SÉNAT
tiellement la faculté de statuer selon Turgeoce des cas , en ce que requiert Inobservance desdites lob.... nous procéderons Partant ^ nous enjoignons à tous, au nom de notre Dieu , <]|pbser- Ter fidèlement nos déclarations, statuts et or* donnances , regardant d'avance ceux qui les violeraient ou en négligeraient l'observation comme péchant notoirement contre la volonté de ce Oieu. C'est pourquoi le grand sanhédrin , ld<* gaiement assemblé ce jour.... et en vertu des pouvoirs qui lui sontinhérens.... examinant.... reconnaît et déclare;... puis statue.... enfin ordonne dans tout ce qui tient à la législation.^ invite dan^ tout ce. qui tient à la morale (63). »
Mais le sénat n'est que le conseil di^ Ul i^ation ; il ne doit être regardé que comme. la partie intellectuelle , la tête de l'assemblée générale : dans toutes les occasions importantes, il faut donc que ses décisions soient soumises à cette assemblée , qui , par son approbation , les change en lois; «Ënfans d'Israël ! s'écriaient alors les anciens , vous voici tous , délibérez entre vous, et donnez votre avis (64). Si vous approuvez ce qu'on vous propose et si vous pensez que cela vienne de notre Dieu , que ce soit convenable , parlez (65). » Dans le temps même où les Hébreux demandèrent un roi , ils furent loin de vouloir porter atteinte à ces principes. « Leur chef , dit l'abbé '
LIYBS n* — CBAP. II.
Guénée, devait toujours gouverner là nation conformément aux lois ; son autorité n'est ni des-' potique ni arbitraire : le sénat, formé des mem-> bres \m plus distingués de tontes les tribus , lui sert de conseil ; il en prend les avis dans les af-^ faires importantes , et s*il s'en trouve qui intéres-> sent la nation entière , la congrégation , c'est-à* dire rassemblée du peuple , est convoquée ; on propose , ils décident , et le chef exécute (66). »
Mais si, par sa position même , le grand-conseil a le plus souvent l'initiative dans la confection des décrets ^ en droit , cette initiative appartient aussi aux assemblées des tribus. Mo'ise dit aux Hébreux: «cEn ce temps-la je vous fis une proposition et vous Tacceptâtes^.... ensuite vons vîntes me proposer vous-mêmes quelque chose qui me sembla bon, et jerexécutai(07). » Quand nous verrons le peuple demander un roi à Samuel; ce juge protestera contre, au nom du Jéhovah , mais il ne manquera pas de céder à la volonté générale. ^
Le sénat fait la paix, et déclare la guerre qu'on appelait arbitraire, par opposition à la guerre contre les Cananéens , qui était réputée inévitable ; quaud la paix est résolue , sa décision suffit; dans le cas contraire, il faut porter la question* à l'assemblée générale (68).
On sait qu'il désignait le grand-rsacerdote et
SEHAll. •' 173
qu*î! l'instituait de concert avec celle assemblée. Tout décret sUr la taxe vient de lui * ; par ses ordres , le trésor de l'État renfermé dans le seiû même dii temple , reçoit une , destination ; des villes sont bâties , le temple est réparé q;uand il lé commande (69) ; à lui et aux chefs de la force publique sont confiés les registres du dénombrement , à Texactitude desquels le pontife luîmôme doit veiller. Enfin , comme interprète politique de la loi , il décide , après avoir consuTté la magistrature sacerdotale et conservatrice , de toutes les grandes questions de droit public , des différens de tribus à tribus , et de tous les appels en dernier ressort; et comme Iiaut conseil de juètice criminelle, ît connaît de toutes les concussions qui ont rapport à l'intérêt général , de tous les crimes de lèse-loi ; de sorte que les prophètes » les sacerdotes , les chefs militaires , les sénateurs eux-mêmes peuvent être appelés devant lui et jugés à la face de l'assemblée (70).
Mais après avoir montré la puissance du sénat dlsrael , ne dirai-j^e pas aussitôt les contre-poids qui devaient l'arrêter dans la ligne des intérêts communs?
* Je parle plus loin des impêts que les rois firent peser sur la nation, et dont ils eurent souvent lieu de se repentir.
174 LITBB U. -^ CHAP. II.
Les attributions du sénat romain étaient aussi étendues ; il préparait les lois , il disposait des deniers publics ; il était l'arbitre des affaires des alliés ; il exerçait les hautes fonctions judiciaires ; il décidait de la guerre et de la paix et dirigeait à cet égard les consuls , comme les anciens dlsraêl devaient diriger le prince ou le juge. Mais la distinction aristocratique de patriciens et de plébéiens, qui produisit entre le sénat et le peuple de Rome une guerre continuelle , tantôt sourde tantôt déclarée^, n'existait pas chez les' Hébreux; mais leur loi s'opposait à l'accumulation des propriétés foncières dans les mêmes, moins et empêchait que le sénateur ne réunît l'influence que donne une immense fortune territoriale , à celle qu'il tenait de sa dignité.
Il ne recevait aucun salaire qui lui fît sacrifier
* Cependant cette guerre même eut ses avantages ; le Besoin pour les uns de justifier les privilèges dont ils jouissaient, l'ardeur chez les autres d'y participer, excitèrent Fémulation <pii -fut une des sources des grandes actions que fit Rome. Dans toute chose , même les plus contraires à la vérité absolue , U y a quelque face par où elles produisent de bons effets ; mais à côté sont des inconvénicns innombrables. L'opiniâtreté avec laquelle tant d'individus louent ou blâment certains actes , chérissent ou repoussent certaines institutions , provient en général beaucoup moins d'un défaut de bonne foi , que de l'habitude de n'envisager la question que d'un seul côté.
siniAT. 170
les intérêts des citoyens à ses intérêts propres : son âge et les^conditions exigées pour être élu servaient de garons à son intégrité ; les décrets auxquels il contribuait devaient être appliqués à sa famille , à ses amis , à lui-même. Nulle distinction particulière , nul des hochets si précieux aux peuples modernes n'avaient été inventés pour l'éblouir ou le corrompre. Hors du siège de la magistrature , il redevenait simple citoyen ; et. son nom d'ancien ou de père indiquait plutôt une qualité personnelle qu'une dignité. Enfin , il ne laissait à ce titre d'autre héritage à ses fils qu'une bonne réputation et son exemple à suivre , lorsqu'il avait bien rempli sa carrière.
Le conseil des sacerdotes , , intéressé par sa nature même au maintien de la loi , les orateursprophètes qui censuraient sans ménagement tous les actes de l'autorité publique , les sénats secondaires dont je parlerai bientôt , enfin la nécessité de l'intervention des assemblées générales dans toutes les questions importantes, étaient les obstacles les plus positifs à ses envahissemens. Et remarquez qu'une foule de modifications pouvaient être proposées , sans porter la moindre atteinte à la loi fondamentale : Moïse avait chargé soixante*onze sénateurs de Tadministration de six cent mille hommes au-dessus de vingt ans, ou d'une masse de deux millions et demi d'indi-
yidns, à peu prè^; en conséquence, le nombre total des sénateurs aurait pu re#ev)oir une augmentation proportionnée à raccroissement du peuple : on aurait pu fixer pour chaque tribu le nombre qu'elle aurait à fom*nir, suivant sapopn-» lation , et limiter selon les circonstances la duréd de leurs fonctions. Enfin rien n'empêchait de discuter et d'adopter toutes les mesures propres à développer le seul principe irrévocable de la loi t l'institution d'un conseil véritablement national.
Une autre remarque , non moins importante , est celle-ci : lorsque la nation en masse eut ra« tifié la loi et que les tribus forent établies dans les provinces , il leur devint trop difficile de s'arracher toutes ensemble à leurs travaux , si ce n'est dans déis circonstances majeares ; elles en- Toyèrent donc leurs propres anciens , pour les réprésenter dans rassemblée générale et sanc^ tionner les décisions du grand-conseil. Mais le droit de tous n'en resta pas moins inaliénable ; car on est forcé de reconnaître^ avec Jean-Jacques , que si les citoyens peuvent choisir d'autres citoyens pour s'occuper de la chose publique , le peuple, proprement dit, a cela de commun aTOd Dieu, qu'il ne peut être rigoureusement représenté que par lui-même (71). « Les assemblées^ sous Moïse , lorsque les Hébreux formaient un
8BKAT. 177
corps d'armée , dit Go^ée, ressemblaient assez aax assemblées du peuple à Athènes , àLacédé** mené , à Rome';.... mais il parait que dans la suite elles ne forent composées souvent que des députés où représentans du peuple, à peu {Nrès eomme les parlemens d'Angleterre , les états de Hollande (72). »
Au lieu de conclure de l'admirable ouvrage de Tacite sur les mœurs des Germains , que les Anglais y ont puisé l'idée de leur gouvernement politique, et que ce beau système a été trouvé dans les bois (73) , Montesquieu pouvait donc remonter plus haut et le faire reposer sur des bases autrement sacrées aux yeux des nations modernes. Que dit Tacite? «Les affah*es ordinaires étaient traitées dans le conseil des chefs , et les grandes affaires se renvoyaient à l'assemblée du peuple : mais celles-là même dont la décision appartenait au peuple, étaient débattues par les chefs (74). » Les Hébreux au contraire, outre les chefs militaires, avaientleurs sénateurs (isai^mm), et ils admettaient , comme on l'a vu , ti^çis couronnes ou pouvoirs particuliers : couronne sacerdotale ou conservatrice , couronne de la loi ou législative , couronne du roi ou executive. D'ailleurs la majorité des Anglais a-(t*elle jamais lu Tacite ? taâdis que la Bible a. exercé sur eux la plus grande influence, a-présidé à leurréyo-
l78 LIVRE II. CHAP. II.
lution et produit plus d'un point de contact en-> tne rantique peuple dlsraél et le premier peuple des temps modernes qui ait compris toute la puis-» sance de la loi.
S'il eût déployé les talens et Ténergie néces* saires pour maintenir l'union des tribus et les faire agir en masse, le grand-conseil aurait assuré la stabilité de la république, autant que pouvaient le permettre les circonstances extérieures. Mais après la mort de Josué et de ses collègues, chaque tribu , entraînée par le besoin de se reposer de longues fatigues, dirigea ses forces contre les peuplades qu'il importait le plus à ses intérêts particuliers de vaincre, et perdit souvent de vue le conseil général.
Sous les rois , ce sénat éprouva des vicissitudes nombreuses; mais il ne cessa pas d'exister. Les changemens apportés dans le gouvernement primitif par les concessions faites à la royauté le dénaturèrent : au conseil intellectuel que Moïse avait eu le dessein de former, succéda un corps aristocratique qui blessa les lois nationales, et qui prêta les mains à des ordonnances d'iniquité, contre lesquelles on entendra bientôt les prophètes s'élever avec une ardeur sans exemple. Vraie ou fausse, les Hébreux donnent la liste /continue des hommes qui le présidèrent;' le juge Samuel qui créa et déposa Saûl; le prophète Ahija
qui,, à soa exemple, désigna, au nom de l'Éternel, Jéroboam pour être roi des dix tribus que Salompn offensait cbaque jour par ses exactions , fi^'ent du nombre. Josaphat le remit en vigueur, mais en restreignant sa puissance , mais en le ré-^ duisant aux fonctions judiciaires. Dans une de ses visions, où il peint d'une manière figurée les fautes qui ont occasionné la captivité, de Babyione. Ëzécbiel aperçoit à travers la porte dii temple, les so»a7<pn^e0^o»j(e anciens dlsrael qui osflient oflFrir leur encens à de viles idoles (7S); enfin Jérémie , dans ses Lettres aux Juifs , ne manque pas de nommer les principaux dans Tordre suivant : à ceux qui restent des anciens , des sacerdotes , des prophètes et de tout le peuple que Nabucbodonosor a transportés (TQ),
A Babylone même , les Juifs eurent un conseil dont les membres portaient le nom de chefs de la captivité. Au retour, le sénat se forma de nouveau et régla les entreprises dont la direction était confiée au prince ; de l'avis des docteurs , il fut porté alors à cent vingt membres, quoique rÉtat ne comprît plus que les seules tribus de Juda et de Benjamin. Zorobabel,Esdras * et Néhé-
* C'est en concours ayec eux qu'il recueillit, dit-on, les anciens livres et les chroniques éparses, qu'il les épura en partie , et les disposa selon les besoins et l'esprit du temps. ^
ISO LIYRS II. -— CUAP. II.
BÛe fhreot du nombre de ceux qui les présidèrent. Mais un siècle et demi environ ayant la prise de Jérasalem par le roi de Babylone, Ters Tan 718 avant notre ère, et au commencement du règne de Numa, Salmanazar, roi d'Assyrie, avait subjugué les dix tribus d'Israël, qui, à la mort de Salomon, s'étaient constituées en royaume particulier, les avait transportées dans la Perse et dans la Médie, et les aTait remplacées par des colonies de ces contrées qui prirent le nom de Samaritains, du nom de Samarie, la capitale. Ces nouveaux habitans , et la manière dont ils furent imposés au pays, ne pouvaient qu'inspirer une inimitié profonde an peuple de Juda : mais par cela même qu'ils avaient adopté la loi de Moïse, qu'au grand scandale de leurs voisins ils alliaient à leurs idolâtries particulières-, leur premier soin fut de créer, conformément à cette loi , un conseil supérieur. Leurs missives au roi de Perse , lorsque le sénat bébreu eut rejeté, comme insidieuse, leur proposition de travailler de concert avec les Juifs au rétablissement du temple , commencent par ces mots'.uRéhum, président du conseil, Simsaï, le secrétaire, et les autres conseillers pris parmi les diverses peuplades auxquelles le grand et glorieux Salmanazar a donné pour habitation les villes de Samarie, à Artaxerce, roi de Perse. Salut (77). »
•BHAV, 181
Da teoips d& Machabées , le grand-conseil d'Israël: reraonta an plus haat degré de puissance. Telle est en effet la nature de leur constitution ^ qu'elle les rahienait sans cesse aux formes répn-* blicaines. Certes, si rautorité des anciens n'avait pas reposé sur lalqi et sur des précédens , jamais les Macbabéès .et leurs compagnons, ces zélés dé- &P8euir& des coutumes de leiirs ancêtres, n'eus^ sent > improvisé «i»» kistîtutioh si importante et n'eussent adapté à leurs décrets ce protocole ,* qui est comme le résumé de tout ce que j'ai dît :'«I:id pHnce des Juifs , le conseil natioùal , les saberkkn tes, et le reste dnpeuple,àtels ou tels. Salut (78). »
« Ce sénat de la nation , dit Galmet , qui n'en place l'origine qu'à cette époque, pour n'être pas gêné , comme on l'a yu , dans ses idées théocratiques, alla en s'augmentant sous les rois asmonéens,.... et s'éleva à un degré d'autorité et de pouvoir qui devint redoutable même aux rois. Ge pouvoir fut la cause de sa ruine : les princes n'ou-' blièrent rien pour le rabaisser.... Et comme maU gré les efforts des Romains il s'était relevé ou maintenu , on les priva de ses plus beaux privi- . léges. Le premier Hérode lui porta les plos rudes coups (79.)» Mais Hérode fut un tyran, qui ne dut son élévation qu*à la puissance romaine , et qui foula aux pieds tous les sentimens de lanature^ comme les lois de son pays.
183 UTRB II* — GHAP. II*
Déjà un goaverneur romain de la Syrie , Gabînius , avait mis ses soins à briser son influence, en établissant quatre sanhédnns, autres que celui de Jérusalem , et souverains dans leurs juridio tiens : Gadara , Amath , Jéricbo et Sépfaorîs en Galilée sont les villes où ils eurent leur siège (SO).
Mais ce n'est que lorsque le poids de la domination étrangère fut au comble que les fonctions du sanhédrin perdirent tout l«tir éclat* Le droit qu'il avait de régler lui-même le culte , fit qu'il se trouva comme refoulé dans cette partie de la loi , surtout quand Jérusalem n'exista, plus. Alors le zèle des sages juifs , après s'être occupé à prévenir les effets d'une dispersion depuis long-temps prédite, à réunir sous le titre de loi orctk* tous les réglemens de TÉtat, toutes les interprétations des lois primitives 9 et tous les moyens les plus puissans pour empêcher que les livres sacrés ne* se ressentissent des orages auxquels la nation serait en butte, finit par se consumer dans les discussions les plus stériles. L'esprit du casuiste qui avait flétri les dernières époques de la repu-
, * Outre U loi écrite , disent les docteurs , Moïse transmit à Josué et aux soixante-dix vieillards des instructions verbales qui forment la tradition ou la loi orale. Elle fut recueillie sous le règne d^Antonin, vers le milieu do deuxième siècle de notre ère, par un docteur que je nommerai dans la suite.
bKque'*^ «nccéda à Tesprît du moraliste, du lé« gislateur et da jurisconsulte ; le livre le plus riche de raison et de poésie fut transformé en une lice mortelle pour Tintelligence , et rebutante pour, l'imagination: et comme s'il était écrit dans la destinée de ce peuple , qu*il ne pourrait s'arrêter entre les extrêmes, après avoir enfanté des gé^ Dies, dont Tœil le plus audacieux ose à peine mesurer la hauteur, sa cause fut par momens livrée aux cerveaux les plus délirans et les plus minutieux qui soient peut-être passés sur la terre.
Cependant ces tristes jeux eurent leurs résultats : ils entretinrent Tactivité, ils créèrent parmi les Juifs une puissance d'opinion qui n'a pas été moins grande que la puissance de la loi} ils les empêchèrent de perdre obscurément parmi des nations livrées à la servitude , une existence dont . toutes les phases n'étaient point encore parcouru£s : de sorte qu'on pourrait dire de l'immobilité qui leur a si souvent été reprochée, qu'elle les a fait ressembler à ces pièces d'une grande machine, autour desquelles une multitude d'autres pièces ne cessent de tourner , et qui n'ont pas moinst
* La secte des saducéens, dont je parlerai plus tard, ei qui tenait à la doctrine primitive , s^opposa à Tabus qu'on fit alors des interprétations et des traditions, çt voulut les rejeter entièrement. Jésus-Christ lui-même s*éleva avec force contre ces abus.
184 UTBB n. — CHAP. II.
d'importance, quoique rîmmobîlité soit lenr partage *.
De même qne tout Israël possédait un conseil suprême et formait de grandes assemblées , chaque tribu ayail son conseil et ses assemblées propres; c'était, pour me servir des expressions de plusieurs auteurs respectables, une association, une république fédérative,.... dans laquelle rien ne pouvait être fait ni résolu sans l'assentiment
général des tribus ou de leurs représentans,
et dans laquelle chaque tribu avait une administration particulière appuyée sur les mêmes principes que l'administration générale (81).
Désignés par leurs propres concitoyens , ces sénats provinciaux recevaient l'institution du sénat supérieur, ( sifnedria tribùum non nisi magni synedfu nutu inafituuntur) (82). Le juge suprême obtenait de droit la présidence parmi eux : ainsi , Samuel allait chaque année a Béthel, à Gnilgal,
*La devise adoptée par la synagogue sert de clef à une foule de choses auxquelles on a donné de Puisses interprétations. « Moïse transmit la loi orale à Josué, Josué aux anciens, les anciens aux prophètes, les prophète» aux hommes de la grande synagogue , a Esdras et à se» collègues. Ceux-ci ont recommandé trois choses : Soycs lents dans le jugement; multipliez les dîsdples , et faite» des haies défenMea pour la loi. » {Mischna^ tom. IV^ p. 409.)
SÉNAT. tSS
àMispa, pour s'assurer de l'état de l'administration et pour juger lui-même Israël (83).
Le nombre des membres appelés à les former xi*est pas déterminé par le législateur. D'après* la tradition, on le portait à iringt-trois , et dans quelques circonstances, à soixante-onze **. Le sénat de toute la république leur adressait les décisions et les ordres à transmettre ant tribus et aux villes : par leur intermédiaire^ surtout , il recevait les renseignemens nécessaires. Ils conduisaient on représentaient leurs concitoyens aux assemblées générales qui se renouvelaient plusieurs fois chaque année. Enfin, lorsque le sénat supérieur avait répondu à leurs réclama-* tions, ils étaient tenus de se soumettre a une juridiction suprême, destinée à maintenir Féquilîbre entre toutes les parties de TÉtat. Quand la loi sur le partage des terres eut été promulguée , les anciens de la tribu de Manassé décidèrent qu'un article accessoire de cette loi n'était pas convenable. Ils s'adressèrent à Moïse et aux anciens dlsraêl , et leur dirent : a Jéhovah vous a commandé les choses qui nous ont été proposées;
* Les jeanes gens qui suivaient avec régularité les séances portaient le nom d^aaditeur^, de candidats ou disciples : ils étaient assis sur trois rangs au-dessous de» anciens. (Mi$chna, tom. IV, diB Synedriis,)
1S6 UTBB n. — GHA1>. II.
mais obserrezque Texécution d'une decescbôsea causerai! du désavantage à tous, et à nous en particulier. » Aussitôt, Moïse et les anôiens cherchèrent de nouveau ce que Jéhovah voulait , et firent cette réponse : « L'observation de la tribu de Manassé est juste, c'est pourquoi Jéhovah ordonne ce qui suit (84).... »
Qui ne connaît la tragique histoire du lévite d'Éphraïm et les malheurs qu'une opiniâtreté criminelle attira sur la tribu de Benjamin !
Un lévite voyageant avec sa compagne s'arrêta au coucher du soleil dans la ville de Gniba. Un seul homme , craignant Dieu , lui offrit l'hospitalité : mais ils étaient à peine assis pour le repas du soir, que les gens de la ville , corrom* pus et farouches , entourèrent la maison et s'emparèrent de la jeune femme, qu'ils ne laissèrent aller qu'à la première aube. Elle se traîna jusque sur le seuil de la porte et mourut. Au matin , le lévite chargea le cadavre sur son âne , et à peina arrivé dans sa demeure, il le coupa en douze parts, qu'il envoya aux douze tribus.
A cet horrible message, un seul cri s'éleva : « Non, jamais rien de semblable n'a été fait ni vu depuis que les enfans d'Israël sont montés du pays d'Egypte; anciens du peuple , pensez à cela, consultez entre vous et prononcez. »
Or tout le peuple , depuis Dan fnsqu'à Beerza-
silfAT. ' 187
Ib^e, fat assemblé , comme si ce n'eût éiè quW seul homme; el il s^ trouva de tontes les tribus y bors celle de Benjamin , «pâtre cent mille hom* mes capables de se servir de Tépée. « Qu'onnons raconte k haute voix comment ce malheur est arrivé » ! diÉ^ent les anciens , et le mari de la femme violée rkconta la chose. Aussitôt le peu-pie fit serment <jue personne ne rentrerait dans «A maison ou sous sa tente avant que Guiba ne- 1&% punie*
Mais comme cette ville appartenait à la tribu de Benjamin, et que ni les citoyens, ni lesi»iciens de cette tribu ne s'étaient présentés à l'assemblée générale , quoiquUls en eussent eu connaissance, les anciens du peuple envoyèrent des députés dans tous ses cantons , pour lui faire des remontrances et lui dire : « Voyez quelle abominable action a été commise ; maintenant donc il est juste que vous nous livriez les méchans hommes qui sont à Guiba, afin que nous étions le mal du milieu de nous. » Vains efforts : Benjamin se déclara en révolte réglée, et causa la guerre la plus désastreuse pour lui-même et pour tout Israël (86).
Chaque page du Deutéronome prouve que les anciens des villes , bien distincts de leurs juges ordinaires , de leurs sacerdotes et des chefs , dirigeaient ces villes comme les anciens des tri-
188 UTAB n.^r*<aiAi>. n.
bas dirigèaieni les tribus , et les arici^s dlftraêl , tout le peuple. Gent yingt familles de population suffisaient, au dire des docteurs, pour obliger une commune à former son conseil (86). Gédéon ayant à se plaindre de Succoth , denlande à un jeune homme de lui donner par éerit le tom des princes et des anciens de cette ^ille : ils s'élève*rent à soixante-<lix-sept personnes (87)- Danis Qéthulie , on voit un conseil des anciens, et trois anciens ou syndics chargés de la partie eiécuâve (68), L'interprétation de la loi appartenait à ces assemblées municipales, en ce qui concerne Tintérét particulier de leurs cantons : mais elles renvoyaient au conseil supérieur toutes les questions importanles( 89).
Outre leurs fonctions administratives, ils rem-^ plissaient^ comme les cebséiu*s. et le tribunal domestique a Rome , comme les vieillards de Sparte et d'Athènes , les fonctions de juges des mœurs. Assis sans appareil. aux portes des villes, ou. à l'ombrage de quelques arbres , ils prêtaient l'oreille aux réclamation s des citoyen^, à l'épouse éplorée, au serviteur opprimé , au pauvre , à Té* tranger, à l'orphelin et à la veuve. Si les plaintes qu'on leur- adressait pouvaient être saisies par la loi , plusieurs • se' déclaraient les défenseurs de l!affligé. Sile'sujet de ces plaintes échappait à la mjBÛn d^ la justice, ils devenaient ses consolateurs ;
SÉRAT. 180
l^ar leors soins, un père rigoureux était apaisé ; un fils égaré rentrait dans la maison paternelle ; des familles désunies renaissaient à la paix ; rarement leurs efforts étaient infructueux, car en inspirant au citoyen qui les avait chargés de sa défense, la pensée qu'Israël tout entier partageailsa peine, ils lui rendaient le courage ; tandis que l'homme dont ils censuraient la conduite ou qu'ils suppliaient de revenir à de meilleurs senlimens se disait à lui-même : « Les anciens de mon peuple ne sont pas injustes , ils savent que dans quelques années j'occuperai leur place , t)our juger à mon tour leurs propres enfans. » Enfin durant les jours consacrés , la présence de ces vieillards qni écoutaient avec un respect religieux la lecture de la loi et les exhortations des orateurs, faisait sentir aux jeunes citoyens l'importance des sujets qui s'y traitaient , et communiquait aux assemblées le caractère calme et mesuré qui convient à des hommes libres.
Ainsi se passèrent les choses durant les longues périodes de repos dont jouit Israël , en dépit des ennemis puissans dont il était entouré ; telle est la politique simple et forte qui imprima dans l'ame des Hébreux des souvenirs éter- ■ nels , et qui , malgré les actions odieuses produites par la barbarie des âges, fait trouver
encore un charine indicible dans leurs livres sacrés *.
* Homère nous peint les assemblées des peuples présidées par les vieillards. Le bouclier d'Achille les montre assis sur des pierres luisantes, et formant une enceinte sacrée : chacun d'eux, avant de parler, reçoit an sceptre de la main d'un héraut. Quand la légère Iris descend chez les Troyens par Tordre de JuAon, elle trouve les vieillards environnés de la jeunesse, G[ui formaient un conseil aux portes du palais de Friam. A la voix du fils d'Ulysse, l'assemblée des habitans d'Ithaque se réunît, et les vieillards sont à leur tête. De toutes les manières de gouverner, celle qu*on propose aujourd'hui comme la plus raisonnable et la meilleure semblerait donc ^ussi la plus ancienne et la plus sacrée, sous ce rapport qu'elle aspire â prendre pour guide les lumières proportionnées aux temps , l'expérience et la probité.