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I. V. aussi une cilalion s'y rapportant, p. ■iio

lo INSTRUMENTS A CORDES

instrument n'ayant « qu'une seule corde » et qui « à tous instruments s'accorde ». Sous les espèces de la trompette marine il se répandit par toute l'Europe. Virdung à Bàle, en i5ii, et Zarlino à Venise, en i588, donnent de cet instrument des descriptions avec figures à l'appui. — Or, si Ion considère que Glaréan jugeait o risible cette invention des hommes », que Michel Praîtorius en estimait le son « plus agréable de loin que de près », et que Dom Caffiauxle qualifiait d' « aigre et insupportable », on demeurera étonné des longs succès de la trompette marine. Remarquons, à ce sujet, qu'elle eut sa place dans la Musique de la Grande Ecurie des lîois de France jusqu'à la seconde moitié du xviii" siècle, et que Gavalli ne dédaigna point de l'employer en son opéra de Xerxès, représenté dans la Grande Galerie du Louvre en 1660. Chacun sait quelle est l'instrument favori du Bourgeois gentilhomme de Molière. Lorsque le maitre de musique lui propose pour son concert un assortiment de voix et de clavecin, théorbes et violes, M. Jourdain ajoute :

« Il y faudra mettre une trompette marine. La trompette marine est un instrument qui me plait et qui est harmonieux » '.

I. Tel n'ûtailpas l'avis do Dickens qui parle, en son Oliver Ttvist, d' « un cri perçant et prolongé qui tenait du mugissement d'un taureau furieux et des accents d'une trompette marine 1 » Mais on est en droit de croire que l'illustre romancier voyait dans la trompette marine un tout autre instrument que celui dont il est ici question.

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La Loiidon Gazette publia en 1674 l'annonce d' « un rare concert de quatre trompettes marines, inconnues jusqu'ici en Angleterre ». Léopold Mozart le mentionne, et il demeura longtemps dans les couvents de femmes en Allemagne.

L'origine de son nom est incertaine. Les uns l'attribuent à sa ressemblance extérieure avec les grands porte-voix usités jadis à bord des vaisseaux italiens. D'autres le font dériver de l'allemand Marien trumpet ou de litalien tromba Mariana, tous deux signilidint trompette de Marie, à cause de son emploi dans lesdits couvents, où elle servit, dit-on, à exécuter les parties de trompette. 11 est difficile de choisir entre ces hypothèses également admissibles.

2° Période. — Les violes.

Du xv^ au xvi" siècle une transformation s'opère graduellement, qui va grouper les vielles à archet sous le vocable uniforme de violes. Cette transformation estlente, et les phases en sont malaisées à déterminer de façon précise. Peu à peu les formes s'unifient et tendent vers ce qui sera celle du violon. De cette unification naît enfin un groupement homogène dans lequel se montre le germe du quatuor et par conséquent de la musique de chambre.

V. aussi, à propos de la coufusion créée par son nom, un amusant passage des Grotesques de la musique, de Berlioz.

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Un premier recueil de pièces à plusieurs parties pour instruments à archet parait à Vienne en i523. Les savants musicographes allemands, Virdung en i5ii, Agricola en 1529, nous présentent les dessins d'un quatuor de geigeii. C'étaient probablement de petites vielles à archet dont la forme s'apparentait à celle de notre mandoline. Ces gigues, pour employer leur nom français, comprenaient quatre types parfaitement proportionnés : basse, ténor, alto et discant ; le nombre de leurs cordes variait de trois à neuf. Dante cite la gigue dans son Paradis :

E come giga ed arpa in terapra tesa Di inolte corde fan dolce tintino, A tal da cui la nota no è intensa.

(Canto XIV).

Les écrivains du xiii" siècle la joignent souvent à la rote, la harpe et la vielle :

Rote, harpe, vielle et gigue et ciplionie. [Roman d'Alexandre).

Et si avait bons lenteurs

Et de gigueours dAUemaigne

[Roman de Cléoinades).

Le Tristan de Gottfiied de Strasbourg et le Par cifal de Wolfram d Esclienbach associent également la gigue à la rote.

Tandis que les autres membres de la section des

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instruments à archet conservaient leurs noms particuliers, celui de vielle se voyait donc remplacé par le terme de viole appliqué à des individus de formats très divers . On les rencontre principalement en Italie, et ce fut de là qu'ils se répandirent parmi les autres nations européennes, devenues productrices à leur tour.

Les violes étaient garnies de cinq à sept cordes. Leur touche étaitdiviséeen sept casesembrassant une étendue de sept octaves et demie.

Elles comprenaient deux séries (nous n'en pouvons indiquer ici toutes les subdivisions) :

1° Viola di braccio, qui se plaçait sur l'épaule ou le genou.

2° Viola di gamba, qui se plaçait entre les jambes '.

La première série était formée de trois types : Viola soprano (ou violetta) -, ténor, alto.

La seconde était représentée par un seul, le basso\

Réunis, ces quatre individus constituaient le quatuor, auquel s'adjoignait le violone ou contrabbasso di viola. (V. aussi p. 35.)

I. Un luthier romain du xvii" siècle, Michel Todini, avait construit une viola di gamba réunissant les quatre espèces de la même famille, avec une ample étendue du grave à l'aigu. (V. p. 87, n" 3.)

1. C'est le par-dessus de viole français. Xous avons nommé quinton cet instrument, alors qu'il était muni de cinq cordes.

3. Une de ses variétés est nommée barbitos major par le P. Mersenne.

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A la suite (Je ces types fondamentaux, d'autres avaient pris naissance, à savoir :

Viola bastarda, analogue à la Viola di gamba, avec une forme plus allongée et des éclisses plus hautes, — parfois une corde de plus. C'est à elle que fut pour la première fois appliquée l'invention, d'origine anglaise, de cordes sympathiques en métal passant sous le chevalet et la touche, et accordées à l'unisson des autres. De leur vibration résulte une sonorité poétiquement mélancolique.

Viola d'amore. Un peu plus grande que la viole soprano, et munie de cordes sympathiques'.

Viola pomposa. Inventée par Jean-Sébastien Bach en 1720. D'un format un peu supérieur à celui de la viole alto.

Viola di spalla. Ainsi que l'indique son nom, elle était appuyée à l'épaule; on l'employait à renforcer les parties moyennes dans les ensembles.

Viola di bordone ou di fagotto, ou baryton'-. Ses dimensions rappelaient celles de la basse de

1. Il est possible que l'amour n'ait rion à voir dans l'appellalion de celle viole, et que son nom primitif ail été viola da Moro ^viole rie More] d'après un modèle venu d'Afrique. L'imagination populaire, impressionnée par les sons doux et suaves de l'iustrumeul, aurait aisément opéré cette translormation poétique. Telle était du moins l'opinion de notre érudit prédécesseur Léon Pillaut, opinion que nous nous bornons à transmettre sans prendre parti pour ou contre, les élénienls d'une décision motivée nous faisant défaut.

2. On l'appelle aussi viola di paredon, parce que l'iuveuleur, ayant été condamné à mort, obtint sa grâce en faveur de cette invention.

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viole. A ses cordes principales répondaient des cordes sympathiques placées sous la touche et à la droite de celle-ci, et dont le nombre pouvait s'élever jusqu'à quarante-quatre. Haydn écrivit pour le prince Esterhazy, qui cultivait cet instrument, quantité de pièces dont quelques-unes seulement nous ont été conservées.

Viola di lira. Sous ce nom existait une série analogue à celle des violes ordinaires, mais pourvues de cordes dont le nombre allait de douze à vingt-cinq. L'exécutant en touchait plusieurs à la fois, et ces accords convenaient à l'accompagnement des voix. Ajoutons à cette nomenclature Yaccordo que Mersenne surnomme lyre moderne, et V archi-viola, outre la viole d' Orphée, inventée par Michel Gorrette, vers 1780, et ainsi définie par lui : « Nouvel instrument ajusté sur l'ancienne viole, utile au concert pour accompagner la voix et pour jouer des sonates », avec cette encourageante addition : « Les dames, en jouant de notre viole d'Orphée, n'en paraîtront que plus aimables, l'attitude étant aussi avantageuse que celle du clavecin .»

Sous le couvert de ce titre générique de. violes, la fantaisie des luthiers se donna amplement carrière. « On les fait, nous apprend le P. Mersenne dans son Harmonie universelle, de toutes sortes de grandeurs, dans lesquelles on peut enfermer de jeunes pages pour chanter le dessus de plusieurs airs ravissants, tandis que celui qui touche la basse

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chantela taille, afin de faire un concerta trois parties comme faisait Garnier devant la reine Marguerite. » On peut joindre ici la lyre à archet, également étudiée parMersenne, etqui devait inspirera Théophile Gautier ces vers d'une élégie :

... mon cœur éperdu, sur ton creur qu'il cherchait, N'iLrait comme une lyre au toucher de 1 archet.

L'accord des violes était assez arbitraire. En i537 Jean Gerle, dans son ouvrage « pour les grandes et les petites violes, aussi les luths, etc. », donnait aux apprentis violistes les conseils suivants : a Tu montes la corde (c'est la cinquième, la plus haute), comme tu veux, pourtant pas trop haut, afin quelle puisse le supporter sans casser ». Et près d'un siècle plus tard Michel Prastorius observe qu'il n'y a pas lieu d'attacher grande importance c( à la manière dont chacun accorde sa viole, à condition de jouer juste et bien ».

Le son des violes charme par son extrême douceur et une mélancolie voilée qui se prête merveilleusement à l'expression des sentiments émus et tendres. Leur suavité pénétrante ne saurait être mieux évoquée que par le rappel de la mystique vision de saint François d'Assise : la légende nous conte qu'un jour, fatigué par ses abstinences, le saint demanda à Dieu de lui faire connaître pendant quelques instants la félicité céleste. (] est alors qu' « un ange lui apparut, environné d'une

grande lumière, lequel tenait une viole de la main gauche et un archet de la main droite; et François demeurant tout ébloui à l'aspect de cet ange, celuici poussa une seule fois l'archet sur la viole, et en tira une mélodie si douce qu'elle pénétra l'àme du serviteur de Dieu, le détachant de tout sentiment corporel; et si l'ange eût retiré l'archet jusqu'en bas, l'âme du saint, entraînée par cette irrésistible douceur, se fût échappée de son corps' ». D'autre part, André Maugars, célèbre violiste duxvii^siècle, nous conte que « saint François demandante Dieu, dans la ferveur de ses méditations, de lui faire ouyr une des joies des Bien-heureux, entendit un concert d'Anges qui jouaient de la viole comme étant le plus doux et le plus charmant de tous les instruments^ ».

Au reste, un sieur Rousseau, oc maître de musique et de viole » au xviii' siècle, estime que si Adam n'a point inventé la viole, c'est que le Paradis terrestre offrait déjà de plus que suffisantes délices ; par contre, dès qu'il en eut été chassé, sa douleur était trop forte pour lui permettre de « songer à son divertissement ». En revanche ledit Rousseau croit découvrir la viole primitive dans la citbara ou le nahlum hébraïque.

« La viole, dit un vieux proverbe, fait la plus

I. Ozanam, Etudes sur la Divine Comédie. Cette poétique légende a été illustrée par le piuceau de Vannini.

a. J.-G. Prod'homme, Ecrits de musiciens.

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douce musique », et les témoignages abondent pour l'affirmer. « Un grand concert de musique » exécuté en France en 1617, se composa de soixantequatre voix, vingt-huit violes et quatorze luths, et a tellement concertés qu'il semblait que tout ensemble ne fust qu'une voix, ou plutôt que ce fussent ces oiseaux qu'Armide laissait à l'entour de Renaud pour l'entretenir de son absence, ayant pouvoir de contrefaire les voix humaines et de chanter les plaisirs de l'amour » '.

Buxtehude, voulant illustrer ces paroles du Cantique des cantiques : « Je dors, mais mon cœur veille », les fit suivre d'une « symphonie pour violes de gambe ». Schiitz, dans un ballet dont la musique n'est pas arrivée jusqu à nous, mais dont nous connaissons le livret, fit chanter par Orphée pleurant Eurydice, unlamento, « d'une voix plaintive, mais cependant aimable et conduite avec grâce », qu'accompagnait la viole. Malheureusement des diablesses en habits étranges ce appelées par l'Envie, s'empressaient découvrir le doux son de l'instrument par celui des cymbales, des chaudrons et des pincettes- ».

hes partitions de Bach suffiraient à nous édifier sur les ressources des violes. Pour lui « ces instruments avaient un caractère de tendresse bien

1. Discours au vray du ballet dansé pur le lioy. le dimanche 29" jour de janvier 1617.

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