AGRICULTURE
faisaient après Téquinoxe d'automne, quand la seconde pluie, qu'on appelait ainsi par opposition aux premières pluies de printemps-, a\ait pénétré la terre. Moïse recommande de ne pas jeter des gi'ains dans les lignes ; de ne pas semer à la fois diverses sortes de grains dans le même champ : et cela non seulement pour obliger le cultivatenrà trier avec grand soin sa semence, mais afin d'arrêter toutes les idées superstitieuses qu'on ajoutait alors à ces mélanges. « Il faut se repi^ésenter toutes les coutumes ridicules, impudiques , funestes , qui étaient en usage dans ces temps là 9 dit Maimonide, pour comprendre Futilité de ces préceptes (46). »
Vers les premiers jours de printemps , les moissonneursi suivis des glaneuses coupaient l'orge , ensuite le blé, et faisaient des javelles qu'ilsmettaient en gerbes dans Taire. Ils usaient pour se rafraîchir d'un petit yin oti piquette. Le grain était séparé de la paille par quatre procédés différons : de longues verges ou desbâtons; les pieds des animaux; un rouleau hérissé de fer et de pierres et tratné par les bœufs ; enfin les roues d'un chariol approprié à cet usage, qui brisaient la paille afin qu'elle put être donnée en nourriture aux bestiaux (47). Un vent léger le nettoyait, un crible finissait de l'épurer , et on le transportait 'dans des greniers étayés de la manière laj^lns solide.
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Mais quelle peinture plus fidèle de tous ces travaux que celle que nous offre le charmant épisode de Ruth !
Du temps que les juges jugeaient » une disette causée par la guerre se fit sentir en Juda. Un homme de Bethléem alla s'établir dans le pays de Moab avec sa femme et ses deux fils. Il y mourut , et ses enfans épousèrent deux sœurs moabites. Elles devinrent veuves. Leur belle-mère songea à retourner dans sa patrie; Oi'pha et Rnth voulurent la suivre : « Non , mes filles , leur dit Nahorai , vous avez assez fait pour mes enfans et pour moi ; ma fortune s'est évanouie ; vous chargerai-je encore de toutes mes douleurs? Que IHÉ^ temelm'acquitteenvers vous ! » Mais Kuth insista : « Je ne resterai point; ton peuple sera mon peuple » ton dieu sera mon dieu; où tu mourras je serai ensevelie; la mort seule peut nous séparer*»
Nahomi avait du côté de son mari un pareQjt nommé Booz , homme fo^t et vaillant. Pour nourrir sa belle-mère , Kuth alla glaner. La loi hébraïque avait beaucoup étendu en faveur du pauvre 9 de l'étranger , de Forphelin et de la veave , ce droit de glanage et quelques autres droits que je rappellerai en parlant de ses préceptes de bienfaisance; ce fut peut-être un tort de sa part d'imposer ces obligations gênantes à la propriété ; mais le motif qui l'inspira doit lui servir d ex-
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cuse. Sans le savoir, Rnth était entrée dans un champ de Booz lai-mémeqni arriva bientôt après, et qui salua les moissonneurs en ces termes : « Que rÉtemel soit avec vous ! » A quoi ils ré« pondirent: «Que TÉtemel atissi te bénisse! »
En même temps il s'informa du chef de la bande qui était cette étrangère. >« Écoute, mon enfant, ne va pas glaner en d'autres lieux ; ne quitte pas mes jeunes filles ; suis sans crainte les moissonneurs : j'ai recommandé qu'on ne se permît rien contre toi* Quand tu auras soif, tu iras là où sont les vases et tu prendras ta part de ce que les garçons auront puisé. J'ai appris tout ce que tu fais pour ta belle-mère, depuis la mort de ton mari; tu as abandonné le pays de ta naissance et as consenti à habiter chez un peuple qui n'était pas connu de toi. Que l'Éternel , le Dieu dlsraêl te récompense lui-même , puisque tu es venu te réfugier sous ses ailes ! »
A Fheure du repas il la fit approcher : elle s'assit à côté des moissonneurs, elle trempa du pain dans la piquette, elle mangea des grains rôtis et serra une partie de ce qu'on lui avait donné. Lorsqu'elle se fut levée pour retourner au travail , Booz commanda qu'on ne l'empêchât pas de glaner^ même au milieu des javelles, et qu'on laissât tomber comme par mégarde des poignées d'épis. Le soir elle battit le produit de
^4 UTRS m.— CHAF. lY.
la journée ; et elle porta une mesure â*orge k Nahomi avec les grains qu'elle avait réservés. Booz était le second parent qui eût droit de retrait-lignager sur les biens de son mari défunt , c'est-à-dire, comme on Ta déjà vu , le droit de les retirer des mains du détenteur en payant le prix convenable. Sa belle-mère, qui ne formait d'autre pensée que de la voir heureuse , lui dicta do point en point ce qu'elle avait à faire et exigea son consentement.
B.uth s'étaut lavée , parfumée et revêtue de ses plus beaux habits , se rendit à Taire où Booz passait la nuit , pour vanner les orges qui avaient été foulées. A peine eut-il pris son repas , qu'il alla se jeter avec gaîté sar un tas de javelles où il s'endormit. Kuth se glissa doucement , dérangea le manteau dont il s'était enveloppé et se Qoucha à ses pieds. A minuit son parent s'éveilla et eut peur : «i Qui es-tu ? •— • Je suis Hoth ; couvre de ton manteau ta servante , car tu as le droit do retrait-lignager. — O ma fille, que l'Éternel te bénisse! cette nouvelle preuve de confiance est bien plus grande que la première : je ferai tout ce qui te plaira ; le peuple qui s'assemble aux portes n'ignore pas combien tu es vertueuse. Mais une autre personne a la priorité sur moi pour exercer le droit de retrait-lignager; informons-nous d'abord s'il consent à s'en dé-
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mettre. » Or on sait que Booz acquit t»tis les biens du mari de Ruth , qu'il épousa sa parente , et que de leur postérité sortit David , en l'honneur duquel lapetite ville de Bethléem a de tout temps été célébrée par les prophètes.
Des moulins à bras servaient à moudre la farine (48) : on opérait le blutage pour en obtenir la fleur. La qualité des blés de Judée était supérieure , la tribu d'Âser, entre autres, fournissait un pain excellent (40). Enfin , Fépeautre pilé au mortier donnait une espèce de semoule; et Torge , employée quelquefois à faire du pain , souvent à faire une espèce de bière, était con« sommée surtout par les animaux (50).
La vigne couvrait les coteaux : oh la tenait basse ; ou bien on la mariait à des arbres , on rélevait sur des treillages de roseaux , on la disposait en allées en faisant communiquer les branches. Le prophète veut parler de ces vignes hautes, quand il représente lebonheur d'Israël comme celui d'un homme assis sans craindre personne sous son figuier ou sous sa vigne. La marcotte , les boutures, la taille, l'ébourgeonnement, les engrais étaient en usage. Sur les bords de la mer Morte certains cantons enduisaient de bitume les pieds des vignes (51). La tribu de Juda surtout produisait beaucoup de vin : elle attachait , disait-on , le petit de son ânesse au cep excellent ;
LITBX ni. — CHAP. IV.
elle layait son manteau dans le sang des grap* pes, et l'abondance de cette liqueur lui rendait les yeux vermeils (52).
Quelle gaîté dans les vendanges ! Ce n'étaient ni les chants qu'entonne l'esclave pourfaire diversion a sa peine ; ni la grossière joie de ces hom«mes que la société avait jadis rejetés dans les derniers rangs ; ni ces exagérations de bonheur dont nous ont dégoûté tant de faux poètes ; c'é* tait la satisfaction d'un peuple de petits propriétaires qui recueillait pour lui-même et qui ne re-' connaissait que l'Éternel pour souverain du Monde y que la loi pour souverain de l'État. «Les guérets de ^esbon et les vignobles de Sibma languissent; les seigpeurs d^s nations , après avoir abattu Israël ont ruiné Moab , s'écriait Isaïe : ses provins s'étendaient au loin > je les pleurerai ; je t'arroserai de mes larmes» ô Hesbon ! ô pays d'Elhael! car l'ennemi s'est jeté sur tes fruits d'été et sur ta moisson. La gaîté et Ic^ joie ont disparu du champ fertile; on ne se livrera plus au plaisir dans les vignes ; celui qui foulait les grappes n'entrera p^us dans les cuves: les chansons des vendanges ont^. cessé (53)! »
Les raisins foulés avec les pieds étaient soumis à l'action du pressoir; une maisonnette au milieu de^ vignes renfermait la cuve construite en pierres (54) : des jarres recevai^t le vin ; des outres
AGRIGVLTVRE. S97
êerTaient à le transporter. Jérémie tire de là une belle comparaison contre rôrgueil de Moab qui adressait d'injustes reproches à Israël. « Moab et été à l'aise depuis sa jeunesse; on ne l'a paj transvasé de vaisseau en vaisseau ; on ne l'a pas transporté avec violence: c'est pourquoi il a con-» serve sa saveur , il n'a pas perdu son bouquet : mais le jour de la calamité approche ; ses vaisseaux seront rompus , ses outres déchirées , et jamais plus il ne redeviendra un peuple {&&), »
La chaleur du climat favorisait les arbres fî*uitiers. Le législateur avait ordonné de les respecter scrupuleusement , même sur le territoire ennemi (^6.) « On ne mangera pas les fi^its avant la quatrième année ; mais on les coupera a ieiir naissance, afin que pendant ce temps tous led sucs ne se portent que sur le corps même de Tarbre et lui assurent une constitution plus forte : on n'aura rien perdu à ce retard, son produit sera multiplié (57.) « L'olivier , les palmiers , le figuier, le pommier, les grenadiers, l'amandier, et plus tard , le citronnier, le pistachier, les poiriers, le prunier, le jujubier, le carroubier furent les arbres à fruits de la Judée (58).
Son huile d'olive était exquise et assez abondante pour suffire à une grande consommation intérieure et à l'exportation. La montagne qui est séparée de Jérusalem, à l'orient, par la petite
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▼allée de Josapliat, prit son nom des olivierèdont elle fut couTerte. Le suc de divers autres fruits y des dattes, des carroubes, des grenades, des pommes, des raisins secs, donnait par la fermentation des liqueurs connues sous le nom générique de oervaise *•
Beaucoup de fruits secs se répandaient dans le commerce où ils étaient très-estimés, entre autres les figues , les dattes , les raisins ; o» confisait aussi des olives (59). « Viens , mon bien-aimé;», s^écrie l'épouse du Cantique des Cantiques ; leyons-nous dès le matin et allons aux vignes , Toyons si la grappe est formée, si les grenadiers ont fleuri: les arbrisseaux répandent de Todeur; et à nos portes il y a toute sorte de fruits excellons , des fruits nouveaux et des fruits secs que j-ai conservés pour toi (60). »
La greffe , usitée chez les Phéniciens, passa en Judée ; car la défense de mêler des espèces différentes de grains n'était dirigée, comme je l'ai dit, que contre Certaines idées superstitieuses
* Le mot hébreu est chécar. Il comprend, dit saint Jérôme, tonte boisson qui peut enivrer, qu'elle soit faite avec les grains, avec le suc des pommes, de palmiers ou d'autres fruits. L'usage de la bière , ou du moins d'une boisson composée avec de l'orge , existait trè»-ancienne> ment, au rapport d'Hérodote , chez les Égyptiens (liv. Il, et les Comment, sur le Léi^it. , X, 9)
AGAIOJLTimE* S79
da temps : cependant les docteurs la bornèrent anx arbres de même famille (61).
Les terres qui entourent le lac de Génézaretb ou Tibériade étaient surtout.admirables , au rapport de Josèphe , par leur beauté et par leur fécondité : il n'y avait pas de plantes que la nature ne les rendît capables de porter, et rien que Tart et le travail de ceux qui les habitaient ne fissent pour profiter d*un tel avantage. On y voyait en grande quantité des arbres qui se plaisent dans les climats les plus froids, comme les noyers, d'autres qui ont besoin de plus de chaleur, comme les palmiers , et d*un air doux et modéré , comme les figuiers et les oliviers. Enfin cette terre ne produisait pas seulement des fruits exquis , mais ils s'y conservaient si bien que Ton y mangeait durant dix mois des raisins et des figues et que d'autres fruits duraient toute Tannée. LaSamarie^ la Judée proprement dite et la Galilée,. étaient aussi fertiles et aussi bien plantées d'arbres ; elles invitaient à les cultiver ^ ceux même qui ont le moins de goût pour l'agriculture (62).
* En nous rendant k Jiiffa , dit le voyageur déjà cité , nous traversâmes une suite de jardins et de vergers délicieux où mûrissent en abondance la poire , le melon et Torange (Rêvue britannique. Mai 1827. Lettre suii TOrient).
Le chêne , le cèdre , le cyprès , le isapîn servaient aux constructions. Plusieurs arbres * fournissaient de précieuses résines. Le baumier de Jéricho fut surtout célèbre : son produit se vendait an poids de l'or. Les Romains s'emparèrent avec avidité des deux seuls enclos qui le renfermaient, et où il était Tobjet des soins les plus minutieux (63). Des bosquets de sycomores joints à des carrés de plantes aromatiques formaient les paradis ou jardins d'agrément.
Leurs principales plantes légumineuses furent les fèves , les lentilles, les poids chiches : les livres anciens parlent des poireaux, des aulx, des bons ognons d'Egypte, des concombres et des melons, peut-être aussi des artichauts. L'échalote est originaire de la Palestine. Ils cultivèrent le millet, la vesce, le riz, la canne à sucre, le chanvre, le lin, le cotonnier; plusieurs plantes colorantes , parmi lesquelles la garance , le carthame, l'indigo. Ils usèrent d'huile de noix, de colza, de ricin , de poiskon (64) : enfin les principales fleurs furent la rose , l'anémone, le lis et le muguet des vallées **.
• On ne pouvait planter un arbre qu'à quatre coudées du champ de la vigne ou des arbres d'autrui! (Mischna, de Damnisy lib. III , cap. ii, § 7 a 12).
**" « ^ous nous avançâmes dans la plaine de Saron dont rEcriture loue la beauté... Les fleurs qui couvrent au
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Le pays dlsraêl dut surtout à un bon système d'irrigath>n cette variété de produits qui suppose à la fois une grande fertilité et une grande industrie. La sécheresse était leur plus dangereux ennemi* Lorsque Caleb eut donné un champ pour dot à sa fille 9 elle se hâta de lui demander les sources qui naissaient au-dessus et au-dessous. lis redoutaient en même temps certaines maladies des arbres , comme la nielle et la rouille ; et divers petits animaux que le prophète Joël rappelle en ces termes : u La sauterelle a dévoré ce qu'avait épargné le hanneton , le hurbec ce qu'avait épargné la sauterelle , et les restes du hurbec n'ont pas échappé au vermisseau (65). »
On rassemblait Teau dans des citernes et on la faisait arriver au moyei> des balanciers ou des roues dans les lieux les plus élevés. « Les rochers de la Palestine y sur lesquels florissait jadis la,
printemps cette campagne célèbre sont les roses blanches et roses , le narcisse , Tanémone , les lis blancs et jaunes , les giroflées, et une espèce d'immortelle très-odorante.. . Le sol parait d^mie extrême fertilité ; mais , grâce au despotisme musulman , ce sol n^offre de toutes parts que des chardons , des herbes sèches et flétries , entremêlées de çhétives plantations de cotons, de doura, d^orge et de froment. Çà et là paraissent quelcpies villages toujours en ruines, quelques bouquets d*olivîers et de sycomores.» (M. de Chateaubriand, Itinéraire, tom. II).
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nombreuse population des douse tribus juives et qui se trouvent aujourd'hui abandonnées à quelques hordes misérables d*Ârabes déprédateurs, dit un de nos plus savans agronomes (M. Yvart), étaient en partie redevables aux nombreux canaux d'irrigation qu'on était parvenu à y faire circuler, de la fertilité et des riches productions qui distinguaient alors cette portion de l'Asie, devenue pauvre, dépeuplée et inculte depuis la disparition de ces sources de prospérité (66). » Et remarquez qu'au temps où ils portèrent au plus haut degré, par les irrigations, la fertilité de l'Espagne méridionale, les Arabes partageaient leurs travaux avec une foule de Juifs , tout imbus encore des traditions de leurs pères qui remontaient aux traditions égyptiennes.
On ne s'étonnera pas qu'ils fussent très-avancés dans l'industrie pastorale : leurs ancêtres s'y étaient long-temps adonnés d'une manière exclusive et avaient traité la chose en grand. L'état de pasteur emportait chez eux la considération générale. Une comparaison de l'auteur du Cantique des Cantiques prouve l'ordre qui existait dans lears troupeaux et l'éblouissante blancheur de leur laine. Quoiqu'il eût vu de la neige et qu'il possédât de l'ivoire , son imagination , pour exprimer la parfaite régularité et l'éclat des dents d'une belle femme , ne trouve rien de plus frap-
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pant qa'im tranpean de brebis qni reihontent deux et deux du lavoir. Isaïe exprime la même chose (07) :.« Rentrez dans hi Térité, dit l'Éternel , et.lors même que vos fautes seraient plus rouges que le cramoisi, elleisdeYiendraientcomme la neige; plus rouges que le Termillèn, elles ae^ querraient la blancheur de la laide (68). n: Dans le temps où Da^id était à Fapogée.de la gloire et de la richesse , ses en fans célébraient par une fête annuelle la tonte des troupeaux (60).
. Les chèvres , les moutons , les tauf^eaux venaient de bonne race ; jlndiquerai bientôt les motifs de circonstance qui firent prohiber la castration. Les ehevaux, rares en Judée , furent ensuite importés en assez grand nombre pour qu^on les employât aux travaux de ragricultnre^70). Mais le bœuf fut toujours la Téritable forcé du laboureur : «Là où le bœul manque, la graqge est vide , disait le proyerbe (71). » Les chameaux et les mulets achetés à l'étranger serraient au transport des fardeaux. Os derniers n'avaient pas été dédaignés comme monture par les personnes les plus distinguées. Gel uid'Absalon causa sa mort dans la bataille ; et à son couronnement, Salomon parut sur la mule de son père. Les ânes ou onagres étaient d'une taille , d'une force et d'une beauté bien supérieures à ceux de nos climats; de là ces expressions de la Bible : « Vous
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qai montez' des ânesses ' blanches: d'une beanté singulièi*e (72), «.
- Le» |>rairî6s ^aTtâfioieltes furent un objet de culture ; c'est pourquoi toutes les tribus, toutes les yilkis, presque toutes les familles eurent leurs troupeaux. Les tribus situées au-delà du Jomr* dain avaient obtenu dans la division des terres les pâturages les plus vastes : en deçà du fleuve, cpi n'a efktendu célébrer les gras pâturages de Sîcbem * ?
Le lait de chèvre et de vache obtenu en abondancéétaii tiransformé .en beurre et en fromage: ^De înéme que celui qui bat le lait, dit le proverbe, en fait sortir l^e beurre, de mérae celtti qui presse l'homme porté à la colère en fait sortir 1^ querelle (78). » Enfin lé pays recueillait un miel diglhe de rivaliser avec celui du mont Hymèie.^ et dont une grande partie passait dans le commerce* Le nom déterre de miel et de lait que lui ^nne Moïse semble marquer , comme on le Verra mieux dans la suite , la préférence qu'il ac-
* Les cheptels de bestiaux se traitaient ordinairement k moitié profits et pertes. Le cheptel de fer, d'après lequel le bailleur partageait les bénéfices et ne courait au cune chance , de sorte que son troupeau était comme de fer pour lui , fut défendu. Le preneur devait justifier qti^il n*y avait pas de sa faute dans les pertes éprouvées. (Mischna,tom. IV^ de Damnis, lib. II. cap. v, § 5 et 6; cap. ni, §8, 9, 10).
, AjG]UCUX.T|qiLE. 28S-
cordait à ia nourriture substantielle ejt, douce sur les alimens excitans et les liquides spiritueux. Des lois relatives aux animaux, les unes sont dictées par Tétat des mœurs, les autres par une humanité qui devient rigoureuse justice envers ceux qui partagent les travaux de l'homme. La manière de les traiter est une des preuves les plus convaincantes du degré de civilisation d'un peuple. La loi proposée récemment en Angleterre contre les méchans qui feraient sonfirir les animaux , existe dans la jurisprudence des Hébreux. Il est expressément déclaré que là personne qui tomberait dans cette faute serait soumise à une peine correctionnelle (74), a Le juste compte pour beaucoup la vie des bétes, dit le proverbe; les méchans au contraire sont cruels (76), » Mais puis- je parler de cela sans citer un homme aussi étonnant par la force de la pensée que par la grâce inimitable de la diction , un des plus beaux génies du grand siècle littéraire, l'émule de Corneille et de Molière, ce La Fontaine enfin qui a trouvé un trait heureux pour tous les plaisirs et pour toutes les douleurs , contre tous les abus et contre tous les vices. Quels touchans discours que ceux des juges entre l'homme et la couleuvre! quelle admirable leçon *î
* Un homme vit uoe couleuvre.
Ah! méchante , dit-il, je m^n yais faire une œuvre
uvas m. — CHÀP« ir« Oserai-je dire que la défense de mutiler les
Agréable à tout rtmiyers.
A ces mots Tanimal pervers
( (Test le serpent que je veux dire, Et non rhomme , on pourrait aisément s*y tromper); A ces moU , le serpent se laissant attraper, £st pris , mis en un sac , et ce qui fut le pire , On résolut sa mort, fut-il coupable ou non....
Mais trouve bon qu'avec franchise
£n mourant au moins je te dise
Que le symbole des ingrats , Ce n'est point le serpent, c'est Thomme. Ces paroles Pirent arrêter l'autre; il recula d'un pas.
Enfin il repartit : Tes raisons sont frivoles ; Je pourrais décider, car ce droit m'appartient : Mais rapportons-nous-en. Soit fait, dit le reptile. Une vache était là; on l'appelle , elle vient. Le ca? est-proposé. C'était chose facile; Fallait-il pour cela , dit-elle , m'appeler 7 La couleuvre a raison : pourquoi dissimuler?
Je nourris celui-ci depuis longues années; Il n'a sans mes bien&its passé nulles journées; Tout n'est que pour lui seul ; mon lait et mes enfans Le font à la maison revenir les mains pleines ; Même j'ai rétabli sa santé que les ans
Avaient altérée , et mes peines Ont pour but son plaisir , ainsi que son besoin. Enfin me voilà vieille ; il me laisse en un coin , Sans herbe. S'il voulait encor me laisser pattre! Mais je suis attachée : et si j'eusse eu pour maître Un serpent , eût-il su jamais pousser si loin L'ingratitude ? Adieu; j*ai dit ce que je pense....
ÀGBiortTuiiE. 287
animaux et d^accoupler ceax de différente natare , fut dictée surtout par la crainte de Fimitatîoa ! Mais les temps les plus modernes n'ont-ils pas vn mutiler des hommes ! Dans Tintérét même des animaux , Moïse recommanda de leur laisser prendre un repos septénaire. « Quand tu trouveras un animal domestique égaré , tu.le retireras dans ta maison et tu en prendras soin jusqu'à ce que le propriétaire te soit connu : tu porteras du secours à tout animal tembé dans une fosse ou accablé sous sa charge : tu n'attelleras pas à la charrue Tâneetle bœuf ^ 4 cause de Tinégalité de leur marche ; et tu ne lieras pas la bouché du bœuf q|ii foule tes grains dans Taire (76) ; car il doit participer au bénéfice du travail ; car il ne faut pas
Que du labeur detf'ans, n porte pour nous seuls les soins les plus pe$ans... Pour récompense ayant, de tous tant que nous sommes, Force coups , peu de gré... »
Divers statuts postérieurs eurent pouï* objet les atteintes que certains animaux peuvent portelr aux propriétés et aux personnes. On deyait établir les colombiers à une distance déterminée des champs voisins ; empêcher les dégâts des galli-
nacées i se défier ^es chiems , que la ôhalenr da climat rendait &aii^ doute dangereux. Lé principe général est confirmé , en ces termes , par un des ! commentateurs du. livre de la jurisprudence qui traite de$ dommages ;. « iies anciens Jnifs eurenttoujours en vu^ de disposer les choses , de ma-* nière. à ce que lef citoyens ne se portassent an* cuo tort les uns aux autre^77) » Nous rappelle^ ron^ .bientôt, , en parlant de la justice , quelques l(^s relatives aifx délits .r«rcl«9* .
fious 4es formei^ppétiques et politiques. Moïse: annonça aux.citpyens qtiç' d'heureux succès coa^ ronn^raiept de ponstaDà effocts. S'ils restent fi-' dpliçs à)^,lo^.^,>HU travaillent avec ardeur,. les pluies e^ la rqsèei nejjdup idanqneront pas; la terre prendra plaisir à leur donner les plus ri«ches moissons : Jéhovah le promet et le jure. Mais ce Dieu ne recevra pour les offrandes convenues, que des bœufs, des agneaux sans tache ; qued^s échantillons dune fleur de fai;ine pure, d'une huile exquise , d'un vin délicat ; de sorte que chaque citoyen, jaloux de lui présenter quelque chose qui mérite de lui plaire, s'efforcera d'obtenir des productions d'une qualité supérieure et des animaux de belle espèce.
Tons les livres hébreux sont pleins dé (Préceptes qui prouvent qu'en invoquant ^on Dieu , ce' peuple était loin de s'abandonner à Tot^ivetë que'
jait naîtra m oreiigle fatalisiânei Letir miaiilnâ fut 41&.letfaéè: k Aide^toi, le Ciel t'aidera *. La pa^ resse rend pauvre et le ti*aTail enk*2ehît< Travail^ 1er et jouir du fruit de son travail est ce qu'ily a de meilleur pour l'homme «ous le soleiL Gelùi '.qui s^endort durant la moisson , ou qui craint de labourer à cause du mauvais temps, mérite de jnanquer de pain : dégagp-toi des bras de l'oisif Tieté, comme le daim des embûches durchasseuK Jlegarde la fourmi et sois sage comme elle*: ell^ n'a ni ohef, ni gouverneur, ni maître; cependant .elle fait ses provisions durant Fêté , et elle amasse pour ia.mauvaise saison. Te tiendras-tu toujours jQfOiichalammént étendu , afin que la pauvi^eté /s'enpare de toi, comme ferait un homme armé ? Cultive 'tes champs, embellis ensuite ta demeure ": le bien qu'on ^apprécie le plus est celui qui vient Avec le plus d'efforts. Ne demande à Dieu que ces choses : qu'il éloigne dé toi la sotte vanité et l'es* prit de mensonge , et qu'il ne te rende ni pauvre si trop riche (78). » •
Mais ici la loi jubilaire , celle qui après qua* rante-neuf ans rétablit tous les citoyens dans
* Depuis que ceci est écrit, la génération qui est à la veille de devenir prépondérante dans la société française a pris cette maxime même pour devise. Puisse-t-elle Taoconplir avec fidélité !
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leur propriété primUive , vient se représenter à la pensée. L'héritage foncier des familles nombreuses , étant divisé et subdivisé , finira par se réduire à des portions si exiguës qu'elles ne satisferont plus les besoins du possesseur. Que fera^-il alors, quel fruit retirera-t*^ il de son champ? Il le rendra pour se livrer à des travaux d'un Autre genre. Lorsque Tannée jubilaire arrivera , il le vendra de nouveau jusqu'au jubilé suivant ; par là ses travaux ne seront point interrompus , et il conservera la qualité de propriétaire qu'il tient en quelque sorte de la nature. On peut dire, en effet , qua, la jouissance des fruits formant le caractère principal de la propriété , tout homme est le propriétaire naturel de la portion de terrain qui fournit les alimens et les vétemens qu'il cozrfloinme pendant Tannée. Diverses ^circonstances peuvent rétrécir cette portion indéfiniment, mais il ne la perd en entier qu'à sa mort*
La législation de Moïse offre donc une combinaison qui n'existe , à ce qu'il me semble , dans aucune autre et qui répond au principal* argument des partisans de la grande propriété, savoir : que les terres' fructifient mieux entre les mains d'un homme riche que chez un agriculteur sans fortune. Ordinairement les plus petits propriétaires sont les fermiers des riches ; chez les Hébreux, au contraire, les riches deviennent
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presque toujours les fermiers des plus pauvres ** Une jouissance de cinquante années environ les encourage à faire des améliorations au champ dont ils se seront chargés. Mais n'aara-t-ton pas i craindre qu'ils s'efforcent de Tépuîserdans leur propre intérêt ? £>e législateur prévit cet abus et tâcha d*y mettre obstacle. Après avoir recommandé au citoyen d'acheter la terre de son parent , quand celui-ci serait dans le cas de Taliéner , afin qu'il y portât tous les soins du père de famille , la loi ordonna que les champs auraient tous les sept ans une année de repos indispensable.
« La septième année sera le sabbath de la terre : vous ne sèmerez le champ ni ne taillerez la vigne; mais tout ce qui viendra naturellement, et ce que vous aurez réservé des années précédentes, servira à vous nourrir (79).» Il faudra donc songer à l'économie, l'une des principales vertus de ragriciilture ; car la promesse qui leur est
* Il y a trois manières d^affermer parmi nous, disent les jurisconsultes hébreux, pour un prix déterminé en argent, ou en convenant d^un partage des fruits soit à moitié soit dans tout autre proportion , ou bien en accordant au preneur une quantité déterminée de produits , indépendante de la chance des bonnes ou mauvaises récoltes (MiseluM , de Damnis, lib. II, cap. ix, § 2. Maimonide).
LITRE in.«^CKAP. IV.
faite d'une grande abondance à chaqnè sixième année, s'ils restent fidèles à la loi, pourrait se trouver en défaut , rnéme quand ils seraient fidèles.
Je laisse aux agronomes le soin de décider jusqu'à quel point un repos obligé , iqui ne revenait que tous les sept ans , mérite d'être blâmé ou approuvé sur le sol peu étendu de la Pales* tine. Mais il ne faut p'as , pour prouver que cette loi était contraire à l'agriculture, prétendre, à l'exemple de quelques critiques, que l'année rurale et l'année civile ne se confondaient pas, de sorte que le repos de la septième année prenait sur les travaux de l'année suivante. Le législateur exige un an de repos , et rien de plus , il était donc permis , il y avait même obligation d'adopter toutes les mesures nécessaire^ pour que ses intentions fussent remplies. Les Juifs eurent jusqu'à quatre commencemens d'année : l'année nationale, qui correspondait à notre mois de mars, époque de la sortie d'Egypte; l'année civile, au mois de septembre; et deux autres pour le paiement des dîmes , des troupeaux et des fruits de la terre, en août et en janvier (80). Quel motif les aurait empêchés d'en établir une cinquième dans leurs intérêts agricoles, si celles-là n'eussent pa» été convenables ? Il ne faut pas non plus rappeler contre cette loi, que la septième année leur devint