‹ Histoire des instruments de musiqueChapitre 10 sur 70 · I. Harmonie universelle · texte numérisé non relu

I. Harmonie universelle

INSTRUMENTS A CORDES FROTTEES ag

guer les appels du coq avec les gloussements de la poule; un autre morceau reproduit la conversation du coucou et du rossignol. Et certes ce n'était pas un musicien de mince mérite que l'auteur de V Hortulus chelicus, ou ce petit jardin de plaisance bien cultivé du violon, dans lequel on fraye le chemin vers la perfection à tous les amateurs de musique, avides de sciences, par des pièces curieuses et une variété intéressante, où l'on fait entendre aussi la plus douce harmonie par l'attouchement de deux, trois, quatre cordes sur les violons » ! Fétis estimait prodigieux cet ouvrage dans lequel on trouve a tout ce qu'on a cru inventer longtemps après dans l'art d'exécuter de grandes difficultés sur le violon ».

Bach lui-même n'a pas laissé inutilisée cette faculté de l'instrument, et lui a réservé à l'occasion certains motifs guerriers évoquant des sonneries de cuivre. Maints compositeurs ont fait de même, notamment Westhoff, auteur d'une sonate pour violon surnommée la Guerre par Louis XIV.

On le voit, et de nombreux exemples en pourraient témoigner encore, l'âme si multiple et si merveilleusement intense du violon frappa de bonne heure ceux qui en perçurent les manifestations, et leurs naïves exagérations mêmes démontrent la sincérité de leurs impressions'.

I. Qu'on nous permette de citer ici ces paroles de Lenau : « C'est quelque chose de merveilleux que cette intelligence inconsciente

3o INSTRUMENTS A CORDES

Est-ce de renvahisscnient du violon que se plaignait Boileau, lorsqu'il écrivait :

On vil renaître Hector, Androiuaque, Ilion ; Seulement, les acteurs laissant le masque antique. Le violon tint lieu de chœur et de musique ?

Probablement; et quant à La Fontaine, la question n'est pas douteuse :

Il faut vingt clavecins, cent violons pour plaire !

s'écrie-t-il, préférant à toute la pompe orchestrale deLuUy une voix doucement accompagnée. Ce sera aussi le goût de Voltaire, bien qu'il apprécie le son de lïnstrument. Voyez ce qu'il dédie à Madame de Scallier, (/ai jouait parfaitement du violon :

Sous tes doigts l'archet d'Apollon Etonne mon âme et l'enchante :

J'entends bientôt ta voix touchante.

J'oublie alors ton violon...

C'est lui qui louait pertinemment la « bande des petits violons du Roi »,les opposant ainsi à leurs prédécesseurs : « Quand le cardinal Mazarin fit venir chez nous l'Opéra, nous n'avions que vingt-quatre violons discordants qui jouaient des sarabandes espagnoles » flettre à M"" du Delïand) .

du violon. Celui qui possède un pareil iustruraent a dans les mains, non pas un assemblage de morceaux de bois, mais quelque chose de vivant ». Rappelons-nous cutiu les paroles de Napoléon, rapportées par Rœderer : « J'aime le pouvoir, moi : mais c'est en artiste que je l'aime... je l'aime comme un musicien aime son violon; je l'aime pour en tirer des sons, des accords, des harmonies ».

INSTRUMENTS A CORDES FROTTEES 3i

^Ces « violons discordants » avaient pourtant trouvé grâce auprès du bienveillant Mersennequi s'exprimait ainsi sur leur compte : a Ceux qui ont entendu les vingt-quatre violons du Roy avouent qu'ils n'ont jamais rien ouy de plus ravissant ou de plus puissant. »

Le violon a occupé une belle place dans les lettres. Depuis les « violons de village » mandés par Marivaux en son Epreuve jusqu'aux effets romantico-réalistes contés par George Sand au cours de son séjour à Venise', et enfin aux vers de Baudelaire :

Le violon trémil comme un cœur qu'on afflige,

à ceux de Verlaine sur

Les sanglots longs Des violons De l'automne,

OU à ceux de Jean Lalior sur le violon des Tziganes, les exemples pourraient se multiplier. Nous nous bornerons à rappeler que Victor Jacquemont eût voulu « mourir en musique » aux sons de « beaux airs de^Mozart, joués par un bon violon ». Le premier dérivé du violon est l'aito, accordé à la quinte inférieure, et dont la voix noble et mâle est particulièrement impressionnante. C'est le

I. Le violon se mit à pleurer d'une voi.x si triste et avec un frémissemeat tellement sympathique, que je laissai tomber ma pipe, et que j'enfonçai ma casquette jusqu'à mes yeux... le violon exhala

les sanglots d'une joie convulsive... [Lettres d'un voyageur.)

il INSTRUMENTS A CORDES

ténor de cette famille dont le violon est le soprano. Il a été employé avec un rare bonheur par Gluck dans Jphigénie en Aulide, au moment où l'orchestre semble vouloir contredire le calme apparent d'Oreste, les violons émettant « des sanglots, des plaintes convulsives, dominés incessamment par l'affreux et obstiné grondement des altos ' » . Sacchini, Spontini s'en sont aussi ingénieusement servis dans OEdipe à Colone et dans la Vestale. Méhul, voulant rendre par leur sonorité voilée l'effet de la brumeuse poésie Ossianique de son Uthal, réserva aux seuls altos divisés en deux groupes la partie supérieure de son quatuor. Mais il en résulta une telle mélancolie, en dépit de la beauté de l'œuvre, que Grétry s'écria, dit-on : « Je donnerais un louis pour entendre une chanterelle ! »

Certains accents mystérieux et sinistres de cet instrument ont été utilisés par Meyerbeer au troisième acte de Robert le Diable (notamment dans la Valse infernale), et par Wagner, dans le dialogue de Frédéric et d'Ortrude, au troisième acte de Lohengriti.

Weber, dans l'accompagnement de la romance d'Annette, du Freischiitz, a écrit un pittoresque solo d'alto. Berlioz, dans son Harold en Italie et dans l'accompagnement de sa Chanson du roi de Thulc [Damnation de Faust) ; M. Gustave Charpentier, dans ses Impressions d'Italie, ont mis en

Page 1