‹ Histoire des institutions de Moïse, et du peuple hébreu (volume 5)Chapitre 48 sur 73 · MESSIES · texte numérisé non relu

MESSIES

Quel tableau ! cruelle poésie! que de vérité ! Et )e ne rapporte que les principaux traits du discours de Moïse , dénués de la force quç leur prête la langue originale ; langue sonore qui ' peint en peu de mots. Mais, après avoir effrayé leur imagination par tant de vicissitudes , il alimente à perpétuité dans leurs coeurs , le sentiment le plus profond et le plus actif , l'espérance • Plein de la pensée qu'il a marché lui-même dans le sentier de l'intelligence , de-* la justice, de l'utilité , hors duquel le genre humain n'a point à attendre de bonheur, il affirme que la loi qu'il a proposée , et le peuple qu'il a formé , traverseront les siècles et les orages sans j périr. « Lorsque tous les maux que j'ai mis sous vos jeux vous auront frappés , il arrivera , da'o(jl des temps très-reculés , que vous reconnaîtrez les fautes de vos pères , que vous éprouverez un tiouvel amour /pour là loi; alors fussiez -vous dispersés au bout des cieux, vous serez rassemblés de nouveau , vous rentrerez dans la terrepromise , les nations se réjouiront avec ^ous de la chute de ceux qui s'en étaient emparés^ et vous vivrez heureux dans ce pays d'abondance, de sagesse et de paix *• »

Cette dernière partie de la prédiction de Moïse aura-t-elle son accomplissement comme l'autre? L'ancienne république des Hébreux

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sera -t -elle jamais rétablie? Sous le rap^it religieux^ il ne peut exister de doute; l'Ecris ture tout entière s'expriind avec une invincible précision. Sous le rapport naturel / Fétat de rOrient est provisoire ;. de grands cbangemens doivent s'opérer ; après avoir reçu la civilisa* tion et les arts des {ives de l'Asie > .TOceident est entraîné par la force ménaie des diosea à les y reporter : des intérêts nouveaux et des idécii nouvelles naîtront. Si Moïse mérite de passer pour le principal .père de la législation écrite et de la politique / dé même que le personnage réel ou fictif, du nom d'Homère, est le père de la poésie ; si sa loi renferme les bases étemelles du droit public , des besoins et des devoirs de l'hoAme ; si elle brille du désir d'égalité , de liberté , d'indépendance , de paix et d'utilité , pourquoi n'arriverai l-il pas un jour, lorsque le flambeau de la raison aura porté la lumière dans tous les esprits , et disposé toutes les âmes à des sentimens généreux; lorsque tous les événemens seront pesés dans la sagesse des nations, et qu'au lieu de viser à une monarchie universelle , on ne songera plus qu'à la grande fédération des peuples , qui doit sans cesse accroître la paix et le bonheur des uns au moyen de la paix etdu bonheur des autres; pourquoi, dis-je, n'arriveraitril pas un jour que cette assenciblée

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puissante parlât ainsi : « Elnfans d'Israël que npus avons si long-temps opprimés et caV>nuûés, nous vous offrons avec joie le coin ^e terre habité par vos ancétre^ît^'ib accourent ceux d'entre vous , à qui cela seraijt précieux encore de fertiliser le sol , devenu stérile , seus le^ pas djss fils du Croissant! Reratissez le.fjemple de Jéhovah , le palais dp la loi ; que Sjion ue porte plus le npni de ddlaisséeï Nous irons quelquefois vi^ter vos .demeures , prendre part à vos réjouissance^ ; ^l si jamais , diuis notre existence publique , la souveraineté des lois est en danger > nous tQurnergn^ les jeux vers Jérusalem'j et nous nous souviendrons de vos n^al-p heurs ! )>

C'est du fond même de ces menaces et de ces promesses qu'esj| résultée l'idée des sauveurs, libérateurSuOU messies, laquelle, jj^éXAnX pas consignée d'une manière expresse dans les cinq livres fondamentaux, ne forme nullement, quoi qu'en ait dit Maimonide, un article indispensable de la foi des Hébreux. Le but seul indiqué par Moïse , savoir la conservation perpétuelle d'Israël, est le véritable article de foi; le moyeu n'est qu'un Q^]eX de second ordre ^.

* Joseph Albo,ce rabbin du quinzième siècle, que les Juifs avaient surnommé le philosophe divin, a déjà reproché à Maimonide, comme on J*a vu , d*avoir trop étendu les points fonUamentaux , de n'a"

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Cependant , on juge que les Hébreux furent ilâtureUêment conduits à penser , que , pour pro* duire ces transitions subites du mal au bien y de la servitude à la liberté, de rabaissement à rhonneur , il s'élèverait chez eux quelques uns de ces Sommes doués y comme Isaïe l'explique lui-mémti , de sagesse j d'intelligence , de l'esprit de boù conseil, de force, de connaissance ces chotes^ de ces hcMnmes capables, à l'exemple de leur prophète , de renverser les desseii^s des oppresseurs, d'ébranler les âmes , de triompher des circonstances les plus contraires. Ainsi > le messie , ou le libérateur , ne sort pas des voies de la nature, dans la doctrine hébraïque. Que signifie la prédiction de Balaam? une étoile émanée de Jacob, un rejeton d'Israël , quiJTera agir le peuple avec vaillance. Après Josué, chaque période d'oppression produisit son libérateur ou messie (moc/ua). Cyrus, quoiqu'idolâtre, est appelé dans l'Ecriture Sauveur et Christ y par Tîela seul qu'il met un terme à la captivité de Babylone, et qu'il fournit les

voir pas assez distingué ce qui était bon à admettre, suivant la tradition , ou indispensable d'a{^ la loi primitive. Hillel, un des présidens du sanhédrin , avant la destruction M Jérusalem soutint qu'Israël n'avait plus à attendre de Messie ^ et Albo affirme aussi que cette croyance, toute pieuse qu'elle puisse être, n*est nullement indispensable et ne constitue point la foi Mosaïque.

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moyens de rétablir la république ^ Enfin ^ toutes les fois^ depuis la grande . dispersion , que de prétendus no^ssies ont frappé Timagination des Ombreux, c*est en se servant des noms sacrés^ loi ,. liberté ! tel fut Tintrépide Barcokébas, dont j'ai déjà parlée et qu'on aurait reconnu «légitimement pour libérateur; . s'il eût accompli son entreprise ; tel , dans le dix-septième siècle , l'intrigant' et faible 3abathaï Sévi *. • .

ii Qu'on ne pense p^as ^ disaient les docteurs , que nous demandions au Messie qu'il fasse des cboses extraordinaires , qu'il change la nature ou ressuscite les morts ^ comme le vulgaire est porté à le croire : il doit étrç profond dans la connaissance du droit et de la loi^ et avoir le génie militaire. Qu'on ne pense pas non plus, que nous désirions le temps du Messie, pour dominer sur les autres peuples , pour commander aux Gentils ; si nous l'appelons, c'est afin de voir briser le joug qui nous, accable ^ et de recouvrer la liberté d'être serviteurs de la loi ^, »

* Il éUît né en'Syrie, et il produisit une vive sensation chez U» Juifs de Constantinoplc et 4e tout t*0rient , même chez les occidentaux. Le sultan le fit jeter en prison et lui ofirit le turiMn on d*4fttre empalé'; il n'hésita point, mais . malgré son z^le à paraître bon musulman, on lui donna bientôt la mort.

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Enfin ; lot^qn'ik dnt parlé d^un TioiHme ât Dieu, d^\in servîtenr, d'un fils chéri de Dieu, expression familière à la langue hébraïque * , les prophètes, qu'il fatit exalnifter dans leur ensemble ; et non daiiS" àes phrases détachées , où dans des passages obscurs , né manqueht jamais d'annoncer la restSuration d'Israël comi!ne une condition inévitable de sa venue , et de donner ces caractère essentiels des temps du Messie : Que l'équité seule retnpïirait h terré; que la force céderait au droit; que personne ne causerait lé moindre tdrt à son pn> chain ; que lé loup vivrait en paix avec l'agneau . !e léopard avec le ôhevrenil ; et que les nations réunies datis une ^ainte alliance renonceraient à jamais à verset le sang les nnés des autres et Cransfortneraient en instfuniens utiles le fer de

leurs lances, et de leurs épées!

• Maîà avaùf d'arriver à ces temps de bonheur, de grapdes calamités passeront sur la terre; l'agitation régnera de toute part ; il y aura un jour de vengeance; le sang coulera; Pépée

^ Souvenl , loraquMIs annoncent des temps d*iniqaité et de maiheàr, las prophètes représentent Thomme juste et intelligent, rhomme chéri de Jéhovah , son serviteur, son/tù , eh butte aut outrages , opposant ssl vertu aux violences. De U naît une source de fignres et d*images qui, dans leur style , à*ont rien que de naturel, et qui rappellent, sous diterseafornM^s, ce que les Grecs dn «aient d*Astrée, que \eâ hommes forcèrent d*chaidDiuie^ It telrr.

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^'enivrera ; les^ hambles serool relevés ; lés hautains seront abattus; les vastes palais de- ▼iendront des solitudes; les |>ei]ples seront froissés; les chefs des oppresseurs#aiiicm trou-* verong^t la mort; et toat finira par on cri de réjouissance des nations ^.

Après ses apostrophes imposantes , le légisktesr qui est récriTain le plus pur , parmi les Hébreux , cqmme l'esprit le plus sitblime y re^ tnca dans uti Cantique plein d'énei^e et facile à se graver dans la mémoire ^ tout ce qu'il avait dit des temps passés, et de^ événemens de l'avenir *. , •

• Sd langue y soit qu'on la regarde comme mère , fille ou sceur de la chaldéénne , de la phénicienne , l'arabe , l'égyptienne , ou de tout autre, parait très -appropriée à ce genre de composition. Elle est pauvre d^ mots; mais sa pauvreté* a quelque chose jd'honofable ^ ^us ee rapport, qu'elle déploie une grande, ricl^esse de moyens pour peindre les nuances de la pensée ; mais elle est mâle , rapide , et comme si

* De savane critiques ont pense que ce' chant n*a été écrit que vers le temps où leS dix tribus furent transportées dans la Perse. Cela ne ferait que confirmer la doctrine mosaïque, et fournir un nouveau snjet d'étonnement , dans la facilité^ ivec laquelle les grands poëtes bébrenx auraient renKtecéenfaYeurd'au«> tnri , k la gloire que des œuvres anssi remarquables devaient attacher k leur nom. j^^

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elle ne 9*ailrés9S^t qu*à des hommes inteUigem, elle se plaît à tenir compte des connaissaDcc^ générales. De là uûe source féconde d erreim ef d'interpr<)^tîons douteuses , surtout depuis qu'on a perdu la clef d'une foule d'usages et d'^allusions A et qu'on a cherché un sens mJst^ rieûx dans des manières de s'exprij:ner, qui, h temps de Fauteur p devaient passer pour naturelles et oroinaires*. «X'ellipse des choses ei les réticences sont trëâr-fréquentes dans la langue hébra^ue ; disept le» graimpairiens , carie Hébreux jugeaient que c'est une beauté et m perfection dans le discours de ne pas tout dire, mais de donner beaucoup à penser à son lecten; et de lui laisser faire des réflexions et tirer

* A rexexii|Sle de toutes len langues dans leur enfrncc, rllri pou^ caractère de doiiDer aux choses des noms fondés sur que/qoû unes de leurs qu*Utés , et d*ét^blîr des lioQionyues, en iumb im point d^analogie entre ces choses. Le pibt Adam signiBe kliftis homme et terre, parce que Thomrne est composé de terre; lenot Ifmkkalf héritoige et -torrent « parée qu'au figuré «n h^iuge ym des pères aux fils , comme un toirent qui coule d'un liea plu haut vers utTlieu plus bas. Une autre propriété plus singulière de la plupart des raeines est de réaliser ce dicton : « Les exlréne «^touchent » ; elles, expriment des choses opposées : aÎDii h mêmes racines donnent tes mott prière et blasp)iènip» sùet et impie.

Les Hébreux ne comptent dans leucs verbes que deux teaft principaux , le passé et le futur j ils suppléent au présent par li combinaison du pronom et du participe. Le mode sahfOBeùl n'existe pas. Tous les temps , tous l^^odes pcuTcnt se rcinjrface

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les ccmséquences qui se présentent naturellement ^. » j

On ne ^ait pas d'une manière précise s'ils avaient un rythme régulier j mais on reconnaît un langage cadencé y très-distinct du langage ordinaire : tel est jcelui des Cantiques de Moïse. Une extrême latitude était laissée à leurs poètes, qui participaient au caractère du musicien. L'inflexion de voix imposée aux diverses syllabes , autant que leur quantité ; l'art avec lequel ils ménageaient le repos ou hâtaient la diction , et surtout le choix et la pompe des images donnaient le cachet à leurs œuvres. On voit même qi^e dans la prose y ils sacrifient à l'harmonie des mots ; attendu Mi'un grand nombre de transmutations et d'exceptions aux règles grammaticales ont pour but unique d'ajouter à la phrase plus de force ou plus de douceur.

les uns les autres. Le verbe peut servir comme substantif on comme adverbe.

Ils ont une première conjugaison active et passive ; une seconde conjugfton active et passive, «pour indiquer la fréquence de Faction; une troisième y active et passive, pour indiquer le commande* ment ou la prière dans rexëcotion de Taction : enfin une conju • gaison mu]renne ou réllécbie. Les pronoms possessifs et démonstrtr tifs , les prépositions , les conpnctions, s*unissent aux substantifs et aux verbes, soit au commencement du mot, soit à la fin, et font corps avec eux , de sorte que Tétude de cette langue exige une analyse grammaticale très-délicate dans laquelle plusieurs savans rablnns se sont distingués , entre autres les Kimki dans le treizième siècle i Aben-Ezra et Jarcbi.

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