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I. — INSTRUMENTS A BOUCHE BISEAUTÉE

Dans ces instruments l'air insufflé vient se briser contre l'angle formé par l'une des parois taillées en biseau'. Ils furent connus des Egyptiens et des Grecs-, et le moyen âge s'en servit sous la forme de tuyaux d'orgue et de flûtes douces ou à bec ; le flageolet en est le dernier spécimen encore usité.

La Oûte droite est très ancienne. On la rencontre,

1. V. Mahillon ; Catalogue descriptif et analytique du Musée instrumental du Conservatoire royal de musique de Bruxelles.

i. Montaigne nous dit en ses Essais, que n la vaillance lacddémonienne avait besoin de modération et du son doux et gracieux des fleutes pour la flatter en la guerre, de peur qu'elle ne se iectast à la témérité et à la furie i>. Dans le môme ouvrage il rappelle que n Dionysius (c'est-à-dire Diogènc le Cynique), se moquait des musiciens qui accordaient leurs fleutes et n'accordaient pas leurs mœurs ». On cite encore le nom du flûtiste grec Xutos, qui vint à Rome exercer sou talent, et que Marc Antoine emmena en Egypte.

INSTRUMENTS A BOUCHE loî

àrétatplusoumoinsrudimentaire,souslesvocables de sifflet de paysan, fistule, sublet, flûte à trois trous, ûageol, flajot, flajox, etc. Les flûtes douces, munies de 3, 5 et 9 trous, formèrent des séries dont la composition a naturellement varié selon les pays et les époques. Martin Agricola, en i532, les divise en soprano, alto, ténor et basse. Sous la rubrique de « grandes flûtes », il range le chalumeau', la flûte douce, la bombarde et le cornet à bouquin dont il sera parlé plus loin. Virdung aussi, au début du xvi° siècle, mentionne les flûtes douces. Mais c'est à Michel Praetorius — au siècle suivant — que nous devons un classement complet des flûtes à bec ainsi formulé :

Petit nûtet. Flûte basset.

Flûte discant [soprano). Flûte basse.

en deux formats. Flûte contrebasse-

Flûte alto.

Flûte ténor.

La longueur de ces instruments allait de o"',i4 à i^jQÔ, et un jeu complet se vendait 80 thalers. Au xvni' siècle, si nous en croyons VEiici/clopédie, on divisait les flûtes à bec en dessus, haute-contre, taille, quinte, et basse. On entendait encore à cette

I. Le verbe chalemeler s'appliquait indistinctement au jeu du chalumeau, de la flûte ou du flageolet.

Si r'iert èle triste à merveille Quand lî héros chalemeloit.

[Roman de la Rose.)

époque, des concerts formés par cette association de timbres suaves, que les deux siècles précédents avaient extrêmement goûtée. Le P. Mersenne, au XVII* siècle, attribuait la dénomination de « flûtes douces » au caractère de leur son a qui représentait le charme de la douceur des voix » . Cette appréciation a été fort gracieusement exprimée par un vers de Joseph Ghénier :

La flûte douce au son plein de mystère.

Le flageolet, descendant de ce flajot, flajox ou flageol, longtemps confondu avec la flûte, fut autrefois en honneur. Dès le xii' siècle, il résonne parmi les champs :

Les pastoriax oit leur flajox sonner.

(Raoul de Cambrai.)

Fluste ou flajot, trouvons-nous au xiv' siècle. Au xvi' siècle Marot mentionne

chalumeaux, cornemuses

Et flageolets, pour esveiller les Muses.

Et Rémi Belleau vante « le flageol amoureux » *. Les Hemarçues triennalesdeiesin-Baptisie du Val, en décernant de grands éloges aux concerts donnés à Venise en 1609, énumère, entre autres instruments, « flûtes douces et flageollets, » ajoutant a qu'il y eut un joueur de flageollet qui fit merveille ! » Au reste, cet instrument jouit d'une grande

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