I. Berlioz. Loe. cit
INSTRUMENTS A EMBOUCHURE i65
mais il fait merveille, dans certains cas, sous des masses d'instruments de cuivre. Les notes très hautes ont un caractère sauvage dont on n'a peutêtre pas encore su tirer parti. Le médium, surtout lorsque l'exécutant n'est pas très habile, rappelle trop les sons du serpent de cathédrale et du cornet à bouquin ; je crois qu'il faut rarement le laisser à découvert. Rien de plus grossier ; je dirai même de plus monstrueux et de moins propre à s'harmoniser avec le reste de l'orchestre, que ces passages plus ou moins rapides, écrits en forme de solos pour le médium de l'ophicléide dans quelques opéras modernes : on dirait d'un taureau qui, échappé de l'étable, irait prendre ses ébats au milieu dun salon'. »
A propos de ce dernier trait, notons qu'Auber a écrit, dans son Enfant prodigue, une marche du bœuf Apis, sous laquelle mugit un ingénieux accompagnementd'ophicléide". Lechanteur Duprez avait composé « un Requiem de sa façon, dont un des morceaux, intitulé 0/fertoire, était un trio
I. Berlioz. Loc. cit. Il s'agit en tout ceci de l'ophicléide basse, que Berlioz a aussi employé, notamment dans le Tiiha mirum de sa Messe des morts, et dans sa Symphonie fantastique où l'a remplacé le tuba. Mais il existait également un ophicléide alto, qui ne lut d ailleurs que rarement utilisé et un ophicléide monstre, contre-basse de
la famille, dont le mugissement répandait la terreur Voyez plus
loin l'opinion de Huysmans qui fait à celle de Berlioz un singulier pendant.
1. V. Théophile Gautier, Feuilleton musical de la Presse du 9 décembre i85o.
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pour piano, harmonium et ophicléide ; la harpe exécutait des trilles auxquels répondaient, dans le grave, les mugissements du gros instrument de cuivre' ». George Sand louait Chopin de « n'avoir jamais eu besoin de grands moyens matériels pour donner le mot de son génie. II ne lui a fallu ni saxophone, ni ophicléide — (ceci à l'adresse de Berlioz, apparemment) — pour remplir l'âme de terreur... »".
Le serpent — avec ou sans clefs — n'a guère rampé dans la littérature. Il peut cependant revendiquer ce passagedeChateaubriand, dans le Génie du christianisme : a Au frémissement des serpents et des basses, cette hymne faisait résonner les vitraux. » Huysmans, dans ses Foules de Lourdes, nous montre une fanfare qui s'avance, « composée d'ecclésiastiques et de laïques parmi lesquels domine un énorme soutanier qui vente, à décorner les bœufs, dans un ophicléide, et en tire des meuglements de vache éperdue »'. Quand nous aurons ajouté à ces citations l'assertion suivante, extraite de la Rue, de Jules Vallès, qui ne savait probablement pas exactement do quoi il parlait : « Le trombone et l'ophicléide, ces deux articles de fond de l'harmonie », nous aurons tout dit sur cet ins-