I. Ce mot est ici le synonyme de clochettes (v. p
Toutefois les musiciens s'efforcent, au xvii° siècle, de plaider les circonstances atténuantes. Ainsi le P. Mersenne écrit en i635 : « Peu de personnes connaissent la sinfonie, soit parce que les aveugles et autres mendiants chez qui elle est en usage la recouvrent d'un couvercle, soit parce que les honnêtes gens considèrent cet instrument comme ignoble. » Et il arrive à reconnaître que « si les hommes de condition touchaient ordinairement la sinfonie, elle ne serait pas si méprisée qu'elle est ; mais parce qu'elle n'est touchée que par les pauvres l'on en fait moins d'estime que des autres, quoiqu'ils ne donnent pas autant de plaisir ».
Au demeurant, la vielle eut à cette époque des partisans déclarés et pénétra chez les grands '. Son système de cordes se trouvait dès lors au complet. Quatre cordes bourdonnaient l'accompagnement au-dessus duquel les deux chanterelles faisaient vibrer leur chant, le tout embrassant une étendue de deux octaves. Le xviii^ siècle devait enfin éclairer le triomphe d'un engin sonore si bien pourvu. Un luthier nommé Bâton imagina d'utiliser pour la confection de ses vielles des corps de luths et de théorbes, et de les incruster d'ornements en nacre, ébène et ivoii'e. Les bons facteurs
I. Charles Sorel, en sa Vraye histoire comique de Francion, l'emploie à faire danser le pédant Hortensius et ses convives. Elle n'en demeura pas moins la favorite des danses villageoises. Dans le Don Juan de Molière, Pierrot dit à Charlotte : » Je fais jouer pour toi les vielleux quand vient ta fête. »
Delaunay. Louvet, Lambert rivalisèrent de goût et d'habileté, et toutes les belles dames voulurent suspendre à leur cou l'instrument mondanisé et poser sur son clavier leurs mains élégantes. On vit surgir à cette intention de petites pièces intitulées, la Légère., rEveillée ou la Follette.
Cette vogue brillante ne dura guère. Actuellement, sauf en quelques hameaux de la Bresse et du Morvan, on n'a plus de chance d'entendre la vielle. Son timbre nasillard n'était pourtant pas sans charme, puisque de bons compositeurs, tels que Boismortier et Chédeville, lui avaient rendu hommage dans des pièces, duos et sonates. Plus près de nous, Donizetti, dansLinda di Chamoutiix, lui confia judicieusement l'accompagnement de chants savoyards.
Nous savons par le Tableau de Paris, de Mercier (1782), que les a. vielleuses du boulevard » jouissaient d'une réputation douteuse. Le dernier succès de la vielle aura probablement été remporté à l'occasion de la comédie de Bouilly et Pain : Fanchon la vielleuse, représentée en 1807, et dans laquelle l'héroïne, parfaitement authentique, avait été parée, grâce à la bienveillance des auteurs, de toutes les vertus qu'elle ne possédait point. Rappelons que le Petit homme rouge de Béranger
chantait au son d'une vielle
Vive Henri quatre et Gabriclle!
IlffSTRUMENTS A CORDES FROTTÉES 43
Dans le Voyage d'hiver de W. Mûller se trouve u ne touchante poésie intitulée le Joueur de vielle, que Schubert a revêtue d'une simple et poignante musique.
Enfin Chopin, qu'on ne s'attendait guère à rencontrer ici, écrivant à son ami Fontana, lui disait mélancoliquement : a Nous sommes, toi et moi, comme deux vieilles vielles sur lesquelles le temps et les circonstances ont joué leurs malheureux petits trilles. »
Au système de la roue jointe au clavier pour la mise en vibration des cordes, se rapporte l'invention de V èpinette à roue et autres instruments analogues. Enfin, la vielle organisée se rattache au groupe des instruments à vent, par l'association du système primitif avec un ou deux jeux de flûte, lesquels sont mus par une soufflerie que la roue actionne en même temps que les cordes. Ces deux sortes d'éléments peuvent se faire entendre ensemble ou séparément.
Dans ce groupe la mise en Vibration des cordes s'obtient par leur écartement momentané de la ligne droite, soit au moyen des doigts, soit par l'intermédiaire d'une petite pièce de bois, d'ivoire, etc., terminée en pointe et appelée piecfre.
Ces instruments remontent a la plus haute antiquité. Depuis leur origine jusqu'à la fin du moyen âge ils ont revêtu des formes extrêmement variées.
Cette famille se divise en deux sections :
I. — Instruments joués directement avec les doigts ou indirectement avec le plectre.
I. — INSTRUMENTS JOUES DIRECTEMENT .VVEC LE DOIGT, ou INDIRECTEMENT AVEC LE PLECTRE
On distin^fue les instruments sans manche et les instruments avec manche. Les premiers sont la barpe, la cithare, le psaltérion.
S'il est avéré que l'Inde, la Judée, l'Egypte et l'Assyrie ont connu la harpe ^ il ne semble pas qu'il en ait été de même de la Grèce et de l'Italie. En Occident nous en rencontrons la première mention dans le poème de saint Fortunat cité plus haut à propos du crouth. Encore est-elle peut-être confondue avec la cithare. La plus ancienne représentation graphique de la petite harpe du moyen âge est probablement celle que nous a conservée Gerbert dans son ouvrage De cantu et musica sacra, d'après un manuscrit du ix° siècle. Pendant la période médiévale la harpe, simplement diatonique, comptait de onze à vingt-cinq cordes métalliques, auxquelles furent substituées plus tard des cordes de boyau. Aux xvi'etxvii^ siècles on en connaissait de différentes grandeurs et modèles. Prœtorius mentionne la harpe simple, la harpe double comportant deux tables d'harmonie, la harpe irlandaise avec quarante-trois cordes de laiton formant une échelle partiellement chromatique '. Le P. Mersenne décrit une harpe montée de soixante-dix-huit cordes de boyau. La première tentative sérieuse d'amélioration, quant au mécanisme, est due à un facteur tyrolien ; mais ce fut seulement en 1720 que le Bavarois Hochbrûcker inventa les pédales permettant de moduler. Sébastien Erard apporta en
I. Mentionnons, à titre accessoire, Yarpanetla, qui tient à la fois de la harpe et du psaltérion, la huche des Flandres, type primitif de la citiiare moderne, et Yépinetie des Vosges, qui n'est qu'une bûche plus petite et plus simple.
1810, à cette harpe à pédales, sa perfection définitive par l'invention du double mouvement permettant de hausser la note d'un ou deux demi-tons à volonté. — Notons les heureux efforts des facteurs français Naderman et Cousineau qui avaient préparé les voies à Sébastien Erard.
En résumé, la barpe à double mouvement, comprenant une échelle diatonique de quarante-sept notes, peut la transformer en échelle chromatique par le moyen de ses sept pédales dont l'effet se produit simultanément dans toutes les octaves. Il convient de mentionner ici la barpe chromatique du Saxon Pfranger (i8o4), et, plusrécemment. celle de M. G. Lyon.
La harpe, dont la sonorité poétique et mystérieuse semble appartenir au domaine du rêve', peut être regardée, selon la justecxpression de M . Wido r , « comme une sorte de magnifique piano qui n'aurait pas d'étouftoirs ».
De bonne heure elle fut popularisée en qualité d'inséparable attribut du roi David, entre les mains duquel la plaçait l'imagerie-. Maissicet instrument
I. Rappelons à ce propos la harpe éolienne, d'origine orientale, qui apparaît en Europe au x° siècle, avec le nom de Saint Dunstan de Cantorbéry, et dont le P. Kircher, au xvii", parle avec admiration. Les poètes l'adoptèrent très naturellement, et notamment en Angleterre : Thomson, en son Castle of Indolence, et Coleridge, qui reconnaît dans se» sons « a sweet upbraiding.u, l'ont harmonieusement célébrée. Kaslner lui a dédié une remarquable étude. M. Edouard Schuré a comparé la Jocoude « à une harpe éolienne qui vibre i tous les souffles de l'air ». {Les Prophètes de la Henaissance.j