Ch.-M. Widor, Loc. cit
2. La scène des ruines du Bosphore, dans le Juif-errant d'Ualévy, doit compter aussi parmi les fastes du trombone : <i C'est un beau tableau dans lequel la voix du trombone de M. Dieppo a eu plus de succès que celle de Massol » (Clément et Larousse, Dictionnaire des opéras^. Dieppo était soliste à l'Opéra et professeurau Conservatoire.
17a INSTRUMENTS A VENT
\a Marche héroïque de M. C. Saint-Saëns, et notons enfin que par des notes brèves à propos détachées ou appuyées, il peut intervenir de très originale manière. L'ouverture du Freischiitz, le chœur de chasse desSaisons de Haydn, où il semble indiquer les abois de la meute, un piquant passage de la Korrigane, de M. Widor se présentent naturellement à la mémoire pour illustrer cet à coté du rôle des trombones.
On a peu écrit pour eux en dehors de l'orchestre. Ily a donc lieu de mentionner tout spécialement trois equali qu'écrivit Beethoven pour quatre trombones ; deux de ces morceaux, adaptés par Seyfried aux paroles du Miserere, furent exécutés aux funérailles du maître. Notons enfin un concertino pour trombone basse, de Ferdinand David.
Leur place dans la littérature est assez mince. Ils peuvent néanmoins se glorifier d'avoir été nommés sous leur vocable ancestral, par Shakespeare dans son Coriolan :
The tnimpels, sackbuts, psalteries and fifes Make ihe sun dance
Burton aussi les a évoqués dans son Anatomy of Mclancoly. En France nous ne les rencontrons iijuère que chez Joseph Chénier, en son épître Du pouvoir de la musique, dédiée à Méhul, où il nous fait entendre :
Les accords prolongés des trombones funèbres ;
et chez Victor Hugo, lorsque, associant dans une pièce des Châtiments deux timbres peu voisins, il s'écrie :
Vibrez, trombone et chanterelle !
La trompette àcoulissea été employée par Bach, qui la désigne sous le nom de tromba da tirarsi. Actuellement elle n'est plus en usage, sauf en Angleterre où un certain nombre de virtuoses la jouent encore dans les difficiles parties de trompettes des partitions de Haendel. Ils continuent ainsi les bonnes traditions du célèbre Hasper, « professeur à l'Académie royale de musique et sergent-trompette de la maison de Sa Majesté ».
II. Instruments a pistons. — Le piston constitue un mécanisme à l'aide duquel la colonne d'air peut être allongée par son passage à travers un tube supplémentaire, au moyen d'une simple pression du doigt de l'exécutant. Ce mécanisme comporte deux variétés : le cylindre rotatif, généralement employé en Russie, en Italie, en Espagne, aux Etats-Unis et dans les pays germaniques ; et le piston vertical^ préféré par l'Angleterre, la Belgique et la France. Le nombre des pistons varie de trois à six. On peut, quant à leur fonctionnement, envisager deux procédés ; celui des pistons descendants, de beaucoup le plus usité, et celui des pistons ascendants, dû au facteur anglais John Shaw.
C'est d'Allemagne que nous vint Tinvention des pistons ; mais les Silésiens Bluhmel et Stœlzel qui s'en avisèrent, entre i8i3 et 1816, n'en récoltèrent que l'indigence. Spontini, se trouvant à Berlin de 1823 à i83i, fit envoyer à Paris quelques cors, trompettes ou cornets pourvus de deux ou trois pistons. Les mécanismes d'abord assez frustes, furent bientôt perfectionnés par nos compatriotes Meifred et Antoine Ilalary. Ce dernier construisit en i83o un cornet à pistons. Mais cette dénomination ne fut pas proposée de prime-abord, et l'instrument reçut les noms de cornet d'harmonie en France et de cornopean en Angleterre. Le nouveau venu triompha en premier lieu dans l'orchestre de Musard, qui en comprenait quatorze représentants. Le cornettiste Dauverné s'écriait avec un juste orgueil : a Le cornet à pistons est tellement répandu aujourd'hui que non seulement il est pour ainsi dire l'âme des quadrilles, mais encore il tient une place importante dans les partitions des plus célèbres compositeurs. » Arban devait confirmer ces éloges : « Le cornet, écrivait-il en 1864, a définitivement conquis le rang élevé que lui assignaient la beauté de son timbre, la perfection de son mécanisme et l'immensité de ses ressources. »
Berlioz ne partageait pas sans réserves cet enthousiasme : « Le cornet à pistons, disait-il, est à la mode en France aujourd'hui, surtout dans un
certain monde musical où l'élévation et la pureté du style ne sont pas considérées comme des qualités bien essentielles; il est ainsi devenu l'instrument solo indispensable, mais pour les contredanses, galops, airs variés et autres compositions de second ordre. L'habitude qu'on a maintenant de l'entendre dans les orchestres de bal exécuter des mélodies plus ou moins dépourvues d'originalité et de distinction, et le caractère de son timbre, qui n'a ni la noblesse des sons du cor, ni la fierté de ceux de la trompette, rendent assez difficile l'introduction du cornet à pistons dans le haut style mélodique. 11 peut y figurer avec avantage cependant, mais rarement et à la condition pour lui de ne chanter que des phrases d'un mouvement large et dune incontestable dignité... Les mélodies joyeuses auront toujours à redouter de cet instrument la perte d'une partie de leur noblesse, si elles en ont, et, si elles en manquent, un redoublement de trivialité '. »
Gevaert, de son côté, regrette « l'abus déplorable, maintenu pour la plusgrandecommodité des
I. Berlioz. Loc. cit. Dans ses Mémoires, en une lettre à Louise Berlin, il dit aussi : « La popularité incroyable du cornet à pistons a fait aux trompettes chromatiques une concurrence victorieuse jusqu'à ce jour, mais injuste à mon avis, le timbre du cornet étant fort loin d'avoir la noblesse et le brillant de celui de la trompette. » Notons l'amusante parodie qu'en a faite M. Florent Schmitt dans sa Sérénade pour piano à quatre mains, où il introduit un thème de valse extrêmement trivial, accompagné de cette indication : « Avec une sonorité grotesquement sentimentale de cornet à pistons. »
exécutants, grâce à la faiblesse ou à l'insouciance des chefs d'orchestre », qui a fait substituer dans l'orchestre le cornet à la trompette. « En effet, ajoute-t-il, le cornet à pistons ne peut remplir le rôle de la trompette..., la puissance et l'accent héroïque lui font défaut, sa voix stridente, mais relâchée, prend une teinte marquée de vulgarité lorsque, isolée des autres sonorités éclatantes, elle se risque à entonner des fanfares militaires. Tout au plus le cornet est-il apte à paraître sans trop de désavantage, à la place de la trompette à pistons, en tant que soprano mélodique des trombones. En s'appuyant sur leurs accords sonores, le timbre du cornet gagne en noblesse et acquiert une expression vraiment dramatique'. »
M. Widor confirme des vues si justes : a Bien que le timbre des deux instruments ne pût être comparé, l'un pâteux et commun, l'autre éclatant et fier, on ne s'en préoccupait guère, tant pis pour les oreilles délicates ■. » Ajoutons que les choses semblent être à peu près remises au point, et que désormais le cornet, renonçant à s'échapper de son honorable et suffisant domaine et reconnaissant la suzeraineté de la trompette, n'essaiera plus d'usurper les prérogatives de cette dernière.