‹ Histoire des Israélites depuis d'édification du second temple jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 10 sur 17 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

(XIII* siôcle.)

g 4. -<- Si en étudiant Thigtoire de la philosophie, on se reporte aux faits accomplis à cette époqoe, on remarque que les Juifa deviennent les intermédiaires entre Les pen* seurs arabes et TËurope chrétienne, et qu'ils exercent par là une influence notable sur la scholastique ^. L'on avait vainement tenté, jusqu'au xii* siècle, de condlier la religion juive avec la philosophie aristotélique, comme essaya de le faire le théologien Abraham ben-ûavid, par son ouvrage Emouna Rama « la foi sublime. » Pour opé< rer un rapprochement entre le judaïsme et la philosophie, il fallut un esprit élevé, calme et clair, autant qu'énergique et profond, capable par son savoir et sa critique intelligente d'éclairer tout le domaine de la religion au flambeau de la science et de distinguer par d'exactes limites la spéculation de la foi. Le grand homme qui tenta cette œuvre si difficile, ce fut l'illustre Moïse ben Maïmoun, vulgairement apt)elé Maïmonide, né à Gordoue en 1135. Il commença de bonne heure par introduire un ordre systématique dans les masses informes des livres talmudiques, afln d'établir TédiGce religieux du judaïsme sur des bases fixes et d'en démontrer les doctrines spiritualistes, préparant ainsi ses traités sur diverses questions psychologiques et morales.

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Gq SQQt ces études qui ont donné naissance à $on œuvie magistrale de l'abrégé du Talmud en hébreu, intitulé Mischné Tora (répétition de la Loi) ou Yad hachazakâ (main forte, par allusion au chiffre 14, nombre des livres quille composent) \ puis il écrivit des commentaires et des préfaces étendues en arabe sur les six parties de la Mischna; et en raison des intéressantes digressions et des savantes dissertations .qui s'y trouvent, Judas arflarîzi en a fait une traduction hébraïque.

Ces travaux furent interrompus par les pérégrinations auxquelles Tauteur dut se soumettre par suite des circonstances de cette époque. Les Âlmohades, qui gouvernaient alors TEspagne méridionale^ allaient si loin dans leur fanatisme, qu'ils ne se contentaient pas de contraindre les Juifs à embrasser l'Islamisme, au moins en apparence. Les rois de cette dynastie persécutèrent avec tant d'acharnement les philosophes, dont ils faisaient détruire les ouvrages, que ceux-ci furent obligés de s'enfuir du midi de l'Espagne et d'émigrer, soit dans l'Espagne chrétienne et la Provence, qui donnèrent asile à une grande partie des exilés, soit en Egypte, soit dans une autre contrée de l'Orient, comme dût faire Maïmonide. Lorsque le danger était trop pressant, ces malheureux étaient obligés de simuler une apostasie, pour sauver du carnage les femmes, les enfants et les communautés entières. Les plus fervents d'entre eux profitèrent de la première occasion favorable pour quitter le Maghreb : Moïse et son père Maïmoun furent de ce nombre. Ceux qui ne pouvaient émigrer restaient exposés aux vexations continuelles du gouvernement des Âlmohades^ qai suspectaient avec raison la sincérité de leur foi nouvelle : leur position était analogue à celle des nouveaux chrétiens qui vivaient plus tard en Espagne et en Portugal.

De Gordoue, sa ville natale, notre auteur se rendit à Fez, et encore de nos jours, les Juifs de Maroc racontent des légendes sur le séjour de Maïmonide dans cette ville où sa famille, probablement inconnue, pouvait se livrer en secret aux pratiques du judaïsme. La famille quitta Fez, s'embarqua dans un port d'Afrique, passa successivement par Saint-Jean-d*Acre, par Jérusalem et d'autres villes, et arriva en dernier lieu en Egypte, au vieux Caire. La connaissance de toutes les sciences profanes, alors accessibles dans le monde arabe, -lui procura un asile dans cette ville. Il n'était pas seulement vecsé dans la vaste littérature religieuse des Juifs, mais il brillait encore dans les sciences médicales sur lesquelles il avait écrit plusieurs traités : son profond savoir fut apprécié à sa juste valeur, et il fut attaché à la cour de Saladin et de ses successeurs en qualité de médecin. Dans cette ville, où il passa les années les plus calmes de sa vie, et où il mourut âgé de près de soixante-dix ans (1204), il partageait son temps entre les fonctions dont il était chargé à la cour, les nombreux malades qui venaient implorer les secours de sa science, et ses disciples qui, le plus souvent, lui enlevaient encore une partie de la nuit.

Parmi ces derniers, on remarque particulièrement comme le disciple préféré, Joseph Ben-Iehouda du Maghreb, venu de loin pour faire partie de l'auditoire du philosophe 2. Celui-ci avait suivi les leçons du maître avec un succès particulier, et lorsqu'il dut quitter l'Egypte pour se rendre à Alep, Maïmonide, qui lui avait enseigné les sciences des Arabes et l'avait initié à leurs mystères, ne voulut pas rompre aussi brusquement avec lui et continua à l'instruire par écrit. Il lui adressa donc le résultat de ses élucubrations philosophiques, comme

cet auteur nous le dit lui-itiême au commencement de son introduction générale au Guide des Egarés {More), Ce grand 'ouvrage théoiogique, en trois parties, écrit en arabe, a été traduit de suite en hébreu par Ibn-Tibbon. — M. Munk, de l'Institut, vient d'en achever la publication en arabe et en français.

Quel que fût le mérite de cette œuvre, le rabbin Salomoa Ibn-Adereth (Raschba) et ses adjoints David et Jonah à Montpellier firent à ses doctrines une opposition telle, qu'ils brûlèrent publiquement le More et prononcèrent Tanathème contre Fauteur et ses lecteurs ou adhérents. Cet événement fut postérieur à la mort de Tauteur ; on eût éprouvé de son vivant plus de difficulté à commettre contre lui une telle intolérance. •Il savait pourtant quel était le fanatisme général de la France méridionale, et il n'attendait d'elle aucune preuve de -sympathie, comme il Ta exprimé parfois. L'anathème prononcé à Montpellier devint un signal de guerre, accueilli par les admirateurs de Maïmonide. Les circulaires des Provençaux demandèrent le concours des savants et elles acquirent un certain nombre de rabbins dans la France méridionale et en Espagne; de leur côté, on vit s'élever les rabbins de Narbonne, 4e Gérone et de Saragosse, et en général, tous les savants provenant des écoles talmudiques arabes. Les hommes zélés en vinrent au point de prononcer l'anathème contre tous leurs adversaires. Ces luttes troublèrent les communautés et les relations de famille; il s'en suivit une violente lutte épistolaire, jusqu'à ce qu'enfin David Kimchi,' le célèbre philosophe et grammairien de Narbonne intervint dans le débat. Le ditférend se concentra donc entre David Kimchi et le plus vaillant adversaire Juda Alphachar à Tolède, médecin, philosophe, rabbin. Celui-ci, comoie penseur profond, dé-

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ploya de puissantes armes contre le More qu'il déclara hérétique, alléguant qu'il annule tous les miracles de la fiible et qu'il fournit aux ignorants un prétexte pour nier toute autorité surnaturelle. Il reconnut pourtant les mérites de Maîmonide, sa valeur comme Uraélite, et il ne considéra cette dernière œuvre que comme une production de la philosophie aristotélique. Tous les regards étaient dirigés vers les deux combattants; et comme Juda Alphachar ne voulut pas céder à son adversaire^ les adhérents éclairés de David Kimchi s'augmentèrent sans ces^e. Bêchai ben-Mo!se, rabbin et philosophe à Saragosse, trouva enfm assez de partisans en faveur de Maimonide pour faire rejaillir l'anathème sur les chefs ad-^ versaires.à Montpellier, avant de rejeter le leur. Une foule de communautés se rendirent à^cette mesure. Moïse ben-Naham ouNachmanide, médecin et rabbin àGérone, sollicita le pardon. D'autres voix se firent encore entendre. Les fauteurs de troubles en Provence'furent débordés par le nombreux parti de Maïmonide et se décidèrent enfin à lever l^anathème^ après quoi l'interdiction du parti opposé fut également levée.

Les partis continuèrent encore longtemps à lutter/ mais l'esprit de Maïmonide vécut au milieu d'eux; et toutesles attaques contre la philosophie de la part de ces hommes zélés ne le frappèrent plus.

L'Egypte vit fieurir encorel'école de Maïmonide, sous la direction de son lils Abraham^ lequel eut undignesuccesseur dans son fils David. Abraham fut très-estimé comme directeur d'école et écrivain. Le^inlerprétatipns des idées de son père réconcilièrent tous les partis. Le poète juif Juda al-Harizi écrivit de nombreux vers en arabe et en hébreu, dont la valeur réside moins dans la forme que dans le fond et présente, dans un style agréable^ des

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notices littérairea et bistoriques de ses voyages lointain» en Orient ; ce poëte célèbre aussi ces deux hommes esti-* mables dont il avail eu occasion d'apprécier les mérites en Egypte même. Parmi les actes les plus importants d'Abraham, on compte la conversion au rabbinisme de toute une communaté kararte en Egypte^ fait dont nous n'avons pas d'autre exechple. Des descendants de Maimonide» onconuaU encore deux arrière-petits-fils et quel-^ ques autres postérieurs, qui n'ont pas été toutefois de grands savants» puisque Joseph Gaspi^ qui visita T Egypte de leur temps, ne trouva dans tout le pays aucun savant important 3.

Il faut encore remarquer que les Juifs égyptiens faisaient de fréquents pèlerinages, en partie vers la belle synagogue de Dimu, dans la province de Giseh, qui passe pour avoir été la résidence de Moïse ; en partie à Jérusalem, suivant Tancienne coutume de se rendre dans cette ville aux trois grandes fêtes *, autant que les circonstances le permettaient. Alors Jérusalem, dont la communauté juive avait été brûlée dans sa synagogue, lors de la conquête de Godefroi de Bouillon, était de nouveau habitée par des Juifs d'Ascalon ; des Égyptiens s'y rendirent et formèrent une communauté spéciale. Il y eut aussi plusieurs émigrants européens. La Palestine comptait donc de nouveau beaucoup de communautés juives : à Acco, Tyr, Tsephalh, Tibériade et ailleurs ; de même leur nombre s'était augmenté en Syrie, à Damas, à Alep , etc. Il suffit de citer, quant aux travaux de linguistique et d'exégèse, ceux de Tanchoum de Jérusalem pour montrer que les tendances scientifiques dans ces pays étaient fort estimées K

Dans le siècle qui suivit celui de Maîmonide, les relations des deux écoles française et allemande, d'abord

empreintes d'inimitié, devinrent plus fréquentes. Des savants français ou allemands devinrent même rabbins en Espagne. Le pieux Juda, fils d'Isaac de Paris, nommé sire Léon, y envoya son disciple Moïse, fils de Jacob de Coucy, non loin de Laon, lequel y fit des conférences en 1236 ; mais il revint à Paris pour la dispute officielle de 1240. Il y écrivit ensuite le célèbre code nommé Semag^ dans lequel il classe autrement que Maimonide les six cenl-treize préceptes de la Loi. Un abrégéde cetouvrage,fortrépandu, sous le titre de Semak, a étécomposé par Isaac beu-Joseph, deCorbeil 6.

La renommée des coonaissauces multiples que possé- • daient les Juifs avait aussi pénétré en Castille jusqu'auprès d'Alphonse X, qui eut recours à leurs mathématiciens pour composer les tables astronomiques qui portent son nom (1258).

En Aragon, le dominicain Raimond Martin, convaincu de la supériorité de sa foi, espéra convertir tous les Juifs par la force de son raisonnement. On prépara donc, sur Tordre du roi Jacques, une conférence religieuse, dans laquelle on mit le dominicain en présence du célèbre rabbin Moïse bar Nacham. La conférence n'aboutit pas et elle eut seulement pour conséquence de faire effacer dans tous les travaux rabbiniques les expressions qui pouvaient blesser les chrétiens.

La situation politique des Juifs fut certes la cause de leur grande activité intérieure. On s'en rend facilement compte en la comparant à celle des autres Etats.

En Pologne, il avait été décidé que les Juifs qui so convertiraient et se distingueraient à la guerre seraient élevés au rang de la noblesse ; c'est pourquoi plusieurs familles nobles de ce pays sont d'origine juive. Vincent Kaldubek^ chroniqueur polonais, fait mention pour la

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première fois, des Juifs en 1176. Les cbréliens, d'après son récit, attaquèrent un jour les Juifs par manière de passe-temps; Mieczyslas le Vieux, prince de Pologne, et les autorités d'alors les prirent sous leur protection. Les chrétiens furent punis comme étant les agresseurs 7.

Des lettres patentes du xiii* siècle (de Tan 1203 et 1207) attestent que les Juifs pouTaient acquérir des propriétés territoriales, car il y est fait mention de villages qu'ils possédèrent par droit d'hérédité. En effet, Boleslas, prince de la Grande Pologne, leur accorda, en 1264, quelques privilèges que Casimir le Grand étendit à toutes les autres provinces.

§ 2. — Sous les ordres de Godefroi de Bouillon, les croisés s'emparent de la ville de Jérusalem, y exercent un carnage épouvantable, et, par un raffinement de cruauté, ils rassemblent tous les Juifs, tant rabbanites que caraïtes, dans une seule synagogue qu'ils incendient. Tous les auteurs chrétiens des croisades sont unanimes pour rapporter cet acte odieux et pour l'exalter comme une œuvre agréable à Dieu ^l Que de martyrs cbrétiens n'ont pas tant souffert pour mériter leur canonisation 1

Arrivés à Worms, les croisés y exercent également le pillage et l'assassinat. Dans la maison du rabbin Éléazar ben-Iehouda, ils assassinent avec cruauté sa femme, son iils^ ses filles, ses disciples, pillent la maison, et ne laissent à ce malheureux père que la vie pour déplorer ces horribles calamités.

Partout enfin ils se préparaient à la guerre sainte par les mômes crimes. Il ne leur manquait plus qu'une sanction légale, et Innocent III eut le* triste privilège de la leur accorder par une lettre circulaire du 15 août 119B ; % Quant aux Juifs, dit-ril, noui ordonnons aux puissances tempQrçU^s ^q lei CQ^trs^iuclrQ ii r^m^ttre s^uk .croia^^

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toutes leurs créances; jusque-là, il est interdit sous peine d'excommunication d'avoir ancun commerce avec eux. » S'emparant de la ville de Béziers le 2? juillet 1209, ils en tuèrent presque tous les habitants, et les morts furent évalués à 20,000 par le légat du pape. On massacra presque tous les Juifs qui s'y trouvaient en grand nombre; ceux qui échappèrent à la mort furent faits prisonniers. C'est i cette occasion qu'un prôlre, auquel on demandait comment on distinguerait les chrétiens des Juifs qu'il falhdit tuer, s'écria : «Tuez, tuez toujours; Dieu saura déjà distinguer ceux qui sont à lui*^. »

A peine monté sur le trône (i223), Louis YIIï croit de son devoir de payer au peuple et aux barons sa bieuTCnue, et il le fit aux dépens des Juifs : il établit que ni le roi, ni les barons ne forceront de payer les intérêts de tout ce qu*on leur doit, bien que les créances soient payables en trois années. En outre, toutes les créances remontant au delà de cinq ans ne seront plus valables, et on ne sera plus obligé de les payer ^.

Ce n'était qu'un détail, tant qu'il ne s'agissait que d'argent; mais bientôt des maux plus graves devaient surgir et frapper nos ancêtres, assez heureux parfois pour obtenir la protection des papes. Grégoire IX s'adresse aux évéquesd'AngoulémÇjBordeaux, Poitiers et Saintes, pour déptorer l'état pitoyable des Juifs inj-ustement persécutés (1236). Il blâme énergiquement les massacres faits par les croisés : « Au lieu de se préparer à la guerre sainte, dit-il, par les voies de ht justice et de la piété, ils inventaient toutes sortes de maléfices contre les Juifs, pour les perdre, et exerçaient contre eux des cruautés inouïes, no prenant pas garde que les chrétiens sont redevables aux Juifs des véritables fondements de leur religion, t U ajoute encore qu'il ne lauf eonlraindre personne à rece-

voiT le baptême, parce que « Phomme étant tombé librement, doit aussi se relever par son libre arbitre et sa libre volonté. »

De même, dans le concile de Tours de cette annéCv tenu par Farchevôque Juhel, W est dit : « Nous défendons expressément aux croisés et aux antres chrétiens de tuer ou de battre les Juifs, de leur ôter leurs biens ou de leur faire quelqu'autre tort, puisqu'ils sont tolérés par l'Église, Les évéques et tous autres, clercs ou laïques, prendront soin de la subsistance ()e& nouveaux convertis, de peur qu'ils ne retournent à leur ancienne croyance sous pré*< texte de pauvreté. »

Dés les premières années de son règne, le roi saint Louis se conduit au sujet des Juifs à la louange de rÉghse. Il déploie beaucoup de zèle pour faire examiner et brûler tous les exemplaireB d» Talmud et autres tivre» rabbiniques qui se trouvaient dans son royaume. Le pa>pe Innocent IV Pcn félicite ^ Texhorte à continuer cette extirpation des erreur» et des blasphèmes contre le christianisme (1244). Pourtant le cardinal Eudes de Châteauroux, qui comme chancelier de FËgUse de France.avait une grande part à cette condamnation, reçoit du pape l'ordre de se faire présenter le Talmud et les autres livres des Juifs ; et, après les avoir examinés soigneusement, de le» tolérer en ce qui ne serait pas contraire à la religion chrétienne et de les rendre aux docteurs. Le cardinal, craignant TmAuence et les démarches des Juif^, lui écrit, pour lui expose? tout ce qui s'était passé en cette affaire sous Grégoire IX. Il ajoute : < Ce serait un grand scandale pour le saint-siége si Ton tolérait et rendait aux doctes juifs ces livres si justement brûlé» en présence de Tuniverâté, du clwgé çt du peuple de faris. dette tolérance ptraStràit une appreliatioa. » Puk, apfès nouvel

examen par des docteurs appelés ad hoe, le cardinal con' firme sa première condamnation, par une sentence du 15 mai 1248.

Cela n'avait pas empoché le pape d'écrire en faveur des Juifs le 5 juillet i247, pour les défendre des calomnies inventées contre eux, selon lesquelles ils mangeaient à Pâques le cœur d'un jeune chrétien. Il se plaint de ce qu'en trouvant le corps d'un homme assassiné, on accuse de suite les Juifs; que, sans les avoir môme poursuivis en justice, on les dépouille de leurs biens, on les jette en prison et on les tourmente jusqu'à les tuer. Après avoir exposé tous ces griefs, Innocent IV enjoint aux évoques d'être désormais favorables aux Juifs, de faire réparer les torts commis envers eux et de ne plus permettre ces mauvais traitements ii.

Mais bientôt saint Louis part pour sa première croisade (1248). Avant de quitter la France, il veut mettre sa conscience en repos. Il se reprochait d'avoir pour ainsi dire régularisé la position des Juifs en faisant un règlement des plus sévères pour eux. Il résolut donc de calmer sa conscience en chassant les Juifs de son domaine, en les dépouillant entièrement de leurs biens et en ne leur laissant que leurs vieilles synagogues et leurs cimetières. Il n'excepta de cet exil que ceux qui se livraient aux arts mécaniques, probablement parce qu'ils étaient seuls à exercer cette profession et que le royaume ne pouvait se passer d'eux. Ces dépouilles ne devaient en aucune sorte lui peser puisqu'elles provenaient de Juifs et qu'il était lo roi très-chrétien.

A son retour, il édicté une longue série de lois pour attirer les Juifs au christianisme et les détacher du ju« daïsme par les charges et les humiliations qu'il fait peser sur eux tant qu'ils sont Juifs, çt par les avantages qu'U

leur accor.lc s'ils se convertissent. Telles sont, par exemple, les ordonnances de 1257^ par lesquelles il force les Juil's à restituer les usures et à vendre tous leurs immeubles, à l'exception des synagogues et des cimetières; celles de 1269 par lesquelles il leur impose l'injonction de porter sur leurs habits une marque particulière qui les dislingue des chrétiens; enfin son établissement de 1270 qui refuse aux Juifs la faculté de témoigner et d*ôtre invoqués en justice.

Sous Philippe III (4270), la malheureuse position des Juifs ne s'améliora pas ; mais ils ne furent plus en butte aux violences du bas peuple, et il n'était plus interdit de recevoir des. Juifs comme témoins contre des chrétiens, ou d'employer à leur service des domestiques chrétiens. Les Juifs cherchaient à se soustraire à la conduite arbitraire des barons, surtout dans le Midi, par leur immixtion dans les diocèses de quelques évêques ; mais les barons redemandaient leurs Juifs, et le roi puliissait les évéques. Plus le bras du roi s'étendait au loin, plus la situition des Juifs laissait à désirer, et au milieu d'eux, le sénéchal se choisissait un homme riche, auquel il donnait le litre de procureur des Juifs ; par lui il faisait rentrer sans peine les impôts dus au roi et faisait proclamer les volontés royales. Les autres ordonnances de police émanaient du clergé, tel que Tindication du signe de reconnaissance, pour la modification duquel les Juifs payaient un casuel ; car il n'était pas partout le môme, ainsi que certains impôts donnés à l'Église, surtout vers les fêtes de Pâques. Quand le roi avait besoin de revenus extraordinaires, comme lorsqu'il voyageait avec sa cour, ilexigeait aussi davantage des Juifs des baronnies ; mais il permettait aussi aux barons de couvrir ce qui manquerait à leurs revenus parles propriétés juives. C'est ainsi que

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lemagûe, nommé peut-être par Tempereur Rodolphe luimôme. Il est Tauteur de plusieurs ouvrages talmudiques, et s'occupa aussi d'études sur la Masora et, comme tel, il jouit d'une notable autorité en Allemagne et au nord de la France *•.

Ce même souverain manifestait en effet ses sentiments de tolérance à l'égard des Juifs. Un vendredi saint, on avait accusé les Juifs de Vesel, dans le diocèse de Trêves, d'avoir tiié un chrétien nommé Verner; cette accusation produisit des massacres et d'autres scènes de violence. Mais Rodolphe de Hapsbourg, ayant eu connaissance des faits par la plainte des Juifs, ordonna leur mise en liberté, et condamna les habitants de Vesel et de Bopparde à une indemnité de 2,000 marcs d'argent. De plus, suivant les annales de Colmar, il obligea Tarchevêque de Mayence à prêcher publiquement que les chrétiens avaient commis une grande injustice en massacrant les Juifs, et qu'au lieu d'honorer Verner comme un saint, on devait brûler son corps et en jeter les cendres au vent, puisqu'il avait été cause d'un si grand scandale. Un mois après, l'empereur confie à Henry, archevêque de Mayence, la défense des Juifs, dépendant de sa chambre et demeurant dans la Thuringe, Itarchie, etc.; il veut que les Juifs lui soient soumis et lui obéissent. « Quiconque, dit la lettre en terminant, cherchera à entraver l'accomplissement de cette ordonnance, encourra l'indignation du roi et sera passible de peines sévères ^7. »

Par suite des vexations que les Juifs subirent en Allemagne de la part du peuple et du clergé, surtout pour ne plus donner lieu aux fausses accusations d'assassinat propagées contre eux, ils quittèrent plusieurs localités pour se rendre en Lombardie et partirent de là avec leurs familles et leurs biens pour chercher une con-

trée orientale plus hospitalière, peut-ôlre Tempirc des Mongols, où, par suite des fonctions qu'y occupait un homme d'Ëtat israélite, les Juifs étaient hien traités. A la tête de ces émigrants se trouvait le R. Meirde Rothembourgavec sa famille, qui désirait se rendre en Palestine. Il n'attendait plus, pour s'embarquer dans un des ports de Lombardie, que quelques membres de sa communauté qui devaient raccompagner, lorsque malheureusement il fut reconnu par un apostat faisant partie du cortège de l'archevêque de Bàle qui revenait de Jlome et passait par cette ville. Sur la proposition de l'archevêque, legouverneurde la ville de Gbrz, Meinhard, s'empara du rabbi, le remit aux mains de l'empereur Rodolphe, qui le fit enfermer dans la tour d'Easishem, en Alsace, le 4 Tamouz (19 juin 1286), se montrant moins équitable qu'il ne l'avait été auparavant.

Pourquoi l'empereur le retenait-il de force, ainsi que ses compagnons qu'il fit réintégrer dans leurs demeures, sous peine de confiscation de tous les biens au^fitdu lise? — Le motif de celle conduite est aisé à oeviner : l'empereur ne voulait pas, par une émigration aussi importante, tarir la source de ses revenus et de ses finances, trop chancelants pour ne pas tenir l'esprit du maître at* tentif à ses intérêts.

La délivrance d'Ensisheim, retardée par suite des pourparlers, n'a pu avoir lieu que deux ans plus tard, en 1 288. C'est dans l'espace de ces deux ans que le rabbi Meir a composé quelques œuvres ou commentaires talmudiques^ datées d'Ensisheim, d'où il fut retiré a étant dangereusement malade ; » puis à sa mort (1293), il voulut que son corps fut restitué à la prison, indiquant peut-être par ce vœu qu'il n'avait consenti que malgré lui à sa délivrance passagère. C'est là probablement le motif d'une claujse

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de Font.cslamcMitaulromoiH inexplicable, suivant laquelle le corpâ dut resler longlemps dans une cellule, privé de la sépulture qui dut n*avoir lieu qu'en 4303. Il fut le maître de Rabbenou Ascher, devenu célèbre en ËStpagne, et de Màrdochée qui se distingua par sa science à Nuremberg ; ce dernier mourut victime d'une insurrection an commencement du siècle suivant.

§ 4. — Sous la régence du jeune roi anglais Henri III {^ 24 6), Pembroke lit abolir les abus de la force et ordonner à toutes les villes d'ériger une garde spéciale pour la protection des Juifs ; et afin de faciliter ce régime, oeux-ci durent porter sur la poitrine deux bandes de lin ou de parchemin. En •outre, -on accorda Témigration à desué-^ gocianls juifs étrangers ; mais la permission d'émigrer n'élit donnée qu'après le consentement du rouOn anéralît les ordres d'Etienne Langlon (1218), qui renouvela les anciennes prescriptions des conciles sur la possession des esclaves/ le payement de la dlme, les unions matrimoplaies, et interdisait surtout aux chrétiens de vendre aux Juifs jCRqu'aux vivres mêmes.

C'est ainsi que les Juifs purent de nouveau resiûrer ' sous le protectorat de Pembroke. A sa mort et à la majorité du roi> leur situation changea (4230). Sous prétexte de fréquentes plaintes contre les voleurs juifs et les fauxmonnoyeurs, on suivit de nouveau la voie tracée par Jean; on imposa tous les Juifs du tiers de leurs biens mobiliers et l'on convertit en église une synagogue fort jolie et bâtie récemment à Londres. Le roi fonda, à Tinstar d institutions privées déjà existantes, une maison de conversion à Londres, où l'on accueillait et élevait les Juifs baptisés; ce n'était en somme qu'un asile pour de pauvres Juifs qu\en eût réduits à l'apostasie par des moyens phis ^violents. Aussi le xoi agit de la manière la plus boiiteuse

HlSTOmB I>ES ÏSRAÉLÎTES m

à regard des riches, parmi lesquels on remarquait Aroa de York, leJustitiaire supérieur 4'alors. Âce seul Ârou, le trésor arracha- en sept ans 30,000 marcs d^argent, et un autre dlieresfopd dut payer 5,000 marcs pour pouvoir hériter de la fortune de son père. De môme, lés plaintes d'assassinat, de vols et de fauxrmonnayage ne cessaient qne lorsque la communauté juive obtenait pour une grosse somme l'ordonnance selon laqueHe on punirait à rayeair tes vrais criminels.

Le roi d'ailleurs ne modifia en ri^ sa conéuite. Avant kl eampagne du Poitou et de la Guyenne, il lit venir à Londres tes plus riches Juifs de tous les pays pour tenir Hii conseil privé. Ils furetot obligés de se présenter et de souscrire pour une somme de 20,000marcs. Après Tissue malheureuse de cette campagne^ le parlement ne voulut accorder de réduction de payement que lorsque le roi eut montré combien les Juifs avaient déjà livré ; et comme les comptes n'avaient pas été réglés, le parlement consentit à opérer une surtaxe^ mais il se réserva pour l'avenir le droit deconsultef toujours te grand jugtitiaire sur l'état des finances. Moinsle roi pouvait s'entendre avec le partement, plus ses exigences auprès des Juifs s'élevaient, lorsqu'il fallut de l'argent pour calmer les trou- })te8 en Irlande ; et ils durent verser en trois ans 60,000 marcs. Les récalcitrants et les fuyards furent en partte sis à la torture et en partie délivrés^ mais placés hors la loi.. En dehors de ces cruelles déprédations, te roi prit possession de tous les héritages dont lea légataires se trouvaient hors du pays; il accepta même des amendes ordonnées pour le rachat d'un anathème rabbinique, et pour satisfaire ses désirs avides,\ii a fallu recourir aux moyesA tes plus vils qui permette^ de réunir de grandes sommes. Ce fut a« point que le Jorère du roi, Richard ée

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Cornouailles, fit de fortes ayances au gouvernement en recevant les Juifs comme gages. Enfin, à Tinstigation de Walter de Marchon, futur chancelier, le joi interdit la cession de créances hypothécaires sans le consentement de la justice de la cour ; ce fut là une nouvelle source de revenus. Mais elle porta préjudice à ces sortes d'affaires, gêna les payements et les demandes, qui cessèrent heureusement à la mort du roi.

Pendant que Philippe III, dit le Hardi, suivait les traditions de son père saint Louis en ce qui concernait les vexations des Juifs et les entraves apportées à leur commerce, le roi d'Angleterre, Edouard 1er, cherchait à alléger, par tous les moyens, les charges que Ton faisait peser sur eux dans les parties de la France qui lui ap-* partenaient.

En 1275, à propos de la cherté des vivres qui se faisait sentir, il avait défendu à son connétable de Bordeaux d'opprimer les Juifsoude les imposer sans son ordre. Puis, en 4281, il écrit au sénéchal de Gascogne et au conné- ^ table de Bordeaux pour se plaindre de ce que, selon ses informations, la communauté juive, à Tinstigalion de certains envieux, se trouve surchargée d'impôts levés sous les prétextes les plus futiles, et qu'on sévit avec la plus grande vigueur contre ceux qui ne peuvent payer ; il n'entend point que les Juifs soient persécutés de la sorte, et lorsque la justice aura à s'occuper d'eux, elle le fera avec la même impartialité et les mômes formes que s'ils étaient chrétiens.

Philippe IV, le Bel (1288), suivit les traces de ses prédécesseurs ; cependant il conîmença par en alléger les charges; il défendit d'emprisonner aucun Juif avant d'ea avoir eu l'autorigation, et il déchargea de quelques im^ pOtQ lQ9 Juifd d63bftrouniea e^ des ôvôchés.

Il y avait alors à Montpellier des citoyens israéiites très-estimés, qui auraient pu aspirer à la charge du bailli, élu par quinze notables, sans Texclusion formelle des seigneurs de la ville. De môme, à Toulouse, un Juif fut élu consul ou maire en 4291 ; mais comme le syndic rappela les défenses canoniques, Télection fut cassée par acte du parlement 18.

Le roi de France n'adopta pas dans ses États les Juifs chassés de la Gascogne par Tordre du roi d'Angleterre, probablement parce qu'à cause de leur pauvreté ils étaient à la charge des autres: Mais il n'accorda pas à l'inquisition de pouvoir sur les Juifs ; il lui enleva aussi le droit de les juger et préposa à cet effet des autorités civiles! Enfin, ptar le rachat des capitaux et par la rentrée de tous les impSts, il arrêta les affaires financières i^, afin d'obliger les Juifs à tourner davantage leur attention sur la fabrication et le commerce, comme Louis IX en avait eu l'intention par ses édits.

Cependant, en Provence, la littérature continue à se développer. On y voit, au xiii» siècle, le philosophe le plus érudit, Schem-Tob, fils de Joseph Ibn-Falaquera, né entre 1224 et 1228, connu par sa traduction des extraits de l'œuvre d'Ibn-Gebirol, la Source de vie, et qui est auteur de plusieurs ouvrages remarquables. A la fin de ce môme siècle, celui qui mérite d'être signalé comme l'un des promoteurs des études philosophiques, c'est ledaïa Penini, surnommé Bedersi^ en qualité d'originaire de la ville de Béziers 20. n écrivit des traités de morale ; et dans une Lettre apologétique adressée à Salomon ben- Adereth, il défend avec chaleur les études philosophiques contre Tanathème lancé par les rabbins de Barcelone. Un autre philosophe de cette époque est Joseph Ibn- Caspi (Bonafoux), originaire de l'Argentière en Langue-

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doc. Parmi ses nombreux ouvrages^ oa remarque deux commentaires sur l'œuvre de Haïmonide et un résumé de YOrganon d'Aristote. A ces temps appartient également Isaac Abbalag, connu pour ses opinions hardies et qui traduisit en hébreu des travaux arabes.

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