‹ Histoire des institutions de Moïse, et du peuple hébreu (volume 5)Chapitre 36 sur 73 · LIVRE 11. CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE 11. CHAP. I

cicux et la terre », il passe aux détails. Mais conclnra-tK)n, sans retour, de ces premiers mots, que la création des cieux précéda à l'instant même l'ouvrage des six jours , et que ce commencement indique autre chose que le début des temps relatifs à la terre ? nullement. L'historien qui donne le nom de cieujc à l'air^ dit plus loin, dans un sens inverse, que l'Elohim forma la terre et les cieux ".

Quant au mot former, que j'emploie au lieu de créer, il répond à la nature même du mot hébreu bara, qui, loin d'indiquer une création destinée à tirer quelque chose de rien , exprime la production de choses nouvelles, au moyen d'autres choses déjà existantes. Lorsque l'Elohim créera les végétaux, les animaux et l'homme, ce n'est pas du néant qu'il les ferasortir; mais il les formera d'élémens pris du sein du globe terrestre , de ce globe qui avait déjà été créé sans doute avec d'autres éléniens tirés du vaste champ des cieux *.

Or, au commencement, la terre offrit un état de chaos; elle était toon-^^a-boou, dit le texte, qui, dans cette expression originale, peint l'absence aflVeuse de toutes les choses dont elle est

* Aussi dans quelques Bibles, approuvées iiiéme pyr les pape.«« ( Biil. f^ncc. tt lai, Gcuvf^. Faraviis ^ cum pni'ile^. Sixti'(J^finli\ Parisiis , i6a8 ) , le inoi fecit a été mis an limi de crl'a^fi(.^

FORMATION DE LA TBRRS. a37

parée aujourd'hui y et la confusion et l'agitation , qu'Ovide rend par ces mots , rudis indige$ia(fue moles,

. Des vapeurs presque compactes l'enveloppaient de tous côtés ; et laissaient régi\er les •ténèbres à sa surface : en même temps les eaux ■dans lesquelles toutes les parties solides semblaient confondues, étaient soulevées par Is rouak elofum, qui s'agitait au-dessus d'elles. C'était un vent très violent produit par la fermentation générale 9 ont dit les uns ; ce rouak était la force plastique et formative^ ont dit les autres; l'esprit moteur des anciens qui réside surtout dans les eaux^ ce principal agent de la nature^ qu'Homère appelait la source de toute chose *. 11 en est enfm qui , se fondant sur un passage de Job^ où la terre naissante est comparée à un fœtus humain, et sur un autre de Moïse, qui représente Jéhovali semblable à l'aigle occupé à couver sa nichée ^, ont rendu, de la manière la plus énergique le travail auquel la terre était soumise, et l'influence qu'exerçait

' * On sait que Thaïes, cbef de Técole d*Ionic, dans le sixième siècle avant Tère \iilgairc, fit de ce principe la base de son ensirignenicnt. Tout provenait de l'eau , loute chose s'était primitivemeni trouvée dans l'état fluide. Ses principaux disciples furent Anaximandre , Anaximène, Hcriiiotinic de CInzomènc, Anaxalore , qui porta i\cs modifications ca|)il.ilcs à sa doctrine; Diogène d*A]>o'l()nie, Aichelaiis de Milct.

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sur elle une puissance extérieure, en disant ijie le rouak élohim s'agitait pour couyef la terre *.

Quoi qu'il en soit, au milieu de cet état <k choses que le mouTement général modifiait à chaque instant , la lumière du soleil traTersast les émanations dont la masse terrestre était enveloppée, pénétra jusqu'à elle, et frappa toit I coup les regards de l'observateur qui exprima ce fait, dans les paroles si célèbres et si poétiques : « Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut. » Mais cette clarté pâle et incertaine disparut bientôt, à cause du mouvement diurne, reparut ensuite, et successi vendent ; de sorte que « les ténèbres furent séparées de la lumière qui , étant une chose bonne pour notre globe , lui fut acquise à jamais. »

Ainsi se termina le premier jour de la création, qu'il ne faut pas prendre pour un jour ordinaire, comme Philon l'observe avec sagesse, mais pour une époque indéterminée. LfC style hébraïque, en effet, indique avec le raoi yorn^ non-seulement le jour, mais Tannée, mais une collection de jours indéfinie ; et celte figure du langage trouve ici une explication d'autant plus naturelle, que la Genèse cherchait surtout

* L*idéc d'un œuf sy\\\ho\c du Mondo a rtû commune à luut rOrirnt : la coque aurait formé !<> riri , lo Manc Pair, le jaune la terre.

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