‹ Histoire des Israélites depuis d'édification du second temple jusqu'à nos joursChapitre 6 sur 20 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

(Fin du m 8 siècle au v«)

§1. — Au milieu du nr siècle, on remarque l'énorme diminution des Juifs en Orient. Cela tient, il ne faut pas l'oublier, à ce qu'il s'en trouvait un grand nombre en Europe, partie degré, partiede force. I/o n ne saurait, comme on l'a prétendu, vouloir reculer l'époque de leur premier établissement en Allemagne jusqu'avant la mort de Jésus, ni prouver l'existence d'actes établissant qu'il y avait dés lors des synagogues à U!m et à Worms. Il y a lieu de reléguer dans le domaine de la fable de prétendues lettres du Synhédrin de Jérusalem aux Juif- d'Ulm, au sujet de la crucifixion de Jésusi, ainsi que la transplantation de Juifs en Espagne par Nabuchodonosor. On sait seulement que, depuis la soumission de la Judée par Rome, les communications avec les peuples occidentaux ont dû commencer; depuis ce momenl, poussés par les dangers qu'ils couraient pour leW vie, par les considérations politiques et par les intérêts commerciaux, les Juifs pénétrèrent dans les pays étrangers. Après les contrées d'Asie et d'Afrique, voisines de la Syrie, qui avaient le plus de rapports avec la Palestine par le climat, le sol et les productions, Rome avait dû attirer de bonne heure les habitants de la Terre-Sainte, puisque c'était le siège de l'empire dont ils dépendaient. De là il3 durent se

répandre dans le reste de l'Italie et dans les autres provinces dépendantes de Rome, puis aborder directement aux côtes d'Espagne et des Gaules; enfin, par la mer Noire et par Tlllyrie, ils arrivèrent probablement en Germanie, et quelques auteurs les font arriver en Gaule par la Belgique 2. Mais il est difficile d'affirmer un fait positif sur des émigrations qui, pendant des siècles, ont eu lieu partiellement 3.

En Italie, au contraire, ils ont dû se trouver longtemps auparavant et peut-être dès la fondation de l'empire romain, puisque les lois s'occupent d'eux et que les premiers auteurs latins, prosateurs ou poètes, Tacite, Martial, Juvénal, etc., traitent de leurs mœurs et les accommodent, selon leur gré, au sujet général *. Sans remonter aux détails de leur histoire sous les empereurs, il suffit de rappeler que, par Home, ils se répandirent , peu à peu dans le reste du monde : les uns se dirigèrent ver3 le Nord, les autres se réfugièrent dans les régions de l'extrême Orient. Ils pénétrèrent dans le centre de l'Asie, et arrivèrent jusqu'en Chine, où, dit-on, ils furent admis dans plusieurs villes. S'il faut en croire de nombreux renseignements et les relations verbales données par un témoin oculaire, il y a quelques temps à peine, il existe encore aujourd'hui à Caïfong-Fou, et à 470 milles au delà dans l'intérieur des terres, une colonie juive, établie là de temps immémorial et parlant un hébreu mêlé de persan. Leur synagogue, selon Silvestre de Sacy 5 , a un sanctuaire où le chef de la communauté a seul le droit d'entrer et où sont déposés les livres sacrés au nombre de treize; parmi ces rouleaux appelés Ta-Ring, posés sur une table particulière et couverte de soie, se trouve un Pentateuque très-ancien ; selon d'autres, c'est le livre d'Esther, parce qu'à la fête de Pourim,on en donne

lecture. Le reste de l'année, ce manuscrit antique est soigneusement conservé.

Selon Manassé-ben Israël, un consul de Rome, en quittant la Palestine, fit émigrcr avec lui un nombre incalculable de familles des tribus de Juda et de Benjamin pour les conduire eu Espagne, partie du monde romain qui lui échut en partage. En effet, on ne saurait disconvenir que la désolation de leur patrie, abandonnée au pillage des soldais ennemis, n'ait contraint un grand nombre de Juifs à chercher au dehors un asile, une retraite, et que plusieurs d'entre eux ne se soient réfugiés en Espagne. Il paraît même certain qu'ils y avaient des établissements dans les premiers siècles du christianisme, puisqu'on trouve quelques décrets faits contre eux dans les actes du concile tenu a Elvire, ville de la province de Béti<|ue, avant celui de Nicée.

Les familles établies dans ce pays provenaient indistinctement de toutes les tribus. Celles-ci avaient été tellement confondues depuis la destruction de Jérusalem, qu'il n'était plus possible de les démêler les unes des autres. Les catalogues où l'on avait eu soin d'inscrire les généalogies avaient eu le même sort que le Temple, dans les archives duquel ils étaient déposés. Ils périrent dans l'incendie de cet édifice, et cet événement dut jeter nécessairement de la confusion dans les familles. D'ailleurs les Romains avaient quelque intérêt à ne point laisser subsister les documents, grâce auxquels les Juifs eussent distingué les descendants de la race de David, pour le3 replacer un jour sur le trône de leurs ancêtres. Les restes de* cette maison s'éteignirent sans doute par les persécutions de Titus; il avait à craindre que ce peuple, qui souffrait de la domination étrangère, n'en prît occasion pour se révolter 6 .

§ %. — Pour 6e rendre compte de la cause de ces émigrations, il faut se rappeler l'état des Juifs, non-seulement au sein de la Palestine, mais encore au dehors. Déjà, à l'époque dePexistence du temple, les Hébreux et les Arabes s'étaient rapprochés ; les rapports provenaient d'anciennes entreprises commerciales que l'on peut faire remonter jusqu'à Salomon, ainsi que de l'analogie des coutumes et des mœurs. Par le commerce maritime, leurs relations s'étendirent jusqu'au Yémen ; de môme, sans doute, ils séjournaient en grand nombre sur toute la côte si féconde de la péninsule Pétrée, 1* long du golfe Persique. Des écrivains arabes racontent qu'il existait dans l'antiquité un prince de Yémen, du nom de Abou-Carb-Asad; que ce prince, pour venger l'assassinat de son fils, dont Médine s'était rendue coupable, s'avança vers cette ville pour la renverser; mais que plusieurs familles juives puissantes, nommées Korcidha et Nadir, qui habitaient cette ville, détournèrent d'elle la destruction et la ruine. Grâce à cette intervention, le judaïsme jouit d'une haute estime dans le Yémen, et une tribu entière se convertit à la religion juive, en supprimant les sacritices aux idoles et l'adoration des étoiles. Plus tard, sous le second iils de ce prince, Amrou, on introduisit le judaïsme dans son enlier, c'est-à-dire par la célébration du culte aux jours de fête. On s'accorde généralement à placer le commencement de la domination juive à l'époque d'Ab^u-Carb- Asad7, qui vivait lors de la fondation du royaume néopersan, ver* l'an 230. Après lui on vit se succéder sur le trône des rois tantôt juifs, tantôt chrétiens. (I paraît pourtant que les Juifs durent garder la prépondérance, puisque trois siècles après ils eurent encore la suprématie.

Habitués depuis lors à voyager de contrée en contrée,

les Juifs s'habituèrent facilement à changer de séjour et à s'approprier l'industrie du pays. L'agriculture n'était que l'occupation des esclaves; les métiers, réservés en partie aux femmes, n'avaient pas, malgré le revenu qu'ils donnaient, un attrait suffisant pour des hommes libres, à plus forte raison pour des étrangers dont le séjour n'était pas fixe. Les communautés (inireut par avoir plus de confiance dans les villes qu'elles habitaient et quelques riches particuliers achetèrent des propriétés. Il n'y avait pas à craindre de fusion, ni avec les païens, ni avec les chrétiens, lesquels immigrèrent plus tard. Les Juifs restèrent séparés par la circoncision, par les lois matrimoniales, par la nourriture et le costume, ainsi que par de nombreux usages qui allaient en s'augmentant'toujours. Sur les territoires conquis par Rome ils jouirent du droit des citoyens, et quoique dispensés d'abord des charges militaires, on tinit par les y astreindre et les contraindre à remplir leurs devoirs civils. Dans la Germanie ils jouirent sans doute du droit de voyager, pour lequel ils payaient au gouvernement local une petite rétribution, et ils lui laissaient aussi en mourant, soit tous leurs biens» soit une partie obligatoire. Le plus grand nombre des Juifs habitaient plutôt le sud, qui était la partie de l'empire la moins dangereuse et la plus civilisée; ils devinrent riches et puissants. Dans les pays du centre, les transmigrations des peuples leur enlevèrent, sinon des moyen? d'existence, du moins toute occasion de se distinguer, car les capacités guerrières étaient seules honorées.

Les adhérents de rÉgliee chrétienne s'introduisirent seulement dans ces contrées quelques siècles plus tard. Au commencement, ils vécurent en bonne intelligence avec les Juifs; par suite de l'augmentation des communautés et des questions d'intérêt, on vit surgir des dis-

sensions qui s'accrurent toujours davantage. Au concile d'Elvire, en Espagne (30o), on défendit aux chrétiens de faire bénir les fruits par des Juifs, « parce que la bénédiction juive pouvait nuire aux prières chrétiennes. » Gela démontre la paix qui régnait entre les propriétaires juifs et les chrétiens; les un3 goûtaient avec les autres les premiers fruits de la terre, et ne négligeaient pas l'usage traditionnel de réciter, avant de manger, une bénédiction solennelle. Le clergé en fut choqué, et il défendit en môme temps toute collation avec les Juifs, craignant aussi de voir les chrétiens se convertir au judaïsme.

Dix ans plus lard à Laodicée, et un siècle après à Carthage, les conciles s'en préoccupèrent sérieusement. L'Église chercha à effacer autant que possible son origine juive» car elle ne pouvait plus espérer d'attirer à elle le judaïsme entier 8 .

11 ne se trouve qu'un exemple de la conversion de toute une communauté à l'Église; elle eut lieu à Minorque, grâce à l'évéque Sévère, qui nous raconte lui-même ce fait. La communauté juive qui habitait Mahon avait pour chef Théodore, riche propriétaire, qui avait même des biens à Majorque et portait aussi le titre de défenseur. Sévère avait fait venir de Jammoua un nombre considérable de chrétiens qui devaient assurer la conversion des . Juifs. Ceux-ci en furent informés et réunirent des armes dans la synagogue. Sévère les invita à se présenter à l'église le samedi durant l'homélie; et, comme ils s'y refusèrent, il leur lit la proposition de s'entretenir avec eux dans la synagogue : il reçut un nouveau refus. Aussitôt les chrétiens en masse se rendirent précipitamment à la synagogue, en chantant des hymnes ecclésiastiques. Une grôle de pierres les salua à deux reprises. Les chrétiens prirent la synagogue d'assaut, la ruinèrent,

rendirent aux Juifs les vases d'argent, mais conservèrent les livres sacrés. La terreur engagea un Juif à se faire recevoir dans l'Église; les autres restèrent fermes jusqu'à ce qu'ils vissent chanceler leur chef Théodore, effrayé par les cris des chrétiens. Dans la crainte de perdre ses richesses, il se convertit au christianisme, et son exemple eut beaucoup d'imitateurs. Les Juifs, et parmi eux Meletius, frère de Théodore, et le savant Innocent, abandonnèrent la ville et s'enfuirent dans les bois. Mais la faim les fit bientôt revenir, et Théodore engagea alors le reste de ses coreligionnaires à se convertir. Comme cette circonstance mettait un terme aux violences, l'empereur ne s'en inquiéta plus; toutefois, cet exemple eut pour conséquence funeste que d'autres tvéques commencèrent dans un même but à ruiner les synagogues C'est ainsi que s'expliquent les décrets d'Honorius qui, dans une année, promulgua trois foi3 des lois défendant la destruction des temples. On raconte aussi la conversion de quelques Juifs à Candie, où un nouveau Moïse voulait les faire passer à travers la mer. Maintes gens ajoutèrent foi à cet aventurier et sautèrent dans l'eau; mais ils furent sauvés par quelques pécheurs chrétiens, pendant que l'imposteur disparut. Les Juifs se convertirent, et ils restèrent dans cette situation précaire jusqu'à l'établissement définitif du christianisme en Europe.

Cependant le mouvement religieux et littéraire se continuait en Palestine. Le R. Schabour ou Yarchina jouissait d'une haute considération, lorsque Abba, repoussé de Tibériade ou de Séphoris par suite d'une querelle, atteignit Nehardea. Même l'accueil hospitalier et l'aménité de Samuel ne gagnèrent pas sa sympathie, et il s'éloigna de lui pour ouvrir une école à Sora, nommée

aussi Mata-Mehasia. Il eut le bonheur de recevoir par testament, pour son établissement, la grande habitation et le jardin d'un prosélyte mort sans héritiers; celte institution surpassa bientôt toutes les autres pur le nombre de ses élèves. La renommée lui donna le titre de Rab par excellence, ce qui à Babylone correspondait au terme de Rabbi en Palestine; il conserva des relations continuelles avec Tibériade, et il y tut très-estiiné par Jochanan. Le Resch-Gloutha, ou chef de la ^captivité, paraissait aussi lui être acquis, puisqu'il lui donna le titre de Resch-Sidra, chef de l'instruction. Il possédait beaucoup de livres, quoique dans son école l'on enseignât verbalement. La jurisprudence était le seul sujet qui pût intéresser tout le monde, et la nouveauté des nombreuses règles de la Mischna leur dounait un attrait de plus. Samuel ne s'accorda pas avec lui, et depuis ce temps les écoles de Nehardea et de Sora fuient rivales ; elles furent souvent en désaccord sur l'interprétation des lois. Le Resch Gloutha les reconnut toutes deux et forma d'elles deux tribunaux qui fonctionnaient simultanément; Samuel parait avoir causé plutôt les di>cusbious i ondées sur le dioit, tandis que Rab porte plutôt son attention sur les cas de police intérieure.

Les tendances scienliliques ont uû être d'autant plus prononcées qu'elles étaient menacées de la persécution. Iesdegird II, dit-on, interdit les assemblées juives, de sorte qu'il y eut une interruption des études pendant goixante-treize ans. En conséquence, on s'attacha d'autant plus à l'étude du Talmud et ce livre gagna en considération; de plus, l'apparition du Taimud babylonien coïncide avec 1'extiuction du patriarcat en Occident. Ces deux circonstances réunies permirent

aux communautés de s'administrer librement et de

ne pas négliger d'autres intérêts non moins graves.

Les écoles juives s'étaient souvent préoccupées d m moyens de se défendre contre leurs adversaires, et leu 4 . disciples furent obligés de s'exercer à répondre par des arguments et des réfutations. Elles possédaient les écrits religieux de l'Église traduits en hébreu; et, tout en les interdisant au peuple, pour lequel ils eussent pu être dangereux, elles les lisaient afin de savoir y répondre. Aussi longtemps que l'Église n'eut pas le pouvoir suprême, les Juifs pouvaient espérer une lutte toute pacifique des idées; mais des craintes sérieuses les inquiétèrent lorsque l'Église devint la maîtresse de l'empire romain. Toutefois, le christianisme n'avait fait que monter sur le trône chancelant des Césars. Ceux qui, au début, contribuèrent le plus à sa grandeur future furent attirés au christianisme moins à cause de ses doctrines que parce qu'ils y voyaient un utile instrument de politique.

A mesure que l'espoir d'un soulèvement disparaissait du milieu des Juifs, les Romains les traitaient avec plus de douceur; ils ne voyaient en eux qu'une société religieuse protégée par l'État et qui dépendait d'une hiérarchie sanctionnée par le gouvernement romain. Les Juifs continuaient à être administrés civilement par leur nassi ; ils avaient des synagogues dans les principales villes de .l'empire et célébraient publiquement leurs fêtes, ju«. qu'au moment où la puissance croissante du christianisme leur prépara de nouveaux malheurs.

Constantin le Grand, sous prétexte de protéger les chrétiens, restreignit les droits des Juifs et leur ôta le privilège qui les dispensait des charges onéreuses de décurion, ne faisant d'exception que pour les docteurs de la synagogue. Sous ce règne (311 à 337), on fit un

essai de prosélytisme, et une discussion publique d'opir.ions religieuses eut lieu, en présence du pape Sylvestre, entre un Juif et un chrétien, lequel, dit-on, démontra Kir un miracle la supériorité du christianisme, a L'arrogance et la barbarie des chrétiens réduisirent au désespoir les malheureux Juifs. On parle d'une nouvelle tentative de rébellion de la part des Juifs et d'une sévérité barbare déployée contre eux par l'empereur. Le règne de Constance ne fut pas plus heureux pour les Juifs ; ceux-ci se révoltèrent contre son beau-frère Gallus, qui opprimait cruellement les provinces d'Orient (352)*. La vengeance que Gallus exerça contre les Juifs fut terrible : au massacre il ajouta l'incendie, et les principaux sièges des écoles juives, les villes de Tibériade, de Diocôsarée (Séphoris) et de Diospolis (Lydda) devinrent la proie des flammes 9 . »

§ 2. — » L'avéncment de Julien, surnommé YApostat, inspira aux Juifs de nouvelles espérances. Cet empereur correspondait avec le patriarche de Tibériade; il déchargea les Juifs des impôts dont Constance les avait accablés et alla jusqu'à leur donner la permission de rebâtir le lemple de Jérusalem (363). Alypius d'Antioche, ancien gouverneur de la Grande-Bretagne, fut chargé de l'exécution des travaux et soutenu par le concours le plus actif du gouverneur de Syrie. Les Juifs se mirent à l'œuvre; mais, après de vains efforts, ils renoncèrent à l'entreprise. Les ouvriers, en creusant la terre pour poser les fondements du nouveau temple, furent subitement arrêtés par des tourbillons de flammes qui sortirent de Ja terre avec un bruit de tonnerre ; ce phénomène, dont ils ignoraient la cause physique, se répéta plusieurs fois, et leur imagination en fut frappée à te point qu'ils n'osèrent continuer le travail. Quelques

Pères de l'Église ont rapporté ce fait, qui est simple, avec des circonstances dans lesquelles on reconnaît la superstition de ces temps et une imagination exaltée par la foi religieuse : « Le feu, disent-ils, en atteignant les vêtements des ouvriers, prit la forme d'une croix ; au milieu des flammes, on aperçut un cavalier formidable, et les ouvriers effrayés voulant se sauver dans une église, une force surnaturelle retint les portes fermées en dedans. » Cependant le fait en lui-môme doit être considéré comme historique; il y eut probablement une- forte explosion, .causée par l'air inflammable, longtemps comprimé dans les souterrains. Le môme phénomène arriva aussi sous Hérode, lors de l'ouverture des sépulcres de David ot de Salomon. Il n'est pas étonnant que le phénomène le plus naturel ait été considéré comme un miracle par des hommes qui en ignoraient la cause. Le sî'euce gardé sur cetévénement par saint Jérômequi, quelques années après, vint en Palestine, prouve, selon Gibbon, que, sur les lieux mômes, le prétendu miracle avait fait beaucoup moins de sensation que dans les contrées éloignées. Au reste, la cessation détinitive des travaux s'explique aussi par la mort de Julien, qui tomba bientôt après dans un combat contre les Perses. *

Ces derniers avaient cherché à gagner par des présents les Juifs palestiniens, et les empereurs, de leur côté, les effrayaient par des menaces. Du reste, le gouvernement leur était indifférent, car dans l'empire romain ils jouissaient, comme en Perse, de la liberté de culte illimitée. Jovien et Valentinien ne promulguèrent aucune loi oppressive contre les Juifs, et Yalens interdit toute hostilité contre eux. Cette interdiction eut pour cause le zèle de plusieurs chrétiens qui se firent un mérite de ruiner des synagogues. A Rome même, au temps

de Maxim* (383), une synagogue avait été réduite eu cendres et reconstruite aux frais de l'État; lorsque Maxime ordonna la punition des coupables et le payemen 1 des dommages au» intéressés, saint Ambroise, furieux' prononça contre lui une homélie empreinte d'amertume* 0 . L'empereur Théodose condamna à son tour l'évéque Callinicus, qui avait brûlé une synagogue, à payer les dommages aux intéressés; saint Ambroise parvint de nouveau à faire révoquer le jugement. Malgré cela, cet empereur donna eucorc dans la dernière année «le sa vie (396) des ordres sévères contre les lésions faites aux droit* des Juifs. Aussi le patriarche juif fut protégé par Arcadius et Honorius, et honoré par eux du titre d'illustre M. En général, on renouvela les lois qui donnaient au rabbinat l'affranchissement des charges de citoyen.

Le gouvernement s'interposa sans cesse entre eux et le bas peuple. Ainsi l'empereur Théodose II interdit tout ce qui pouvait causer des luttes sanguinaires en Macédoine, en Dacie et en lllyrie. A Imneslar, petite localité située entre Chalcis et Antioche, on accusa quelques Juifs ivres d'avoir attaché à une croix un enfant chrétien et de l'avoir tué ; il s'ensuivit une lutte terrible. Mais ce fait fut jugé par Arcadius avec équité, et on ne punit que les vrais coupables. Théodose pratiqua la môme justice, lorsiue les habitants d'Antioclie pillèrent une synagogue. Sur la proposition du gouverneur, l'empereur ordonna la reddition des biens volés^ mais Simon, anachorète chrétien, sut amener l'empereur, par des remontrances religieuses, à destituer le gouverneur et à faire changer ses ordres. Il allégua comme prétexte que cette synagogue avait été nouvellement construite, et que peu auparavant Théodose en avait interdit l'érection.

C'est au v* siècle seulement qu'on voit les Juifs établis en assez grand nombre dans la Gaule Narbonnaise, et on sait qu'à la mort de saint Hilaire, évôque d'Arles, ils prirent part au deuil généra! et pleurèrent celui qui les avait traités avec sympathie. Ils furent aussi estimés de Tévêque de Clermont, Sidoine Apollinaire, comme cela résulte de quelques-unes de ses lettres, où il parle des Juifs de sa connaissance.

Au nord de l'Afrique, le3 luttes eurent une conséquence déplorable A Alexandrie, il y avait de nouveau, outre les étrangers assez nombreux, près de cent mille Juifs, s'occupant la plupart du commerce maritime. lisse tenaient, avec les ariens et le gouverneur, en opposition au parti du clergé catholique, représenté alors par l'évêpie Cyrille (415). I/excitation des deux partis se manifesta un sameii. Les Juifs obtinrent l'emprisonnement * de Hiérax, disciple de Cyrille, parce qu'il avait excité le peuple à une émeute. Le lendemain, l'évéque menaça les Juifs d'une vengeance exemplaire. Pendant la nuit, ils s,e réunirent, mirent le feu à la principale église, et lorsque les catholiques arrivèrent pour éteindre l'incendie, ils furent assaillis. Cyrille se vengea en faisant détruire la synagogue et en obligeant les Juifs à quitter la ville; ils y consentirent pour éviter des persécutions nouvelles, contre lesquelles le gouverneur ne pouvait les protéger. Leur départ fut plus lard la cause d'un combat meurtrier entre le gouverneur Oreste et l'évéque Cyrille.

L'empereur n'approuvait certes pas ces faits, et il traita ces fauteurs de désordre comme ils le méritaient. Pendant que l'empereur d'Orient offrait aux patriarches des titres et des honneurs, l'emp3reur d'Occident Honorius interdit aux Juifs la liberté traditionnelle d'envoyer en Orient

leurs contributions pour le patriarche, et il fit même entrer au trésor impérial les sommes déjà réunie? (399)- Toutefois, cinq ans après, il reconnut que cet acte avait été arbitraire et il leva l'interdit. Il donna aussi l'ordre d'enlever toute fonction aux Juifs et aux Samaritains, ordre qu'il renouvela quatorze ans plus tard, avec la restriction que les agents en exercice resteraient en fonctions et qu'il n'y aurait plus de nouvelles nominations. Oq remarque non moins l'ordre impérial de ne pas déranger les Juifs aux jours de féte et de sabbat, et de reculer aux jours de la semaine tout débat ou citation judiciaire. Dans un dernier édit, l'empereur s'excuse de sa dureté, en ajoutant que les Juifs doivent être assez libres pour étendre leur domination spirituelle, et qu'ils ne devaient pas considérer cet ordre comme une restriction blessante.

C'est dans le même esprit qu'avait été conçu l'édit d'Honorius, en vertu duquel les Juifs étaient dispensés des charges de la milice, et cette mesure ne portait aucun préjudice à leur honneur. « Le ton indulgent et réservé de cette loi, selon la juste observation de Duhm, prouve la considération générale et distinguée dont les Juifs jouissaient dans ces tomps-!à, et la possession tranquille de ces libertés pendant plus de quatre siècles est une preuve bien certaine qu'ils ne s'en étaient pas rendus indignes *2 »

Pendant que la cour occidentale suivait cette voie pacifique, un coup cruel frappa les Juifs en Orient. Le patriarche Gamaliel, sans doute, pour avoir construit des synagogues ou pour avoir outrepassé ses droits juridiques, fut déclaré privé de sa préfecture d'honneur. En môme temps, on ordonna la mise en liberté de tous les esclaves chrétiens. Eu Occident, il était permis de les

posséder, mais non de les échanger. — Bientôt après, Gamaliel mourut Fans héritiers, et le patriarcat s'éteignit. Les primats ou rahhins supérieurs des communautés durent livrer au trésor les sommes réunies pendant ce temps, et le trésorier des dons sacré3 reçut Tordre d'amasser désormais pour l'empereur ces impôts de provenance juive. Ce fut là le point final de cette législation, ou plutôt de ces actes d'autorité arbitraire à laquelle les empereurs de la décadence romaine crurent pouvoir se livrer avec justice à l'égard des Juifs. L'Église s'éleva victorieuse au-dessus du judaïsme, et sut l'affaiblir ou l'opprimer.

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