‹ Histoire des Israélites depuis d'édification du second temple jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 11 sur 17 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

(xiv« sièclet)

§ l«r. — Ail mois d'août 1311, Philippe IV avait chassé les Juifs de toute la France; mais son succeseur Louis X, le Hutin, à peine monté sur le trône, les rappela par une ordonnance du mois de juillet 1315 et leur accorda une permission de séjouripour douze ans. Tous ces privilèges devaient servir à battre monnaie, et c'est en effet pour faciliter aux Juifs leur nouvel établissement et en même temps pour s'emparer d'une partie de ces biens, qu'il leur donna ces lettres patentes, et que le lendemain^ 6 août, il fit un mandement à tous les échevins, baillis et autres officiers civils, d'aider Guillaume Bernard dans sa mission, mission qui devait faire entreiv dans les coffres du roi une somme assez forte. Cette arriére-pensée se manifeste par la suite.

Quelques habitants de Beaucaire et de Montpellier se trouvant surchargés de dettes contractées envers les Juifs^ ne trouvèrent rien de mieux à faire pour se décharger que de se plaindre de Tusure des Juifs auprès de Philippe V, dit le Long (13<8), en ajoutant comme complément qu'ils éludent ou négligent depuis quelques années la loi qui leur impose de porter sur leurs habits des marques distinclives. Le roi ne demande pas mieux que d'y ajouter foi et ordonne de réprimer les usures des Juifs et de les obliger à porter la rouelle imposée depuîp ïe con-

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cile deLatran; il renouvelle cet ordre en 1329 au bailli de Troyes, à l'iocitation desGopdeliers^.Mais souvent la cour de Rome vient à leur secours^ d'abord par égoïsme^ puis par humanité. Jean XXII trouvant établie une coutume qui confisquait au proût'de l'Église tous les biens des Juifs convertis, s'élève contre elle (1320). « 11 est absurde, dit-il^ de s'emparer des biens des Juifs qui se convertissent et de le% forcer par là à la mendicité, ou de les empêcher d'embrasser le christianisme. » Il ordonne donc que, loin de les dépouiller, on doit encore leur accorder de grandes faveurs. Voilà pour TÉglise ; mais voici aussi une lettre au sénéchal d'Avignon en faveur des Juifs :

Des pasteurs (pastoureaux] , des campagnards et un ramassis de gens de la plus mauvaise espèce se réunirent dans le midi de la France sous le prétexte d'aller en terre-sainte ; mais au lieu de délivrer la France de leur présence, ils prirent la résolution de se jeter partout sur les Juifs, de les piller et de les massacrer partout ea masse. Ils commencèrent donc à exécuter leur résolution et donnèrent la chasse aux Juifs qui fuirent devant eux. Pour éviter de tomber entre leurs mains cruelles, quelques-uns au nombre de plus de cinq cents se rendirent au château royal de Verdun sur la Garonne, diocèse de Toulouse et demandèrent asile au gouverneur. Cet officier les reçut volontiers et les plaça dans une tour élevée. Mais rien ne put arrêter les pastoureaux qui assiégèrent aussitôt les Juifs. Ceux-ci se défendirent avec beaucoup de valeur; et après avoir jeté toutes les pierres et les poutres, ils se trouvèrent sans défense. Les ennemis rassemblèrent une grande quantité de bois à la porte de la tour et y mirent le feu. Voyant qu'il n'y avait plus de salut, les assiégés résolurent de se tuer les uns les au-

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très plutôt que de périr de la maia des barbares. Ils chargèrent le plus fort et le plus robuste d'entre eux de leur couper à tous la gorge; celui-ci, après cette sanglante exécution voulut se retirer en demandant le baptême pour lui et les enfants qu'il amenait, mais il fut massacré et Ton n'épargna que les enfants qui furent baptisés. A cette nouvelle, le pape Jean XXII écrit à Philippe le Long et au sénéchal d'Avignon pour les prier d'arrêter ces désordres. Le sénéchal de Çarcassonne Aymeri de Gros, chargé de disperser les meneurs, écrivit aux consuls de Narbonne de se saisir de ceux qui chercheraient à fuir. Mais Aymeri ne put pas les prendre tous, et un grand nombre de pastoureaux se retirèrent en Aragon, où ils renouvelèrent leur carnage de Juifs. Jacques II ne put arrêter l'effusion de sang qu'avec beaucoup de peine 2.

Malgré l'intercession papale, Philippe condamna les Juifs de son royaume à une amende de 150,000 livres par arrêt du parlement et sans autres motifs ; suivant la ré^ partition faite entre ceuxde la langue d'oc et de la langue d'oïl, les premiers furent taxés à 47,000 livres parisis, savoir : Carcassonne, à 22,500 ; Beaucaire à 20,500 ; Toulouse à 2,000 ; Rouergue à 1,900; Périgord et Querci, à 400.

Charles le Bel semblait favorable aux Juifs; mais après sa mort les Navarrais se soulevèrent en masse contre eux, et en massacrèrent à Ëstella et ailleurs plus de six mille. Le R. Menachem, fils d'Ahron ben-Zerach, dont ces hommes furieux avaient attaqué la maison, ne dut son salut qu'à la faveur d'une défaillance qui le fît tomber sans connaissance parmi les morts (13^8). Le lendemain seulement, un cbevaUer, ami de son père, l'y trouva, le (It rçyçoiç i, la Yi9 et lui procura les moyena de fuir eq

Des vallùes du Rhin, Témeute se propagea en Thuringe. A Erfurth seul on en lua trois mille, ce que l'archevêque de Hayence approuva ; il fut imité dans toutes les villes de ce pays, où le peuple, et non les autorités, se soulevait contre les Juifs. Ils eurent à subir les mômes malheurs en France et dans le Wurtemberg. Le cri de meurtre retentit de la Suisse en Silésie, et souilla le sol de sang innocent. Les lettres de protection de l'empereur et les recommandations du Saint-Père étaient sans effet contre ces excès.

Depuis le commencement des troubles, Charles IV se trouva d'autant mieux disposé à prêter Toreille aux vœux des villes et des États qui désiraient accorder le droit de protection aux Juifs, que les mômes revenus lui devenaient sans cesse plus précaires. Aussi forme-t-on de 1348 à 1356 les privilèges les plus Importants de ce genre, tels qu'à Spire, Worms, Zurich, Bâle et ailleurs, où par l'introduction de rues juives closes et d'autres sécurités, on attira de nouveau les Juifs comme habitants. C'est aussi la raison pour laquelle l'empereur, dans la bulle d'or, confirme aux princes, ses vassaux, le droit d'avoir des Juifs et même de transmettre ce droit à d'autres États. Il augmenta aussi leurs droits de suzeraineté, sans trop nuire à ses intérêts propres.

Tous les jours, il y avait aussi à se prémunir contre la menace de mort de Tenseinble des Juifs d'une ville ou d'un pays, de sorte que dans tout privilège, contrat ou convention, on n'oubliait pas d'émettre la condition prévue du cas d'un massacre total des Juifs d'une communauté. Leur dispersion dans l'empire leur accorda toutefois un peu plus de sécurité à cause de leurs rapports, mais les exposa davantage à l'arbitraire et aux mauvais traitements.

§ 2. — Quand les foiries fanatiques des flagellants (1348) parcouraient les routes en criant c le mal vient des prêtres, « Ton commençait à les massacrer, c Le peuple du fond de la Hollande jusqu'aux Alpes, s'ébranlait ; on craignait, dit Michelet, un carnage universel du clergé, lorsque le coup fut «habilement détourné sur les Juifs : ![# fallait du sang, on donna le leur. »

Ce qui attira alors sur eux toute Taccusation, ce fat la ^ i

particularité qu'ils étaient seuls affranchis de cette mala. *' ;

die, exception heureuse dont ils étaient naturellement redevables à leur isolement , à leur nourriture saine, à ;

leur vie pure, et à leur refus de prendre tout repas chez i

les chrétiens. On crut qu'i's avaient été excités à empois j

sonner les puits par les Maures, les Berbères ou d'autres infidèles, et on leur éleva des bûchers dans plusieurs lo- <

caiités. A Ghinon on en brûla vingt-huit. A Vitry, on i

en enferma quarante dans une tour; et, comme à Verdun, i

ils se choisirent l'un d'entre eux qui fut chargé de leur 1

donner la mort à tous; celui-ci voulant s'enfuir, tomba du haut de la tour entre les malus des ennemis et fut tué par eux. A Paris on se contenta de projiter de la situation pour leur extorquer 150,000 livres.

Pendant ce temps, bien des maux frappèrent les Juifs, qui pour s'y soustraire n'eurent d'autre moyen de salut que d'entrer plus d'une fois dans le giron de l'Église. Il y a lieu de s'étonner que les Juifs ne se soient pas retirés, après la treizième année de leur entrée en France. L'extension des affaires, et probablement la crainte d'être exposés au pillage, les empêcha d'user de leur droit. En outre, chacun, au milieu même de la dispersion, suivait ses intérêts qui le liaient à sa localité (1340). Quelques fuyards perdirent, par une ordonnance de Philippe VI, tout droit à recouvrer ce qu'ils avaient laissé derrière

9!^ Bientôt a^rèa le roi ordpnoa liurii;éaii9, SLUX J^if8

4i»9^ Qppvfl«*ift«f(» ^^m ^»> F^ft W' ^^ m^si^^m

k run de ces princqp.. ^ d^e^ TçillQ* o|i seigo^Mriept. tiP mal éjtot gm94i;, w ImI ws^oçt çosiien^ni d^^ J}»fs, iitail (^u»Afiiîï mm ^m ^'nm m^^ circQo^crjpMoft; a^

c^ d'émA^te^ m fai^t p»y,efi 4e: fortes 9pqiQ)e&4^'ft94rAR^ ta «xi^Qiag«9>l»^<H^ai6iU ic^sq^u^ tpute^^lf^^lçicaMI^,

^mwl \^ ^HteuiWiîi Wi»Mgi^g^n* P^9 d'ajout^ 9M^ cpriwiiitioiî^ (euir& V4^8 ^oï;^^^ ^t i^t^c^e^^. p^ ismr ir^» &iyar48 V5q tèijent par^w <ï^ ^'Y T^foglfMf ; ita WPPWt»l^pt tout pour ^yqif. u^.Ueu 4e ném^iqq et 4q iHçièi:e» tp ]a)re ex^eiîcH:^ 4e Uu^ ciMtQ, e( iia çlta^ij^ dA i^qii i^)|ir

hQVxm ^9 969» &i| p^é> les <»Pi^iM^ IQ c%)p^^t be coDsell de la yiii^4e>l|ttf9.^^ 9^ ^aQf^rd^. aa^^ Jj;^^ ilA cpuurtiar iMurtiquUer, fieJHi d^, la Corx^ged^. tlaÎA^^ s'y Icc^fv^fQ^t uop à )!ébr<»U et 4en)aAd裻at au oon^U^ dâ Gtaoger \^ lieu 4^ If^ur ifé^t^deoçie. l^ cQm^\ ^^ ^ "^Ugp ^Q» vnQ 8^n^ t^inu^ te 49 ^oû( 13^ pr^oci m ^m^ ^im te 4Q«Aan4f^ ie^ imhQk \^nt ^qc.qtAq w ^\^ «ntartier au centra (k.kyUte» !{& i^uç Gag4Q^^l daq^ i^Mle » togueuf, iusqii;au cafir.€l9ui; de ceU/e^ dç Ia ftctuai^i^.

U y eut au^i de» jaif^ 4aP4 )«ft auti^ei^ [(mWff dfi la ItoTeAçe.^ ftt. k RtiJteoc, ^s.fQKniftûQDt pri^^n^ tî^lQt^tiAô Ae8jk^)IMiii4< Ua i6»fii>bwc9(^ i^ iç^ ^<i^^ ^.%'^-

mSTOIBE I)ÇS ISRAljLITES 183

avec telles ennemis. Mais aussitôt après, ils furent condamnéa pour cela à une ameacle cl,e iOOO Horjns d'or '^.

Enfin, par une ordonnance de mars 1.360, ils peuvent dQ nouveau rentrer en France, à la charge de payer un nouvel impôt et un droit d'entrée considérable par individu. Le roi Jean II avait un pre^s^nt besoin d'argent pour sa rançon promise aux Anglais. 11 n'épargnaaucune promesse aux iuifs poqr attirer leur argent. Il leur donna de grandes immunités, des franchises, des garanties, et nomma le duc d'Élampes gardien et conservateur de leurs privilèges ^ Le maréchal Daud,ençham va plus loin : il donne pouvoir aux Juifs de poursuivre leurs débiteurs ou leurs héritiers, ou de faire saisir leurs biens, /ecLuérant au besoin Tappui de l'autorité des sénéchaussées de Toulouse, dç Garcassonne et de Beaucaire.

En effet, les malheurs du roi Jean (1359) changèrent la situation. Le "gouvernement se trouva, soos la régence deCharles et pendant la captivité du roi, dans l'état le plus embarrassant. Le procureur des Juifs de celle époque, Menecier de Vesou, proposa alors le rappel des Juifs pour vingt ans, sous de nouvelles conditions. À peine le régent ent-il émis l'ordonnance, qu'on vit aflluer une quan,l,ité innombrable de Juifs. Ils obtinrent dans toutes les viU.ç^ du Languedoc, et de la Provence des quartiers spéciaux, 0^1 ils étaient en sécurité, et ils furent placés sous la direction d'un gardien et d'un juge. Après le retour du roi (janvier 4361), Menecier obtint de lui la confirmation dç l'édit ^t fut npmmé procureur des Juifs, (onclion en verti^ de laquelle il se chargeait de faire enlrer au Trésor la somme de quatorze éçus par chaque père de famille et dQ deux livres environ pour chaque eufant et chaque domestique^ impôt dont il prélevait un septième pour lui. Leur prQtection était garantie par le rpi seul. La plupart

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des conventions s'accordèrent avec les précédentes; mais l'impôt en général fut doublé et on facilita aux Juifs leurs droits d'appel contre tout acte arbitraire. Cependant le roi avait peu de forces pour s'opposer aux attaques contre ce droit de la part des autorités de provinces éloignées» et pour rendre justice aux Juifs maltraités.

La réintroduction du signe de distinction, la suppression de la juridiction juive accordée dans les privilèges et dans d'autres prescriptions royales, étaient des exemples d'une conduite despotique. Déjà, une persécution se préparait, lorsque Charles V, à son avènement, comme promoteur de ces privilèges, les confirma de nouveau pour six ans (1365). Menecier jouit auprès de lui d'une haute considération et obtint pour les Juifs la dispense de porter le signe de distinction, faveur accordée à peu de gens. Par son intermédiaire, on supprima quelques ordonnances spéciales, motivées par les plaintes sur l'usure et sur les faux médicaments de médecins juifs, et on négocia plus tard une nouvelle prolongation des privilèges pour dix ans. Pour toutes ces faveurs, le roi obtenait toujours des sommes importantes.

Une ordonnance du roi de France, du 27 décembre 1362, signée à Nîmes, permet aux Juifs l'exercice de la médecine, à la condition par eux de prendre leur grades de physique et de chirurgie dans les universités du royaume. Cette môme ordonnance enjoint encore aux Juifs de porter sur leurs vêtements une marque distinctive placée d'une manière ostensible. Il est bon de savoir que pendant longtemps les priiicipaux médecins furent des Arabes et des Juifs ; ce furent surtout ces derniers qui fondèrent l'université de Montpellier, qui est toujours restée si célèbre.

Cependant plusieurs conciles du xm« siècle, entre autres

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les conciles de Béziers en 1246 et d'Albi en 1255 défendaient aux chrétiens de se servir de médecins juifs. La nécessité les fit pourtant rechercher toujours, car Tignorance des médecins chrétiens était si grande, qu'on dut exiger d'eux, en 1352, licence de la faculté pour leur permettre d'exercer. Ce fut, pour fairç cesser les plaintes de ces derniers^ qu'on imposa aux Juifs les mêmes obligations.

A Arles, un Juif nommé Bendich Ahin, très-instruit en mathématiques et en langues arabe, grecque et latine^ mérita par son savoir d'entrer dans la maison de la reine Jeanne. « £t, dit Nostradanaus, après avoir été reconnu vertueux, loyal, honnête, très-expérimenté en médecine, il fut nommé médecin ordinaire de la reine ; et à cette occasion il fut, par lettres patentes, exempté, lui sa famille et sa postérité, de toute charge et imposition juives. >

En succédant à son père, le roi Charles Y, dit le Sage, suivit à regard des Juifs la même conduite que son père, et leur renouvela, le 2 juin 1364, tous les privilèges et toutes les immunités qu'avaient obtenus les Juifs. Il prorogea de six ans le terme de leur séjour. Chaque année, les Juifs devaient payer sept florins par tête, et en revanche on leur accorda un gardien de leurs privilèges, dont le plus essentiel était que nulles lettres royales nV Yaient force contre eux, à moins d'être acceptées par leur gardien. Enfin, en 1374, sur la supplique présentée par Menecier de Vezou, procureur général des Juifs et Juives du royaume, et après mûre délibération en son conseil, il prolongea de dix ans encore le terme de vingtsix ans fixé par lui; il leur accorde par ces lettres patentes les mêmes franchises, immunités et privilèges qu'auparavant et les soumet aussi aux mômes redevances. Ce

n'est pas cependant sans ton rse délier qu'ità obtîîiréht cette prolongation. Cliarles V reçut d'avancé, cômûie îl le dit dans sa lettre, âOOO francs d'or.

Ayant encore besoin d'argent 3e suite, ce roi donne à Saint-Germafn en Laye (1378) des lettres patentes portant que, moyennant un prêt de 20,000 livres que les Juifs de la langue d'oïl feront^û roi, payable en quatre termes, plus une redevance de 200 livres à payer par semaine, ils seraient exemptés de toutes redevances et autres droits auxquels ils étaient tenus envers lui.

De même, le procureur d'alors, Salomon de tes'oul, sut conquérir les bonnes grâces du roi par de grands emprunts. En eETet le roi chercliaà maintenir aux Jiiifs leurs droits, tout en prétextant des abus de leur part (1380). Dans le même esprit, le gouvernement continua après sa mort à prolonger les privilèges pour cinq ans, au nom de Charles VL Déjà les Juifs voyaient luire de meilleurs jours, lorsqu'au second mois de ce règne, les mouvements de Paris produisirent de nouveau^ malheurs. Aussitôt qu'on eût promulgué unédit ordonnant la levée de plusieurs impôts, la populace pénétra avec violence dans les archives du fisc et pilla les caisses. AU milieu d'un tel trouble, fl fut facile à quelques nobles de tourner l'émeute contre les Juifs dont les livres de créance furent déchirés et les gages emportés. îiix-tnêmes furent placés sous la protection d'iîne garde 3e sûreté et les dettes pour gages volés devaient être payées. De cette façon, le peuple aussi subit les conséquences d^e sa conduite.

Lorsque Charles VI monta sur le trône, on crut que le règne de ce prince serait plus défavorable aux Juifs que ne l'avait été celui de Charles Y. bn crut le moment opportua de se jeter sur les maisons des Juifs, de les piller et surtout

He 1*èlër ^M Utri's des bi'ëâirtceë, ^byeîi exçétfittf d'iitf*. ^tirttèr Ses dettes. Mais Charlefs Vt tïe le toléra pas, et pattt con'ttetiét* sa prôtectidn aux Jurfs comme àupatavatit, i!l charge, le ^fô 'novembre 1380, Gtilllaartie du Bois et Je- Hdinfliti Gandofîen, sergents d'aîrtJës, d'aller à Man'tefl è'infôrrrier secrètemerit de cètii qc^ aPV^ieiit pris les'bienti fiés Juifs dans une sédition qui eut lieti contre eui, de faire l'inventaire de leurs biens, de les mettre en sûreftô tiocrr la conservartiondes dtbitè'fe detix à titli ils aiTpÉlrtietnient ^.

Pbtit cbtrtinuer la guerre a:veb'fé8Plaffiand8 et ayatiit Hesoin d'argent, Philippe le Hsti-di, doc de Bourgogne, accepte l'offre que lui font les Juifs de lui «n fôurtîir. "Moyetinatit ce prêt, il leur accorda une charte (138i), selon laquelle fl eët perrtiis à cinquante-deux fafoiillefi Juives de s'établir partotft où bon letii' sfcflnblerti sur^eà terres, à la condition dé payer atu ddc tes impôts jirifô liàbitiiels. ïl les prend en butre soûs sa saùvegafrfte particulière, les dispense des itlâtques distinclives, ordobné fle leur fournir tous les alîmerfts dont ils auront besoin, et nomme pour leur protecteur soia chambellan, Guy de la Trémooillè de Lully.

Enfin, en février 1388, le roi Chai^lefs VI révoqfue la eommission donnée à Bérault-Bresson et à Jean Truqualm, chargés de juger les Juifs datts le vicomte de Paris et tout le pays de la langue d*oïl, f l veut que désormais les Juifs soîeiït, comme les autres citoyens, jugés au Châtelet parle prévôt lui-même, avec i'apposîtion dii sceau de la prévôté 8.

Mais après un grand nombre de loiâ 'et d^drâôtmanoes favorables aux Juifs, un moniebt de gène et de pénurie datis le trésor lui fît changer d'avis. Circonvenu depuis longtemps ps^ les ennemis des MH (tdi^âisi^eiitocfltb

occasion avec joie, le roi enjoint, le 7 septembre l'394, à tous ceux de la langue d'oïl et de la langue d'oc de sortir de suite du royaume ; dix jours après, il donne commission au sénéchal de Beaucaire de les conduire sûrement hors de France, et le 3 novembre suivant, il lui ordonne de saisir leurs biens au profit du trésor. Ils se rendirent en Allemagne, en Italie, en Pologne et dans quelques petites principautés.

§ 3. — Le roi d'Espagne, Alphonse XI, préserva de tout son pouvoir les droits des Juifs ; mais comme les Gortès, à Valladolid, demandaient à annuler une partie des dettes, il dut céder pour ne pas trop exciter les populations contre lui. Il rejeta avec énergie quelques accusations spécieuses qu'on avait dirigées contre les Juifs. Cependant il trouva bien de séparer davantage les deux partis religieux. L'on commença sous son règne et avec sa permission à ne laisser les Juifs que dans quelques rues, surtout éloignées des églises. Depuis ce temps-là, c'était l'usage de. laisser aux Juifs des quartiers particuliers dans la ville. Onant aux prières, le roi défendit aussi de maudire les Juifs convertis, ce qui fit changer quelques expressions du rituel. En outre, le roi avait, comme de coutume, son ministre des finances juif, Joseph, qui demanda pour lui la main de la princesse de Portugal et qui faillit devenir la victime d'une inlrigue ; mais malgré la demande des Certes de le renverser, il reçut une charge dans une province éloignée; de plus, le roi avait pour agent le Juif don Samuel Abravanel et pour médecin de la cour don. Samuel Abenhuer. Il cherchait à opposer les plus, grandes difljcullés à l'usure par la nouvelle révision des lois du pays à Alkala de Henarès ; il étendit les droits des Juifs en leur permettant d'acquérir des propriétés foncières jusqu'à la valeur de 30,000 maravédis

par personne daas Les provioces au delà du Duero^et jusqu'à 20,000 dans celles eu deçà du Duero, ce qui parait coDsidérable. La même position légale subsista sous Pierre le Cruel, chez lequel le savant don Samuel Levi était Almqjarif,

Plus Pedro se montrait favorable aux Juifs en permettant même à son almojarif de bàt#une deuxième synagogue, grande et magnifique, à Tolède, plus ils avaient à souffrir des ennemis du roi. Don Henri Tattaqua, prit la ville basse de Tolède et laissa piller la rue Alkanab où les marchands demeuraient, et beaucoup de Juifs furent tués. On dit mô ne que le rabbin Juda, (ils du célèbre Rabbeiiou Ascher, fut tué après avoir lue lui- môme sa femme et sa belle-mère pour que les soldats sauvages ne pussent les maltraiter.

Le quartier juif dut subir le même sort, mais il ferma ses portes et reçut bientôt, de l'autre côté de la ville, des troupes royales. A cause de cela, les Juifs d'autres endroits souffrirent davantage.

Il est intéressant d'assister aux changements successifs de leur position. Pedro fît exécuter don Samuel Lévi, qui n'était accusé d'aucun crime et qui avait eu le seul tort d'être riche; il lui enleva ses biens (1360). Henri, plus heureux lors de sa seconde entreprise en Espagne, avec l'aide de Bertrand du Guesclin, fut aidé des Juifs. Il se montra reconnaissant de cette assistance au sein de rassemblée des Certes à Burgos, en s'opposant à la proposition faite par quelques grands du royaume de retirer aux Juifs leurs charges de fonctionnaires, leurs occupations de médecins, etc., sous le faux prétexte d'éviter par là des collisions entre Juifs et chrétiens.

La position nechangea guère en ce pays pendant l'espace d'un siècle environ. Les relations avec le pouvoir res-

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•taîent les mômes, parce qu'on se tendait compte âe patt et di'aurre àes intérêts mutuels que ces relations favorieaiont, et la réciprocité des services rendus ne s'en ressentait que davantage. Cela dura ainsi jusqu'au moment où, le fanatisme ayant repris le dessus, Texil dlsraëi se prépare de nouveau après la régence d'un grand docteur juif, qui avait occupé dans la direction de l'État le poste le piliis élevé. Les événements dont îl est contemporain méritent ^u'on s'y arrête dans la suite.

L'impulsion donnée aux travaux philosophiques par les disciples de Maïmonide produisft un élan général parmi les savants juifs et donna naissance à de véritables sociétés littéraires, comme par exemple au sein de la communauté de Perpignan, ou en général en Provence et dans l'Espagne chrétienne. Les ouvrages de philosophie ou de science écrits en arabe, furent traduits en latin, par les Juifssoitd'après l'original arabe, soit d'après les traductions hébraïques. L'intérêt que les chrétiens attachaient à ces traductions hébraïques, plus faciles à interpréter que les originaux arabes, se révèle dans la protection accordée à ces traducteurs par l'empereur Frédéric H. Ce fat en Provence qiie le Guide de Maïmonide avait été traduit en hébreu par Sàchuel-Ibn-Tibbon de Lunel, qtii ticheva sa traduction au moment môme de la tnort de Màïmônidè. La Provence fournit presque tous les triiductëurs et coiùmentateurs des philosophes arabes, tels que JacOb-ben- Abba-Mari ben-Antoli, Moise, fils de Samuel- ibn-Tibbon, et plus tard, au xiv^ giècle, Lévi-beh-Gersôh, Calônymosben-Calonynfios (né en lî67); Todros-Todro^i qui écrivit en 1337 àTrinquétuilles, près d'Arles; Jaco'b-ben-Makhirben-Tibbon, ou Pfotiat, de Mcfhtpelliët , à la 'lin du xine siècle et au cominencëmenl du ^xiT®; Saûiuei-benleho'uda-ben-MeschuIlàiû, cônnti vulgail^emént 'sous le

fil^TOIRE B&S ISRAi(LITfiS >tM

"twùï. ^eHifes âe Marseilles, Dé en 12d4. Son grand-pèHe llescliultâm ëtatt arriére-petit-fiis de Jacob -ben-Daifid ï^roflaguë, que Benjamia de Tudôle meationoe commlB ruh âeâ 'plds riches habitants de Marseille, et qui ilhourut en 1170. Samuel éludia la philosophie et les sciences à Salon, sous la direction de *R. Abba-Malri, appëlé^vulgairemeift Sen Astruc dp Noves.; et <eû 1822 il '8tiiit prisbtitlier à Beaucaire avec dlautres Juifs , >d'où tii 'passa 11 Murcie en Espagne, et revidt ensuite à (ESa- Tascon (1329), Àlx (1335) effiiontéUmart (1340).

'Écrivain moins fôcohd que Levi-ben-Gerson, mais ndn moins profond, Moise-ben-Josué^ dit maître Vidal, était d'une famille originaire de Narbonne (et nommée Kasrbodi), établie à Perpignan, oti'Le jeune Moïse fît ses études Bous la drredtioti de mn -père ; il 'était né à la fin du TLiiP" siMe €it mort vers 4802. lia laissé des ouviiigeB *fôrt IntéressatltB pour iPhistoire de Ib «philbsophie , et ses commentaires sur les i^rincipliux iphilosopbes arabes tenf^rmebft une foule de renseignemehts utiles, extrêmemeht instructifs ^

Enfin, en 1425, Joseph Àlbo, de Soria en Gadtille, se rendit célèbre par son S^pfe^r^^ft^artm, «livre des^principés fondamerïtaiiK du judaïsme, ;où il analysé les treise>8tr- 'ticlesde foi établis par Mulmonide. Puis*enl446, Abraham fiibago, à Huesca eu Aragon, écrivit sur Aristote, et en U70, à Saragosse, il composa le Chemin de la foi. Après lui, Joseph- ben-Schem-Tob et sou fils traitèrent les mêmes sujets.

L'histoire des Juifs berbers offre encore quelques faits intéressants. Le premier point important à noter, c'est Téclat dont jouit l'école d'Alger, sous la direction d'Isaacben-Schescheth et de Simon-ben-Zémach Duran; là, l'éducation était divisée en deux séries d'études distinctes^

les unes religieuses, les autres profanes. Isaac-bea-Scheschetli» rabbin distingué, quitta Saragosse au moment de la persécuiioa d'Espagne (1391) et se rendit à Alger, où il rencontra S.mon-ben-Z«''maclj, également émigré d'Espagne, plus jeune que lui et qui le dépassait de beaucoup -par l'érudition *o.

« Qu'on estimât plus ou moins les livres hébraïques et la philosophie des Juifs, on ne devait pas oublier le titre immense qu'ils ont acquis pendant le moyen âge à la reconnaissance universelle 4*-. Ils ont été très-longtemps le seul anneau qui rattacha l'Orient à l'Occident, qui, dans ce divorce impie de l'humanité/ trompant îos deux ' fanalismcs, chrétien et musulman, conserva d'un monde à l'autre une communication permanente et de commerce et de lumière. Leurs nombreuses synagogues, leurs écoles, leurs académies, répandues partout, furent la chaioe en laquelle le genre humain, divisé contre luimôme, vibra encore d'une même vie intellectuelle. Ce n'est pas tout : il fut une heure où toute la barbarie, où les Francs, les iconoclastes grecs, les Arabes d'Espagne •eux-mêmes, s'accordèrent sans se concerter pour faire la guerre à la pensée. Où se cacha-t-elle alors ? Dans l'humble asile que lui donnèrent les Juifs. Seuls, ils s'obstinèrent à penser, et restèrent, dans cette heure maudite , la conscience myçtérieuse de la terre obscurcie. »

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