SUITE DES TEMPS ALLEGORIQUES
Daits sa première ignorance des lois du monde^ rhomme s'imagina que les élémens en courroux étaient dirigés en particulier contre lui y ponr le l^unir des actions que lui reprochait sa conscience. Les premiers Sages se servirent de cette disposition commune , pour suppléera l'absence d'une morale déterminée et des lois : elle devint bientôt une source abondante d'abus.
Le récit du déluge renferme trois choses distinctes : le fait physique déjà examiné ; les circonstances historiques ou allégoriques fournies par les Mémoires que mit à contribution l'auteur de la Grenèse: enfin la continuation de l'histoire poétique de l'humanité.
A mesure que les eniàns d'Adam se muiti-
iFMPs ai,m':(;okiqijES. -^75
plièrent, les passions et les erreurs accrurent leur empire. Au lieu de traverser, comme d|^ns la mythologie grecque, des siècles successifs d*or, d'argent, d'airain et de fer, ils se trouvèrent tout à coup sous le joug de tous les genres de besoins, d'oppressions et de vices. Alors les hommes doués de la plus grande force physique se livrèrent à des violences inouïes ; alors les fils de Dieu y en d'autres termes, les chefs des peuplades, loin de rendre la justice, s'emparèrent des filles des hommes qu'ils trouvèrent belles, et en eurent des ei^ans qui , semblables aux géans des temps héroïques, nés pour la plupart du commerce des dieux avec les mortelles , vécurent de rapines^, se combattirent les uns les autres, et portèrent la terreur en tous lieux * . ^
* C*cst aÎDsi que rezpliquent. Onkëlos, Aben-Ezra, etc., s*appuyant avec raison sur ce que le mot élohim s'emploie aoateat pour les juges, les principaux. Cette expression ,^/k de Dieu^ qui, <l*après certains commentateurs, aurait signiGc les ang'es, est tirailleurs le synonyme usité du mot hommes (Deutér, xxxii , 19), et peut-être TEcriture, qui se sert quelquefois des motsfiUes de Dieu {Id.), emploie- t-elle ici la locution ^/&;« des hommes, par allusion ù ce que la femme avait été tirée de Tbomme primitif.
Dans le mot nephilim , qu*on traduit par géans , il faut donc voir, d'après les docteurs, des hommes doués d*une taille et d'une force physique^ supérieures , sans cesser d*étre naturelles. Philon et Joséphe pensent que ce nom leur fut donné à cause de leur audace et des violences qu'ils exerçaient. Le mot nephilim, en «ffet, dérive du verbe naphal, qui signifie tomber ayec violcnca jur quelque chose ou sur quelque personne.
276 LIVRE lir. CHAP. IK
L'EIohim^ ayant bientôt reconnu combien \sk méchanceté était grande sur la terre^ et que toutes les pensées des hommes tendaient au mal; résolut de les anéantir sous les eaux»
Mais un homme intelligent et juste, Noé, fils du second Lémec , avait cherché à ramener ses semblables aux principes de l'équité naturelle , et, pour prix de ses efforts, oa l'avait contraint de s^'eniuir \ Dans sa retraite il ne cessait de se livrer à l'étudtî de la sagesse et à la contemplation de la nature ,' lorsque , après avoir observé quelques malheurs particuliers , qui présageaient à ses yeux des malheurs plus redoutables , la pensée lui vint du ciel de construire un grand vaisseau , sur lequel il échapperait avec sa famille à la submersion de la terre *.
pjlLia forme de ce vaisseau était un carré long , de trois cents coudées (environ 425 pieds), large de trente, haut de cinquante. L'intérieur,
* Le mot Noè signi6c repos. Le Coran en parle en ces termes : Noé, notre ministre, dit ù son peuple : « Je suis chargé de vous prêcher la parole divine. N'adorez qu*un Dieu; je tremble que vous ne subissiez les châtimens du jour de douleur. Les premiers du peuple vouéi à rincrédulité répondirent : Tu n*es qu*un homme comme nous; tu n*as aucun mérite qui te rende supérieur.... Alors Noé eut celte révélation : Construis l'arche dont nous t'avons donné le plan ; n'élève plus ta voix en faveur des pervers, ils doivent périr dans les eaux. Noc, travaillant à Ttrche, était en butte aux railleries des passons. Vous vous moquez de moi, disait-il, j'aurai bientôt occasion de me rire à mon tonr de vous (Chap. xi). »
TEMPS ALLEGORIQUES. 277
revêtu de bitume ainsi que rextériéur, reafermait trois étages qui se divisaient en' appartemens ou loges; le fond était plat, et le comble avait de chaque coté ime coudée de pente : on y entrait par une seule porte , et des ouvertures latérales j laissaient pénétrer le jour. Il fut à peine achevé, que le patriarche, sa femme, ses trpis fils et leurs femmes s'y réfugièrent, après y avoir introduit plusieurs couples d'animaux communs dans la contrée qu'ils habitaient *.
Alors, durant le mois de mai ou.de novembre, selon qu'on adopte pour base l'équinoxe de printemps ou d'automne, le déluge commença :
six mois après, l'arche s'arrêta sur les montagnes d'Ararat, en Arménie**» Vers IcNmilieu
* Le Coran ajoute : Lorsque dos ordres eurent, été donnés^ et que tout fut prêt, nous dimes ù Noé : « Fais entrer dansTarche nne couple de chaque espèce d*animaux, et ta femiile, excepté celui de tes 61s qui est destiné à périr ^ fais-y entrer les crr^yansit; mais le nombre en était très-petif. Noé appela son fils qui était demeuré sur la terre. O mon fils! entre avec nous, ne reste pas avec les infidèles. — Je me retirerai sur la montagne , elle me mettra à Tabrides eaux. — Personne n*évitera la punition ie Dieu , répliqua Noé, excepté ceux pour lesquels il a fait'édatèr ka miséricorde (Chap. xi)^ Le nombre des personnes qui entrèrent dans Tarcbe avec lui, fut de quatre-vingts, diaprés les auteursarabcs.
** C*cst sur le mont loudi, en Mésopotamie que Mahomet fait arrêter Tarche. Josèphc; rapporte un passage du quatre-vingt-seiùème livre de Nicolas de Damas , ainsi conçu : Il y a en Arménie, dans la province de Miuiadc, une haute montagne nommée B.an, où Ton dit que plusieurs personnes se sauvèrent durant ^e 4élu{|jp^
ajS LIVRS III. — CHAP. If.
da onzième mois , Noé I&cha ua corbeau qui allait et rerenait sans cesse : il lâcha ensuite Qoe colombe qui rentra dans l'arche, en ressortit de nouveau , revint , tenant au bec une feuille d'olivier, et s'envola une troisième fois pour ne plus reparaître. Enfin , il sortit avec sa famille, le vingt-huitième jour du second mois de la deuxième année , après un an et onze jours.
Une fois l'idée du déluge admise , qu'y avaitil de plus naturel , pour se rendre raison de la smirivance de quelques hommes, que d'imaginer un vaisseau qui les conservât sur les ondes? quoi de plus naturel que de faire repeupler la terre par huit individus qui ne jetaientpoint des pierres derrière eux, comme Deucalion et Pyrrha, ni ne semaient des dents comme Cadmus , pour recueillir des hommes?
Mais quelles armes nouvelles toutes ces circonstances n'ont-elles pas fournies aux adversaires de l'universalité instantanée du déluge , prise à la lettre ? Serait - il possible qu'un frêle vaisseau , ayant les dimensions marquées , même des dimensions plus considérables , eût pu
et qu'une arche doDt les restes se sont conservés pendant plusieurs années, et dans laquelle un homme s*était renfermé, s'arrêta sur le sommet de cette montagne. Il y a ap)>arence que cet homme est celui dont parle Moïse, le législateur des Juifs. {Àntiq. Jud.^ Kt. I, cb. III* ) Le mot Ararat signifie malédiction.
TUUn AIXEGOAIQUI9. ^'JQ
nriforiner s^pt couples du plus gratid nombre (t'espèces d'oiseaux et de q^adrupëdes , et une couple au moins de tous les autres lanimau:! ? ijl faudrait accorder Tiiispiration aux krntea pour les flaire arpiver d# cpocert à ce reodeznvous général ? Par quebchemioa feraient venues celles qui ^parteniaeqt aux îles les plus éloignées ; et ces milliera d'ioaectes et de reptiles de divers^ nature qui s'éloignent à peine des lieux où }lfi ont reçu la ¥ie ? Gomment le même toit auraitil rQcouvert la brebis , cote à cote du tigre > et> l'i^nimal des pays glacés tout près de celui de^ tropiques ? Enfip , quelles proi^islcms immenses dans une ménagerie si extraordinaire , et quelle ïoule d'bommâs pour empêcher qu'elle ne ^ changeât en un cloaque des plus impurs?
La tradition d'un déluge , d'une famille sauvée et d'une arche , fut répandue che^ U plupart des peuples anciens ,^. Josêpbe assume que tous les historiens , mêjne barbares , 4e son temps en ont parlé i entr'^utres Jérgiqe l'Egyptien , qui avait écrit yur lè| antiquités phéniciennes 9 Mna^as et Niçolfûis de Damas.
Mais le récifr de Bérose^ auteur chaldéen 4c
^ SoLdh af«tâ)ipris ûf^ préirefl ëgyptieiM qa*aTant Icp inondatioii^ CQDnucf des Qr^fifi, il y avait eu une inondation générale. tiCs Chinois, les Persans, les Brames ont tous admis des délugesenTtyëa fxmr anéantir U lace humaine.
!i8o LIYRB m. ' — GHAP. 11.
Tépoque d'Alexandre environ, mérite d'être cité. On peut croire qn'il avait fait son profit de la Gençse.
Xisutbrùs, dixième roi de la Ghaldée, depnîs Aloros , qu*on regarde comme le même persontage qu'Adam, vit en songe Chrbnus ou Saturne, qui lui annonça que le genre humain serait détroit par un déluge. En même temps il lui lut ordonné d'écrire l'origine, Taccroissement et la fin de toutes choses, et d'enterrer cet écrit dans la ville du Soleil , nommée Sipara ; de construire un vaisseau long de cinq stades, (2,800 pieds environ) et large de deux; de le remplir de provisions, d'y faire entrer beaucoup de quadrupèdes et d'oiseaux, et de s'j réfugier avec sa femme , ses parens et ses amis. Xisuthrus exécuta cet ordre : dès que les pluies eurent cessé, il Ucha plu6ieurs oiseai» qui rentrèrent aussitôt dans l'arche. La seconde fois ces oiseaux apportèrent un peu de boue à leurs pâtes ; la troisième fois ils ne revinrent plus. Alors , ayant fait une ouverture au vaisseau , il le vit arrêté sur une montagne ; il en descendit accompagné de sa femme , de sa filte, et du pilote; leur premier soin fut d'immoler des victimes aux dieux. Sescompagnons ayant longtemps attendu leur retour, allèrent à leur rencontre ; mais ils ne les trouvèrent plus« Une
TEMPS ALI.^GOBIQUCS. 2 8 f
voix aérienne leur apprit qu'ils avaient été transportés dans le séjour céleste j et leur prescrivit de se diriger vers Sipara, dans l'Arménie, pour j recueillir les écrits de Xisuthrus , qui devaient être livrés à la connaissance du ^nre bumain ^.
L'histoire des dieux Osiris et Typhon , qu'oii a pris successivenoient pour des -souverains de l'Egypte y pour le génie du bien iet du mal , pour des constellations , fait aussi mention d'un déluge et d'une arche dans laquelle Osiris fut conservé* Lesi^nêjnes circonstances sont répétées au sujet de Deucalion ; jusqu'à la colombe qui lui servit, comme dans le récit de la Genèse , à connaître l'écoulement des eaux 7. >
Après le Déluge , Dieu conclut avec Noé , ses fils et toute leur postérité , une alliance qui consacre soiAme forme dramatique le principe de l'union fondamentale entre tous les hommes , et leur égalité première devant lui. Il leur permit de se nourrir sans distinction de la chair de tous les animaux; et cela confirme de plus en plus cette vérité, que les règleQiens du législateur, relatifs à l'exclusion de quelques espèces , du nombre des alimens , n'avaient à ses propres yeux, qu'un intérêt secondaire, et ne lui parais^ saient pas applicables à toutes les circonstances ni à toutes les localités. C'est un crime* âbomi-
aSa uvEB m. — CHAP. u.
ugiAe de verser le sang de rhomme : Dieu en demandera compte, non seulement au meur* trier , mais à tous ses frères qui l'auront laissé i«pandre ; car ceux qui abandonnent l'innocent^ qu'il était en leur pouvoir de protéger, ne sont pas moins coupables que ceux-là même qui le tuent. Enfin, pour calmer les craintes que le aouyenir du déluge entretenait dans les âmes , rarc-en^iel, messager dii beau temps, lut signalé comme le gage que ce fléau ne se renouvellerait plus : c< Je mettrai mon arc en la nuée , dit l'Etemel, et il sera le signé de l'alliance entre moi et la terre ^. »
A travers totlte cette poésie, que le lecteur s'arrête un instant, pour juger la portée de l'bistorien. Dans quelques traits^ il a marqué les grands progrès de l'humanité commençante. Les deux sexes sont étonnés d'eux-iAues ; une violente secousse les fait entrer dans la carrière de l'expérience ; l'idée dominante de la première période est la prise de possession de la terre, par l'homme; mais en cherchant sa nour* riture, il frappe son. semblable, comme il frapperait l'animal; le laboureur jaloux tue le berger, les plus forts immolent les plus faibles, ta terre se remplit de meurtres et d'extorsions. le Cependant quelques êtres privilégiés entretiennent la flamme de l'intelligence, et ils pré-
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parent une seconde période* Alors la principale idée acquise est le respect de l'homme pour l'homme ; il peut exercer sa puissance sur l'animal 9 mais suivant la nécessité, mais wm barbarie; la ^ loi universelle s*étend aux ani*maux comme aux hommes. <t Je traite alliance avec vous , dit TElohim , avec votre postérité ^ et avec tout être vivant, quel qu'il soit : mahheur à vous, si vous osiez tirer le sang de Ta*nimal, lui arracher un membre , pendant qu'il vit encore * ! Malheur à vous surtout si vous versiez le sang humain ! vous êtes tous ensemble responsables de chacun. » Ainsi voilà le champ ouvert à la civilisation, la pierre angulaire posée, le premier principe de l'unité sociale. A quels abus les meilleures choses ne peuvent-ellet^ donc pas donner lieu, puisqu'on a fatigué, ré^ vohé d'excellens esprits au point de les forcer
* Il Hiut 0e aonTenir âe la coatome Muv«Kè 4|at epnsîste 1^ «langer des membres palpitans, pdor comprendre toute retendue 4e ces mots : P^ous ne mangerez pas de chair avec son âme , c'estk-dire »wi S€utg. C*esl pourquoi les docteurs juifs les développent an disapt qu'il éUi% défendu ii'arracber un noeipbrc k ranimai , pendant' qu*il yit encore, de le torturer de quelque manière que ee soit. Si la Genèse voulait ei^pHmer srulèinent qu'il ne faut pas mimg^ le sang ^^^Q^ en retire après la mort, elle ne les embrasserait pas dans le pacte que Dieu fait avec la terre. Mais ce pacte iëfend aux hommes de toucher à la vie les ans des autres, et de dauser une souffrance inutile aux animaux qu*il leur est permis de tuer pour s*en nourrir. (Voy. t. !•% p 287.). La prohibition du sang, comme missNre sanitaire, se rattache k «êla siibaidiMreai0U>
!l84 L1VR£ ni. CHAP. II.
à dire qu'il n'y avait dans tout cela que fana* tisme, ignorance !
Noé ayant cultivé la vigne dans les contrée»
arrosées par TAraxe, en recueillit les premiers fruits et ressentit la première ivrpsse. Gam, le plus jeune de ses fils y ou plutôt Canaan son petit-fils, s*attira son ressentiment; c'est pourquoi le législateur, dicta ce précepte, qui s'applique aussi aux choses morales , aux faiblesses et aux erreurs, sur lesquelles le fils doit toujours jeter un voile respectueux : « Ne découvrez pas la nudité de votre père. » De plus , ce Canaan, maudit par son père et condamné à devenir le serviteur des serviteurs de ses frères, était le chef des tribus cananéennes que les Hébreux devaient combattre à armes égaies , mettre en fuite, ou anéantir.
Ce fut trois siècles et demi après le déluge, dans la neirf cent cinquantième année de son âge, que mourut Noé, à qui les Hébreux n'accordent pas, comme caractère moral, une aussi haute vénération qu'à Abraham, parce qu'il n'implora pas la clémence de Dieu en faveur du genre humain, comme ce dernier le fit pour Sodome etGomorrhe. On l'a confondu avec Xisuthrus : on a imaginé qu'au sortirde l'arche, il quitta ses enfans, et alla s'établir dans la Chine, où^ sous le nom de Fo-hi, il devint le chef
TEMPS ALLÉGORIQVSS. ^85
d'tine immense famille, qui jeta les, fondemens de l'empire chinois. Enfin ^ il a été pris pour rOsiris des Egyptiens , le Saturne , TUranus ou le Janus des Grecs , tous personnages qui , d'après des savans modernes, ne représentent euxmêmes, que le Capricorne ou le génie céleste , dont les fonctions consistant à ouvrir Tannée.
Rien de remarquable che2^ ses xlescendans établis dans la plaine de Sinhaar, à l'occident du Tigre, jusqu'au temps de la tour de BabeL L'audacieux auteur de ce projet aurait voulu , dit-on, assurer un asile aux hommes contre un second déluge, ou leur donner les moyens d'escalader le ciel, comme les Titans de la Fable. Mais qui ne reconnaîtra aussitôt une belle allégorie dans cette ville de Babel?
c'est la tendance des hommes à former des pensées ambitieuses et vaines, combattue par la difficulté de s'entendre, et par l'impossibilité de marcher long-temps dans un sens que n'approuve point la nature : c'est la dissolution de la société première, occasionnée par le développement des idées, par des besoins et par des langages nouveaux. 11 fallait, après le déluge, la dispersion des hommes sur la terre, pour qu'elle fût rapidement peuplée. Aussi la crainte d'être dispersés forme-t-elle le lien principal de cet épisode. « Faisons des briques, bâtis-
^S6 iivtit m.— CHA9. u.
sons une ville et une tour qui touche aut cieoXy dirent les enfans des hommea, et ae- ({uérons de la renommée , dé peur que noM ne soyons dispersés sur la terre. » Alors rEtemel, ^Cant descende |k>ur voir cette ville et cette •tour^ s'écria : « Ce n'est qu'un seul et même peuf^e ; ils ont un même langage ^ et rien ne les empêcherait d'accomplir Leur dessein ; hâtonsnous donc de. confondre leurs langues, afin qu'ils ne s'entendent plus. » Ainsi rEtemel les dispersa sur la terre ' , et on cessa de bâtir la ville qui fut appelé Babel ^c'esVà-dii'e confu* sion *. Que d'applications de cette allégorie ! dans le passée dans le présent que de tours de Babel !
La Genèse indique en détail les origines et les séparations des familles et des peuplades qui formèrent les anciennes nations. Volney peifse que le chapitre où elle traite de cet objet n'est autre chose qu'une description du monde connu des Hébreux, lors de la captivité de Babylone. Ils avaient coutume en effet, d'attacher le nom des peuples plutôt aux hommes
* Calmct dit très-sëricuseincnt que d(îs voyageurs ont va les rester de la tonr de Babel ; qu'ib en ont même fait des desslof^ iMqiK^lâ pourraient .servir de )iendans aux ruines de la ville de AW, bâljp par Caïn , qui, suivant Josèphe, existaient encore de son tnnps.
TEMVS ALuiooRiQmi. 187
tpi^au sol^ el on ne peut doater qu'à cette époque, dès interpollations nombreuse^ n'aient été faites au récit primitif.
Japhèij celui qui s'étend, l'ainé dès enfans du pbtriarèhe, eut sept fils« Sa postérité se répandit dans toute l'Europe et dans une grande partie de l'Asie. Gùmer a été pris pour le personnage représentatif de la colonie qui donna naissance attJL peuples Gimmériens ou Celles, entre le Borysthëne et leTanaïs ; Magog^m le père des Scjthes; Madaï, des Mèdes; Tubal et Mtseky des peuples de la Gappadoce et du Pont ; Tiras , de laThrace; lavan^ de l'Ionie. Les enfans de Iwàn^ sont E lissa ^ mot assez voisin de JEliaêy la Grèce^ Tatsisy Ketim y Dodanim dont on a fkit successivement, l'Ibérie, diverses côtes de l'Afrique , l'Italie , les lies de la mer Egée, la Macédome, Rhodes.
Cam , celui qui a chaud , a été regardé comme le même personnage que Ghronus , dont parle Sanchoniaton, qui se révolta contre Uranus son père , qui le détrôna et le fit mourir. Il a passé aussi pQur le Menés des Egyptiens , et pour le Jupiter des Grecs. On lui a attribué l'invention des sciences occultes. Ses enfans sont Cus ^ le noir, qui aurait peuplé une partie de l'Arabie, de l'Abjssinie, de l'Ethiopie; Miizrdimy l'Egypte, d'où seraient sortis Ludimy les Ludéens,
a68 livre III. — GHAp. n.
Lebalum j les LyhienSf et d'autres peuples qui allèrent du midi au nord* P/ait /Vép^is, s'étendit oans l'Afrique • Canaan donna naissance à Sidon y et reihplit. la Phénicie ^ après avoir occupé peut-être les bords de la mer du Sud , -ou mer Erythrée *.
Mais le plus célèbre des descendans de Gam , est Nemrody fils de Gus y le puissant chasseur devant l'Eternel : sou nom, qui signifie rebelle ou immortel y selon qu'on le fait dériver de la racine hébraïque Marady ou du mot persan Nemrûdy a conduit les uns à le représenter comme un tyran odieux, les autres comme un homme doué d'une force et d'une adresse extraodinaires, qu'il déploya surtout à combattre les bêtes féroces. Les laboureurs et les bergers cédèrent à son pouvoir ; il se dirigea vers l'Euphrate, et jeta les fondemens d'un royaume composé d'abord de quatre villes , Babel , Ered , Accad et Gaine ; c'est pourquoi l'on a prétendu qu'il était la même personne que Bélus , premier roi de Ba-
* Je n'ai pas besoin d'obscrvt'r que les opinions varient à l'infini sur l'application des noms des peuples à chaque nom de la Genèse. Mais on y voit toujours ie mouvement des populations qui, après avoir pénétré dans l'Afrique et s*y être établies, reviennent sur leurs pas, et renvoient de nouvelles peuplades daus les lieux d'où elles sont parties. Cela se réfère assez bien à ce que Ton connaît aujourd'hui de l'état de l'Afrique, qui parait avoir ren- Derme des nations nombreuses , et de la puissance des Ethiopiens.
TEMPS ALI.^GORlQOfiS. ^89
bylone , ou que Ninus le fondateur de Tempire d* Assyrie.
C'est prii^cipalement à Sem^ le plus intelligent de ses trois fils, que Noé confia le dépôt de ses connaissances. Ce nom de Sem- signifie homme de réputation ; il eut cinq fils : Elaioi occupa la Perse; Assur l'Assyrie, et bâtit Ninive;^ Aram donna son nom à 'là contrée Syrienne; Lud aux peuples de Lydie, et Arpaxad; le troisième fils par ordre de uaissance, fut^ suivant Josèphe, le père des Chaldéenset engendra- Heber , de qui les Hébreux tirent leur origine et leur nom. C'est ce dernier personnage que Mahomet appelle Hod , et dont il fait ua prophète entre Noé et Abraham. Péleg et Joctan sont les deux fils d'Héber ; celui-ci eut plusieurs enfans , au nombre desquels Ophir et Havila , noms de pays fameux dans rËcriturc : sa posté* rite s'étendit jusque dans l'Inde.- Le nom dé Péleg signifie partage ; il le reçut , parce que de sôit temps, est-il dit, la terre fut partagée, que les notions de propriété commencèrent peut-être à se répandre. Il eut pour descendans successifs , Réhu , Sérug , Nacor et Taré , père d'Abraham , de Nacor II et de Haran .
Ici finit notre première époque, dans laquelle l'allégorie domine , et dont la limite est tout arbitraire. Après avoir porté le déliige à la
seize cent citiquante^xième année depuis ia création, le texte hébreu laisse , entre cette catastrophe et la naissance d'Abraham, un intervalle beaucoup trop court de trois cent cinquapte^naéea^ que le texte samaritain fait de miUe deux ans , et la version des Septante de onze ceAt ti;ente-deux *• Ces différence», et les altérations . probables subies par les indication» munériques, ont jeté les chronologistes dans un grand embarcas pour coordonner les dates .de l'histoire sacrée , et les mettre d'accord avec celles des autres peuples.
U me suffît d'avoir exposé le récit de la Genèse, qui a évidemment des bases beaucoup plus naturelles qu'on ne le croit en général , et qui prouve que , tout en respectant des traditions anciennes, Tauteur ou les auteurs suivirent cette pensée de former un tableau dramatique et succinct du développement primitif de l'humanité. Si l'on ne perd pas de vue le temps où elle fut écrite , on restera convainc» qu'il fallait un bien grand génie pour accomplir cette
* On a vu qu<î le Pentatcuque samaritain passe pour être l'crit ayec le caractère phénicien , auquel on aurait substitué , après la captiviti* de Babylono , le caractère chaldaïquc, bien supérieur par la oçtteté et réhfgance. La version des Septante recul<: beaucoup plus la création que les deux autres t(\\te!i; elle la met 55oo ans avant notre ère , et le déluge à Tan du inonde ^^2. Les Tables Àtphonsinos ont porté cette création à G984 ans avant notre ère, de sorte que Fespéce aurait neuf mille ans d-âgc.
TEMPS ALLiGORIQCTB. IMCfl
tâche , cooyaincu surtout que nul autre poëme célèbre n'a répandu le merveilleux avec plus de mesure^ plSs de profondeur et plus de simplicité. Sans doute elle nous laisse beaucoup à désirer sur les événemens des premiers siècles; mais ést-cè dans les fàUesT monstrueuses de la plupart des peuples de l'antiquité qu'on trouvera des choses plus satisfaisantes et, plus ▼raies? Un épais nuage oouvi^ le berceau du genre humain^ et les efforts des historiens pour marquer en détail ses premiers pas^ ressembleront toujours à ceux d^un homme qui , voulant se rappeler les actions de son plus bas Age y adopte les illusions de son esprit pour des souvenirs réels.
LIV31JÏ III. : — CHAP. ÎII.
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Jusqu'ici le poète a considéré rhumanité en masse; maintenant il devient plus spécial; il va s'occuper de la formation d'un peuple. L'utopie imparfaite de ce peuple se développe dans le cerveau d'un homme doué d'une haute intelligence ; et ses descendans se transmettent ses idées jusqu'à l'époque où l'un d'eux a la force nécessaire pour remonter à leur source , pour les agrandir et les réaliser. Tous les épisodes se rattachent à cette action principale , soit par le fond, soit par la forme ; tous mettent en évidence quelques uns des principes politiques ou moraux qui doivent exister chez ce peuple.
Thnnù^ài^persion sur la terre j'ChpqneipQfVion de là ^ndê famille de Noé fvmïdl me TmiM différente : one de ces familles ,reptef « {^us- mpr
prochée de lanatnreque-louJbeales.autirë^V ^otfi objet fl^êrk de ne sacrifier qu'à yinteltigaotiei ; iOji aprë^' des traverses •infiiiies, elle fera îcittirurhiin mainte entière du, prodoit de ses* coate^lioôtf I
Voilà* tout Tesprît do poëme. Qu'oftreeonr^ naisse y si Ton veut ; coïkime.celà à. léléiprotHisé pour les œuvres d'Homère , que nous ledevoni^ à un grand nombrq de/va^^o^^;; peu importe.!
le fil n'en est point interrompit, ettoutJseLCiiotr> donne très- bien- autour de l'idée domlna0jtel/;«i
Si la vie pastorale appartient à T^nfànoei Àt&h sociétés / sous ce rapport qu'elle a''adlie'àun étafa nomade , l'industrie pastorale .'se ré?»ille aj^eo: forée dans leur âge adulte. Plus, lai •cmlisa^n fait dés progrès , plus le soin des /troupeaux dey*vient d'une importance majeure. Il faut de nombreux troupeaux . pour, que :toutÇr la^ poj^ulation obtienne une nouiriture'isàiiieV' il' faut de nombreux troupeaux pour qu'elle 3pit couverte de vêtemens convenables. On a déjà vu qu après avoir changé les ancieuaes habitudes nomades des Hébreux , et les atoir transformés en un peuple de petits propriétaires ,, Moïse ne cessa de leurrecopamander cette partie éminente de la richesse publique.
m( uns m. — CHAJP. 19.
Abriham pem^tre considéré comine le légiskievr à» la société pastorale. U s'appekit d'abord Jènm, pare âevé; mais, siÛTaiil T^atge ^ Orientaux qui changeaient de nom dana les droonstances extraordinaires de leur vie ^ ce nom Art modifié en celui' A* Abraham^ lors<{ue Teepoir lui eut été dcmné qu'il deviendrait le père éPune multitude de nations ^ Hur en Ghaldée est la ville oà .il naquit. Sa renommée s'étendit dans tout l'Orient^ et a augmenté d'âge eo Age* Les Persans oBtTu enlui leur prophèteZe/io^aAi ou Zoroaatre ; on l'a confondu avec le Brahm oa Brahma des Indiens ; les Arabes l'ont honoré comme le père de leurs tribus , et les Musulmans se rendent en pèlerinage à son tombeau^ avec non moins de zèle qu'à la Mecque *.
G^est au-^l^ de Tannée 2000 que commence son lûstoife y vers l'époque où l'Egypte devint
* f)v» re)ciben U relifioa d^Abrahaln , » œ a*eflt rinacofé! ^iMiid DÎQi&Jiui ààLf Embrasac rislAmisine , Abraham répondit : Je Taî embrassé , ce culte du souverain des mondes... Les Juifs et les cbrélieBS-rilpétent : Adoptet notre croyance» n vonlez être dans le chetiin du salut. Répondez-leur : Nous suivons la foi d* Abraham ^ qui refusa de Tencens aux idoles , et n*adora qu*un Dieu. Nous crojontf en Dieu , an livre qui nous a été envoyé , à ce qui a été révélé à. Abraham , Ismaël , Isaoc , Jacob et aux douze tribus ; nous croyons à la doctrine de Moïse , de Jésus et des pro* phèles ; bous ne mettons aucune différence entre eux y et nous sommes musulmans ( Cbr<i/i , cbap, JI« trad. Savary). Notez bieik que les mots islamisme et musulmans signifient ici consécratioa & Dieu , consacré à Dieu.
PASTEURS. l9$i
là fnÂe des f^euples terribles doM j'tfi .parlé » d'après Manéthon ; lesquels reçurent le nom de /HutÊurs, plutôt à cause de leur vie errmMe ou de quelque autre raison de ce «genrey que par le sotn qu'ils prenaient des troupeai|^« Gomme peûiture de mœurs surtout , cette- histoire et ceUe des palriardies qui lui succédèrent offin^ une série de petits tableaux aussi remarquables paf la pensée que par l'exécution; et que de témoignages pour en attester la fidélité ! De nos jours encore , une foule de Tôyageurs , eo travarsant l'Arabie^ se sont crus transportés sous les tentes d'Abraham ; même hospitalité , même union de la famille , même respect pour le chef y mêmes travaux , même physionomie , mêmes costumes ; tout enfin rappelait à feur souvenir les récits dont on atait bercé leur enfance 9 et les transportait > comme malgré eux, à Torigine du genre humaia.
D'après Josèphe, Abraham aurait sucé dans son pays natal les ^inions des Sabéens > ado^ rateurs des corps célestes , qui possédaient une foule de connaissances astronomiques. Mais; s'élevant bientôt à une plus haute doctrine , il déclara que les astres n'étaient que des corps secondaires^ dépendant, comme les liOTbmes et comme toute chose, d'un Etre éternel et unique^ qu'il appela le premier du nom de Jéhovah ,
ag6 uvBE m. — chap. m.
lequel signifie, od l'a déjà vu , Texistenee uni-^ .verselle et absolue.
Toutes ses pensées se tournèrent dèsëors vers cet Etre; tous ses vœux furent de comprendre sesy^apportsav^rexistencederhoDune; de sorte qu'il en riésulta .les méditations soutenues, les conversations intellectuelles , les visions y les extases , qu'il faut bien se garder de confondre avec des scènes réelles* « C'était un. homme très -sage, dit l'historien cité, d'un esprit très -supérieur , et d'une grande éloquence/ qui donna aux hommes une connaissance de la Divinité, beaucoup plus parfaite qu'ils ne l'avaient auparavant. Il fut le premier à affirmer que le soleil j la lune et les étoiles n'ont aucun pouvoir par eux-mêmes , et qu'ils sont soumis à une suprême puissance , qui règle leurs mouvemens. Les Ghaldéens et les autres peuples de la Mésopotamie, ne pouvant souffrir ces discours, s'ameutèrent contre lui; et c'est alors que , par l'ordre de son Dieu , il alla habiter la terre de Canaan. Berose a parlé en ces termes de ce personnage, sans le nommer, ajoute le même auteur : « En l'âge dixième après le déluge, il existait parmi les Ghaldéens un homme très-juste et très-intelligent dans la science de l'astrologie.)* Hecatée a écrit un livre entier à ce sujet, et nous lisons dans le qua-.
triènije U^re de l'Histoire 4^ Dania9<{u' Abraham sortit avec une grande troupe du pàys^ des ChaldéenSy qui est au-dessus de Babjloiie^ <]u'il régna en Damas; qu'il eu partit quelque^ temps après avec tout son peuple , et s'établifc dans là terre de Canaan^ qui se nomme. maintenant Judée, où sa postérité se multipliai d'une manièfe incroyable ». », •
Rien dans la^ Genèse ne justifie ces dernières assertions. Le patriarche, accompagné > de Sàrat* sa femme > qui était aussi sa sœur du côté paternel, de Lot sim neveu, et de toutes les personnes attachées au service de ses nombreux troupeau^, quitta la ville Caran, en Mésopo-. tamie, oii son père Tjré * s'était établi ; lorsque la perte d'un de ses fils lui eut rendu insupportable le séjour de la Ghaldée; et il alla dresser ses tentes en Canaan , sous le chêne de. Mamré.
Une famine et le désir de s'instruire de la sagesse des prêtres dtEgypte le conduisirent bientôt dans ce royaume. Mais on juge de l'abus que les conquérans faisaient de leur pouvoir ,
* Mahomet appelle jézar le père d* Abraham , à 'cause de son idolâtrie. On prétend qu*il avait pour profession de faire des statues aux dicu.\. Ce mot azar vient de iazar, 6 toi qui es dans Terreur. Son (ils lui dit : Rendrez -tous à des simulacres le ciAte qui n*est dû qu'à Dieu? vous êtes, vous et votre peuple, dans de profondes ténèbres {Coran, chap. vi ).
iglè ' uvRE lit. — cojlp. nu
par U résolution qu'il prit de ne présenMT sb femme qu*en qualité de sa sœur, de crainte que sa beauté ne devint pour lui une cause de mort. Ge3ubterfîlge n'eut pas un entier succès. Le Mia raoA ayant ouï parier de rétrangère, la fit enle- Ter ; mais il combla son frère de présens^ et il ne la lui rendit que dur Tavis de ses aUgures, qui attribuèrent au dessein où il était âe la déclarer sa femme , une éjpidémie qui passa sur la msson de ce roi *.
' A son retour , le patriarcbe dut se- séparer de son neveu, pour nourrir plus facilement les trou* peaux , et pour obvier aux querelles entre les pasteurs. Lot choisit les plaines de Sodome et de Gomorrhe , situées à L'orient du Jourdain ; mais la paix ne Vy suivit point.
Plusieurs petits princes^ qu'on évitera de regarder avec Josèphe comme les maîtres de l'Assyrie , de la Perse ou de tout autre empire , se faisaient une guerre semblable aux guenes féodales du moyen âg#. Kédor-lahomer , ud
* Abraham , ^ant su que TEgypte était dans une grande abondance, dit Josèphe, se résolut d*autant plus facilemient à y aller, qu*il avait le dessein d*apprendre les sentimens des prêtres égyptiens sur la Divinité, afin de se conformer à leurs opinions, s*ils étaient plus instruits que lui-même; mais il les trouva, au contraire, beaucoup moins avancés Une peste ayant éclaté dans le
royaume , ainsi qu'une révolte , le roi consulta ses prêtres ; ils lui 4irent que la violence qii*il voulait faire à la femme d'un étranger en était la cause ( AntUf, Jud., liv. I , cb, viii ).
des plus puissans , avait sounûs fifiq rois ou seigneors , farad lesquels ceux de Sodome et de Gomorrhe ; et il réclamait d'eux pou,r 1^ dou* zième fois le tribut aouiiél , lorsque cies princes, fa^tigués du joug, se coalisèrent pt leyèreut Télendardderindépendaoce. Un an s'écoula, pendant lequel Kedor ^'attacha dçs auxiliaires: à leur tête , il vainquit Iqs peuplades qui lui disputaient le passage , et il arrivadans la plaine de SeddiI^ , occupée aujourd'hui par la mer Saléç ou lac ÂspWtide. C'est là que les attendait la confédéra^tion ennemie. On combattit avec ar*. deur; mais les troupes de Sodome et de .Go* morrhe , repoussées par celles de Kédor , rencontrèrent sous leurs pas les crevasses pleines de bitume qui coupaient là Vallée. Cet accident jeta parmi elles la confusion, et força bientôt toute l'armée de se retirer à la débandade dans les montagnes voisines.
Les conquérans entrèrent saus.obstacles dan& les villes des vaincus, s'empa^èreut de leurs richesses et amenèrent prisonniers tous les habitans, au no^tbre desquels était Lot.
Mais uu des hommes de sa maison , échappé à la surveillance de l'ennemi , acçqurut en toute hâlje avertir Âbra|iam. Celui-ci, ayant donné des armes à trois cent dix -huit hommes de ses propres serviteurs, et appelé à son aide ses
3oô LIVRE III..—*- dtUip. m.
alliés, les trois frèfes Matnré rAitiorrh^iir , Escot et Haner , s'avança avec rapidité , rassembla une partie des troupes ' fugitives , et atteignit près de Dan les rois ^victorieux. Alors il divisa sa petite armée en plusieurs^ corps, et, profitant de l'obscurité de la nuit , il fondit sur eux dé divers côtés, et leuf ebleva tous les prisonniers et tout le butin.
Au bruit de ce haut fait, le roi de Sodomealla à sa rencontre dans une plaine nommée lé Champ-Royal , qui faisait parde du territoire de Mèlkisedec. Ce prince , à qui son amour pour la justice avait mérité le nom qu'il portait de roi juste ^ exerçait aussi le sacerdoce : il avait sur la Divinité des opinions analogues à celles du patriarche ; il rejetait les idoles pour un Etre universel.
Après avoir distribué des vivres en abondance aux troupes hébraïques , il donna , selon l'antique" usage , sa bénédiction à leur chef, qui, pour lui témoigner sa reconnaissance., lui offrit en présent la dixième partie des richesses arrachées aux conquérans. En même temps le roi de Sodome proposa à Abraham de garder pour lui le reste du butin. « A Dieu ne plaise , que je prenne la moindre chose de ce qui t'ap-^ partient , même un fil ou une courroie de souliers, et qu'on puisse me reprocher de m'être enrichi
PASTEURS. 3oi
à tes dépens ! seulement^ laisse quelques vivres pour mes compagnons^ et, donne une part des dépouilles à mes alliés "* ! » .
, Sur quoi donc se sont fondés les théologiens qui ont fait remonter à Melkisedec la dîme rplîgieuse ? riU>r2^}]^iSua[i livre-t-U par un hommage servile le djipdême de ses propres biens ^ ou mçme. la dixième partie d'un butin qu'il aurajit leonqiiis pour en jouir? N'étaitM^e pa3 une juste compensation des vivres abondans diitnibués à son armée ? n'étaitnce pas un simple acte de convenance et d'honnêteté * ?
.Cependant^ malgré le succès de ses ^tre*
* « Çirst JësiM-Christ qu'Abraham honore çn la personne du grand j>ont[fc Melkisedec qui le représente, dit Bossuet , c*est à lui qu^il paie la dfme du butin qu*il aTait gagné siir les roia vaincus { c*e8t par lui qu*ii est béni (Nist. Unw, ). Je ne sais si Abraham songea à ces choses; mais il me semble que rien d'approchant n*est' dans le texte.
A In vérité, la Vulgate met au participe présent un verbe qui est au parfait, et, de plusieurs phrases distinctes, elle en fait une seule. Melkisedec , dit-elle , ùffroni du pain ci du vin , paret qu'il
était prêtre du Dieu très-haut, bénit Abraham en disant
( Trad. de Sacy ). Mais il y a dans le texte : « Melkisedec apporta, ou plutôt fit appofter du pain et du vin; et lui-même était prêtre du Dieu très-haut j et il bénit Abraham. » Or personne n'ignore que donner du pain et du vin, ou du pain et de Peau, se prehd d^ns' la Bible pou^ donner des vivres en général. C'est dans le Chaui|>4ioyal que la petite armée hébraïque était catii])ée; c*est là que le roi fit porter des vivres : rien de plus naturel. La'Vulgatc au contraire , supposant qu*il offrit du pain et du vin , parce qu'il était prêtre du Dieu très-haut, ramène aussitôt à une cérémonie religieuse, dont le paiement de la dime passait pour la conséquence ; elle fait faire la communion k Melkisedec. Que le lecteur soit juge.
3oîl LIVRE nu CfiTAP. III.
prises , la vie du patriarche ne i'écootaif pas sans amertume' : un fils lui manqpiiàit; et tandis que ses visions répétées tui montraiiçnt sa postérité nombreuse comme les étoSes du cieï'ou comme le sabîede la hier, en féalrté nuf rejeton ne s'élevait auprès de lui , pour consoler' et réjouir sa vieillesse. Sara * , ^nsible à sa peîne , lui dît un jour : << Je suî^ istérile ; reçois dans ta couche ma servante Agar, Fïïgyptienne', peut-être sera-t-elle plus heilreuse'<)[ue moi. n^ Agar devint mère , mais , fière de sa fécbndiA, elle osa outrager sa maîtresse qui iSt entendre ces plaintes : « Cette offense s'adresse à toimême; j'ai conduit ma servante sur ton sein, et elle ne m'épargne point; que Dieu décide entre toi et moi, » Abraham lui laissa la liberté de disposer de sa rivale qui , forcée d'abord dé s'enfuir , rentra bientôt dans la maison , après avoir fait ses soumissions à Sara. Là , ^Ile donna le jour à un fils , nommé Ismaël , Dieu exauce, parce que Dieu avait exaucé les vœux de son père. La circoncision, déjà exposée sons le double rapport sanitaire et politique , fut pratiquée sur loi à l'âge de treize ans : le patriarche s'y soumit le même jour , malgré sa vieillesse.
* Elle s^appclait d^abord Sarai, mot qui veut dire ma mattresse, ma princesse. Ce nom fut modifié en celui de Sara, oli simplement inattresse ou princesse.
PASTEURS.. 3o3
Suivit4*il QH cela Ten^emple des prêtres égyp^^ tiens, ou la priorité lui appartient-elle ? Soa voyage en Egypte semblerait fayoriser la. première opinion; Biai3 l'histoiien qpii voulait con^ solider cet usage chez lesHébreuXj, proclame la seconde.
Sara avait déjà perdu tout espoir de voir cesser sa stérilité, lorsque son époux, assiâ vers l'heure du midi sur la porte de sa tente, aperçut trois voyageurs. Aussitôt il courut à leur rencontre ppur leur proposer l'hospitalité j il les plaça sous un grand chêne , et leur fit servir un ragoût de veau tendre , du beurre , du lait et des gâteaux préparés par sa femme çUeméme'« Dans leur entretien avec leur hote^ un des éta:*angers ayant éôouté le' sujet de sa peine , lui donna des consolations , au nomade rEtemel , et l'assurance que Tannée ne s'écoulerait pas sans qu'il eût obtenu le fils tant désiré : Sara l'entendit^ et ne put s'einpêcher de rire de sa confiance.
Mais ne dirait-on pas que la Mythologie a puisé, dans une source voisine l'histoire du bonbonmie Hy née , qui , voyant arriver trois étrangers , leur offrit, quoique très-pauvre , l'hospitalité, et tua pour eux le seul bœuf qu'il >pos^ sédait? Ces voyageurs, qui n'étaient pas moins que Jupiter, Neptune et Mercière, forent si
ïf
3o4 LIVRE m.-— CHAP. m.
charmés de son accueil, qu'ils lui laissèrent le choix d'une récompense. Hyriée souhaita un fils , sans être oblige de recourir à une femme; les trois dieux firent apporter la peau du bœuf immolé en leur honneur , la trempèrent dans l'eau, et lui recommandèrent de la conserver avec soin , car il en sortirait un enfeint, qui fut Orion , devenu célèbre par la constellation à laquelle son nom a été donné.
Le repas fini , deux des' voyageurs d'Abraham se séparèrent du troisième ', dont la destination n'est pas indiquée , et sur lequel l'imagination des commentateurs de toutes les croyances s'est exercée largement. Ils marchèrent versSodome, accompagnés du patriarche qui les adressa à Loth son neveu. Mais sa recommandation ne fut pas nécessaire ; à peine Loth , qui était assis à la porte de la ville, les eut aperçus, qu'il leur demanda d'agi^éer chez lui l'hospitalité.
La destruction de Sodome et de Gomorrhc se préparait : et c'est une chose remarquable que l'exactitude du poëte à retracer lous les faits physiques qui sont de nature à expliquer révénenieht, en même temps qu'il conserve le merveilleux traditionnel, et qu'il allie tout cela à des images susceptibles d'inspirer plus efficacement à la multitude la haine de la perversité, le dégoût du vice , et l'effroi des conséquences.
PA^TEUES. 3o5
Il y avait là cinq villes vpriacipales ^ qu'on a appelées peniapole , nom générique appliqué à plusieurs autiSes groupes de cinq cités » lais que la pentapole des philistins ^ la pentapole Libyenne.
Dans ta Ysilée où elles étaient bâties y on rencontrait à chaque pas des crevassies , au fon4' desquelles bouillonnaient des matières bitumi-* neuses.
Au moment de la catastrophe ^ une fu* méè épaisse comme la fumée d'iine^ fournaise sortit de la terre ; des torrens de soufre et de feu tombèrent sur elles ^ et -les anéantirent "« C'est ainsi que près de^ volcans, plusieurs villes célèbres ont disparu : le voyageur qui les avait naguère admirées , les chercha en vain ; ses yeux effrayés ue purent même en découvrir la trace *.
Le déluge , dans ses effets moraux , . avait mal réussie Les humains ne valaient pas mieux , après une leçon si terrible : et certes l'antiquité, à part quelques hommes d'autant plus brillans qu'ils paraissent plus entourés d'ombres /pour-:
* Diodore, Strabon, Tacite, parlent en ce sens de la destruction des deux villes citées. Dans cette catastrophe» se forma^le lac Asphaltide , ou mer Salée, qui. portait beaucoup de bitume : les terrains environnahs annonçaient l.i désolation , comni<* dans tous les pays volcanisés. ^
m. ao
3u<J LIVRE III. CHAP. m.
rait sous tous les rapports fournir à nos siècles un juste sujet d'or^eit , s'il ne fallait sans cesse nous souvenir q[ue c'est aux erreurs mêmes de nos aïeux que nous démens , en grande partie, notre contingent de sa^^esse.
La perversité des habitans de Sodome et de Gomorrhe était arrivée à un point si difficile à rendre , que la justice céleste décréta leur ruine totale.
Le bruit de leurs crimes augmente de plus en plus y et leur infamie est au eomble , dit l'Etemel à Abraham , dans un dialogue intellectuel , qui est Texpression sublime d'un principe de la plus haute moralité ; du principe en vertu duquel le cœur ^es hommes doit être toujours pénétré des sentimens de modération ; en vertu duquel l'indulgence doit souvent s'étendre trèsloin , lorsqu'à côté du mal y des sources de bien se rencontrent. « Mais ^ ferais-tu périr le bon avec le méchant , répliqua le patriarche ; peut*^tre il existe cinquante justes dans Sodome ; ne pardonneras-tu pas à tons 1^ habitans en leur faveur? — Pour cinquante justes, répond l'Eternel , je pardonnerai à la ville entière. — Mais s'il manquait seulement cinq justes sur les cinquante? — Je pardonnerais.
— S'il ne s'en trouvait que quarante ? — Je pardonnerais. — Que trente , que vingt , que
PASTEURS. 3q7
? — Je ne détruirais pas la Tille * pour Ta-
moiir de ces dix hommes^*!
A peine Lot eut recoeilii les deux voyageurs que tous les habitans s'attroupèrent , et deman* dèrent à grands cris qu'on les leur livrât. Vai-^ nement l'Hébreu leur représenta l'horreur de leur conduite ; vainement il consentit à sacrifier aux devoir^ de l'hospitalité ses deux filles » ob^ jet de ses plus chères affections ; on aurait triomphé de ses efforts y sans le pouvoir mystérieux qu'eurent les étrangers de frapper de-stupetir cette populace brutale. Soudain ils déterminé^ rent Lot à s'enfuir avec toute sa famille , et ils lui enjoignirent «le ne pas s'arrêter un seul mo^ ment. Mais la curiosité fut fatale à la femme de Lot. «-Ce fait n'est pas si étrange; dit l'abbé Guénée à Voltaire , qu'il faille nécessaireiâient recourir aux Métamorphoses d'Ovide po«r eu trouver qui lui ressemblent! Cette femme iror prudente tourne la télé vers Sodome enflamniée; elle contemple cet efirayani spectacle , et dans le moment un ^rbillon de fapeurs sulfureuses^ arsenicales , bitumineuses , chargées de sels métalliques, nitreux; et autres, l'envie loppe de toutes parts;, il l'étoufie , et son corps iihprégné, pénétré de toutes ces substances reste immobile
* U y a loin de là , comme on voit, à ces paroles si réièhres ; Tuêz, tuez toujours , Dietê dùtitiguêra Ut boru!,,. .»
3u8 LIVRE ^11. GHAP. Ilf.
et saas vie comme une statue , ou [Jutôt comme
une colonne, un pilier^ un bloc Car si
M., de Voltaire croit ou *veut croire ou se persuade que les Hébreu^L sont obligés de croire que cette femme fut réellement changée en une statue de sel de table , et que cette staiue dure encore * , c'est ^ pour un g^and homme donner trop dàn^ des absurdités populaires » et ménager trop peu sou lecteur '\ »
On sait que sur la montagne où ils se retirèrent, Jes filles de Lot , s'imaginant dans^lenr effroi que nul homme n'existait plus pour^elles sur la terre /osèrent partager- la couche paternelle. Le fils de l'aînée , d|i nom de Moab y qui signifie de mon père , fut le fondateur de h peuplade Moabite établie à l'orient du Jourdain ; le fruit de l'autre , du nom de Ben-€unnd^ fils de mon peuple , fut le père des peuplades d'Hanunon.
Enfin, malgré ses quaire-vingt-dix années, cinquante à soixante des nôtres, suivant li proportion des âgei'^*, Theureu^ Sara donna le
* Josépfae qui passe tour à tour , eomnie je Tai dit, d^nne haofee philosophie à beaucoup de crédulité^ est du nombre de ceux qui adniettaient que la statue de la femme de Lot durait encore de son temps { cette opinion lui fut suggérée saas doute par qiaelqve pierre ou rocher auquel la tradition populaire aTait donné le noof de la femme de Lot.
** Comme cent vingt ans passaient alors pour une Tieilicsie
)Otir à Isaac , oom qui signifie sourire , parce qu'il avait ramené le sourire sur les lèrmde ses pareils. Elle le nouirit de son lait, et quand le temps arriva de le sevrer, il y eut sous les tentes du patriarche un grand festin de réjooissance. Mais bientôt , craignant la jalousie de sa rivale, elle s'écria : « Eloigne TEgjqitîenne , afin quesoD^ fib , qui, sous mes jeux mêmes, se déclare contre le mi^xLy n'hérite pas avec hii *. »
Abraham, quoique certain du bonheur réserré à Ismaël, la satisfit avec affliction, et Agar quitta sa demeure. Que sa position devient in-> téressante I Seule , sans autre asile que l'onibre des arbrisseaux, elle fixe ses douloureux re-* gardssur Ismaël mourant de soif ,, et le déses- ' poir est prêt à s'emparer de son âme , lorsqu'une inspiration. bienfaisante lui découvre la
source qui doit le rei^dbop à la vie. Ismael n'ese
plus en danger; il^ftandit dans fe désert èi\
JParan ; il excelle à tirer de l'arc ; il épouse une
fenxme égyptienne y est reconnu chef et pêne
des tribus Arabes ; et après la mort de Sara , il
assex commune, )*aî déjà comparé cet ige li <faatre-viiigt5 ans au plus de notre époque, et je juge en conséquence.
* On a TU qu*en verta de la loi de Moïse, cette proposition n'aurait pu être faite. Le fils de la servante-épouse avait un droil inaliénable à Tbérédité, comme celui de toute autre femme.
3|0 LIVRE III. -r- GHAP. III.
revient en Canaan , partager ^vec Isaac les de* voirs de la piété filiale !.
Abraham habitait depuis quelque temps le pays des Philistins , où il avait essayé , avec aussi peu de suaves qu^eo Egypte^ de cacher sa femme sous te nom de sa sœur. Il conclut un traité d'alliance avec Abimélec leur roi; et sur la place miéme témcHn de leurs senpens, il planta un bois de chén^ où le nom de son Dieu^, duju^te et du fort ^ était invoqué**. Le cours de ses méditations ne cessait pas. Les unes sont morales et applicables à toutes les nations do monde ; elles se réduisent à ces mots : a Agi» avec intégrité, et laisse-toi conduire par l'intelligence , afin de vivre long -temps sur la ' terre , et d'assurer le bonheur de ta postérité. » Les autres sont politiques^ le législateur se plaît à y ramener les Hébreux ; elles ont pour objet la promesse que l'Eternel avait faite à leurs pères de retirer leur famille d'un pays de servitude^ où elle serait retenue longues années, et ^e les mettre en possession de la terre de Canaan, sous cette condition inévitable
'* On :)ait qu^lsmaël est un des grands patriarches des Mahomëtans , comme Isaac pour les Hébreux.
** La loi de Moïse défendit ces ix)cafes, qui favorisaient les coutumes obscènes dont le culte des idoles ét^it communément accompagné.
I^àSTEUBb. 3ll
que f pour obtenir plus de force . ils devraient déployer une justice et une intelligence supérieures à celles des ha]>itans du pays qu'ils remplaceraient '^. Combien les souvenirs n'ont*iU pas d'influence sur les âmes ! et que ce moyen de soutenir les Hébreux dans leurs f^t^igues et d'enflamiBer le courage d'une armée conquérante était approprié à l'esprit d^ temps ! .
Un jour ; àlavoixduTrès-Haut> lepatriarche consent à immoler ce qu'il a de plus précieux au monde , plus que lui-même , son fils bienaimé^ Mais qu'on se rassure; ce n'est. là, de l'aveu même de plusieurs docteurs; qu'une scène d'imagination, qui développe dans le cas. le plus exagéré un principe nécessaire à l'ordre sodlal, le principe du. bbra. sacrifice, de la part de l'homojue et du- citoyen, . de leurs intérêts personnels , de leurs affections les plus intimes , à une volonté suprême , à une nécessîlé générale, à la loi , au pays. C'est pourquoi le législateur. s'est déjà écrié, dans une circonstance où il croyait le salut *du peuple intéressé à la chose : « Si ton frère , fils de ta mère , si ta femme bien-aimée , si ton ami qui t'est aussi cher que toi-même ^ venaient le dire en secret : Quittons la route où nous avons promis de marcher; suivons des dieux étrangers, des dieux de servitude , tu ne l'épargnerais point , mais
3ltl LIVRB m. CHAP. llf.
lo dévoilerais publiquement ses projets poar qu'il en fût puni '^•»
J)e retour en Hébron * Sara mpurut , dans la cent vingt - septième année de son âge. Son époux désira acheter un champ pour y établir un tombeau de famille. Un combat remarquable de politesse et de générosité s'éleva alors entre les Hétiens qui voulaient lui faire présent de ce champ , et le patriarche qui tenait à leur en compter 1^ valeur. « Mon seigneur^ écoutenous , lui dirent-ils , tu es un homme très-puis^ sant partes richesses , et un bonune excellent^ enterre donc Sara dans le plus distingué de nos sépulcres, il n'est personne qui te refuse le sien. » A ces mots , Abraham se prosterna , suivant Tusage, et leur répondit : « Si cette chose vous plaît y que j'aie un lieu de sépulture parmi vous 9 intercédiez auprès d'Ephron fils de Sohar, afin qu'il me cède la caverne de Macpéla , qui est au bout de son champ , moyennant le prix convenable. »- Soudain cet honmie offrit de la lui donner ; mais Abraham, ayant renouvelé ses instances, lui fit accepterla valeur delà caverne, du champ et des arbres d'alentour : ils furent
* Hébron était dans ta. tribu de Juda : elle s*appela aussi Kiricur ai'bat ville des quatre, à cause des quatre patriarches qui y avaient^ dil-on , .sëjourné. Lequel de ces dcu% noms fut antérieur à Tautrc? Co a a été un grand objet de controverse pour les commcntateurSx
IFASTEÙRS. 3l3
paijrés selon l'estimation do propriétaire luimême , quatre cents sicles d'argent de cours/ qui équivalaient de six à neuf cents francs de notre monnaie *^.
Dès qu'Isaac eut courte sa quarantième année , au plus vingt-cinq ans pour nous , son père chargea le plus ancien de ses serviteurs , celui qui avait l'intendance générale dé ^es affaires', d'aller lui chercher une épouse parmi ses parens de Mésopotamie. Le serviteur, ayant là main placée sous la cuisse de son patron , jura qu'il accomplirait avec fidélité ce message *.
Il partit suivi de dix chameaux , et , après plusieurs journées , il arriva sur le soir dans la ville qu'habitait Nacor. Là , s'étant approché d'un puits où les jeunes filles puisaient de l'éau, il reconnut une parente de son maître à l'air de iai^ille et à sa bienveillance hospitalière. Elle était belle et. se nommait Rebecca ou plutôt Ribca. « Qui es-tu? lui dit le voyageur* — Je suis fille de Béthuel, fils de Nacor et de Milca; nous avons He la place pour l'étranger , et du fourrage pour, les bestiaux. » A ces mots, le serviteur lui remit une bague et des bracelets, et lui apprit le nom de l'homme par lequel il
* Ce%te coutnme de placer la main sous la cuisse pour faire un 'serment a été différemment interprétée. 3o passe sons silence les explications. £lle existait chez les autres peuples orientaux.
5l4 LIVRE III.* OHAP. III.
était e^yoyé : elle vole chez ses parens; on l'établit dans la maison ; on déshamache les cha* meaux ; on rafraîchit ses pieds fatigués ^ et on lui présente des alimens qu'il refuse avant d'avoir expliqué le sujet de son voyage •
Alors il raconte les travaux de son maître> sa fortune; 9 les qualités de son fils , et son désir de lujpfiiire épouser une. personne de sa lamille* « Nous en sommes charmés , dirent les * parens de fiibca; amène^U dès qu'elle aura donné son consentement \ » En etkt, après avoir; offert à chacun de riches présens , après avoir assisté à un festin et s'être reposé la nuit y le serviteur se mit en route avec Ribca^ bénie de ses parens et suivie de sa nourrice.
Dès qu'Isaac parut à ses jeux, elle se couvrit de son voile, pour cacher sa rougeur. H l'aima , la prit pour femme, la conduisit sous la tonte de sa mère , et fut ainsi consolé de la douleur qu'avait laissée dans son âme la mort de Sara ***
* Ceci est important, et vient à l'appui de ce que fui exposé touchant le droit des filles chez les Uéhreux. Le père, la mère et le frère consentent au mariage. Alors ils disent : « Maintenant ap- » pelons la Jeune J! lie , et demandom-lui une réponse de sa propre » bouche* Ils appelèrent donc Hibca ; veux-tu aller auec cet homme? » Bile rèpdÊidit : J^irai. «Ainsi ib laissèrent aller leur fille et sœur ( Gènes, xxiv, 57, 58).....
** De là %int Tusagë qu*avaient les mères de céder leur propre chambre à leurs filles durant les premiers jours du mariage , avant qu'elles fuiseat conduitei dans la maison de leurs époux.
PAâTEUM. 3lS
Enfin , après avoir eu de Kétora et de plusieurs autres femmes beaucoup d'enfans qu'il Jota pendant sa vie , et qu'il envoya dans diverses contrées de l'Orient où ils portèrent un esprit d*ordre et de travail *,.sei idées et son nom y Abraham mourut dans Une bonne vieillesse , sans infirmités ni douleurs , et rassasié de jours **• Ses fils Tessevelirent dans la caverne de Macpéla, à côté de sa première épouse; Isaac hérita des troupeaux et des tentes paternelles; Ismaël, doût la domination s'étendait déjà au loin dans l'Arabie , reçut conmie les autres enfans , un legs sur ces richesses.
* Le« uns furent létouchim, ouvriers en. métaux j les#iutres, atsouiim, livrés au négoce; d'autres ^ léoumîm, chefs de tribus et de peuples. Parmi «es derniers, on compte Madian, la peuplade située à Torient de la Mer^Rouge, don tic pfince et pontife Jéthro donna sa ûile à MoTse ( yojr, Saint-Jérôme , Qùestiont sur la ^nèst),
** Tel est le principe hébraïque , qu*avec Tintelligepce pn prolongeait la vie, et qu'on ânissait par en être rassasie comme d'un Kmqaet Dà.Ton n'a rien mangé d'amer ef dont on sort sans regret et sans doulear. « Je rendrai ta postérité puissante et heureuse ; et toi, tu t'en iras vers tes pères en paix, et tu seras enterré en bonne vieillesse.'» Ce sont là les paroles dé Jéhovah & Abraham , c'ost i'expressipn de l'ordre naturel que lui dévoile l'intelligence.
3l6 LIVRE III. — CHAP. IV.
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