CHAPITRE VI
DU CX>MHBRGB«
La position dn pays destiné an peuple israélite était favorable au commerce. Il a la forme d'un quadrilatère, dont un des grands côtés & Voccident, suit, dans un espace de quarante * lieues environ , le littoral de la Méditerranée. Us pourront élever sur divers points des villes qni leur permettent de participer aux avantages de Sidon et de Tyr. Ils communiqueront par mer avec rÉgypte , l'Asie Mineure et toutes les îles de l'Archipel voisin : du côté de terre, ils seront aux portes de cette même Egypte , de l'Arabie et de la Phénicie , et à peu de distance de la mer Eouge*
Mais quel bien résulterait de cette position, si la nature de leursJois les réduisait à un complet
INIMJSTRIE. 819
isolement ? Telle e^t da moins Fidée qu^on s'en forme, en général; de sorte que par un double préjugé contradictoire on admet, d'une part, qu'ils ne devai^t pas établir de relations avec les nations étrangères; d'autre part , qu'ils étaient libres d'user contre çlles dans leurs relations de tous les moyens, même les plus reprochables.
Ce dernier préjugé surtout leur a causé d'autant plus de maux, que l'état cruel dans lequel ils ont si long-temps été retenus a fait regarder comme une conséquence de leurs lois^ des effets qui n'étaient que la conséquence naturelle de cet état méoie.
Voici les lignes du texte qui ont donné lieu à Terreur : « Tu ne prêteras point à intérêt [k ton frère, ni argent, ni yiyres, ni quoi que ce soit; tu prêteras seulement à Y étranger forain (110) {noeri) i» ; qu'il faut bien distinguer de l'étranger babitant (^er), affilié ou non au peuple hébreu.
Le mot employé à la place d'intérêt par la plupart des traducteurs qui ont écrit : « Tu ne prêteras point à uswre à ton frère, mais à l'étranger » , est donc absolument impropre*
« Le mot nechech qu'on a traduit par celui d'usure, dit rassemblée des soixante-onze docteurs et notables réunis à Paris , a été fort mal interprété; il n'exprime qu'un intérêt qaelcon-
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que * ef nallement un intérât nsnraire (Hi)* > Moïse l'esplifiie lai-môme : « L'Hébrea ne prêtera à Sun fi^re , nt de l'argent à iniMU , ni des 'vivres arec promesse d'un turor&U ^ il ne recevra rien de {dos que ce qu'il lui aura donné (112). ».
Quel est donc le but d'ane loi qui ne pomet de prêter à intérêt qu'au seul étranger forain (nocri)f La nature du commerce adapté aux besoins des Hébreux nous le découvrira.
Pour suppléer à l'insuffisance de l'échange y le commerçant s'établit comme intermédiaire entre les producteurs et les consommateurs ;' il achète la marchandise des premiers , la trans^ met aux autres , et dans ce passage lui donné une augmentation de prix qui forme son propre bénéfice.
Mais le commerçant, en se chargeant des denrées de divers producteurs, leur remet, ou comptant, ou à terme, ses propres denrées ou son argent en échange, et dans ce cas, les spéculations ont des bornes naturelles ;'0U bien il accumule une quantité de marchandises au-delà de tous ses propres, moyens î et il ne les paie qu'après un temps plus ou moins long, en ajoutant
* De même, ciiex les Romains, t<»ut lalérét de l'argent, médÂocre oa coa0idiraMe,.èst esprîmé pte nn aûvl mot, fmnus.
• • ponr ce temps un $uroroU aa prix fondamental, pu un intérêt, si au lieu des marchandises il apris l'argent qui les représente.
Cette dernière forme , qui conduit aux spécu>lations les pliis hasardeuses, est celle que le lé* gislateur semble vouloir entrayer chez un peuple dont les premiers besoins étaient l'agriculture , la plus grande égalité possible dans les richesses, et la plus parfaite identité dans les intérêts des citoyens. Au lieu d'emprunter à autrui pour ttne entreprise , on sera forcé de s'associer avec autrui et de partager les profits ou les pertes.
£Sn même temps il établit une espèce d'assurance générale et mutuelle entre tous les citoyens, natifs ou étrangers ; entre cette foule de petits propriétaires qui forment l'État : tous viendront au secours les Ims des autres avec désintéressement, de tribus à tribus, de ville avilie, de particulier à pai^ticulîer, « Si tu prêtes de l'argent ou des vivres, à ton peuple, n'exige ni intérêt ni surcroît : quand ton frère devenu pauvre, tendra vers toi ses mains défaillantes, tu le soutiendras ; de même tu soutiendras Tétranger habitant afin qu'il vive avec toi : tu lui prêteras sans intérêt ton argent et tes denrées (113). n
Une distiiuction était donc indispensable outre les nationaux et les étrangers foraine qui n'étaient
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pas soumis à la loi de l'État , et que rien ne pouvait forcer à remplir par réciprocité la condition exigée. « Le texte qui autorise le prêt à intérêt avec l'étranger , ajoiitent les soixante-onze docteurs , ne peut et ne doit s'entendre que de ces Dations étrangères avec lesquelles on faisait le commerce et qui prêtaient elles-mêmes aux Israélites , cette faculté étant basée sur un droit naturel de réciprocité \ »
Ainsi , la valeur réelle de ces expressions qu'on lit dans le tableau de l'abondance promise : « Vous prêterez a beaucoup de nations , et vous ne leur emprunterez point (114)» , devient des plus faciles à saisir. ^Gette abondance amènera
• Le principe de la réciprocité explique une foule d'opinions des docteurs , qui sont des plus choquantes quand on les isole des circonstances qui le firent naître. Les écrivains qui ont avancé que leur jurisprudence permettait IWtfr^ envers l'étranger ou le Gentil, ont presque tous oublié de citer leur principe même ; le simple énoncé lui enlève tout ce qu'U pourrait offrir d'inique ; il établit la réciprocité entière et par conséquent Fégalité entre le Gentil et THébreu. Le voici en propres termes : « Il n'est pas permis de faire un cheptel de fer avec un Israélite ; mais il est permis de recevoir d'un Gentil , ou de donner h un Gentil un troupeau à ces conditions. Il est permis de recevoir d'un Gentil de l'argent à usure (k intérêt) et de lui donner de l'argent de la même manière. «(Miscbnay de Damnis, lib. II , cap. V, § 6. )
GOMSEILGB. 938
du superflu qaî nécessite rexportatioD : alors les prodactioDs seront livrées à des étrangers qui , après un certain temps , les rendront avec un in- .térét ou surcroît qu'ils sauront exiger à leur tour. Maiis les Hébreux n'auront nullement besoin d'emprunter aux autres nations ^ car ils paieront à l'instant les productions étrangères avec celles qu'ils auront recueillies en abondance. S'il suivent au contraire une fausse route , leurs champs ne rapporteront plus rien ; loin de prêter aux nations y ils se Terrent forcés d'aller prendre chez elles , le blé, l'huile, le Tin et toutes les denrées dont ils seront entièrement privés ; loin de donner des secours à l'étranger qui habitera dans leur ville , ils réclameront eux-mêmes sa bienfaisance (11£^.
La loi de Moïse a donc pour caractère de laisser toutes les facilités possibles à la circulation des prpduits de l'intérieur à l'extérieur , et réciproquement ; de favoriser les relations amicales avec les peuples étrangers dont on n'a point à craindre l'influence sur la patrie *. La tribu de
* Les lois défendaient à tout Athénien et à tout étranger établi , de prêter de Fargent sur un vaisseau qui ne devait pas transporter à Athènes le blé et les autres marchandises dont elles faisaient le détail. (Lois Athéniennes de Samuel Petit, ch. xxin).
LITBB JU. -^ OLLP. Yl.
Dan est destinée à se tenir svr les navires ; la tribu d'Aser/ à demeurer dans ks havres. Les flottes de Saiomon s'unissent à' celles des^ Phéniciens ; Jérusalem devient un si grand marché, qu'on la nomme la porie deê peuples ; -fAe est l'entrepôt de toutes les marchandises, (pn' arrivent du Désert et qui y vont : sa positibih est admirable* Sidon et Tyr en sont si profondément émues de jalousie, qu'elles se réjouissant à pl^ne voix de sa chute ^ eu disant : « Tant mieux qne Jétosalem soit brisée; sa solitude accroîtra notre population (116). »
Mai^ , dans rîntérieiir de l*État , la loi veut arrêter l'avidité mercantile que Platon redoutait à r^cès pour sa république : « Cette avidité avec laquelle on trafique , dit Montesquieu , de toutes les actions humaines et de tontes lea vertus morales (117) » ; qui ferme l'esprit dee citoyens aux grandes idées ; qui les porte à sacrifier le bien perpétuel de la patrie à des intérêts du mom^Qt ; qui les rend insensibles enfin à tout ce qui sort de l'étroite sphère dans laquelle ils sont plongés.
On voit par là combien est mal fondée la foule qui pense que les lois primitives des Hébreux propagent l'esprit d'un mauvais négoce. Sans douté cet esprit s'est répandu sur eux ; mais qui faut-il en accuser ? rarement les torts sont du
cdté des hommes qu'on oppciine ! iaterrogeons les siècles 9 ils npps diront quel .mélliiige d'ftTa-. rice et.de fanatismei les prita^desi garapiies les plus nécessaires, leur arracha tous les moyens naturels d'e,xistenee : ils oous diront comment, des; princes inUumaias les firent servir d'instrumens pour pressurer les peuples ; les chassèrent et les rappelèrent tour-à^tpur , sans autre dessein que 4e s'enrichir de le^rs dépouilles ; sans, autres ilipyens que U calomiijf^ et le meurtre. « Les prjncjQs 9/^près s'être. servis de ces insitrumens i leur faisaient rendre gofge,dit un TÎfil histo-i rien (118) i et les chassaient souvent de leurs terres- afin d'avpir 4e J'ar^ef)it en les rappelante Eu cette enpée ils furent arrêtés partout , ban*. Dis du royaunie et leurs biens confisqués : dn.les accusait d'avoir outrag4 des hosties et foulé des madones *• i» !.
* Dknh ÎBL lettre qne êaîbt Bernsird écrivit aux Alle-< mands]» lors, de la seconde jcroisade , pour arrêter le maS'* s;^cre qu'en;! faisait des Juifs ; après leur avoir prouvé à sii mauière qu^on les troippait eu leur inspirant que ces cruaiftés ét^îçnt un i^oyen de gagner le ciel, il ajoute : c iijùdnt à la cupidité et aux usures que vous reproches aux Juifs , nous voyons , hélas ! avec une douleur profonde, ^oe. de tous côtés U y 8k des usuriers chrétiepa qui font comme eux, et à qui le nom de chrétieiu €pn<^ vient n^oins. que celui de jui& baptisés.» (Voyaz toutes le» histoires da temps ).
Notez que la banque en général, le change, tout ce qui
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Au reste; c'est chez la noblesse romaine, dans Athènes même, et non pas chez les Juifs , qu'il faut chercher les débuts de l'usure, au sujet de laquelle en a écrit tant de choses, d'autant moins pourvues de sens que la question a été long^temps livrée à des théologiens , incompétens en cette matière;
La disposition de Moïse était proportionnée à l'ordre des choses dans lequel elle entrait. En la détachant de cet ensemble pour la porter dans un ensemble tout différent, on se mettait en opposition avec lui-même.
L'argent veut être libre aujourd'hui dans son cours ; il se vend comme marchandise , car personne ne rend le même argent qu'il a emprunté; sa valeur ne peut être fixée d'une manière invariable , elle change et se luodifie à l'infini , en raison des besoins , du nombre des demandes , des chances que les capitaux courent ^ des retards qu'ils éprouvent, et de la concurrence (11^). Celui qui emprunte avec connaissance de cause à un taux plus fort, s'y résout, parce que son crédit n'équivaut pas à un taux plus faible *. Tous
est trèt4ionorable aujourd'hui, était alcnrs compris sous le nom générique d'usure.
* Lés jurisconsultes hébreux admettent en principe que celui-là est aussi coupable devant la loi , qui a eiii«
COHHEBCB. 337
les gouTerhemens qaî ont cherché à éleindre rtiM^re n'ont donc jamais bien vu où gisait la racine du mal : jamais ils n'ont assez compris que rintérét trop haut de l'argent n'est qu'un des moindres embranchemens de cette usure ^ qui embrasse tout intérêt trop fort cTtm service quèlcon» que^ sous quelque forme qu'il soit rendu. Jamais, par conséquent , ils ne se sont assez pénétrés du nom qu'ils méritaient eux-mêmes, dès qu'il n'existe pas une sage proportion entre l'argent qu'il tirent du peuple , et le bien positif qu^ils lui procurent* Que cette usure publique cesse , et toutes les autres s'éteindront d'autant plus aisément que, sous un gouvernement équitable, on ne regardera plus les richesses comme l'unique moyen de liberté personnelle *. « Partout où la loi sans
prunté k un taux défendu , que celui qui a prêté. Tarn U qui mutuo dédit, quam is qui mutuo accepit illegitimus (Mischna, de Synedriis, cap. III, § 3. Bartenora, Maimonide). « Ce qu'il y a de piquant , dit M. J. B. Say dont je rapporte, dans la note 119, les opinions, ainsi que celles de M. Destutt de Tracy et des autres économistes , c'est que les gouvememens qui ont fixé le taux de rintérét, ont presque toujours donné Texemple de violer leurs propres lois.... » {Économ. Polit., liv. II, ch. viir.) *La baisse de Tassurance qui forme souvent là plus forte partie de l'intérêt dépend de la sûreté dont jouit le préteur : cette sûreté k son tour dépend principalement
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force ne peut protéger le faible contre le ptiU»-' sant f dit avec sagesse Helvétius , on regarde Vo^ pulence comme un moyen de se soustraire aux injustices, aux vexations du fort, au mépris enfin » compagnon de la faiblesse , et Ton désire avoir une grande fortune , comme un protecteur et ua bouclier contre les oppresseurs (120). »
Dans les conventions, les Hébreux se donnaient leur parole et se frappaient dans la main devant témoins : cette formule était un contrat*. Celui qui se portait pour caution , devenait , comme de nos jours^ responsable en tout de la chose (121). i
Tout créancier qui concevait des craintes , avait le droit de demander à son débiteur un gage quelconque. Les lois, à ce sujet, sont remarquables. L'une consacre l'inviolabilité du domicile des citoyens : celui qui aura à réclamer une dette, n'entrera pas dans la maison d'autruî pour se faire donner un gage (122); mais il se tiendra au dehors et le débiteur l'apportera lui-
de trois circonstances, dont la plus essentielle est la bonne administration du pays où il réside. (M. Sat, Jsconom. polit., liy. II, ch. nu).
*0n 'contractait ou bien en donnant des arrhes , oa par un écrit, ou en transmettant la chose. Les objets, meubles s^aliénaient ou par la vente ou par rechange . otk par la donation. (De Vamnis, lib. Il , cap. ir).
même \ L*aatre établit des eiceptions morales : on ne prendra point pour gage d*une dette la meule qui écrase le blé (123)9 c'est-à-dire qu'on n'ôtera point au débiteur ce qui sert d'une manière directe à son existence : s'il est pauvre, vou9 ne manquerez pas de lui rendre son gage, dès que le soleil sera coucbé , enfin qu'il dorme dans son Tétement et qu'il vous bénisse (134). Enfin Tannée sabbathique était une année de relâche pour ces dettes , qui ne portaient , comme on sait, aucun intérêt : mais on pouvait exiger la dette de l'étranger forain (125), par les raisons déjà dites.
Les préceptes relatift à l'exercice du commercid sont simples : u Observe fidèlement tes promesses; ne déprécie point avec affectation la marchandise d'autrui ; n'usurpe rien , ni par fraude, ni par violence ; ne gène point l'étranger qui s'établit chez toi; viens à son secours, lorsqu'il est dans la peine , et ne fais aucun tort à quelque étranger que ce soit (126). »
Une des choses les plus sévèrement recom^ mandées était l'unité et la régularité des poids el
* On ne pourra exiger de gage que par rintermédiaire à\aï envoyé du tribunal , dit la jurisprudence ; mais cet envoyé n*a pas le droit d'entrer dans la maison même du débiteur, à plus forte raison le créancier. (Mischna , de Damnis, lib. II, cap. vm, § 13. Bartenora).
mesures. Qiaque année le séiiat déléguait de» hommes intègres pour en faire laTérification , en les rapprochant d*un étalon .conserTé dans le temple. « Que la balance soit juste, ayez soin que vos pierres à peser et que toutes tos mesures soient exactes et justes *, celui qni ose se servir de poids et mesures altérés commet une abomination (127). »
La résistance des peuplades qui tenaient les bords de la Méditerranée , et la faute que commirent les Hébreux de faire la guerre par tribus
* On pesait tous les objets au siâlê et à la mine composée de soixante siclesjlesqaolsyà raison de cent soixante grains chaque , équivalaient à une livre de seize onces et quatre gros environ.
Les mesures pour les liquides sont le chômer ou core , évalué à. près de trois cents pintes par Calmet. Il se divise en dix bath, le bath en trois seak, le seah en deox hin, le hin en trois cabe, et le cabe en quatre log.
Vépha^ ayant la capacité du bath, servait à la mesure des grains, et se divisait en dix gomor.
Pour mesures de longueur, ils avaient le doigt, équivalent à un peu moins qu'un pouce; le topkac, ouIa palme des Romains, de quatre doigts; le zereth composé de douze doigts ; la coudée, de deux zereth ou vingt pouces et demi ; la canne, de six coudées. Enfin le chemin sabbathique , c'est-à-dire la distance hors de laquelle on ne devait pas se transporter dans le jour de repos, comprenait deux mille coudées ou cinq cent soixante-dix toises environ.
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au lieu d*agîr en masse , les empêchèrent d'obtenir les limites et de prendre aussitôt l'attitude qui leur avait été ordonnée»
Ce n'est qu^après les conquêtes de David , et sous Salomon ^ que nous les voyons établir des rapports généraux de commerce avec les royaumes de Tyr, d'Egypte et de Syrie* Le roi d'Israël fit des emprunts au roi de Tyr et des échanges avec lui. Par un traité avec le roi d'Egypte , il a le privilège sur les autres nations, pour acheter le iiii filé et les chevaux (128).
Ce grand homme avait apprécié dans toute leur étendue les avantages que sa position géographique donnait à Jérusalem. Il voulut en faire la reine des province t. Une partie du commerce de l'Asie occidentale devait avoir recours à seL protection. Au midi , le comptoir d'Ézion-Guéber^ situé à l'extrémité de l'un des golfes qui terminent la mer Rouge , lui livre toutes les denrées de l'Asie orientale : au nord , la ville de Tadmor ou Palmire , qu'il a bâtie dans une espèce d'oasîs> lui sert d'entrepôt , de' Jérusalem à VEuphrate. Loin de troubler dans leur commerce les villes étrangère qui ont leurs ports sur la Méditerranée, i\se liera avec elles d'amitié, et il les favorisera d'autant plus qtie leur richesse accroît la sienne ; qu'elles respecteront sa puissance , car elles se souviennent de toute l'énergie dont est capable
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le peuple d'Israël dirigé par un c^ef Taillant comme David i ou coiamQ tel au^re de leurs ancotres.
.Mais pourquoi fut-il jeté par i^ne ambition trompeuse hors des bornes convenables aux besoins des Hébret]x?Unp. suffit pas d'ipiaginer de grandes choses, il faut les approprier aui; temps et aux circonstances, il f&ut les consolider; et Salomon manqua de. cette sagesse. Lç commerce d'Israël devait être simplement un commerce de commission et de tfifnsit : sa ri« chesse territoriale lui -mettait en main les avances nécessaires pour Taccomplir d'une inanière au3si avantageuse à lui-même qu*à ses commettans. Outre les bénéfices commerciaux , il y trouvait des débouchés nombreux a ses produits agricoles; ensuite il jouissait à bon marché des pro^ujt^ étrangères, attendu quples transports , g^î ifojjit ^ç^ général/la partie la plii^ ççûteuse , s'effectuaiept pr^esque s^f)s.%ais,^|:i )& retoyr des marc^ii^n.ds. Au lieu .c|p ,qe\i^ ,t jÇf^lçman ^pulul spéculer à 1 exemple (^u>roJ[dejfj^r,5,sa.vanité, peu satisfaite des vaiss^f ux ^q ci^botcige quide-r vaient formçr 1^ p^rincipale m^ii^e d<I$ri|él^ l'eiccita à équiper à grande £r£^s des £loUe$, nqmbreu^ ses. Réunies avec les ilatte^ . d'tliram: , el)ea allèrent dans le pajnç d'Opl^ir , qu'on 4 dit être situé sur le golfe Persique;, 4an.3 Tlndo pu>sur la
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(côle orieniAle de l'Afriqae : elles firent d'autres voya^^s de long cours "^ , dans des contrées d'où elles rapportèrent de Tor , de Targent , de riToî*re, des oiseaux magnifiques et des singes (120). Un luxe disproportionné s'introduisit dans Jérusalem , y remplaça là riche simplicité qui devait être Tapanage du peuple hébreu : une cour organisée k l'orientale, un vaste sérail, une table somptueuse, dés officiers sans nombre, des courtisans arides , affligèrent un pays dans lequel la balance d'égalité devait être maintenue aussi juste que la chose peut hutnainement s'exécuter. Le mécontentement s'empcu*a des provinces ; l'étranger , comme il arrive toujours , en profita ; ridumée se rendit indépendante et ferma les passages entre Jérusalem et la mer Rouge. Des dissensions éclatèrent de toutes parts ; les pro* phètes tonnèrent ; Salomon , fatigué du vide des choses humaines, expira avec la renommée d'un despote, après avoir eu celle de âage des sages. Son fils voulàt censerver sa puissance usurpée : àxt tribus^ dans leur indignatiim ^ punirent son
* L6S Phéniciens avaient porté des ca^>nies en Afri(|ue, en Sicile, en Espagne, sur le golfe Fersique. Tarais paraft indiquer les rives de Cartbage. Du temps du pharaon Néco, vers Tan SOO ayant notre ère,' ils doublèrent le cap de Bonne-Espérance ; étant partis de là mer Roùge , iU revinrent par 1» Méditerranée.
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insolence en le destituant de la royauté ; mais em même temps elles se portèrent un coup mortel qui atteignit la république entière. Ainsi , toute» ces entreprises, tout ce génie séduisant, toutes ces conquêtes commerciales eurent pour résultat de laisser le pays plein de divisions , moins puissant à l'étranger, et moins libre qu'à son. avènement: fatale destinée que Salomon a partagée avec beaucoup de monarques , et qui ramène la pensée vers le plus grand homme des temps mo* dernes !
La plupart des historiens avides d'une occasion pour des descriptions brillantes et pour répéter les termes de mépris usités contre le peuple hébreu , n^ont pas distingué les diverses faces de sa politique, et ont prétendu qu'après sa mort tout commerce avait disparu du pays d'Israël. Gela n'est pas exact : la ville d'Elath , à peu dé distance d'Ezion-Guéber , fut possédée, perdue, reprise et reperdue par les rois juifs (138) : tous les objets de luxe que )'ai cités supposent des relations étendues avec une foule de contrées. Cinq cents ans après Salomon, Jérusalem méritait , comme on l'a vu , d'être appelée la porte des peuples ; elle excitait la jalousie de Sidon et de Tyr, et Ézéchiel , faisant la description du commerce de cette dernière ville , disait : u Juda et le pays d'Israël ont porté sur tes marchés le l>lé ,
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Thuile, le miel elle baume; la tribu de Dan, Javan et Mosel $ le fer fabriqué \ la casse et le roseau aromatique (131). » Enfin on aperçoit de tout temps , dans Jérusalem , un nombre très-considérable d'étrangers.
Quand les dix tribus eurent été transplantées dans la Perse par Salmanazar, et lorsque les Juifs de Babylone eurent formé des établisse* foeas , les relations commerciales avec ces con* trées s'agrandirent : mais c'est suHout après la dispersion générale que le commerce ', qui n'avait offert jusqu'cdors qu'un intérêt secondaire, devint leur objet principal.
L'espoir qu'ils gardèrent long- temps de recouvrer leur liberté , et l'accueil peu favorable qu'Us reçurent des autres nations , les attachèrent à la fortune mobilière. Les persécutions et les spoliations auxquelles ils furent en butte , affermirent ces idées. Alors naquit entre eux et
* Moïse a dit, en parlant du pays d'Israël, que c'était une terre où Ton trouvait le fer et l'airain (IJ^tt* , viii, 9). La Phénicie mettait surtout dans le commerce ses étoffes teintes en pourpre et les produits de ses verreries; rÉgypte , ses toiles et ses gazes légères ; Tldumée , des armes dont on a vanté l'excellence ; la Syrie , ses draps, ses broderies , ses pierres précieuses ; l'Arabie , ses parfums , SCS chevaux ; la Grèce et l'Arménie , des vases d'airain travaillés ; l'Espagne, ses métaux ; TAssyrie et rinde« de riches étoffes , de l'ivoire et de l'ébène.
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les peuples qui les opprimaient une véritable guerre intestine , dan^ laquelle i'or fut la seule arole dëfensîre et oéFenstre des Hébreux. Gepen* dant duraàt le cours de cette lutte déplorable , où le plus fort se plaisait par système * à faire du plus faible uti x>bjet de pitié , ils vendirent d'éminens services au commerce , que l'ignorance du moyen-âge poursuivait de son mépris. Si l'in^ vention des lettres de change ne leur appartient pas en.propDé ** y si Ton doit l'attribuer à cette nuée' d'agioteurs italiens et lombards qui , vers le commencement du douEième siècle, inonda l'Europe , et qui , en disparaissant , laissa sur les Juifs tout l'odieux de son passage , ils en répandirent Tusage de toute part. Tribu dispersée parmi toutes les tribus de la société Immaine «
. * Les Chrétiens d'autrefois disaient que pour prouver la vérité de leur doctrine il fallait que les 'Juifs fussent malheureux. Alov» ils émettaient d'une main le principe , et de l'autre ils travaillaient à la confection de la preuve. Singulière manière d'argumenter !
** « Cependant on vit le commerce sortir du sein de la vexation et du désespoir , dit Montesquieu ; les Juifs proscrits tour à tour de chaque pays inventèrent les lettres de change.... » {Esprit des Lois, liy. XXI, ch. xx.) En effet ils avaient de temps immémorial dans leur jurisprudence des modèles de lettres d'achat , de lettres de donation , de lettres d'échange« Il n'y avait qu'un pas de là aux autres lettres.
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ils contînnèrent à travailler , sans s'en douter eux-mêmes , à la formation de cette unité qui est toute la pensée de leur loi : ils mirent en rapport l'Europe , l'Asie et l'Afrique ; ils transportèrent dans chacune, les produits, 4^^ autres , et réyeillèrent chez la plupart' des peuples européens les idées d'industrie et les liens commerciaux.
Quelle résistance n'ont-ils pas faite sur le seul terrain laissé à leur activité! Et n'est-ce pas une chose frappante que de les voir se redresser souvent du sein de la poussière , envelopper leurs oppresseurs , et s'éieyer, ptfr leurs prûpires forces, au point d'agir sur les destinées deà empires !
Certes , lorsqu'on songe à l'économie , l'habileté , la ténacité qu'il a fallu aux Juifs, seulemedt pour vivre , il est impossible de né pfis reoeiînaS^ tre que leurs facultés régulièrement dirigées eussent produit de grandes choses^ 6t:qn^ oèito force de vie qui les distingue doit tenir à quelque cause profonde, qu'on aurait tort de chercheur ailleurs que dans les grands principes de leù^ première institution. . >