CHAPITRE VII
(xi« siècle,)
§ 1 . D*après une charte de l'évoque Adalberon ler, il paraîtrait qu'à la fia du x® siècle, les Juifs pouvaient avoir des biens territoriaux dans le Pays Messin : un certain David fut obligé de restituer^à Tabbaye de Sainte-GIossinde de Metz une vigne qu'il possédait. Ce Davidhabitaitsans doute à Metz, car ses coreligionnaires y étaient nombreux, puisqu'ils avaient synagogue et rabbin. Le commentaire nommé Tossaphoth sur le Talmud, au traité Schahhath^ parle de R. Eliezer, fils de Samuel de Metz, qui exerçait fies fonctions dans cette ville, Tan 4335 de Père de la créa, tion, ou 963. L'évoque Adalberonll, qui occupa le siège épiscopal de Metz, depuis Tannée 984 jusqu'au 13 décembre 1005, époque de sa mort, fut, paraît-il, trôs-favorable aux luifs, car Pauteur anonyme de la vie du prélat assure qu'ils répandirent des larmes à sa mort ^. Au commencement du xio siècle, un clerc s'étant fait juif, au grand scandale de PEglise messine, Alpert, moine du couvent de Saint-Simphorin, résuma, dans un livre intitulé : De diversitate temporum, les réfutations et les raisonnements qu'on employait à cette époque pour combattre t Pincrédulité » des Israélites. C'est un monument curieux, conservé parEccard dans un recueil des histoires du moyen âge.
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8ins d'Espagne, en 1063. L'armée qui marchait sous leur commaudemeut tua sans pitié tous les Israélites qu'elle rencontra sur sa route ; ceux qui demeuraient dans le territoire de Narbonne auraient eu sans doute le même sort, si le vicomte Béranger n'eût empêché qu'on ne leur ôtât la vie. Parmi les lettres d'Yves de Chartres, on en voit une du pape Alexandre II, au vicomte de Narbonne^ Béranger, tils de Raymond I», par laquelle il le félicite d'avoir sauvé la vie aux Israélites de ses terres, que des fanatiques^ en passant par le Narbonnais pour aller à une croisade contre les Sarrasins d'Espagne, voulaient mettre à mort. Cette lettre est de Tan 1065. L'archevêque Guifred, de Narbonne, n'exerça pas en cette occasion la même humanité ; on peut en juger par la lettre qu'Alexandre II lui écrivit dans le -même temps, pour lui prouver qu'on devait mettre une grande différence entre les Israélites qui vivaient paisiblement dispersés en divers pays, et les Sarrasins qui persécutaient les chrétiens.
L'abri tutélaire dont les Juifs pouvaient jouir permit à plusieurs d'entre eux de développer leur intelligence, d'étudier les lettres et de faire tomber quelques-unes des chaînes qui comprimaient l'activité morale de la nation. Judas ben Meir Cohen, dit R. Léon, et Siméon Hagadol, àMayence, tenaient chacun une grande école où se rendaient en foule les jeunes Israélites de l'Europe. Gerson ben Judas, connu aussi sous le nom de Gerson Hazaken (le vieux), né à Metz, à la fin du xo siècle, suivit la direction imprimée aux études bibliques des descendants d'Israël. Il y fit de rapides progrès, fut élevé au titre de grand-rabbin de France, et mérita le surnom de MeorHagola « lumière de la captivité. » La chaire qu'il occupait devint célèbre. Après avoir longtemps enseigné le Talmud à Troyes
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et composé de nouveaux commentaires sur la Bible, il vint à Worms, en 4030, pour y convoquer un synode de trois cents rabbins qui sanctionnèrent ses institutions, presque toutes marquées au coin de la sagesse et de la philanthropie la plus éclairée. Gerson ben Judas condamnait la polygamie, le divorce, le lévirat*.
La jQunesse de notre pays se ressentit particulièrement delà grande influence exercée par cet illustre rabbin. Il tira de l'obscurité beaucoup d'intelligences précoces qui, sans lui, fussent demeurées incultes. Lorsqu'à sa mort, arrivée en 1040 à peu près, Jacob ben Yakar, Tun de ses élèves, hérita de la chaire du maître , il continua le patronage exercé par lui, et Técole de Troyes vit affluer, comme précédemment, des disciples distingués venus de TAlsace, de la Lorraine, du Pays Messin et des provinces voisines.
Le célèbre Sigebert de Gemblours professait alors dans la ville de Metz, à Tabbaye de Saint- Vincent. Il eut de fréquents rapports avec les Israélites de cette ville, qui l'aidaient dans la correction des nombreuses versions faites sur le texte original de la Bible.. Sigebert savait l'hébreu, et la connaissance de cette langue, alors si rare parmi les prêtres, inspirait aux Juifs une confiance qu'ils n'accordaient peut-être à aucun autre chrétien. A la môme époque, le savant Siméon ben Isaac ben Abou, disciple du rabbin Alphasi, quitta Mayence, sa ville natale, et vint à Metz , mais il n'y demeura qu'une année et mourut en 1091 , laissant une réputation éclatante, comme sage et comme poëte. On le range parmi les meilleurs auteurs à l'usage du rituel journalier et du Machzor\ ses hymnes sont des modèles d'inspiration lyrique ; le morceau qu'il composa, qui se chante eu* core la nuit du Kol Nidré, et qui commence par les
mots i C'est toi que je recherche... », est un poème su^blîme comparable aux psaumes les plus beaux du roi David. SiméoQ ben Isaac fut inhumé aux environs de Tesplanade de Metz^. dans remplacement de rancienne citadelle. Les Juifs y avaient un cimetière bien avant qu'on ouvrit celui de la porte Ghambière.
Metz n'était pas la seule ville du nord-est de la France qui possédât une communauté juive : il y avait aussi des Israélites à Verdun, car un commentaire sur le Talmud, écrit au x* siècle, parle d'un rabbi leh'iel, de Paris, d'un rabbi Eliezer, de Verdun, en même temps que du rabbi Ëliezcr, de Metz ; Strasbourg possédait un grand nombre de ces exilés, et partout ils subissaient à peu près la même destinée politique. Serfs sans être attachés à la glèbe, ils obtenaient, moyennant finances, toute- Ja liberté qu'exigeait leur profession. A Metz, ils occupaient, sur le versant oriental de Tancieune enceinte, une ruegrimpante appelée tour à tour Juerue, Juif-rue, et contre laquelle existait parallalèlement la rue d*Enfer, où se trouvait enfoui le trop plein de la population juive, avec les marchands forains, baladins et autres mécréants auxquels rentrée de la ville était interdile. Une synagogue, la plus ancienne que nous connaissions enFrauce, — car elle date du xi« siècle, — occupe la partie inférieure de Juif-rue, et y fixe d*une manière positive remplacement de la première colonie israélite.
§ 2. — La position des Juifs était bien meilleure dans les parties de TEspagne qui avaient pu se maintenir sous des princes chrétiens et résister quelque temps à l'islamisme, jusqu'à ce que celui-ci se fût rendu maître de toute la Péninsule. Malgré l'inimiti^ qui régnait entre les chrétiens et les Juifs depuis la conduite injuste des rois visigoths envers ces derniers, les chrétiens respec-
taient ceux dont Timporiance politique grandissait à la cour des musuimans par leur éducation scientifique, leurs capacités diplomatiques et leur fermeté de caractère.
Pendant quatre siècles, depuis la bataille de Xérès (711) jusqu'aux croisades^ les Juifs rentrèrent presque tous dans les contrées qu^ils avaient habitées auparavant, et bientôt Ton vit des communautés nombreuses dans les grandes villes de la Catalogue, d*Âragon^ de Léon, de la Vieille et de la Nouvelle-Gastille^ et plus tard aussi en Portugal. Les prescriptions des conciles étaient peu observées. Le peuple et les princes espagnols étaient placés si bas sur Téchelle sociale, que le clergé même trouvait avantage à la présence des Juifa, car ces marchands seuls donnaient encore un peu d'activité au corpmerce de TËspagne et fournissaient des ressources pour la guerre contre les infidèles. Toutes ces raisons expliquent la position importante qu'occupaient les Juifs dans plusieurs États chrétiens, en dépit de la haine qu'on éprouvait pour leur religion; elles expliquent aussi la résistance opposée aux tendances de quelques chrétiens zélés, qui eussent volontiers anéanti ce qu'on appelait c l'incrédulité juive, i C'est ainsi que le clergé refusa d'obéir au roi lorsqu'il voulut massacrer les Juifs pour faire la guerre avec leur argent contre Abulkassem-Ëbn-Âbad-Almotamad, de Séville, et le pape Alexandre II (1064) loua le clergé pour cette action ^.
De même, sous son successeur Alphonse, on trouve les Jnifs très-puissants et môme possesseurs de privilèges ecclésiastiques, malgré les représentations du pape Grégoire Vll^. Leur situation était si agréable en Gastille, que beaucoup de Juifs s'y réfugièrent à l'incursion des
Alinoravides, sous loussef ben Taschfin (1089). Des documents précis constatent l'idée favorable que se formait d'eux le roi Pedro, en Aragon, qui combattit les musulmans et les vainquit. Du reste, on pensa que tous les Juifs appartenaient au roi^ idée suggérée sans doute par eux-mêmes, ce qui leur permit de compter sur sa protection directe, pendant que Fexercice de la puissance royale à leur égard était limitée par les certes.
A cette époque, Gordoue avait perdu sa puissance. De regrettables guerres civiles, pour ou contre les usurpateurs, déchirèrent toute l'Espagne arabe et donnèrent naissance à plusieurs royautés. Par suite, les Juifs aussi furent divisés. Ils formèrent des communautés séparées à Saragosse, Valence, Malaga, Tolède et autres grandes villes. Les plus remarquables trouvèrent le repos et le calme à Grenade où subsistait une communauté fort antique. Là, TAfricain Habous, général de l'un des usurpateurs de Gordoue, s'était déclaré régent (lOii) ; puis après un espace de sept ans, retournant dans son royaume, il transmit la royauté à son neveu qui portait le môme nom. A la cour de ce Habous ÏI,répicier Samuel Lévi de Malaga, fut longtemps, à cause de la justesse de son esprit, confident d'Al-Adif, conseiller privé du roi, et obtint, à la mort de celui-ci, le poste de premier conseiller royal.
«C'était une chose extraodinaire de voir un Juif arriver à la dignité de vizir et intervenir directement dans les affaires derElat^. La fortune de Samuel et de son Ois doit nous donner une haute idée de leur capacité, en faveur de laquelle Habous et Badis surent braver les préjugés et le fanatisme de leurs contemporains, et on comprendra que les musulmans ne purent voir avec indifférence le pouvoirexercé par un infidèle et l'influence dont les Juifs
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jouissaient alors à la cour de Grenade ; il parait même que cette faveur servit quelquefois de prétexte à d'autres princes musulman^ d'Espagne, ennemis de Badis, pour présenter celui-ci comme un impie, indigne de régner sur les vrais croyants. La sagesse et la modération du pieux et modeste Samuel commandaient le respect et lui servaient d'égide contre les manœuvres de la jalousie; peutêtre même Samuel n'avait-il pas pris positivement le titre de vizir. Mais l'orgueil de son fils Joseph, arrivé au faîte du pouvoir, finit par faire éclater l'orage, longtemps contenu, et par amener une terrible. catastrophe, le massacre des Juifs de Grenade. La principale cause de ce fait n'était que la jalousie des chefs berbers, excitée par l'ascendant qu'avaient -pris les Juifs dans le gouvernement de Grenade et alimentée par les fanatiques exhortations d'un poëte musulman, qui enveloppait dans le mêmeanathèmc le roi Badis et les puissants Juifs. Mais s'il est vrai que la fortune de Joseph et son ambition excitèrent -la jalousie et le fanatisme des musulmans, sa grande générosité ne manqua pas de trouver parmi ceux-ci maint admirateur sincère. »
Cependant AlHakem provoqua des émigrations en persécutant les Juifs, leur défendit d'avoir des anneaux à la main droite, de monter à cheval, de placer" des selles sur leurs ânes ou leurs mulets, et de porter des chaussures ordinaires. Les laïques durent porter des colliers formés de ronds de bois, puis ils devaient porter des anneaux particuliers, se couvrir de vêtements jaunes, s'abstenir de la fréquentation des musulmans, ne louer niàne, nicharriot, ni vaisseau. Enfin, on rapporte ^ que le barbare tua près de 12,000 Juifs au Caire. H est certain que la conduite de Hakem causa des émigrations, et probablement elle [désorganisa aussi l'école d'figypte.
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La plupart s'enfuirciil ù Cuirowau, où ils eiilrùreiil en relation avec les gavanis espagnols. Un second Isaac Israël! , appelé comme médecin à Cairowan par un émir, s'y perfectionna dans son art avec le concours d*un illustre médecin, Isaac ben Amram. L'érudition espagnole ne fit plus dès lorsque croître. Samuel en eut le principal mérite par les nombreux sacrifices qu'il faisait à la science. Il écrivit lui-même sur le Talmud et sur la grammaire hébraïque. Il composa quelques poésies d'un mérite secondaire.
Ce ne fut pas seulement des contrées asiatiques de la , Syrie et de la Mésopotamie, mais encore de l'Afrique et surtout du Maroc que les savants arrivèrent et augmentèrent par leur présence l'éclat des nouvelles écoles. Une persécution suscitée dans cette dernière contrée mit le savant Isaac ben Jacob Alfasi (ou de Fez) dans la nécessité de fuir à Cordoue, dans un âge avancé. 11 y enseigna le Talmud, et, pour en faciliter l'étude à ses auditeurs, il composa à leur usage un abrégé et un résumé des sentences, en émettant les détails des débats, ainsi que la partie anecdotique. Alfasi fut élu Naguid, ou prince des synagogues, et mourut à Lucena,enil03, ftgé d'environ quatre-vingt-quatre ans. Il avait eu pour adversaire le rabbin Isaac Barucb, surnommé le Malbé* maticien, parce qu'il avait enseigné les mathématiques au roi de Grenade; c'est une pfeuve de la haute opinion que les Maures se faisaient de son savoir. Alfasi et Baruch étaient chefs de deux écoles opposées; ils finirent cependant par se réconcilier.
§1 3. ^ Pendant quelques siècles les Juifs vécurent aussi en Angleterre, qui était devenue comme la France e^-môme, leur patrie adoptive.
àvnati 'invasion àm liormaiids^ on ne trouve que peu
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de traces de la présence d'IiabitanU juifs qui avaient immigré sans doute avec les chrétiens. Le premier mobile de rimmigration a été probablement le commerce d'esclaves, qui a dû être particulièrement vivace pendant ta guerre avec les Danois. Quelques renseignements font supposer qu'au temps de Louis le Pieux, les Juifs avaient déjà en Angleterre des biens fonciers. Edouard le Confesseur déclara les Juifs, peut-être selon leurs propres vœux, la propriété du roi(1041). Cette situation se maintint par la suite ; la position des Juifs fut celle d'un Etat dans le royaume. Guillaume le Conquérant y introduisit tout le régime de la féodalité, selon le modèle alors en usage. Il ne promulgua pas de nouvelle ordonnance à l'égard des Juifs, quoiqu'à la suite de son expédition, ils fussent venus en grand nombre. Son fils Guillaume (1089) pTofondément indifférent en matière religieuse, favorisait en général les Juifs dans son intérêt, et força môme des apostats à revenir au judaïsme, afin de ne pas voir ses revenus diminuer au profit de TKglise. Sous la domination d'un prince aussi rapace, les Juifs pouvaient B*agrandir et acheter notamment des biens ecclésiastiques vacants au proit eu roi. Dans les villes, leurs richesses 8'accrurent,et un moment^ la plus grande partie d'Oxford leur appartint.
Malgré cela, ils n'avaient de cimetière qu'à Londres, où ils durent transporter tous leurs morts ; cela prouve que lo roi tenait beaucoup à les concentrer comme ses Inens. Ce fut fienri H (H54) qui leur accorda d'autres iieux de sépulture. Les mesures de rigueur de ce roi eoôtre lanoWesseet lé clergé furent profitables à l'industrie des Juifs, dont le roi tira de3 sommes exorbitantes, surtout pour la croisade ïjrojetée. Par leur for lune ilâ detifireut de plus en plus indispensables au roi,
qui louait beaucoup de soldats mercenaires. De temps en temps, ils soutenaient aussi des chevaliers persécutés contre les intérêts du roi. C'est là ce qui leur donne Tapparence d'usuriers, appliqués seulement au gain. Après la littérature hébraïque, qui faisait leur occupation iatellectuelle, un peu isolée du reste des sciences, ils cultiyaient la médecine, au grand chagrin des empiriques ecclésiastiques qui les traitaient de sorciers pour les faire mal venir du peuple; on ne manqua pas non plus de les accuser de crucifier des enfants chrétiens. Plus s'amélioraient leurs relations avec les rois, plus le peuple les haïssait sous des prétextes religieux.
Il en fut de môme pour leur situation générale en Europe. Malgré la protection accordée légalementaux Juifs et mise en vigueur dans les cas urgents, la position qui leur avait été faite en dehors de la différence de religion, devait leur attirer divers malheurs.Dans les ordonnances, il y avait déjà des restrictions à lactivité des Juifs au sujet de leurs biens mobiliers, surtout à l'acquisition de l'argent, car étant exclus de tous les honneurs, ils ne pouvaient guère se préoccuper de briller par des productions intellectuelles et artistiques, ou par des services rendus à l'Etat.
Tout élan était rendu impossible au génie par suite des impôts écrasants et de la pauvreté qui en était le résultat; un membre du judaïsme qui se serait particulièrement distingué n'aurait pu vivre que par ses coreligionnairei plus fortunés, déjà chargés de pourvoir à l'entretien des savants, et il n'aurait recueilli que le mépris des dominateurs, parce qu'il n'y avait pas de participation financière à espérer d'eux.
Mais avec l'argent, le Juif acquérait l'importance et Teslime, et devenait effectivement utile à l'État. Avec
Targent, il pouvait aussi atteindre des libertés plus étendues et établir mainte institution utile. Entîn, avec de Targent, il était aisé de quitter une localité dangereuse et d'avoir accès dans un asile plus sûr.
Donc, forcés par les circonstances de s'adonner au commerce et à l'industrie de Targent, les Juifs y furent de plus en plus enclins, et s*y adonnèrent d'autant plus volontiers, que des lois spéciales leur accordaient à cet égard certains privilèges, et que les guerres civiles des nobles qui les plongeaient dans des dettes sans limite, leur en fournissaient l'occasion. Les Gaorsini, association italienne privilégiée pour d'usure, et rétablissement de maisons d'emprunts, ne pouvaient suffire à tous les besoins ; ils prenaient peut-être aussi un taux trop élevé et ne prêtaient que sur garanties incontestables. De bonne heure môme, ils furent chassés de certaines contrées, suivant plusieurs édits. Les Juifs pouvaient donc compter d'autant mieux sur la durée de leur industrie. Le taux généralement très-élevé, de 25 et môme de 50 pour cent Binon davantage, autorisé légalement pour les prêts en ces temps hasardeux, engageait bien plus que le revenu précaire de tout autre travail et procurait le nécessaire aux Juifs^ même peu aisés, tous habitués à ne chercher que peu de plaisir dans la vie matérielle. Les Juifs devinrent ainsi indispensables aux hommes légers et imprudents, en un mot à tous ceux, grands ou petits, qui les entouraient.
Ëniin en novembre 1095, dans le concile de Glermont en Auvergne, présidé par Urbain II, Pierre THermite fit de fortes remontrances au clergé et obtint le décret d'une guerre sainte contre les musulmans. Partout on se prépara à cette guerre.
Mais tout à coup quelques prêtres fanatiques firent en-