XXII
MAGIflTBAViniB SAflEASOtALB. 14S
exemple, qui avait déjà donné des preuves de ses talens pour la guerre ? ^
L'essai fait sur le pontife Héli ne fut pas heureux. Après sa mort on revint à Tordre primitif; Samuel fut revêtu de la judicature, tandis que la dignité sacerdotale resta dans la famille de soa prédécesseur»
Loin de saisir les rênes de TÊtat, sous les rois, les sacerdotes virent le peuple abandonner fréquemment le culte dont il3 étaient les ministres. Gouvernaient-ils, lorsque dans un accès de frénésie Saiil se vengea d'une prétendue offense , en faisant frapper de mort le pontife Abimélec et une foule de membres de la famille sacerdotale ? N'est-ce pas le juge suprême et les anciens, et non les sacerdotes , qui avaient présidé à Télévation de ce roi? N'est-ce pas les anciens et le peuple , et non les sacerdotes , qui traitèrent avec David, qui instituèreqt et oignirent Salomon, dont le premier acte fut de déposer un grandpontife (88) ? Quelle place les chroniques du temps accordent-elles au pontife suprême? Elles le rangent parmi les grands-officiers du royaume (84)! Quel est le but de la révolution qu'opère le pontife Joad à l'aide des chefs de l'armée et des anciens, et comment se passèrent les choses?
Plus de cent ans avant la fondation dé Rome, Athalie fille d'Achab, roi d'Israël, et de Jézabel'
149 tlTEE &• — GBAP. I»
fille du roi de Sidon, était montée au trône de Juda par le massacre des enfans de son projire fils. Un seul avait échappé à ses coups, grâce au courage de Josabeth , sœur consanguine du feu roi et femme de Jéhoiadah ou Joad. Depuis sept ans 9 la tyrannie de cette reine pesait sur le pays, lorsque le pontife s'entendit avec des officiers de l'armée, et les chargea de parcourir le royaume pour engager les lévites et les chefs des pères d'Israël à se réunir à Jérusalem. Toute cette assemblée jura de rendre le sceptre au rejeton du prince le plus vaillant et le plus national qu avaienteules Hébreux, de David. On s'arma secrètement, et au jour convenu on proclama au bruit des trompettes le nouveau roi. Athalie étonnée et furieuse se précipite sans gardes dans le temple et tombe au pouvoir de ses adversaires, en criant de toutes ses forces : Gon|nration ! conjuration ! La perfidie à laquelle Joad a recours dans une tragédie célèbre, pour s'emparer d'elle, n'est donc qu'une fiction du poète. On l'entraîna et l'épée fit justice de son ambition parncide. Le texte nous montre Joad comme le généreux restaurateur des droits de la nation; Après avoir conclu une, alliance avec l'armée et les anciens , il fait établir le roi par le peuple; ensuite luimême, tout le peuple et le roi, c'est-à-dire les trois têtes qui portaient les trois couronnes d'Is-
HAGISTBATUllE^ SAGERBOTÂLE. 147
raêl, traiientune autre alliance ; ils redeTiendront le penpie de Jéhovah , ils se soumettront en tout point à la loi primitive : une troisième alliance est conclue entre le roi et le peuple ; Joad n'ac* complit rien qu^accompagné des centeniers de l'armée, des hommes les plus notables, des hommes en autorité sur le pays , et de tout le penpie du pays. Enfin , le résultat de ses efforts est de donner à tonte la nation d3 la joie, et à la -ville du repos (35). Les vers suivans de Racine, quelque sublimes qu'ils soient, se trouvent donc de beaucoup au-dessous de la vérité , en ce sens , que le texte ne se borne pas à recommander au roi de ménager le peuple ; mais il montre Timportance de ce peuple lui-même par le rôle qui lui est réservé.
Bientôt ils vous diront que les plus saintes lois , Maîtresses du vil peuple , obéissent aux rois ; Qu'un roi n'a d'autre frein que sa volonté même ; Qu'il doit immoler tout à sa grandeur suprême ; Qu'aux larmes , au travail le peuple est condamné , Et d'un sceptre de fer veut être gouverné ; Que s'il n'est opprimé , tôt ou tard il opprime.
Les choses se maintinrent dans un état convenable pendant toute la vie du magistrat sacerdotal ; mais il eut à peine fermé les yeux que lés courtisans s'emparèrent de l'esprit du roi, qui,
148 UTRB U. — 0HA7. I*
ayant bientôt perdu le souvenir de tous tes bien* faits de Joad , fit assassiner le pontife Zacharie son fils y dont les justes plaintes lui étaient devenues insupportables.
Enfin si, un siècle plus tard, le roi Osias, après avoir obtenu les succès les plus glorieux à la guerre, éprouve de la résistance lorsqu'il prétend s'emparer du sacerdoce national , on doit en faire bonneur au pontife, et nullement y trouver la preuve que le pouvoir résidât dans sa propre tribu. Peu importe la lèpre dont les chroniques assurent que ce roi fut subitement saisi en punition de son audace; mais le pontife suprême marche à sa rencontre comme il s'avançait vers l'autel, et lui dit avec énergie : « Retire-toi, Osias, tu n'es pas dans ton droit ; la loi ordonne aux seuls en fans d'Aaron d'offrir le parfum , et ta conduite ne te tournera pas à honneur devant l'Éternel (36). n
C'est durant l'époque très-peu connue qui suivit le gouvernement de Néhémie , après la captivité de Babylone, que les grand-pontifes devinrent réellement les chefs de la république. Leuir pouvoir se maintint d'autant mieux que les roi» de Perse et de Syrie, tenant la Judée tributaire > aimaient a la voir gouvernée par des hommes plu& pacifiques de leur nature que guerriers.
Josèphe nous apprend que treize pontifes s^é-
■▲GUTRAXIJBB SAGERDOTAU. 149
taient succédé depuis Âaron jusqu'à la fondation du temple de Salomon , ir^rs Tan 1000 ayant notre ère ; dix-sept , depuis cette dernière époque jus-, qu'à la captivité , l'an 588 ; et seize , depuis le recteur de la captivité jusqu'en Tannée 167, parmi lesquels les plus remarquables sont Jaddus, qui reçut Alexandre à Jérusalem; et Simon, surnommé le Juste.
Alors les choses changèrent de face. Ce n'est pas en leur qualité de sacerdotes, mais comme citoyens, que les Machabées levèrent l'étendard de Tindépendance : et le peuple qui réunit en eux la dignité de grand*pontife à celle de chefsiïpréme , trouva cette fois la plus légitime excuse dans la nature des circonstances, qui exigeaient qu'on mît dans les mains de ces héros tous les moyens propres à faire réussir leur enti'eprise* Néanmoins ces deux titres leur furent accordés séparément: et l'on disait d'eux qu'ils étaient princes des Juifs et grands sacrificateurs (d7), par la raison que Tune de ces fonctions n'était point la conséquence de l'autre.
Sous leurs successeurs et sous la dynastie d'Hérode, le pontificat fut à la merci de ceux que la force étrangère protégeait.
Enfin, après avoir présidé quelque temps le conseil des anciens, sous les procurateurs de la Judée, devenue province romaine; après avoir
10Q UYBB II. — ^ GHAF* I*
essuyé des désastres pendant le gouvernement de Félix, qui fit assassiner le pontife Jonathas, et sous le roi Agrippa II , qui accrut les discordes intestines 9 les sacerdotes prirent une part honorable à la guerre conti*e les Romains et partagèrent les fatales destinées de la nation.
Où est donc la théocratie? Ne s'est-on pas laissé imposer par une locution propre aux Hébreux; par l'emploi continuel et général du nom de Jéhovah? N*a-t-on pas confondu dans les mêmes mots, des fonctions dont la nature et le but offrent des contrastes profonds? Âh! sans doute , la théocratie des modernes a puisé dans la politique de Moïse ! Une milice religieuse a été jetée comme un réseau au milieu des états. Mais quelle différence avec la magistrature de Lévi! L'une correspond à un point central étranger; elle a des intérêts séparés de ceux de ces états même; elle n'est attachée au pays ni par l'amour des femmes , ni par la sollicitude pour des enfans ; elle est aveuglément soumise à des lois particulières et inconnues aux peuples , dans le sein desquels elle s'introduit. L'autre au contraire a son centre dans la capitale même d'Israël , sous les yeux du conseil national ; elle a pour but de fortifier l'union nationale, de présenter sans cesse au peuple la loi qui règle le mode de sa propre existence , de diriger toutes les âmes vers les intérêts positifs de
MAGISTHàTURE saceabotalb. 151
ht Dation et de rhomme : elle est citoyenne dans ses intérêts privés , citoyenne par ses affections de fomille , citoyenne par ses espérances. Et quelle différence surtout entre les temps d'alors et les siècles modernes ! L'état des esprits , la difficulté de là communication des pensées, Tenfànce des sciences et des lettres, tout jitttifie l'institution de* Môise; tout lui donne un grand daractëre de sagesse.
Mais ces circonstanceis étaient de nature à changer; mais l'ame sublime du législateur aspirait à une époque où la connaissance des choses et rintellîgence des lois seraient également répandues sur tous, u Quoi! disait-il avec une généreuse indignation au jeune Josué qui voulait empêcher deux anciens d'Israël de prophétiser dans le camp , quoi! tu serais jaloux en ma faveur? Plût à Dieu que le *peuple entier fût voyant comme moimême (38) ; que l'esprit qui m'anime reposât sur eux tous; qu'ils devinssent tous sacerdotes de l'Éternel , de la justice et de la vérité , pour vivre
long-temps et bien sur la terre ! » Jérémie ne
fit donc que répéter sa propre pensée, quand il annonça que le sacerdoce spécial serait enfin superflu, ce En ce jour, Jéliovahtraitera une alliance nonvelle avec son peuple. Ils porteront tous laloi an fond du cœur, et il ne faudra plus que les uns enseignent les autres, en disant : G>nnaissez l'É-
LIYAB II* — GHAPt I*
ternel ; car ils le connaîtront tous , depuis le pliu grand jusqu'au plus petit (39). »
Ainsi, la question est déjà éclaircie : ainsi les lecteurs ne seront plus abusés par la Yulgate , qui fait dire à rÉternel : « Vous me serez un royai^me sacerdotal; ni par Sacy, qui traduit: You^serez un royaume confirmé par la prêtrite, » Les intentions cachées sous ces derniers mots ne sont pas pures. Le texte parle autrement : Yojus êtes constitués d'une manière qui tous distingue de tous les autres peuples : tous . deviendrez une nation sainte , un roycmme, un peuple de sacer^ dotes : c'esUà-^dire que bien loin d'être assujettis, comme il arrive en Egypte, dans Tlndc, partout, à des castes sacerdotales qui s'emparent des lumières , des richesses et du pouvoir, vous participerez tous également à ces lumières , à ce pouvoir , à ces richesses, *
SEHAV.* 158
#W%» V%%4V%'WV»«V»«A/»%IV% VV« «<V» W% «%% • 1A»<V« WWV««WW«rWV»WV»W«*lV»«