‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreuChapitre 38 sur 45 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

AGRICULTUBE.

La TÎe champéire a dignement inspiré quelques poètes : leurs riants pinceaux ont prêté à la nature de nouveaux charmes et nous ont appris à l'aimer. Que leur puissance sur les cœurs soit immortelle comme le sa)et de lenrs chants !

Mais l'agriculture se présente sons un point de yue bien plus positif; elle est la nourrice du genre humain , elle a des principes , une expérience, des théories qui relèvent au rang d'une science des plus étendues. Que penserons-nous donc des peuples anciens qui l'ont regardée comme une profession servile, et chez lesquels le citoyen n'osait se déclarer agriculteur ; des philosophes grecs qui soutenaient qu'une bonne république ne donnerait jamais aux artisans le

droit de dté , et qui livraient à des esclaves la culture des terres ^ ?

Moïse au contraire dirigeai les citoyens vers l'agriculture, d'abord parce que rien ne lui pa« raissait plus utile , ensuite parce qu'il existe pour les peuples comme pour les familles des circon* stances particulières où il leur convient de se suffire à eux*mémes , et de vivre autant que possible dans leur intérieur.

Situé entre le trente-^unième degré de latitude et le trente-troisième, de trois degrés environ plus rapproché du tropique septentrional que la fertile et chaude Andalousie , le pays dlsraél est borné au nord par la chaîne du Liban qui le préserve des vents les plus froids; au midi par. les montagnes de Séhir; à Toccidentpar la mer Méditerranée, à l'orient par les montagnes d'Hermoa et de Galaad, Le Jourdain, dont le cours n'a du nord au midi que cinquante lieues environ, et qui après avoir pris sa source dans l'Antî-Liban , traverse le lac de Génésareth ou mer de Tibériade et va se jeter dans le lac Asphaltide, est la seule rivière remarquable ; mais des pluies fréquentes dans l'automne et dans le printemps , des sources

* Une partie des Grec« , surtout les Spartiates. Platon, Aristote. FoyM Plutarc[. , VU de Lyeurgue / Bfontesqaiea ^ Esprit des Lois , 1. IV, chap. th.

266 UYBB m. — ^OHAF. iy«

et des misseani auxquels les eaux qui descendent des montagnes donnent souvent Timportance dès rivières, et des rosées de chaque jour, servent à le rafraîchir et àla féconder, k C'est un bon pays que celui dans lequel va te faire enti*er rÉterael ton Dieu , dit le législateur, un pays de torrens d'eaux, de fontaines et de sources profondes qui naissent dans la vallée et sur la montagne ; un pays de froment, d'orge, de vignes, de figuiers, de grenadiers , d'oliviers et demiel ; où tu n'éprouveras point la disette, où rien ne te manquera (97).» Jugerait-on sa fertilité passé par son état actuel? Les guerres dévastatrices qu'il a subies; la langueur dans laquelle il est plongé depuis tant de siècles ; la puissance du Turc qui le dessèche sous ses pas , rendent raison de l'aspect qu'on -lui a reproché d'une terre de fer. Les plaines de la Grèce aussi sont dépouillées; mais à quelle prospérité n'oseront-elles pas prétendre, quand des bras vigoureux ouvriront leurs entrailles au soleil deialj^erté''!

* « Jérasalem a été prise et saccagée dix-sept fois , dit M. de Chateaubriand ; nulle autre ville n^a éprouvé un

pareil sort Bans cette contrée, devenue la proie du

fer et de la flamme , les champs incultes ont perdu la fécondité quHls devaient aux sueurs de Thomme ; les sources ont été ensevelies sous des éboulemens ; la terre des montagnes n'étant plus soutenue par Tindustrie du vi-

ÂGHIOVLTURB. «MT

' Frappé de voir le sol latin autrefois si fécond devenu si stérile, Pline s'écriait: ull nous don» naitdes fruits en abondance , la terre pren«dt) poor ainsi dire, plaisir à être cultivée par des mains couronnées de lauriers , et pour répondre à cet honnear elle multipliait de tout son pouvoir ses productions. Il n*en est plus de même aujourdliui ; nous la faisons cultiver par des esclaves ou des forçats , et Ton serait tenté de croire qu'elle a ressenti cet affiront (38). »

gneroB a été entratnée au fond des vallées; et les collines jadis couyertes de bois de sycomores n^ont plus offert q[ae des sommets arides » {Itinéraire, tom. ii). Voir les Mémoires de Guénée sur la fertilité de la Judée.

« Je passai plusieurs heures , dit un voyageur , à la date de cette année même , à parcourir dans tous les sens le plateau de la montagne du Carmel; c'est la plus étendue et la plus belle de la Palestine: en plusieurs endroits elle est couverte de bois et de fleurs. Au débouché d'un bosquet de palmiers , nous découvrîmes h nos pieds la fameuse plaine d'Esdraélon que le Kichon baigne de ses eaux; en face s'élèvent le Thabor etlHermon; eUsur la gauche Thorizon est borné par les coteaux de Samarie. Ce tikbleau , malgré sa tristesse , ne répond pas à l'idée qu'on se £iit de la désolante stérilité de la Palestine ; on peut juger à la richesse de la végétation , que si cette terre était cultivée avec soin , elle serait comme jadis le jardin du Seigneur. » (Revue britannique, Mai 1827, p. 109. Neuvième Lettre sur l'Orient, tirée du JVew Monthly magazine).

968 UYRB ni. ^ CHAF, IT.

Le premier moyen de faire fleurir ragrtcnltmre est de riionorer. N'avait-elle pas cet avantage chex les Hébreux, où les mêmes hommes passaient des soins de la campagne aux plus hautes fone* fions publiques 9 et retournaient ensuite à leurs traYaux privés? Après avoir été proclamé roi, Saûl revient encore a la charrue ; et David était gardien des troupeaux de son père, quand il fat porté au trône (89).

La première preuve que Tagriculture fleurit est la population qui croît en raison des subsistances^ et qui à son tour accroît ces subsistances mêmes. Peut-on disconvenir que cette nation ne fut des plus populeuses? «Loin de s'appliquer à entretenir des intelligences chez leurs voisins , et à y fomenter, la division , ils travaillaient, dit Fleury, à cultiver leur pays et à le faire valoir autant qu'il était possible, soit qu'il fût petit, soit qu'il (Ai grand. Ils s'étudiaient à rendre les mariages faciles et la vie aisée ; à procurer la santé et l'abondanc^ à tirer de la terre tout ce qu'elle pouvait produire. Ils exerçaient leurs citoyens au travail, leur inspiraient l'amour du pays, l'union entre eux, la soumission aux lois. Voilà ce qu'ils appelaient politique (40).» Et voilà ce qu'il faut imiter des livres hébreux, au lieu de s'arrêter sur les scènes déplorables auxquelles la barbarie des temps présida; au lieu d'y puiser de fausses rai-

A«BI<nTL«flBS. 989

sons pour le triomphe de quelque puissance arbitraire que ce soit!

Leurs méthodes agricoles furent en partie ex«* portées d'Egypte, en partie imitées des Phéniciens , en partie le firuit de leur propre expérience» On sait avec quel ai*t ils fécondèrent comme les Chinois leurs collines, en les coupant en étages^; et en transportant des couches fertiles dans les terrains trop ingrats. La charrue traînée pai^ des bœufs , le hoyau , la coignée , la fourche , la herse, les serpes, sont les principaux instmmens àra* toires (41). Isaïe indique avec quel soin on préparait les terres et on y jetait altematiyemeai des semences diverses. Le laboureur ne labourera-t-*il pas toujours , afin de semer? n'ouvrirart-il pas sa terre? ne cassera-t^il pas les mottes? Quand il en aura aplani la surface, n'y répandra-t-il pas Taneth et le cumin ? ne mettra-t^il pas le blé en pre* mière ligne , Torge choisie et l'épeautre dans leurs limites *7 car il a reçu de son Dieu le discernement qui réclaire sur cela (42).

* L'aneth et le cumin sont des plantes ombelliferes ; leur semence est stomachique. On en mêlait dans le pain pour lui donner de la saveur. Je serais porté à croire qu^elles étaient jetées pour fournir un engrais. Ce passage a été diversement interprété : a N'y mettra-t-il pas le froment ai* meiUeur endroit, ou , selon une proportion convenable , n'y mettra-t-il pas du blé, de Forge,

SIW UTBB «I. — <aAP. lY,

Toules les figures employées par les prophètes attestent le zèle des Hébreux à préparer la terre, a enlever les pierres, les mauvaises herbes, à entourer les champs et les vignes de haies et de petites murailles (43). Pour engrais ils se servaient des excrémens de Thomme et des animaux * , de la paille soumise à la putréfaction; le parcage leur était famillier (44). L'obligation imposée aux fermiers par les docteurs de ne pas changer sans la volonté du maître le genre de récolte convenu, et de se conformer à Tnsage des provinces (45) , prouve avec le passage cité dlsaïe qu'ils variaient les semences et qu'ils avaient des méthodes de culture différentes.

On a vu que leurs principales céréales étaient le froment , l'orge , l'épeautre« Les semailles se

du millet , de la Tesce , chacun en sa place et en son rang? * Mais toates ces interprétations s'accordent pour exprimer les grands soins et le discernement exigés de Tagriculteur.

* Il est parlé , dans les Géoponîques , dit Tauteur d^un ouvrage sur rÉconomie rurale des Arabes et des Juife, de remploi des matières fécales comme d'un engrais usité chez les Arabes : il ne peut être question que de ceux qui habitaient sur les confins de la Judée : mais œ qu'il y a de remarquable dans le procédé qu'on leur a ttribue ,c>8t qu'il était le même qui a été imaginé , depuis une trentaine d'années, pour en faciliter le commerce sous le non de fiOudrette ( Reynier , pag. 409 ).

Page 1