‹ Histoire des institutions de Moïse, et du peuple hébreu (volume 5)Chapitre 43 sur 73 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

SUSrm DES PAflTVCRS.

Les mœurs, pastorales remplisseièt encore ce chant de la Genèse/ '

Dans la vingtième année de son mariage , la femme d'Isaac eut à souffrir une grossesse orageuse , qui se termina par la naissance de deux jumeaux. Esaii y tout couvert de poils , devint très -habile chasseur , et fut particulièrement chéri de son père , à qui il rapportait le produit de ses courses; l'autre , qu'on appela Jacob > parce qu'à sa naissance il tenait le talon (iaeob) de son frère , dans la main , fut d'un extérieur plus agréable et d'un caractère plus doux ; c'est pourquoi Ribca le préférait.

Un jour y il avait apprêté quelques légumes, lorsque son frère , revenant fort las des champs ,

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loi dit : « Cède -moi, je te prie, ce ragoût. — Je le veux y mais à coud ilion que tu te démettras y en ma faveur , de loti droit d'aînesse » ; . de cette priorité d'unânstant> entre jumeaux, qui donnait peut-être une prééminence à laquelle il ne fut pas fâché de se soustraire. Esaiî j consentit ; et l'on verra dans la suite Jacob imimplorer le pardon d'une action si peu géùéreuse •

L'intelligence de ce second fils d'I^aac surpassait de beaucoup celle du premier, et une application constante le rendait plus digne de répandre et d'agrandir les idées qu'Abraham avait léguées à ses descendons. Aussi les docteurs juifs, reconnaissent que ces mots de la Genèse : « Jacob était un honmie paisible , qui se tenait dans les tentes», si^ifient qu'il s'occupait surtout à s'instruire et à instruire les autres hommes , et que la primauté qu'il acquit sur son frère , doué d'une plus grande force corporelle , marque la suprématie d^ tout temps obtenue par les esprits les plus intelligens ^.

Sur ces entrefaites, une nouvelle famine força Isaac de se transporter chez les Philistins. \je roi Abimélec, qui avait conclu un traité avec son

* Rien n*est moins exact que cette, phrase souyent préientéc d*une manière absolue : « Le plus fort a fait la loi » ; c^est en général le plas habile ; mémo chez les sauyages , 1( bras a toujours été au service de la tête.

îift LIVRE ni. — »- CHAP. IV.

père, le reçut d'abord à bras ouverts ) mais bi< tôt y craignaat le nofnbre de %e^ serviteurs et ses richesses , it lui intima de se retirer. Malgré les désagrémens causés par les pasteurs indigèoes qui bouchèrent^s puits , l'Hébreu atteignit sain et sauf Béersabée , ancienne demeure d'Abra« ham. Il y fut à peine, que le roi « suivi de son intime ami et du chef de son armée , acconrut pour lui témoigner ses regrets d'un ordre donné aVec trop de préci{)itation , et le désir de renouvelerieur alliance. Isaac lui offrit un festin • et avant de se séparer, ils se firent l'un à l'autre un serment de paix *•

• Le patriarche étant devenu vieux dit à Esaii : « Je ne puis prévoir le jour de ma mort; prends ton carquois et ton arp , va à la chasse , apportemoi du gibier, et je te donnerai mabénédiction.»

Hibcal'entendit ; et , jalouse pour ^on fils bienaimé de cette bénédiction paternelle , à laquelle il avait acquis quelque droit par la cession qu'on lui avait faite , elle apprêta deux chevreaux selon le goût de son époux ; elle r^étit Jacc^ àes habits d'Ësaii , couvât ses mains et sa poitrine de IfL peau des chevi^aux tués, afin de simuler

* Par une bizarrerie hcr^MiUirc, Isaac avait fait aussi passer sa ftîinme pour sasœur, dans la crainte des violences. Mais le roi s'aperçut, à travers sa fenêtre, qu'ils jouaient ensemble autrement que frère et swur, et il hii témoigna tout ce que cette défiance pouvait avoir eu de dan{>creux pour Jui.

la poitrine et les mains veines àb son frère^t renvojra présenter ce mets au vieillard avengle*'

Le patriarche abusé lui promit .qu'il rem- . porterait sur ses frères $ que de nombreuses peuplades se soumettraient à lui ; que ceux qui le fairoriseraient y trouveraient de l'avantage ; •que le mal , au contraire y retomberait sur ceuxlà mêmes qui chercheraient à lui en causer.

Mais il eut a peine achevé , qu'Esaîi lui présenta le fruit de sa chasse. « Qui es-tu? lui 4itil. — Je suis ton fils, ton fils aîné. — Qu'ai-je donc fait? qui m'a parlé? ma bénédiction est donnée. A ces mots Esaii , s'élevant contre l'ar- * ^fice de son frère , pousse de^ cris plaintifs et verse de/9 larmes Bénis-moi aussi, bénismoi , ô mon père ! — Ta bénédiction sera dans la fécondité de la terre eFla rosée des cieux, ' tu vivras de ton épée , et si toft frère t'asservit un jour, il arrivera qu'étant devenu le. plutf fort y tu briseras le joug *• »

Cependant le chasseur, plein de ressentiment, déclara qu'après la mort du vieillard il, ruerait Jacob.. Ribca effrayée exigea de ce dernier qu'il irait en Mésopotamie, chez Laban -son

* C'est ce qui arriva, en cifet, au peuple de l'Iduniée dont Esaû était censë le père. Vaincu etassujéti par David, il se révolta .sous sestfoccesscurs, et regagna son ipdépendance : de sorti;*^ qu'on a

regardé ces paroles comme des annotations ajoutées au texte après

1 #>v<>n<'inr<tif

TfcO LIVRE III. — CHAP. VI.

oncle , et qu'il' épouserait une fille du pays; car , j'ai éprouvé; lui dit-elle, beaucoup d'ennuis de la part des deux Héthiennes 9 femmes d'Esaû; s'il en était ainsi de toi, à quoi me servirait la vie^ •

Jacob partit donc de Béersabée pour Garan.

Etant surpris par la nuit y il se coucba au mi- • lieu d'un champ et reposa la tête sur une pierre. Alors il eut la vision poétique et philosophique dont j'ai parlé; il aperçut l'écheUe des intelligences , dont le pied est sur la. terre et dont le sommet , où se tient l'Eternel y la perfection *méme y s'appuie dans les cieux; des êtres plus ou moins* parfaits y montent et en descendent* sans cesse. En même temps il entendit la voix du Dieu d'Abraham et d'Isaac qui renouvela la promesse de livrer àïeur postérité la terre vers laquelle les Hébreux conduits par Moïse tournaient leurs espérances.

Le lendeniain à l'aurore y il disposa la pierre qui lui avait servi de chevet de manière à reconnaître cette place et il s'écria : « Si le Dieu d'Abraham me conserve dans mon voyage, s'il me donne du pain et des vétemens, et s'il me fait retourner en paix dans la maison de mon père, certainement il sera mon Dieu, et je lui consacrerai la dixième partie de ce que f aurai acquis^ afin de .soulager les hommes qui éprouveraient

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de pandls besoins. » On se souvient, en effet> de ces paroles du législateur : « Jéhovah aime Tétranger , il lui donne de quoi vivre et de quoi se vêtir : » on se souvient que tous les trois ans, le dixième des produits du sol était en grande partie distribué aux étrangers, aux orphelins et aux veuves ''.

A son arrivée en Mésopotamie , Jacob apercevant des bergers quiabreuvaient les bestiaux, leur dit : «Mes frères, d'où êtes-vous ? — Nous sommes de Caran. — Ne connaissez-vous point Laban, fils de Nacor? — Nous le connaissons.

— Se porte-t-il bien ?- ^-^ Très-bien , et voici Rachel, sa fille, avec le troupeau. »

Jacob aussitôt roula la pierre qui couvrait le puits, pour abreuver lùi-méme les brebis de Rachel; ensuite il s'approcha de la jeune fille , les yeux baignés de larmes , et il Tembrassa en. se nommant.

Sou oncle, l'ajant accueilli avec joie, lui demanda bientôt quel prix il désirait mettre à ses services r Jacob proposa de travailler pendant sept ans pour qu'on lui accordât Rachel en mariage.

Dès que ces années , qui Itii semblèrent peu de jours, car il était près d'elle et il l'aimait, dit gracieusement l'historien , furent écoulées , Laban, sur l'invitation de son neveu, avSsembla

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