CHAPITRE U
EJBGLBMSSra SAIIITAIRBS SUR LBS FEMBUSS BT LES BRFÂlffi.
Noos avons VU Tétat civil et politique de Ta femme. Ce qu'on a dit, au moral , que Tamour embrasse toute sa vie, tandis qu'il n'est qu'un épisode de la vie de l'autre sexe, peut s'étendre à son physique : sa constitution est toute disposée pour la reproduction de l'espèce • Il n'en est pas de /même de l'homme ; ses organes n'ont pas reçu une direction aussi tranchée ; ils ne lui demandent qu'une rapide apparition à l'heure où le nouvel être doit éclore.
Pour rendre la femme capable de devenir mère, la nature lui accorde une surabondance destinée à l'être qui séjournera dans son sein. £n même temps elle la soumet à une révo-
SkUfTÉ DIS FSJIMES ET BlfFAlTS. 6t
lution mensuelle^ pour la débarrasser d*an aliment qai ne trouve pas de Temploi, pour rappeler périodiquement ses forces vers le point central de sa constitution, et empêcher qu'elles ne restent trop long^temps stationnaires dans tonte autre partie. Telle est même la principale cause des différences qui existent dans les facultés intellectuelles des d^ux sexes» L'homme, chez qui l'action du t^rveau peut se prolonger indéfiniment, a une puissance d'attention et de méditation plus grande; c'est la netteté des idées, la finesse des aperçus qui dominent chez la femme : l'un se plaît dans les hautes abstractions , le tact de l'autre est merveilleux pour tout ramener au savoir-vivre. La lenteur d'esprit est le défaut dans lequel tombe le vulgaire des hommes; l'excessive légèreté, le défaut plus particulier à l'autre sexe. Gomment donc oserions-nous lui reprocher cette imperfection prétendue, puisque nous devons à sa cause même notre existence et nos pensées !
Personne n'ignore que durant les retours pé* riodiques, une excitation générale, une sensibilité exquise rendent ce sexe plus propre à recevoir et à communiquer certaines impressions. Le législateur eut en vue d'éviter la chance des maux auxquels l'époux serait exposé sous le ciel de la Syrie, et de ménager la femme elle-
62 LIVEB IX. GHAFr II*
même, qui, arrivant de bonne heure à Tâge nubile, avait besoin que la secousse mensuelle s'opérât sans le moindre trouble*. Il décréta donc que pendant le septénaire où ce mouvement a lieu, elle serait considérée comme insalubre, elle devrait en conséquence rester dans ses appartemens particuliers; que le mari ne pourrait s'approcher de son lit, ni la toucher de la main, sans recourir ensuite à une ablution, et sans s'abstenir du simple contact avec qui que ce fût durant le reste de la journée. Bien plus : pour mieux faire sentir la gravité d'un délit intérieur contre lequel il est mipossible d'imi* giner d'autres dénonciateurs que la femme elle* même, il menaça de la censure des magistrats, de la suspension des droits pour un certain temps, et surtout de la tendance naturelle vers une mort prématurée, l'honune qui, sans respect pour le vœu de la loi, ne mettrait pas un frein à ses désirs.
Au huitième jour l'épouse se purifiait dam
* Les infirmités et les soulTranccs particulières dans lesquelles la nature même de sa constitution jette la femme, rendent nhom de ce singulier article des prières des Hébreux, où l'homme dit, <c Je remercie Dieu de ne pas m*avoir fait femme. » £t ccHe~ei, <t Je bénis Dieu , qui a voulu me faire iemme. » C*est le dé^eloppement des paroles de la Genèse : « Tu éprouveras beaucoup de maux , tu enfanteras avec douleur » ; et du principe exagéré d*Hippocratc , Propter uterum , muUer tota moiiwt est.
SAJSrst DES. FEMMES ET BSTFANS. 63'
un bain, ^t allait o£Prir deux tourterelles en sacrifice. S'il était survenu quelque accident extraordinaire > elle prolongeait la séparation sept jours au delà du terme, pour obtenir la certitude d'une totale guérison. Dans plusieurs circonstances, qui offrent auxmédecinsune grave question à résoudre, les honunes eux-mêmes étaient assujettis à cette loi '^.
Les nouvelles accouchées déclarées insalubres pendant un ou deux septénaires, étaieiit dispensées d'aller à l'assemblée et d'entrer dans le temple avant le trente-troisième ou le soixantesixième jour, selon qu'elles avaient donné naissance à un garçon ou à une fille '^^Les motifs de cette distinction naissaient de ce préjugé répandu chez les anciens , que les suites de couches pour l'une étaient plus pénibles que pour l'autre •
Certaines peuplades de l'Afrique ont offert aux voyageurs des usages analogues. Dans le pajs des Issinois , un édifice particulier, appelé le Burnamoriy est destiné dans chaque village à recevoir les femmes durant la période mensuelle : le plus léger prétexte d'insalubrité , prive le mari d'exercer ses droits sur elle ''. Et peut-être n'a-t-on pa^ assez remarqué que ce n'était pas, chez les Hébreux, un mince privilège pour la femme d'échapper, presque à son gré.
64 LIVRE IX. CEtàP. II.
à des exigences qui pouvaient quelquefois pas lui convenir.
Les talmudistes lui font uoe obligation 4^^* laiter, et ils répètent la comparaison tirée des animaux. On leur reproche cependant d'avoir permis à la femme entourée par sa fortune de plusieurs servantes, de prendi*e une nourrice^ mais voici dans quel sens : « Si une femme a une servante ou deux^ elle ne peut se charger elle-même d'une partie des soins de l'intérieur, et confier à Tune de ses aides l'allaitement, qui est le premier de tous les soins : mais si eUe a un nombre de servantes qui ne lui laissent aur cune charge, elle pourra plus aisément s'ad^joindre une nourrice qu'elle aura toujours sous les yeux " . »
Remarquez au reste qu'il est plusieurs circonstances où la mère y malgré son plus grand désir, ne doit pas allaiter. Telle femme de belle apparence est impropre à ces fonctions; la constitution de telle autre éprouverait des détériorations trop profondes ; enfin il convient souvent d'opposer à l'influence fâcheuse des parens sur le rejeton, le lait d'une étrangère saine et robuste. Mais, si l'usage des nourrices est à peu près inévita^le^ osera-t-on traiter à l'instar d'une simple mercenaire celle qui remplit une partie si importante des fonctions ma-
SAlfTi DBS FEMMES ET ENFANS. 65
temelles? Après avoir obtenu les plus tendres soins jusqu'à ses derniers momens, la nourrice de Rachel fat ensevelie sous un chêne qui prit le nom de chêne des larmes '\
Durant les huit jours^ depuis la naissance^ les enfans mâles recevaient la circoncision. La loi ne commet pas cette charge aux sacerdotes; le père, tout autre personne, les femmes ellesmêmes pouvaient s'en acquitter.
D'après la Genèse, c'est Abraham qui conçut te premier cette coutume. Elle avait aussi un but politique, signalé plus loin. Hérodote et Strabon nous apprennent qu'elle fut commune aux Egyptiens et aux Ethiopiens. Pour être initié aux mystères de l'Egypte, Pythagore dut s'y soumettre. Les voyageurs modernes l'ont vue établie sur les côtes de Madagascar et dans les lies du grand Océan ; tous les sectateurs de Mahomet la pratiquent; et, dans plusieurs parties au Levant, on ne pourrait encore, dit-on, la négliger sans imprudence *^. Il n'est pas étonnant que dans des climats très-chauds, et avec une disposition aux maladies cutanées , cet usage, destiné à faciliter une évapftratîon nécessaire et à éteindre une irritabilité trop vive , n'eût rien de désavantageux : du moins peut-on assurer que, hors une grande maladresse, aucun danger n'en résultait, et qu'il élail
ui. s