artistes ou guerriers , toiji$ les hommes remarvquables chez les Hébreux étaient donc pénétrés du rouar ehlùm ou de V esprit supérieup * , mais à des degrés divers y q/ài les rapprochaient 4*»a-« tant plus é/^ />/V?u^ qu'ils s'éleyaient dayantuge sur l'échelle.

Elnmême temps, leurs Sages reconnurent des formes et conditions particulières auxquelles l'accumulation de cet esprit chez Thopm^ était intimement liée , et des moyens poqr obtenir ces formes, et conditions. Déjà nous les avons entendu compter parmi les premières, les dispositions de naissance et de tempérament, que peuvent; modifier à l'infini , l'exercice, l'étude^ le régime, 1^ musique. Déjà Maimonide nous a appris que ^ pour obtenir les facultés intellectuelles Les plus relevées, il faut d'abord posséder un cerveau dans un état convenable de perfection , ensuite se livrer avec zèle à l'étude des sciences et des lettres , afin de mettre en acte tout ce que nous avons en puissance '^.

C'est d'après les mêmes jidées que, faisant à l'homme en particulier l'application des principes générau;x du législateur , ce savant théc>r

* On $e souvient que lu langue hébraïque 5C sert grammaticalement du nom do Dieu |X)ur faire les superlatifs, (yoy. toni. 1, pag. 193. )

logoe s'exprime en ces termes : « U est surtout nécessaire que l'homme s'occupe à diriger Içs affections de son âme selon les principes de la saine raison , et que, durant tout le cours de sa vie» il se proposa un même but, savoir, de s'approcher le plus près possible de Dieu. Pour cela , sa nourriture , ses vétemens , l'exercice et le repos, les plaisirs de l'amour, le sommeil et la veille seront combinés de manière à produire la santé du corps , laquelle le rendra plus apte à étudier les sciences et à unir toutes les vertus morales à toutes les facultés intellectuelles, En conséquence, il ne manquera pas de préférer leis choses utiles à celles qui ne font que flatter les sens; ou s'il recherche ces dernières, que ce soit dans des vues raisonnables : il aura recours à des alimens délicats , pour ranimer son appétit éteint; il chassera la mélancolie dont il est obsédé , par la musique , par la conb^mplation de rians jardins, de superbes édifices, et autres choses de ce genre ; enfin , s'il éprouve le désir des richesses, il aura toujours l'intention de s'en servir de manière à obtenir plus de santé , et par suite plus de cet esprit avec lequel QQ parvient à connaître de Dieu tout ce qui peut en être connu *""• »

Les remarques précédentes prouvent .que le rouarelohim n'est pas plus identique avec l'âme

tles modetnes que le nephech ou la pertonnalilé . xjue le nichmat miniy ou le souffle de vie.

Elles fout dès-lors concevoir la pensée des anciens Sages, qui jugeaient qu'après la mort.

Vesprit producteur des facultés humaines retournait à VeiofufHj ou à Tesprit général du* quel il était émané. Si ce degré de force divine, «n effet , ne rentrait pas dans son sein , et formait un être isolé et éternel , il existerait bientôt , disaient-ils , autant d* étemels que de créatures passagères; ce qui renverserait Tidée fondamentale de TEtemel toujours unique. D'ailleurS; puisque l'esprit est, de sa nature, simple, pur et identique , comment les divers degrés d*espnt accordés pour un temps à tels ou tels êtres, pourraient^-ils jamais vivre seuls , isolés? comment se mettraient-ils en contact les uns avec les autres, sans se confondre? « La poussière retourne à la terre dont elle a été tirée, disait Salomon, qui savait, autant que personne , que l'homme est une créature singulièrement élevée au-dessus de la béte , et l'esprit , lerouaky retourne à Yelohim qui l'a donné. J'ai donc conclu sur l'état des hommes, que Dieu leur ferait voir qu'ils sont comme les animaux; car l'accident qui arrive aux uns est semblable à celui des autres : ils ont un même souffle , et l'homme n'a, sou» ce rapport, rien de plus que

BK l'hommk. ao9

r4yûmal. Tout va en un même lieu ; tout; a été fait de poussière et tout rentre dans la poussière. Qui pourra dire que Tesprit des enfans ^^Adam monte en haut, et que l'esprit des bétes ^lescend en bas? J'ai jugé qu41 n'y a rien de meilleur pour l'bomme que de bien faire ^ et de se réjouir dans son trayail '''. »

Moïse n'a qu'un seul précepte qui semble faire allusion à la transmigratioB des âmes > reçue chez les Egyptiens; et le but de ce précepte est de proscrire à jamais l'antique et superstitieuse coutume d'évoquer les ombres " et de les interroger sur l'avenir , comme fit le roi Saîil, lorsque, dans son égarement, il demanda l'ombre de Samuel à la py thoni^se d'Endor. Après cela , il n'indique nulle part la durée éternelle de la personnalité humaine , ni la durée d'esprits isolés , passibles 'de touhmens étemels : jamais son Jéhovah ne lui fit entendre de si terribles paroles ; et cependant on peut croire que les Hébreux n'avaient pas plus d'inaptitude à les admettre, que la foule des peuples où elles ont eu accès; et cependant le législateur qui répétait sans cesse les choses les moins importantes^ et qui, dans les quarante années écoulées dans les déserts , eut tout lé loisir de se rendre intelligible à la génération nouvelle, avait besoin, autant que quelque^légûi^

aïO LIVBE I. CHAP. II.

lateur ou moraliste que ce fût y de recourir a <les images fortes , pour agir sur les imaginations*

Ce n'est qu'après la captivité de Dabjlone, ^t des relations fréquentes avec la Perse , et •peut-être avec l'Inde , que la croyance des supplices réservés aux âmes de ceux qui auraient* mal usé de la liberté qjueDieu laisse à l'homme % s^ répandit as&ez généralement en Judée. Elle forma surtout, vers le tempsde l'ère ctirétienDe^ 'Un des caractères distioctifs des trois principales sectes auxquelles les écoles d'Alexandrie avaient fait proudre couleur.

Les SaducéeîiSy ainsi nommés^ à cause de Sadoc y un de leurs premiers chefs y ou à cause de la qualification de Justes^ sedecy que leur mérita, comme le rapporte saint Jérôme^ Tobservatioa fidèle de la Loi dont ils écartaient les pratiques traditionnelles, la repoussaient de toutes leurs forces; « Cette vérité faisait si peu un dogme formel et universel de l'ancien peuple , dit Bossuet , que les Saducéensj sans la reconnaître ^*y étaient non-seulement admis

* Ne sommcs-nuus pas complètcnicnt libres les uiif envers ks autres, dans notre sphère d'activité individuelle , et sociale' Mais hors de là , tous nos raouvemens ne sont-ils pas soumis d*une manière absolue à des luis d*uu ordre supérieur ?

** Leur principal argument peut se réduire à ces mots : Si Tàmc est une substance pure . toutes les âmes ont été créées identiques; la différence de leur conduite dans les corps dépend des cor|>s. En

:BB L^HOMMS. ail

dan&l^ syti^gc^e, suoais eDcore élevtés au sacer* ds^çi^rU }> lU .rejetaient, en oiltre, comme pro- 4}uç|;jons jétrangères.at piurasitesy:la doctrine des Rng^^,etde3 Êspkût», la persounaiité inimor telle 4(68 âmes ^t U ^réftgrrectioa des corps : mais ils â(4çpLet^i^ttt que l'homme. jouit »:dans< .sa sphère 4'^pti;?ité^ d*une liberté parfaite; que: la vertu doit étr^ cultivée pour elle-onème , et qu'elle jp^te >9 pécolupease sur la terre comme l'inimité 49 peipe!^ Enfin, quoiqu'ils appartinssent I^Qsque tous à la classe distinguée > et que dans les affiaires leurs avis fussent recherchés^ ils ne nxQuttaieat pas une grande ambition pour les dignités et les honneurs.

On connaît leur argument à Jésus : « Maitre^ il est ordonné par Moïse ^ au frère de celui qui meurt sans eiffans, de prendre la veuve pour iemmêv II j aTsit sept frères , dont l'aîné laissa la sienne au second^' le.^cond au troisiènie-, ainsi de suite! Dis-nous (l^el sera , au jour de la . résuitrèctiou ^ celui dont elle devra passet {K>ur la. femme ^? » Jésus leur répondit : fcËù

sortaiit du corps , elles reprendrai(||i't donc leur pureté première , et 'se ti^avèifideiiit y comme à leur nfiissance, dans un état respectif 4i;ëgaJiié. I *

* On sait que cet argument a été représenté en rappliquant aux «fcoaiès et non au^ personnes : « Si Iles mêmes étémens orga- «ik|fies entrent dafos la composition^ticcessive d*une foiile innombrable d'individus; quel est celui qui aura droit sur eux en dcrpj^r

a 1 a Li vus I. — CHAP. 11.

la résurrection , on ne prendra point de femme, on sera comme les anges du ciel; d'ailleurs, n'avez-vous pas vu que Dieu dit : «• Je* sois lé Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jaccb; or,. il est le Dieu des vivans et non des morts. »» lAdessus les. Saducéens se turent , selon l'Evangile '\ et donnèrent la preuve qu'ils ^'étaient point opiniâtres dans leurs argumentations.

La secte JEssénîenhe, nourrie du platonisme, et dans le sein de laquelle le christiianisme se forma , crojait au contraire que les âmes étaient créées immortelles; que les bons deviennent meilleurs en cette vie par l'espérance d'être heureux après la mort, tandis que les méchans sont efFrayés des tourmens éternels. Ils envoyaient au temple leurs offrandes, quoique n'allant jamais y faire *des sacrifices ; ils ne se livraient qu'à l'agriculture et à la con^ templation ;ils mettai^pt leurs biens en commun, et ne concluaient rîîfeft qu'avec l'avis de leurs supérieurs ; ils professaient la sévérité de mœurs la plus grande, l'égalité la plus parfaite, l'humilité, le mépris des biens temporels, et surtout le mépris de la morl;, dès qu'il s'agissait de glorifier leur doctrine; enfin, ils évitaient le mariage, parce que les femmes, disaient-ils, troublent le repos de la vie, et distraient des occupations spirituelles ; et ils ne prenaient pas

BB l'homme. ai 3

des esclaves y parce que c'est offenser la nature qui fait tous les hommes égaux ^ que de vouloir s'assujétir d'autres hommes ^ au lieu de se contenter de services mutuels '^.

La troisième et la plus nombreuse des sectes» celle des Pharisiens, dont le nom vient proba* blement du mot paras ^ séparés y avait pour principal caractère de tenir fortement aux plus minutieuses observances du culte extérieur y et de déployer beaucoup d'ambition pour le pouvoir et les honneurs temporels, en même temps qu'elle célébrait les félicités de la vie future. Ils accordaient une large part à la destinée. On sait les reproches que \e\xx adresse l'Evangile, d'être des sépulcres blanchis y paraissant beaux au dehors, mais pleins à l'intérieur d'ordures et d'ossemens. « Ils s'acquirent d'abord un grand crédit par la pureté de leur doctrine », ditBossuet y qui semble retracer un portrait de mœurs bien plus récentes, et par l'observance exacte de la loi. Les récompenses et les chàtimens de la vie future qu'ils soutenaient avec zèle, leur attiraient beaucoup d'honneur. A la fin , l'ambition se mit parmi eux ; ils voulurent gou^vemer, et, eneffet, ils se donnèrent un pouvoir absolu sur le peuple ; ils se rendirent les arbitres de la doctrine et de la religion qu'ils tournèrent insensiblement à des pratiques sur

2 j4 livre I. CHAP. If.

perstitieuses y utiles à leur intérêt, et à la do* mination qu'ib voulaient établir sur les cons»-

ciences '^, »

Toutefois y il faut se souvenir que les sectes juives formaient des partis politiques avoués; c'est en arrivant au pouvoir, et en entrant dans le sénat, que les Pharisiens exercèrent «ne grande influence; et Ton doit reconnaître que l'extension des pratiques du culte s'offrit naturellement à leurs jeux, comme un mojen efficace, à défaut de Faction des armes, pour conserver, sous le poids des invasions étrangères , l'esprit national et la Loi.

Leurs idées ne furent pas arrêtées sur Téiat de l'autre vie, à cause de l'embarras où les jetait le silence absolu de Moïse. La tranmii* gration des âmes , les peines passagères, et des manières différentes de considérer les biens futurs, se répandirent parmi eux.

Après la dispersion générale, les Esséniens disparurent , et le pharisaïsme l'emporta d'autant plus aisément sur les Saducéens, qu'il trouva un immense appui dans l'opinion commune des peuples au milieu desquels les Juifs furent transportés. Dès-lors celte dernière secte cessa de faire corps, et ne compta que des disciples isolés , qu'il ne faut pas confondre avec les Caraïtes ou lecteurs de la Loi , secte encore

DE l' HOMME. Ill5

subsistante^ qui, ayant pour principe de rejeter, sans exception , toutes les traditions des Pharisiens, prêche néanmoins les peines et les récompenses futures *. •

La croyance de la personnalité immortelle des âmes , et des peines ou félicités étrangères à ce monde , s^est ainsi répandue dans la synafpfpàe moderne • « Sachez, dit-elle par I& bouche au rabbin Moïse Nachmanide, que ce n'est ni le règne du Messie , ni la possession de la terre promise, nil'usage des bains dans les eaux ther-* maies de Tibériade , ni d'autres félicités de ce

* TsA dit <{ae ]t ne mettais pas au nombre des sectes les Samaritains, parce que c'étaient des colonies mèdes et persanes , qui , transportées dans le pays d'Israël , après les victoires des Assyriens, avaient naturellement inspiré de l'inimitié au peuple de Juda. Ils adoptèrent en partie la loi de Moïse \ mais quand les anciens de Jérusalem , au retour de la captivité , eurent refusé leur dangereuse alliance pour le rétablissement de la république , ib soutinrent que le Temple devait s'élever sur le montGarizira qui était dans leur territoire, et non pas là où Salomén l'avait fait bâtir ( Voy. tom. I y pag. i8i ; tom. II , pag. a65 }. Cela ne sufQt point pour caractériser une véritable secte. Je ne compte pas non plus les Hérodiens , qui formaient un parti dévoué à Hérode et aux Romains ; les Hémérù'BaptisUs , section des Pharisiens ; les ITetlénieru, qui se servaient de la version des Septante ; les ÂfasàoihèenSf qui se rapprochaient des Saducécns; les Séùuréens , ou sceptiques , qui parurent après le Talmud , auquel ib furent loin de vouloir se soumettre. M. Grégoire s'est donné beaucoup de soins pour avoir des renseignemens sur les Samaritains qui existent encore en Syrie , surtout à Naplouze ou l'ancienne Sichcm. Ils sont en petit nombre et dans un état assez malheureux. Les Caraïtcs , ou anti-traditionuaires , se rencontrent dans la Turquie et dans l'Ukraine, livrés principalement à l'agriculture. ( Sectes religieiis. ) III. i4*

ai6 LIVRE I. CHAP. II.

genre que nous attendons comme l'objet final des récompenses qui nous ont été annoncées.

Ne croyez pas non plus que ce soient les sacrifices et les cérémonies du sanctuaire, que Dieu exige principalement de nous : mais notre véritable espérance est dans la vie étemelle , dans les jouissances spirituelles que nous nommons le paradis y et dans l'exemption des peines après la mort. Tout autre espoir n'est que secoiH daire '^. » Maimonide avait professé et publie cette doctrine ; l'article onzième de ses treize articles fondamentaux est destiné à la consacrer '^ Mais le rabbin Joseph Âlbo^ oubliant trop peut<^tre la position délicate où s'était trouvé ce théologien philosophe , lui reprocha de manquer de simplicité et de liberté, et soutint qu'en parlant des peines et des récompenses, il fallait laisser la question plus indécise) et ne préciser nullement, si elles étaient pour les âmes ou pour les corps.

D'après ces choses, on juge que les peines dont Moïse menaça les individus et toute la nation , s'ils s'écartaient du sentier de l'équité et de la loi, et s'ils manquaient d'intelligence, durent être , sans exception, du genre de celles qu'on appelle temporelles.

En première ligne sont la disette , les maladies générales , les désastres causés par les élé-^

mens, et tous les grands fléaux que le génie de l'homme peut prévoir, jusqu'à un certain point, et dont la sagesse publique peut arrêter, ou adoucir les conséquences.

La seconde espèce comprend les infortunes que la société ressent en masse; la misère générale y la guerre , les défaites , l'humiliation nationale y la servitude , les discordes et les vengeances publiques.

Les châtimens infligés au coupable par les lois forment les peines de la troisième espèce.

Dans la quatrième , sont comprises celles qui frappent les individus et les familles , les chagrins domestiques , les revers de fortune , les maladies particulières , les remords , et toutes les angoisses de l'âme.

Enfin, la cinquième espèce se rattache a un sentiment susceptible de devenir très-énergique, qui conduit à l'oubli de soi même, à tous les genres de sacrifices , et que les Hébreux ont porté au dernier terme ; je veux diro , Tamour de la postérité; l'espoir pour l'homme de procurer à ses enfans des jours paisibles, la jouissance anticipée et prophétique du bonheur réservé aux siècles à venir. Ainsi , de ce fait d'ordre naturel, et non d'ordre politique, conmie on l'a déjà vu, que les iniquités des pères pèsent sur les enfans jusqu'à la troisième,

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quatrième race, et plus loin encorei surgit pour les Hébreux un dogme moral de là plus grandie force ; un dogme fait pour agrandir leur pensée et élever les âmes en établissant une solidarité véritable du présent à l'avenir^ en leur apprenant qu'ils n'avaient pas seulement à songer à des peines ou à des félicités personnelles. Qu'offrent sans cesse les prophètes aux regards du peuple? l'épouvantable tableau des malheurs que ses iniquités préparent à la nation future. Et, dans le particulier, quelle impression ne devait pas produire la croyance de cette solidarité naturelle , inspirée dès les premiers jours de la vie ! L'homme capable d'affronter tous les châtimens pour lui-même, reculait à l'aspect des orages dont il entourait la tête de ses fils ; le méchant était épouvanté dans sa prospérité passagère; tandis que l'homme juste, rassasié de jours, s'endormait avec calme, dans le sein de l'être qui déversait sur toute sa postérité les récompenses acquises et préparées par son intelligence , et par sa propre vertu.

Ecce homOf voilà le modèle absolu, ou le type de l'homme , ont dit les Chrétiens aux Juifs, en leur découvrant une touchante image. La réponse a été négative , sans qu'il soit permis de ne l'attribuer qu'à une fausse honte , ou à l'entêtement. Dans leur esprit , l'homme en posses-

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sion tfe ses plus hautes facultés^ doit parcourir toute sa carrière ; dès^^u'il a le pouvoir de rivre, rien ne l'autorise à mourir. La vie es| le principal don que lui fait l'Etre souverain qui se réserve réternité pour lui-même. Des âmes généreuses ont pu sacrifier les choses de ce monde, et se dévouer en faveur des autres , dans des jours de désolation ; mais cela même prouve que l'époque n'était pas encore arrivée pour l'existence du véritable tjpe de l'espèce. Son front ne portera point l'empreinte de la douleur, mais du bien-être. Il frappera du pied la terre en disant : « Je domine sur elle >: ; il lèvera les yeux au ciel , en disant : « rElernel domine sur moi. » Son bras sera plein de force et d'adresse ; son cœur plein d'amour ; ses sens dans leur perfection ; sa tête féconde en pensées; sa parole gracieuse et puissante; malheur à qui voudrait attenter à sa personne, on rencontrerait un invincible guerrier !

« C'est un grand déraisonneur et un grand insensé, s'écriait Maimonide, que ce prétendu sage du nom èiAlraùy qui, dans un livre intitulé Théosophiey assure que la somme des maux auxquels rjiolnme est en. butte, excède la somme des biens, et que Dieu semble nous avoir jetés sur la terre dans un accès de colère. Cela ne soutient pas la réflexion. Hormis les

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grandes yicis$itu(^es des élémens , auxqiielle» nous ne pouvons nous flhpécher d'être assu jétis, puisque, n'étant qu'une très-petite partie do monde, il nous faut supporter des charges qui ne sont rien à côté des avantages, tous les autres maux dépendent de l'homme lui-même.

Tantôt des sociétés qui se heurtent, se battent, se déchirent; tantôt des individus, qui, par le défaut ou l'excès de nourriture, de toutes les choses et de tous les plaisirs de la vie , gâtent ensemble le corps et l'âme, donnent une fausse direction à leurs idées, et entretiennent des mœurs contraires à la conservation et au bien

de l'espèce Au reste, bénévole lecteur,

nous ne pouvons mieux terminer ceci qu'en te disant ce que nous entendons par la foi de l'homme. Ce n'est pas une simple expression des lèvres; mais lorsque nous croyons qu'une chose existe, telle qu'elle se trouve conçue et figurée dans notre âme. Ainsi, parler des dogmes de religion, ou de tout autre question que nous tenons pour vraie et indubitable , sans es avoir l'intelligence parfaite, sans les avoir profondément examinées, en un mot, sans la foi , ne suffit pas ; car nous voyons une foule d'ignorans et d'insensés, observer et croire beaucoup de choses, dont ils ne se sont jamais demandé compte '\ »

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