‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreuChapitre 19 sur 45 · FORMATION D6 LA LOI · texte numérisé non relu

FORMATION D6 LA LOI

la religion des lamas, telle est celle des Japonais, tel est le christianisme romain (si différent d.u christianisme ^vangélique ! ) On peut appeler celle-ci la religion du prêtre. Il en résulté un droit mixte et insociable qui n'a pas de nom (33). »

La loi, qui est une , sera égale pour tous. S'il en était autrement , elle renfermerait pour les mêmes cas, plusieurs règles, plusieurs mesures, plusieurs tendances; ce qui détruirait aussitôt sa condition essentielle d'unité.

G assemblée! il n'y aura qu'une même loi, qu'un même droit, un même règlement, une même justice pour tous et pour l'étranger habitant parmi vous (qu'il soit affilié ou non). Il en sera de lui, comme de vous devant votre Dieu, et vous l'aimerez comme vous-même ; car votre séjour en Egypte vous a fait connaître combien sont grandes les angoisses de l'étranger que la loi ne protège point (34). ^

De l'unité de la loi et de l'égalité pour tous résulte sa FERFÉTviTÉ, OU cc SOUS quo l'expression vraie des besoins de l'homme et du peuple ne peut changer, que les principes d'une justice absolue restent toujours justes , et, que les développemens de ces principes, nécessités par des circonstances^ nouvelles, n'altèrent en aucune manière, même en les modifiant, la vérité des développemens antérieurs.

Combien donc est grave Terreur de ceux qui, se fondant sur ces paroles : « Vous n'ajouterez rien à ce qui vous est prescrit, et vous n'en reti^ancherez rien,» en ont conclu que le législateur ôta la faculté d'adopter d'autres statuts et d'autres lois que les siens propres ! Bornons-nous pour le moment à dire qu'il s'adresse aux individus, et leur déclare qu'ils doivent exécuter toute la loi, sans y rien changer, ni rien y ajouter de leur autorité privée (35). Mais lorsqu'il parle aux magistrats, aux citoyens réunis, à tout Israël, Moïse recommande au contraire d^ rechercher le droit et le bien publics sans relâche , et de marchery sous la condition expresse qu'on suive la ligne des principes déjà tracée , le sentier de l'équité , en d'autres termes la voie de Jéhovah, sans se détourner ni à droite ni à gauche. De la ce principe qui s'offrira plus tard à nos yeux : A seniUu egrediUêr îex omni Israêli (36). Toute loi pour Israël , ou plutôt tout développement de la loi, sort du sein de son grand-conseil.

Telles sont les conditions théoriques essentielles de la constitution sociale. Voyons aussitôt sous le rapport historique de quelle manière cet ensemble et tous les développemens dont il est susceptible , acquièrent la force active inhérente à la loi.

Moïse eut à peine transformé les préceptes du

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Décalogue en obligations légales, qui menacent les réfractaires d^un châtiment quelconque , qu'il s'empressa de consacrer un principe nécessaire comme lien de Tordre social, comme nerf de la personne publique ; qui est Tapplication la plus naturelle du libre arbitre, et sans lequel il n'existe pas de force durable , savoir : « Qu'il n'y a de peuple que là où il y a une loi , et que, pour donner naissance à la loi , il faut une volonté générale , un assentiment général librement et clairement exprimé. »

Entouré de soixante-dix anciens qui étaient le sénat provisoire dont j'ai déjà parlé, il se présenta devant les Hébreux et leur exposa toutes les paroles de Jéhovah. Or, les Hébreux, après avoir attentivement écouté, répondirent d'une voix unanime : « Nous les exécuterons. » Aussitôt le législateur écrivit ces lois dans un livre; ensuite, ayant dressé au pied de la montagne du Sinaï un autel avec douze pierres , en raison du nombre des fribus, il prit le livre, le lut de nouveau et le fit proclamer devant tout le peuple, mot pour mot, dans les oreilles du peuple, qui s'écria: uNous exécuterons tout ce qui vient d'être dit, nous obéirons à cette loi (37). »

Peu de temps avant sa mort, et quand le livre de la loi fut achevé , il fit renouveler par tous les citoyens le serment de sanction : « Conservez les

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conditions de ce pacte et exécntez^les , afin que tout ce que tous ferez soit fait avec intelligence. Vous éles tous appelés aujourd'hui, les chefs de Yos tribus, tos anciens, vos officiers civils, tout faoniine d'Israël 9 vos enfans, vos femmes et l'étranger jusqu'au scieur de bois et au puiseur d'eau, pour participer au pacte de Jéhovah, et pour jurer d'être fidèles à vos promesses, comme il jure lui-même d'accomplir ce qui vous a été promis (38). »

Ce grand principe reçoit une confirmation nouvelle dans plusieurs circonstances mémorables : après le passage du Jourdain , Josué éleva deux grandes pierres enduites de chaux , sur lesquelles il inscrivit le Décalogue. Une moitié du peuple se rangea contre la montagne de Guérisim , l'autre contre le mont Hébal, et des voix fortes s'adressèrent en ces termes à tout homme d'Israël: «Maudit celui qui se prosterne en secret devant les idoles ; qui méprise son père ou sa mère ; qui em^ piète sur le bien d'autrui ; qui fait égarer l'aveugle dans sa route ; qui porte atteinte au droit de l'étranger, de l'orphelin et de la veuve; qui cause du mal k son prochain par des voies détournées , ou qui reçoit des récompenses pour coopérer à la mort de l'innocent : enfin , maudit soit celui qui ne reste pas inébranlablement attaché à toiites les volontés de cette loi. » Et tout le peuple ré-

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pondit, comme s'il n'y avait eu qu'une voix seule : « Qu il en soit ainsi (39). »

Dans les derniers jours de sa vie, ce même Josué fit assembler à Sictiem toutes les tribus d'Israël , et , après leur avoir rappelé les principaux évènémens de leur histoire , il ajouta : « Maintenant servez Jéhovah avec simplicité et fidélité , exécutez loyalement tout ce qui est écrit au livre de la loi. Si pourtant cette chose vous paraît mauvaise, Toption vous est donnée ; choisissez aujourd'hui ce que vous trouverez convenable. — Loin de notre pensée , répondirent les Hébreux, que nous nous détournions de ce Dieu; nous l'aimons , nous lui resterons à jamais fidèles. — Vous êtes donc témoins que c'est vous, vous-mêmes qui choisissez Jéhovah, qui vous soumettez à sa loi ? -^ Nous en sommes témoins (40). »

c Ainsi Josué confirma , dit le texte, l'alliance nationale ; il proposa au peuple des statuts et des lois , et il écrivit toutes ces paroles dans le livre. Ensuite il prit une grande pierre , et l'ayant fait placer sous un chêne, dans le sanctuaire où les anciens étaient réunis , il s'écria : « Hommes hébreux ! que cette pierre vous rappelle à jamais ce qui a été dit aujourd'hui (41). )^ De sorte qu'au milieu d'Israël , à Sichem, il y a^rente-trois siècles environ, fut solennellement posée , po^r ser-

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vir de monament, la première pterre de la loi fondamentale d'un peuple.

Enfin , après la captivité de Babylone , lors du rétablissement de la république , la loi fut proclamée pendant plusieurs jours consécutifs , après lesquels on écrivit la formule delà sanction générale. Quatre-vingt-quatre des principaux signèrent leur nom ; tandis que le reste du peuple , hommes, femmes, jeunes gens, et filles , tous ceux qui étaient doués de connaissance et d'intelligence adhérèrent entièrement à Tacte de leurs frères les plus notables d'entre eux et prêtèrent serment de marcher dans la loi proposée par Moïse (42).

Ces faits donnent un caractère d'authenticité irrécusable au principe en question. Toutefois, à cause de son importance , je ne puis m'empécher de réduira à leur valeur certaines assertions qui tendent à en diminuer la force. Bossuet reconnaît en ces termes la chose même : « Dieu (par le moyen de Moïse) assemble son peuple , leur fait à tons proposer la loi , par laquelle it établit le droit sacré et profane , public et particulier de la nation , et les en lait tous convenir en sa présence.... Tout le peuple consent expressément au traité... j. Moïse reçoit ce traité au nom de tout le peuple qui lui avait donné son consentement (43). » - »

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