‹ Histoire des Israélites depuis d'édification du second temple jusqu'à nos joursChapitre 13 sur 20 · CHAPITRE X ( xiv 9 siècle · texte numérisé non relu

CHAPITRE X ( xiv 9 siècle

§ i«r. — Au mois d'août 13H, Philippe IV avait chassé les Juifs de toute la France; mais son succeseur Louis X, le Hutin, à peine monté sur le trône, les rappela par une ordonnance du mois de juillet 1315 et leur accorda une permission de séjourjpour douze ans.- Tous ces privilèges devaient servir à battre monnaie, et c'est en effet pour faciliter aux Juifs leur nouvel établissement et en même temps pour s'emparer d'une partie de ces biens, qu'il leur donna ces lettres patentes, et que le lendemain^ 6 août, il fit un mandement à tous les échevins, baillis et autres officiers civils, d'aider Guillaume Bernard dans sa mission, mission qui devait faire entrer dans les coffres du roi une somme assez forte. Cette arrière-pensée se manifeste par la suite.

Quelques habitants de Beaucaire et de Montpellier se trouvant surchargés de dettes contractées envers les Juifs, ne trouvèrent rien de mieux à faire pour se décharger que de se plaindre de l'usure des Juifs auprès de Philippe V, dit le Long (13*8), en ajoutant comme complément qu'ils éludent ou négligent depuis quelques années la loi qui leur impose de porter sur leurs habits des marques distinclives. Le roi ne demande pas mieux que d'y ajouter foi et ordonne de réprimer les usures des Juifs et de les obliger à porter la rouelle imposée depuis le con-

cile deLatran; il renouvelle cet ordre en 1329 au bailli de Troyes, \i l'incitation des Gordeliers *. Mais souvent la cour de Rome vient à leur secours, d'abord par égoïsme, puis par humanité. Jean XXII trouvant établie une coutume qui confisquait au profit de l'Église tous les biens des Juifs convertis, s'élève contre elle (1320). « II est absurde, dit-il, de s'emparer des biens des Juifs qui se convertissent et de les forcer par là à la mendicité, ou de les empêcher d'embrasser le christianisme. » Il ordonne donc que, loin de les dépouiller, on doit encore leur accorder de grandes faveurs. Voilà pour l'Église ; mais voici aussi une lettre au sénéchal d'Avignon en faveur des Juifs :

Des pasteurs (pastoureaux) , des campagnards et un ramassis de gens de la plus mauvaise espèce se réunirent dans le midi de la France sous le prétexte d'aller en terre-sainte ; mais au lieu de délivrer la France de leur présence, ils prirent la résolution de se jeter partout sur les Juifs, de les piller et de les massacrer partout en masse. Us commencèrent donc à exécuter leur résolution et donnèrent la chasse aux Juifs qui fuirent devant eux. Pour éviter de tomber entre leurs mains cruelles, quelques-uns au nombre de plus de cinq cents se rendirent au château royal de Verdun sur la Garonne, diocèse de Toulouse et demandèrent asile au gouverneur. Cet officier les reçut volontiers et les plaça dans une tour élevée. Mais rien ne put arrêter les pastoureaux qui assiégèrent aussitôt les Juifs. Ceux-ci se défendirent avec beaucoup de valeur; et après avoir jeté toutes les pierres et les poutres, ils se trouvèrent sans défense. Les ennemis rassemblèrent une grande quantité de bois à- la porte de la tour et y mirent le feu. Voyant qu'il n'y avait plus de salut, les assiégés résolurent de se tuer les uns les au-

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très plutôt que de périr de la main des barbares. Ils chargèrent le plus fort et le plus robuste d'entre eux de leur couper à tous la gorge; celui-ci, après cette sanglante exécution voulut se retirer en demandant le baptême pour lui et les enfants qu'il amenait, mais il fut massacré et Ton n'épargna que les enfants qui furent baptisés. A cette nouvelle, le pape Jean XXII écrit à Philippe le Long et au sénéchal d'Aviguon pour les prier d'arrêter ces désordres. Le sénéchal de Carcassonne Aymeri de Cros, chargé de disperser les meneurs, écrivit aux consuls de Narbonne de se saisir de ceux qui chercheraient à fuir. Mais Aymeri ne put pas les prendre tous, et un grand nombre de pastoureaux se retirèrent en Aragon, où ils renouvelèrent leur carnage de Juifs. Jacques II ne put arrêter l'effusion de sang qu'avec beaucoup de peine 2 .

Malgré l'intercession papale, Philippe condamna les Juifs de son royaume à une amende de 150,000 livres par arrêt du parlement et sans autres motifs ; suivant la répartition faite entre ceuxde la langue d'oc et de la langue d'oïl, lespremiers furent taxés à 47,000 livres parisis, savoir : Carcassonne, à 22,500 ; Beaucaire à 20,500 ; Toulouse à 2,000 ; Rouergue à 1,900; Périgord et Querci, à 400.

Charles le Bel semblait favorable aux Juifs; mais après sa mort les Navarrais se soulevèrent en masse contre eux, et en massacrèrent à Estella et ailleurs plus de six mille. Le R. Menachem, fils d'Ahron ben-Zerach, dont ces hommes furieux avaient attaqué la maison, ne dut son salut qu'à la faveur d'une défaillance qui le lit tomber sans connaissance parmi les morts (1328). Le lendemain seulement, un chevalier, ami de son père, l'y trouva, le fit revenir à* la vie et lui procura les moyens de fuir en

Castille. Jeune encore il continua ses études à Tolède, et au bout de deux ans il alla à Alcala, où il devint l'élève de Joseph Ibn-Algaïch, à qui il succéda comme professeur en 1368. Mais dans la lutte qui survint entre don Enriquez et don Pedre, ayant eu sa maison pillée, il se relira de nouveau à Tolède, où, pour honorer son protecteur Samuel Abravanel, il composa un livre célèbre (Cèdd ladderekh) résumant toute la casuistique talmudique et posltalmudique. Il mourut à Tolède en 1385.

On possède un témoinage de la présence de nos ancêtres à Paris vers cette époque, dans un arrêt du parlement qui condamne (probablement pour usure), Samuel le Ny, Bel le vigne de l'Étoile, Abraham deSannes, Moreau, de Laon, Auguin, de Bovre, Raphaël Abraham et Joseph Dupont de Vaulx, à faire revenir le sieur Denys de Machault, par détention de leur corps; en outre, lisseront battus par trois samedis et en trois lieux, près des Halles, en Grève et place Maubert, et ils paieront 10,000 livres parisis, servant à la construction d'un pont en pierre derrière l'Hôtel-Dieu. Puis ils seront bannis et leurs biens confisqués 3 .

De même, avant de partir pour la croisade (1345), Humbert II avait donné Tordre à l'archevêque de Lyon d'exiler les Juifs du Dauphiné; mais ce n'était qu'un moyen de leur faire racheter la liberté d'y rester. Le prélat, qui savait cela, tira d'eux 1,000 florins pour les dépenses de la guerre, et il annonça aux autorités que la permission de séjour était encore une fois accordée aux Juifs *.

Sur ce, survint la peste de 1348 qui lit de si effroyables ravages en Allemagne et au midi de la France. A qui s'en prendre? Une horrible accusation s'élève alors contre les Juifs : « Ce sont eux qui empoisonnent les fontaines. » La populace crédule manifeste aussitôt sa haine contre les

Juifs et exerce partout une terrible vengeance contre eux. C'est sur une pareille accusation et par sa haine, que, ki 17 août, à Saint-Saturnin, en Dauphiné, le peuple se souleva contre les Juifs et en fituR horrible carnage. Le pape Clément VI les protège, défend qu'on les massacre, qu'on les dépouille, ni les baptise de forée,

Plus l'accusation manquait de sens, plus elle trouvait accès auprès des gens crédules de l'époque. On sévit terriblement contre les Juifs, et les dispensateurs de la justice n'avaient pas honte de céder à ces croyances et môme d'inventer de nouvelles tortures contre les prétendus coupables. A Bàle, tous les* Juifs qu'on avait pu saisir furent liés à un immense tonneau et précipités dans le Rhin ou brûlés. On ne conserva que les enfants pour les élever en chrétiens. C'est ce qui arriva à Costnitz, où Ton accordait la liberté à ceux qui voulaient adopter le christianisme. L'un d'eux se convertit, retourna ensuite dans sa maison, L'incendia et s'écria : « Je meurs donc en bon Juif! » et bientôt après sa maison ainsi que quarante autres étaient réduites en cendres. Dans d'autres villes de la Suisse, les Juifs furent roués ou décapités. De la Suisse, ces meurtres se répandirent en Alsace. Les magistrats s'opposèrent à Strasbourg à ce que l'on versât le sang innocent; le peuple les força à céder leurs fonctions, et les nouveaux élus brûlèrent aussitôt sur le marché deux milte Juifs, dont ils donnèrent les biens aux pauvres ouvriers. Ils voulurent aussi exciter d'autres villes à une conduite analogue ; mais ils reçurent un avis contraire de l'empereur. A Spire, Worms, Ulm, Mayence, où les magistrats ordonnèrent également une perquisition, la plupart des Juifs moururent dans les fïammes allumées par euxmômes pour arracher leurs biens à leurs ennemie. Les

fuyards trouvèrent uu asile à Heidelberg et à Sennesheim.

Des vallées du Rhin, l'émeute se propagea en Thuringe. A Erfurth seul on en tua trois mille, ce que l'archevêque de Mayence approuva ; il fut imité dans toutes les villes de ce pays, où le peuple, et non les autorités, se soulevait contre les Juifs. Ils eurent à subir les mômes malheurs en France et dans le Wurtemberg. Le cri de meurtre retentit de la Suisse en Sîlésie, et souilla le sol de sang innocent. Les lettres de protection de l'empereur et les recommandations du Saint-Père étaient sans effet contre ces excès.

Depuis le commencement des troubles, Charles IV se trouva d'autant mieux disposé à prêter l'oreille aux vœux des villes et dos États qui désiraient accorder le droit de protection aux Juifs, que les mêmes revenus lui devenaient sans cesse plus précaires. Aussi forme-t-on de 1348 à 1356 les privilèges les plus importants de ce genre, tels qu'à Spire, Worms, Zurich, Baie et ailleurs, où par l'introduction de rues juives closes et d'autres sécurités, on attira de nouveau les Juifs comme habitants. C'est aussi la raison pour laquelle l'empereur, dans la bulle d'or, confirme aux princes, ses vassaux, le droit d'avoir des Juifs et même de transmettre ce droit à d'autres États. Il augmenta aussi leurs droits de suzeraineté, sans trop nuire à ses intérêts propres.

Tous les jours, il y avait aussi à se prémunir contre la menace de mort de l'ensemble des Juifs d'une ville ou d'un pays, de sorte que dans tout privilège, contrat ou convention, on n'oubliait pas d'émettre la condition prévue du cas d'un massacre total des Juifs d'une communauté. Leur dispersion dans l'empire leur accorda toutefois un peu plus de sécurité à cause de leurs rapports, mais les exposa davantage à l'arbitraire et aux mauvais traitements.

§ 2. — Quand les foules fanatiques des flagellants (1348) parcouraient les routes en criant « le mal vient des prêtres, » l'on commençait à les massacrer. « Le peuple du fond de la Hollande jusqu'aux Alpes, s'ébranlait ; on craignait, dit Michelet, un carnage universel du clergé, lorsque le coup fut habilement détourné sur les Juifs : li fallait du sang, on donna le leur. »

Ce qui attira alors sur eux toute l'accusation, ce fut la particularité qu'ils étaient seuls affranchis de cette nialal die, exception heureuse dont ils étaient naturellement redevables à leur isolement , à leur nourriture saine, à leur vie pure, et à leu* refus de prendre tout repas chez les chrétiens. On crut qu'i s avaient été excités à empoU sonner les puils par les Maures, les Berbères ou d'autres infidèles, et on leur éleva des bûchers dans plusieurs localités. À Chinon on en brûla vingt-huit. A Vilry, on en enferma quarante dans une tour; et, comme à Verdun, ils se choisirent l'un d'entre eux qui fut chargé de leur donner la mort à tous; celui-ci voulant s'enfuir, tomba du haut de la tour entre les mains des ennemis et fut tué par eux. A Paris on se contenta de profiter de la situation pour leur extorquer 150,000 livres.

Pendant ce temps, bien des maux frappèrent les Juifs, qui pour s'y soustraire n'eurent d'autre moyen de salut que d'entrer plus d'une fois dans le giron de l'Église. Il y a lieu de s'étonner que les Juifs ne se soient pas retirés, après la treizième année de leur entrée en France. L'extension des affaires, et probablement la crainte d'être exposés au pillage, les empêcha d'user de leur droit. En outre, chacun, au milieu même de la dispersion, suivait ses intérêts qui le liaient à sa localité (1340). Quelques fuyards perdirent, par une ordonnance de Philippe VI, tout droit à recouvrer ce qu'ils avaient laissé derrière

eux. Bientôt après le roi ordonna lui-même aux Juifs qui resteraient encore dans son territoire d'émigrer ou de se convertir au christianisme. Cet ordre était contraire aux convenions, et il ne fut pas non plus exécuté, jus^ qu'aux persécutions qui suivirent la peste.

Il faut ajouter à ces maux l'assujettissement des Juifs à l'un de ces princes, à des viUes ou seigneuries. Le mal était grand; car tout ressort contenant des Juifs, "était étranger pour ceux d'une autre circonscription; cela nécessitait des dépenses pour le moindre voyage, et, en cas d'émeute, on faisait payer de fortes sommes d'entrée. Ces avantages préoccupaient presque toutes les localités, où peu d'années auparavant Ton avait 6i inhumainement traité les Juifs, au point qu'elles leur offrirent l'accès; et souvent les autorités ne rougissaient pas d'ajouter aux conventions leurs vues égoïstes et intéressées. De pauvres fuyards tentèrent parfois de s'y réfugier ; ils suppôt taient tout pour avoir un lieu de réunion et de prière, le libre exercice de leur culte, et un champ de repos pour leurs morts.

Lorsque le iléau fut passé, les esprits se calmèrent. Le conseil de la ville de Nîmes avait accordé aux Juifs un quartier particulier, celui de la Corrègerie. Mais ils s'y trouvèrent trop à l'étroit et demandèrent au conseil de changer le lieu de leur résidence. Le conseil de la ville, dans une séance tenue le 49 août 1352, prend en considération la demande des Juifs et leur accorde un autre quartier au cenirede la ville, la rue Cagansul dans toule sa longueur, jusqu'au carrefour de celle de la Rouerie.

Il y eut aussi des Juifs dans les autres localités de la Provence, et à Reilhanc, ils formaient presque la totalité des habitants. Un jour, harcelés par les chrétiens, ils s'abandonnent à leur indignation et en vinrent aux mains

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avec leurs ennemis. Mais aussitôt après, ils furent coudamnés pour cela à une amende de 2u00 florins d'or \

Enfin, pur une ordonnance de mars 1360, îl&peuvenlde nouveau rentrer eu France, à la charge de payer un nouvel impôt et un droit d'entrée considérable par individu. Le roi Jean II avait un pressant besoin d'argent pour sa rançon promise aux Ang'ais. Il n'épargnaaurune promesse aux Juifs pour attirer leur argent. Il leur donna de grandes immunités, des franchises, des garanties, et nomma le duc d'Ëiainpes gardien et conservateur de leurs privilèges 6 . Le maréchal Daudeneham va plus loin : il donne pouvoir aux Juifs de poursuivre leurs débiteurs ou leurs héritiers, ou de faire saisir leurs biens, requérant au besoin l'appui de l'autorité des sénéchaussées de Toulouse, de Carcassonne et de Beaucaire. r , , f .

Eu effet, les malheurs du roi Jean (1339) changèrent la situation. Le gouvernement se trouva, fous la régence deCharies et pendant la captivité du roi, daus l'état le plus embarrassant. Le procureur des Juifs de cette époque, Menecier de Vesou, proposa alors le rappel des Juifs pour vingt ans, sous de nouvelles conditions. A peine le régent eut-il émis l'ordonnance, qu'où vit aflluer une quantité innombrable de Juifs. lis obtinrent daus toutes les villes du Laugucdoc et de la Provence des quartiers spéciaux, où ils étaient en sécurité, et ils furent placés sous la dir rection d'un gardien et d'un juge. Après le retour du roi (janvier 4361), Menecier obtint de lui la confirmation de Tédit et fut nommé procureur des Juifs, fonction en vertu de laquelle il se chargeait de faire entrer au Trésor la somme de quatorze écus par chaque père de famii.e et de deux livres euviron pour chaque cuLot et chaque domestique, impôt dont il prélevait un septième pour lui. Leur protection était garantie par le roi seul.i* plupart

des conventions s'accordèrent avec les précédentes; mais l'impôt en général fut doublé et on facilita aux Juifs leurs droits d'appel contre tout acte arbitraire. Cependant le roi avait peu de forces pour s'opposer aux attaques contre ce droit de la part des autorités de provinces éloignées, et pour rendre justice aux Juifs maltraités.

La réintroduction du signe de distinction, la suppression de la juridiction juive accordée dans les privilèges et dans d'autres prescriptions royales, étaient des exemples d'une conduite despotique. Déjà, une persécution se préparait, lorsque Charles V, à son avènement, comme promoteur de ces privilèges, les confirma de nouveau pour six ans (1365). Menecier jouit auprès de lui d'une haute considération et obtint pour les Juifs la dispense de porter le signe de distinction, faveur accordée à peu de gens. Par son intermédiaire, on supprima quelques ordonnances spéciales, motivées par les plaintes sur l'usure et sur les faux médicaments de médecins juifs, et on négocia plus tard une nouvelle prolongation des privilèges pour dix ans. Pour toutes ces faveurs, le roi obtenait toujours des sommes importantes.

Une ordonnance du roi de France, du 27 décembre 1362, signée à Nîmes, permet aux Juifs l'exercice de la médecine, à la condition par eux de prendre leur grades de physique et de chirurgie dans les universités du royaume. Cette môme ordonnance enjoint encore aux Juifs de porter sur leurs vêtements une marque distinctive placée d'une manière ostensible. Il est bon de savoir que pendant longtemps les principaux médecins furent des Arabes et des Juifs ; ce furent surtout ces derniers qui fondèrent l'université de Montpellier, qui est toujours restée si célèbre.

Cependant plusieurs conciles du xm« siècle, entre autres

les conciles de Béziers en 1246 et d'Albi en 1255 défendaient aux chrétiens de se servir de médecins juifs. La nécessité les Ht pourtant re< hercher toujours, car l'ignorance des médecins chrétiens était si grande, qu'on dut exiger d'eux, en 1352, licence de la faculté pour leur permettre d'exercer. Ce fut, pour faire cesser les plaintes de ces derniers, qu'on imposa aux Juifs les mômes obligations.

A Arles, un Juif nommé Bendich Ahin, très r instruit en mathématiques et en langues arabe, grecque et latine, mérita par son savoir d'entrer dans la maison de la reine Jeanne. « Et, dit Nostradamus, après avoir été reconnu vertueux, loyal, honnête, très-expérimenté en médecine, il fut nommé médecin ordinaire de la reine ; et à cette occasion il fut, par lettres patentes, exempté, lui sa famille et sa postérité, de toute charge et imposition juives. »

En succédant à son père, le roi Charles V, dit le Sage, suivit à l'égard des Juifs la môme conduite que son père, et leur renouvela, le 2 juin 1364, tous les privilèges et toutes les immunités qu'avaient obtenus les Juifs. Il prorogea de six ans le terme de leur séjour. Chaque année, les Juifs devaient payer sept florins par tôte, et en revanche on leur accorda un gardien de leurs privilèges, dont le plus essentiel était que nulles lettres royales n'avaient force contre eux, à moins d'être acceptées par leur gardien. Enfin, en 1374, sur la supplique présentée par Menecier de Vezou, procureur général des Juifs et Juives du royaume, et après mûre délibération en son conseil, il prolongea de dix ans encore le terme de vingtsix ans fixé par lui; il leur accorde par ces lettres patentes les mêmes franchises, immunités et privilèges qu'auparavant et les soumet aussi aux mêmes redevances. Ce

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n'est pas dépendant sans bourse délier qu'ils obtinrent cette prolongation. Charles V reçut d'avance, comoae il le dit dans sa lettre, 3000 francs d'or.

Ayant encore besoin d'argent de suite, ce roi donne à Saint-Germain en Laye (1378) des lettres patentes portant que, moyennant un prêt de 20,000 livres que les Juifs de la langue d'oïl feront au roi, payable en quatre termes, plus une redevance de 200 livres à payer pa* semaine, ils seraient exemptés de toutes redevances et autres droits auxquels ils étaient tenus envers lui.

De môme, le procureur d'alors, Salomon de Vesoul, sut conquérir les bonnes grâces du roi par de grands emprunts. En effet le roi chercha à maintenir aux Juifs leurs droits, tout en prétextant des abus de leur part (1380). Dans le même esprit, le gouvernement continua après sa mort à prolonger les privilèges pour cinq ans, au nom de Charles VI. Déjà les Juifs voyaient luire de meilleurs jours, lorsqu'au second mois de ce règne, les » mouvements de Paris produisirent de nouveaux mal* heurs. Aussitôt qu'on eût promulgué unédit ordonnant la levée de plusieurs impôts, la populace pénétra avec violence dans les archives du fisc et pilla les caisses. Au milien d'un tel trouble, il fut facile à quelques nobles de tourner l'émeute contre les Juifs dont les livreB de créance furent déchirés et les gages emportés. Eux-mêmes furent placés sous la protection d'une garde de sûreté et les dettes pour gages volés devaient être payées. De celte façon, le peuple aussi subit les conséquences de sa conduite.

Lorsque Charles VI monta sur le trône, on crut que lé règne de ce prince serait plus défavorable aux Juifs que né l'avait été celui de Charles V. On crut le moment opportun de se jeter sur les maisons des Juifs, de Icb piller et surtout

de brûler les titres des créances, moyen expéditif d'acquitter ses dettes. Mais Charles VI ne le toléra pas, et pour contiuuer sa protection aux Juifs comme auparavant, il charge, le 49 novembre 1390, Guillaume du Bois et Jehannin Gandorien, sergents d'armes, d'ailes à Mantes s'informer secrètement de ceux qui avaient pris les biens des Juifs dans une sédition qui eut lieu contre eux, de faire l'inventaire de leurs biens, de les mettre en sûreté pour la conservation des droits de ceux à qui ils appartiennent T .

Pour continuer la guerre avec les Flamands et ayant besoin d'argent, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, accepte l'offre que lui font les Juifs de lui en fournir. Moyennant ce prêt, il leur accorda une charte (4384), selon laquelle il est permis à cinquante-deux familles juives de s'établir partout où bon leur semblera sur ses terres, à la condition de payer au duc les impôts juifs habituels. Il les prend en outre sous sa sauvegarde particulière, les dispense des marques distinctives, ordonne de leur fournir tous les aliments dont ils auront besoin, et nomme pour leur protecteur son chambellan, Guy de la Trémouille de Lully.

Enfin, en février 1388, le roi Charles VI révoqûe la commission donnée à Bérault-Bresson et à Jean Truquam, chargés de juger les Juifs dans le vicomté de Paris et tout le pays de la langue d'oïl, il veut que désormais les Juifs soient, comme les autres citoyens, jugés au Châtelet par le prévôt lui-même, avec l'apposition du sceau de la prévôté 8 .

Mais après un grand nombre de lois et d'ordonnanceB favorables aux Juifs, un moment de gêne et de pénurie dans le trésor lui fit changer d'avis. Circonvenu depuis longtemps par les ennemis des Juifs qui saisirent cette

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occasion avec joie, le roi enjoint, le 7 septembre 1394, à tous ceux de la langue dVil et de la langue d'oc de sortir de suite du royaume ; dix jours après, il donne commission au sénéchal do Beaucairc de le3 conduire purement hors de France, et le 3 novembre suivant, il lui ordonne de saisir leurs biens au profit du trésor. Ils se rendirent en Allemagne, en Italie, en Pologne et dans quelques petites principautés.

§ 3. — Le roi d'Espagne, Alphonse XI, préserva de tout son pouvoir les droits des Juifs ; mais comme les Cortès, à Valladolid, demandaient à annuler une partie des dettes, il dut céder pour ne pas trop exciter les populations contre lui. Il rejeta avec énergie quelques accusations spécieuses qu'on avait dirigées contre les Juifs. Cependant il trouva bien de séparer davantage les deux partis religieux. L'on commença sous son règne et avec sa permission à ne laisser les Juifs que dans quelques rues, surtout éloignées des églises. Depuis ce temps-là, c'était l'usage de laisser aux Juifs des quartiers particuliers dans la ville. Quant aux prières, le roi défendit aussi de maudire les Juifs convertis, ce qui fît changer quelques expressions du rituel. En outre, le roi avait, comme de coutume, son minisire des finances juif, Joseph, qui demanda pour lui la main de la princesse de Portugal et qui faillit devenir la victime d'une inlrigue ; mais malgré la demande des Corlès de le renverser, il reçut une charge dans une province éloignée ; de plus, le roi avait pour agent le Juif don Samuel Abravanel et pour médecin de la cour don Samuel Abenhuer. Il cherchait à opposer les plus grandes difficultés à l'usure par la nouvelle révision des lois du pays à Alkala de Henarès ; il élendit les droits des Juifs en leur permettant d'acquérir des propriétés foncières jusqu'à la valeur de 30,000 maravédia

par personne dans les provinces au delà du Duero,et jusqu'à 20,000 dan3 celles en deçà du Duero, ce qui parait considérable. La môme position légale subsista sous Pierre le Cruel, chez lequel le savant don Samuel Levi était Almojarif,

Plus Pedro se montrait favorable aux Juifs en permettant môme à son almojarif de bâtir une deuxième synagogue, grande et magnifique, à Tolède, plus ils avaient à souffrir des ennemis du roi. Don Henri l'attaqua, prit la ville basse «de Tolède et laissa piller la rue Alkanah où les marchands demeuraient, et beaucoup de Juifs furent . tués. On dit mô ne que le rabbin Juda, fils du célèbre Rabbenou Ascher, fut tué après avoir tué lui- môme sa femme et sa belle-mère pour que les soldats sauvages ne pussent les maltraiter.

Le quartier juif dut subir le môme sort, mais il ferma ses portes et reçut bientôt, de l'autre côté de la ville, des troupes royales. A cause de cela, les Juifs d'autres endroits souffrirent davantage.

Il est intéressant d'assister aux changements successifs de leur position. Pedro fit exécuter don Samuel Lévi, qui n'était accusé d'aucun crime et qui avait eu le seul tort d'ôtre riche; il lui enleva ses biens (1360). Henri, plus heureux lors de sa seconde entreprise en Espagne, avec l'aide de Bertrand du Guesclin, fut aidé des Juifs. Il se montra reconnaissant de cette assistance au sein de l'assemblée des Cortès à Burgos, en s'opposant à la proposition faite par quelques grands du royaume de retirer aux Juifs leurs charges de fonctionnaires, leurs occupations de médecins, etc., sous le faux prétexte d'éviter par là des collisions entre Juifs et chrétiens.

La position ne changea guère en ce pays pendant l'espace d'un siècle environ. Les relations avec le pouvoir res-

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faiertt lés mêmes, parce qu'on se rendait compte de paft et d'autre des intérêts mutuels que ces relation* ravur*^ saient, et la réciprocité des services rendus né s'en ressentait que davantage. Cela dura ainsi jusqu'au moment où, le fauatisme ayant repris le dessus, l'exil d'Israël Se prépare de nouveau après la régence d'un grand docteur jiiif, qui avait occupé dans la direction de l'État lé poste le plus élevé. Les événements dont il est contemporain méritent qu'on s'y arrête dans la suite.

L'impulsion donnée aux travaux philosophiques par les disciples de Maïmonide produisit un élan générai parmi les savants juifs et donna naissance à de véritables sociétés littéraires, comme par exemple au sein de la communauté de Perpignan, ou en général en Provence et dans l'Espagne chrélienne. Les ouvrages de philosophie ou de science écrits en arabe, furent traduits en latin, par les Juifs soit d'après l'original arabe, soit d'après les traductions hébraïques. L'intérêt que les chrétiens attachaient à ces traductions hébraïques, plus faciles à interpréter que les originaux arabes, se révèle dans la protection accordée à ces traducteurs par l'empereur Frédéric H. Ge fut en Provence que le Guide de Maïmonide avait été traduit en hébreu par Samuel-lbn-Tibbon de Lunel, qui acheva sa traduction au moment même de la mort de Maïmonide. La Provence fournit presque tous les traducteurs et commentateurs des philosophes arabes, tels que Jacob-ben^ Àbba-Mari ben-Antoli, Moise, fils de Samuel- ibn-Tibbon, et plus tard, au xiv e siècle, Lévi-ben-Gerson, Calonymosben-Galonymos (né en IÎ87) ; Todros^Tourosi qui écrivit én 1337 à TrinquetaMes, près d'Arles; Jacob-ben-Makhirbeu-Tibbon, ou Proliat, de Montpellier, à la fin du xiïi 6 siècle et au commencement du xtv e ; SanmeMran- Iehouda-ben-MeschuUam, connu vulgairement sous le

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nom de Miles de Marseille*, né en 1294. Son grand-père Mescbullam était arrière*petit-fiis de Jacob -ben-David Profiague, que Benjamin de Tudèle mentionne comme Pun des plus riches habitants de Marseille, et qui mourut en 1170. Samuel étudia la philosophie et les sciences à Salon, sous la direction de R. Abba-Mari, appelé vulgairement Sen Astruc de Noves; et en 1322 il était prisonnier à Beaucaire avec d'autres Juifs , d'où il passa à Murcie en Espagne, et revint ensuite à Tarascon (1329), Aix (1335) et Montélimart (1340>.

Écrivain moins fécond que Levi-ben*Gerson, mais non moins profond, Moïse-ben-Josué, dit maître Vidal, était d'une famille originaire de Narbonoe (et nommée Narbonî), établie à Perpignan, où le jeune Moïse fit ses études sous la direction de son père ; il était né à la fin du xiii* siècle et mort vers 1362. Il a laissé des ouvrages fort intéressants pour l'histoire de la philosophie , et ses commentaires sur les principaux philosophes arabes renferment une foule de renseignements utiles, extrêmement instructifs 9 .

Enfin, en 1425, Joseph Albo, de Soria en Gastille, se rendit célèbre par son Sepher*Ikkarim y livre des principes fondamentaux du judaïsme, où il* analyse les treize articles de foi établis par Matmonide. Puis en 144ô, Abraham Bibago,. à Huesca eu Aragon, écrivit sur Arislote, et en 1470, à Saragosse, il composa le Chemin de la foi. Après lui, Joseph-ben-Schem-Tob et sou fils traitèrent les mêmes sujets.

L'histoire des Juifs berbers offre encore quelques faits intéressants. Le premier point important à noter, c'est l'éclat dont jouit l'école d'Alger, sous la directiou d'Isaacben-Sehescheth et de Simon-ben-Zémach Duran; là, l'éducation était divisée en deux séries d'études distinctes,

les unes religieuses, les autres profanes. Isaac-ben-Schescheth, rabbin distingue*, quitta Saragosse au moment de la persécution d'Espagne (1391) et se rendit à Alger, où il rencontra S.mon-ben-Z^macli, également émigré d'Espagne, p' us jeune que lui et qui le dépassait de beaucoup par l'érudition i0 .

« Qu'on estimât plus ou moins les livres hébraïques et la philosophie des Juifs, on ne devait pas oublier le titre immense qu'ils ont acquis pendant le moyen âge à la reconnaissance universelle Ils ont été très-longtemps le seul anneau qui rattacha l'Orient à l'Occident, qui, dans ce divorce impie de l'humanité, trompant les deux fanatismes, chrétien et musulman, conserva d'un monde à l'autre une communication permanente et de commerce et de lumière. Leurs nombreuses synagogues, leurs écoles, leurs académies, répandues partout, furent la chaîne en laquelle le genre humain, divisé contre luimême, vibra encore d'une môme vie intellectuelle. Ce n'est pas tout : il fut une heure où toute la barbarie, où les Francs, les iconoclastes grecs, les Arabes d'Espagne eux-mêmes, s'accordèrent sans se concerter pour faire la guerre à la pensée. Où se cacha-t-elle alors ? Dans l'humble asile que lui donnèrent les Juifs. Seuls, ils s'obstinèrent à penser, et restèrent, dans cette heure maudite , la conscience mystérieuse de la terre obscurcie. »

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