‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreuChapitre 21 sur 45 · FONCTIONS LÉGISLATIVES · texte numérisé non relu

FONCTIONS LÉGISLATIVES

En ce lemps-U je vous dis : « Cboisissex parmi vos Irihus des liommcs savans , prudcns et de bonne renommée , je les établirai pourcbefs.» Et vous me répondites * «Cette proposition est très-bonne. »

^ Dectérok., ly i3, i4>

Dans le désert, la privation des choses les plus utiles à la vie , les illusions déçues, les ambitions particulières auraient bientôt armé les Hébreux les uns contre les autres et occasionné leur entière destruction, si Moïse n'eût développé toute Ténergie de sa volonté, s'il n'eût introduit dans son camp militaire une discipline que la nature des temps rendit souvent impitoyable , s'il n'eût eu recours enfin à tous les moyens susceptibles

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de frapper les imaginations et de soutenir la confiance. Déjà toute cette armée avait provisoirement reçu une organisation générale qui en rendais les mouvemensplus faciles, et dont je parlerai dans la suite.

Dès qu'il eut proclamé le Décalogue et fait sanctionner par le peuple un certain nombre de lois , dans lequel est celle-ci : a L'homme qui sacrifiera désormais aux idoles serapun i de mort (1),» le législateur remonta sur le Sinaï pour écrire les dix préceptes dans le lieu môme où ils avaient été dictés , et pour les revêtir du plus imposant caractère. Quarante jours s'étaient écoulés , lorsqu'une partie des Hébreux, déjà fatiguée des rudes épreuves auxquelles elle se voyait soumise, -fit entendre à Aaron ces paroles , qui dénotent Tétat des esprits et le genre d'action que leur chef était forcé d'exercer sur eux : a Lève-toi et fais-nous des dieux qui marchent à notre tête; car nous ignorons ce qu'est devenu Moïse, l'homme qui nous a retirés du pays d'Egypte (2). » Aaron ne put leur résister. Mais que d'objections n'a-t-on pas élevées au sujet de ce veau d'or, dont les dimensions ne sont pas précisées par le texte, et avec lequel la sédition fut apaisée*! Cependant

* Otez les anneaux d'or qui sont aax oreilles de vos femmes , de vos fils et de vos filles , leur dit Aaron , et

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tou& les critiques vantent Tindustrie des Égyptiens; et les Israélites, après avoir travaillé si long-temps parmi eux, avaient emporté des outils avec les bagages. On dressa un autel à Tidole, on immola des victimes, et on dansa à Tentour. Moïse descendait de la montagne , suivi de Josué qui Tavait attendu à une respectueuse distance, (c Je crois entendre , lui dit le jeune homme tout occupé de pensées guerrières , un bruit de bataille dans le camp: non; je ne distingue ni cris de vainqueurs ni de vaincus, ce sont plutôt des gens qui chantent et qui se livrent à la joie. i» Soudain il aperçoit Tautel : saisi d'indignation , il brise les tables du Décalogue; il s'élance aussi prompt que l'éclair au milieu de la foule; il renverse la statue , qui sera réduite en une poudre assez subtile pour la leur faire avaler dans leur boisson. «A moi les Hébreux fidèles! s'écrie-t-il

apportet^es-moi Et il travailla cet or avec un instrument , ou ï>ien il prépara pour cet or un moule, et il en fit un Veau de fonte {Exod, xxxn« 2.), sur le modèle sans doute des idoles de TJSgypte , du bœuf Apis , sous la forme duquel Osiris était adoré ; ou qui représentait Typhon , s'il faut en croire Philon lui-même {de Temulentiâ), On s'est demandé si Tinstrument ,1e style ou burin , que que|^ ques-uns voient dans le mot cheret, servit à polir la pe^ tite statue ou à y graver des caractères hiéroglyplilques à la manière des Égyptiens.

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d'une voix terrible, Tépée à la main! » et bientôt trois mille hommes, non pas -vingt-trois mille, comme le^portent la plupart des traductions , furent frappés (3).

Après cette catastrophe, il dressa hors du camp un pavillon dont une nuée épaisse défendait l'entrée, et où il se retirait tantôt seul pour méditer, tantôt avec les anciens. Ensuite il s'établit sur le Sinaï pendant quarante jours, pour y graver de nouvelles Tables. A son retour, son visage resplendissait** : était-ce de res|)èce de flamme qui s'échappe des yeux de l'enthousiaste, ou d'une auréole lumineuse qu'il eut le talent de produire , et qui en imposa aux esprits?....

Mais rétat futur des tribus n'absorbait pas xnoins sa pensée que leur situation présente. Il en ^tait souvent accablé , et il s'abandonnait à la douleur de s'être jeté dans une entreprise aussi difficile, jusqu'au moment où son ame, réagis-

* Or les enfans dlsraél s'aperçurent que la peau du Tisage de Moïse était resplendissante; c'est pourquoi il «e couvrit d'un voile {Exod. xxxiv, 30, 35). La Vulgate dit que des cornes lui étaient poussées pendant son séjour sur la montagne : Videntes autem Âaron et filii

Israël cornutam Moysi faciem Mais qu^ a-t-il d'assez

^louîssaBt dans un ornement de ce genre , pour exiger un voile ? Les juifs qui ont adopté cette interprétation la prennent dans un sens figuré, attendu que ce mot emportait ridée de la force.

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sant avec force, lui rendait tout son courage. Les Hébreux , incapables de franchir Tabîme qui existait entre leur ignorance et son génie ,. n'avaient nul égard à ses peines, a Ah! quel pesant fardeau I s'écriait-il , je n'y puis suffire ; grand Dieu ! fais-moi mourir (4).... »

Cependant y à travers tant d'obstacles et d'agitations , il ne cessait pas de marcher vers son but. Ses principes commençaient à germer dans les jeunes .cœurs : le nom de TÉternel, du peuple , de la loi; l'horreur de l'esclavage , la substitution des choses positives et utiles, à des choses de nécmtj comme TÉcriture les appelle, luttaient déjà dans les têtes les plus dures contre les an^ ciennes superstitions. Tous enfin se préparaient peu à peu à l'ordre qui serait établi dans la terrepromise.

C'est donc à cet ordre , considéré sous le rapport législatif, que je vais consacrer ce deuxième livre.

La loi ne peut s'expliquer ni agir seule. Elle réclame une disposition combinée d'un certain nombre de citoyens, qui soient appelés à veiller de diverses manières au développement et à l'exécution de ses volontés : c'est pourquoi je donne à ces charges le nom de fonctions en général, plutôt que de les appeler pouvoirs, attendu que , dans la doctrine que j'expose, le véritable

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pouvoir politique n'appartient qu à la loi; attendu que les fonctions, quelles qu'elles soient, ne transfèrent sur rhomme qui en est revêtu qu'une qualité secondaire, attachée à la qualité parfaite de citoyen ; que ce mot enfin , dérivant du verbe latin, fimgiy ftmgor (s'acquitter), exprime trèsbien que les fonctionnaires ne sont que les premiers serviteurs de la loi même.

La nature des fonctions publiques prescrites par Moïse, ou consignées dans le Pentateuque , semble découler de la nature des choses.

Le besoin de se conserver est le premier besoin d'une nation , comme de tout être animé ; or il destine certains fonctionnaires non seulement à renforcer l'union des tribus, mais à conserver dans la pureté de la lettre et de l'esprit , le texte de la loi fondamentale , et à le faire entendre chaque jour aux citoyens. Tels sont les lévites et sacerdotes Itébreux , qui diffèrent sur les points les plus importans , de tous les autres sacerdotes orientaux ; et au sujet desquels on a commis une foule d'erreurs que j'espère bientôt détruire.

Il faut au corps politique un conseil suprême , qui étudie sans cesse ses besoins, qui dirige les déterminations publiques et proclame les développemens de la loi fondamentale exigés par ces besQins mêmes : c'est le grand-conseil des an«

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cîens du peuple ou sénat dlsraêl, et les petitsconseils ou sénats secondaires des tribus et des villes. ^

Les rapports civils doivent être maintenus dans les règles tracées par la loi s d'où les juges et les hommes d'autorité , qui ont quelque ressemblance avec les constables d'Angleterre.

La force du peuple doit être dirigée contre tous ceux qui se déclarent ses ennemis ; et ce soin est réservé aux chefs dlsraêl , à la tête desquels sera le roi, lors que, malgré Samuel et Dieu, la majorité des citoyens aura voulu confier cette charge à l'un de ses membres.

Enfin , dans les délibérations des fonctionnaires et des citoyens, il ne suffit pas toujours de l'amour du bien public , ni de cette habileté plus ou moins grande qui s'accommode aux circonstances présentes; il faut concevoir aussi ce qui convient dans l'intérêt à v^nir des principes et de la patrie , et reconnaître la liaison qui existe entre un mal actuel et des imprudences ou des injustices antérieures. L'homme doué de grandes vues politiques ou morales pourra donc hautement proclamer sa pensée ; haut^pient et librement censurer et les magistrats et le peuple. Tel est l'esprit de l'institution hébraïque des orateursprophètes; institution admirable, que l'ignorance et le fanatisme défigurèrent, mais dont les siè-

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des modernes^ surtout, sauront apprécier la sagesse.

Voilà les diverses fonctions consacrées par la loi. Avant de les examiner eu dctail^ parlons do leurs principes communs.

« Dans le gouvernement de Moïse, dit Vabbé Guénée, les titres de commandement et d'auto* rite B'étaient pas des titres d'exaction, ni des places de finances, tout s'y faisait gratuitement (â). Le législateur unit l'exemple au précepte. Kéduit à s'écrier, comme on l'a déjà entendu : « Je suis accablé de trop de soins, j'y succombe; b il présenta ces fonctions, en général, comme de véritables fardeaux auxquels le devoir religieux, confondu avec l'esprit national , soumellait les citoyens. Aussi verrons-nous, dans une circonstance particulière, que laloi accorde pour faveur l'exemption pendant un certain temps de qnelqiie charge que ce »oit.

Heureux le peuple pénétré de ces idées, chez qui du moins les avantages personnels que pro* curent les fonctions publiques oifriraientuu juste rapport avec le talent qu'elles exigent, la peine qu^elles donnât et le bien qu'elles font! alors la science politique deviendrait plus facile, et les ressorts si nombreux du gouvernement seraient simplifiés. «Mais tout le monde aujourd'hui, disait Fleury sous le régime si vanté de Louis XIV,

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yeut être personne publique, avoir des honneurs» des prérogatives et des privilèges : et les charges ne sont considérées que comme des métiers qui font vivre les hommes, ou comme des titres qui les distinguent. Cependant, si Ton voulait n'y regarder que ce qu elles ont d'essentiel , c'est-à-dire, les fonctions publiques réelles et nécessaires, on verrait qu'elles peuvent être exercées par un petit nombre de personnes, leur laissant encore du temps pour vaquer à leurs affaires particulières. Cest ainsi qu'en usaient tous les peuples de l'antitiquité , et principalement les Hébreux (6). »

Mais^chez ces derniers , comme dans toutes les anciennes républiques, le temps arriva bientôt où l'ambition et l'audace des uns, l'éfoisne et la lâcheté des autres, l'ignorance de tous, rompirent à tel point tontes les digues , que les prophètes , amis de la justice, s'écrièrent, dkns une sainte indignation : <c Les chefs du peuple ressemblent à des loups affamés: les sacerdotes ne courent qu'après les récompenses ; et des prophètes avides prêchent le mensonge pour de l'argent. Malheur à toi , Sipn ; malheur à toi qui vois avec indifférence de si grandes iniquités (7) ! \

Dès que les fonctions publiques sont considérées comme des charges, la nomination du fonctionnaire doit avoir tous les caractères d'une loi; car à la loi seule il appai^tient d'imposer des obli-

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galions. Cette nomination portera donc le sceau (^e la volonté des citoyens, qui tantôt recevra, pour le choix qu'elle aura fait, la sanction du conseil suprême, tantôt accordera sa sanction propre au choix de ce conseil. Ainsi Moïse , s'adressant à rassemblée du peuple , lui prescrit ce principe fondamental : « Prenez parmi vos tribus des hommes savcms , prudens et considérés, je les mettrai à votre tête. » Alors tout le peuple, charmé de sa proposition , lui répondit : o La chose que tu viens de dire est des meilleures (8). Vous établirez, ajoute-t-il, des juges et des hommes d'autorité dans toutes les villes de vos tribus. (9). » De même , lorsque la nature des circonstances lé détermine à iototituer la tribu de Lévi , il fait exprimer par le reste du peuple, son assentiment à la chose ; et lorsqu'il trace les règles à suivre , si jamais on désire un roi , il réserve à ce peuple de constituer lui-même Thomme que son propre conseil , que l'assemblée des anciens' aurait désigné. Quoiqu'ils ne nous aient pas transmis en 'détail Tordre primitif des nominations, les livres hébreux renferment quelques données et plusieurs exemples int^jpssans : ainsi l'on peut distinguer quatre temps principaux dans l'élection de Jephté. Les ennemis assemblés campèrent en Galaad.

Alors le peuple et ses magistrats , réunis dans la plaine , se dirent entre eux : « Qui sera notre

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chef? » Ce fut la discussion à laquelle chaque citoyen participa. On désigna d'une toîx unanime Jephté de Galaad, homme plein de talent pour la gueiTe, qui avait été éloigné par une injustice du lieu de sa naissance et dont il fallait fléchir le cœur offensé. Aussitôt les anciens en personne allèrent le trouver, lui peignirent le besoin que le pays avait de son bras , et après avoir traité avec lui , le ramenèrent à Mispa où ils en firent \a présentation au peuple, qui Tayant reconnu pour chef et capitaine , lui donna Yinstitution (10).

Lia discussion publique suivait la désignation du candidat, au lieu de la précéder, lorsque le grand-conseil le proposait; cela arriva dans Télévation de Saiil et de David , dont |e parlerai plus tard.

- Il n'est pas de vérité plus vulgaire que celle-ci : i( Tous les hommes sont sujets à l'erreur : » elle acquiert néanmoins une haute importance dans la loi de Moïse, sous ce rapport qu'elle détruit toute idée d'une infaillibilité surnaturelle attachée à quelque dignité que ce soit, et qu'elle conduit à la responsabilité des fonctionnaires.

Tout fonctionnaire , tout citoyen peut enfreindre de deux manières le droit et la loi : par ignorance ou avec dessein. L'assemblée générale se trouvera quelquefois dans le premier cas , jamais dans le second ; car il n'arrive point qu'un corps

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public s'aiTéte sciemment à ce qui doit lui causer du mal.

Toute infraction du droit eiige une réparation , qui tantôt compense le dommage matériel , tantôt est destinée à donner , pour ainsi dire , satisfaction à la loi elle-même , et au peuple offensés.

tt Lorsqu'une personne aura -violé par ignorance un commandement quelconque, elle sera soumise à une réparation publique , » qui chez un peuple où le culte de la loi se confond ayec le culte de Dieu, prend une des formes religieuses de répoque.

« Si le grand-sacerdote est tombé dans Terreur, il offre en sacrifice un -veau sans tache , et couvrant de aes mains la tête de la victime, en présence de toute l'assemblée , il reconnaît sa faute. Si c'est toute l'assemblée d'Israél qui ait fait des choses qui ne doivent pas se faire, ou qui n'ait pas fait ce qu'il faut faire , elle ofh'e à l'Éternel un veau sans tache , un gâteau de froment et un jeune bouc; ses anciens posent en son nom les mains sur la tête des victimes et avouent que l'assemblée a failli *. Si c'est un des chefs du

• Je n*ai pltlf besoin d'observer que le mot hébreu, qu'on traduit par péché ^ n*a pas la même valeur que le nkotfécké , danslalangue moderne. Cestle nom générique de toutes les infractions aux lois politiques , civiles , morales , hygiéniques et conservatrices , qui ont pour but la prospérité de la nation et le bien-être du citoyen.

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