‹ Histoire des Israélites depuis d'édification du second temple jusqu'à nos joursChapitre 8 sur 20 · CHAPITRE V (vm« siècle · texte numérisé non relu

CHAPITRE V (vm« siècle

§ 1. — La modification importante, produite sur une telle extension et si rapidement par l'épée des mahométans, agit manifestement 6ur la situation des Juifs, quoiqu'elle ait été fixée par des lois. Un tel mouvement de guerres ne fit que ranimer le commerce, auquel étaient adonnés un grand nombre de Juifs asiatiques, africains et grecs; par les voyages sur la Méditerranée, au moyen desquels les denrées des caravanes parvenaient en Europe, l'exploitation se lit sur de larges bases. Les nombreuses relations nouvelles entre des royaumes qui s'étaient considérés hostiles les uns envers les autre s, éveillèrent et entretinrent l'activité industrielle. Les Juifs s'adonnèrent à cette occupation de plus en plus développée, car l'islamisme chargeait d'une taxe double ou triple le terrain accordé aux infidèles, de sorte que le musulman pouvait facilement acquérir le terrain d'fin infidèle, lequel n'en tirait que peu de profit. Les Juifs abandonnèrent ainsi de plus en plus l'agriculture et choisirent le commerce, quoiqu'ils dussent payer, en ce cas, une contribution, en dehors des impositions dues par téte Çjharadj). Mais celle-ci ne dut jamais, être trop lourde, car les biens en espèces peuvent plus facilement se soustraire aux recherches. Par l'extension toujours

croissante du commerce des Juifs, l'on .s'explique qu'Omar ait déjà confié aux Juifs la direction des monnaies, que cette fpnction resta pendant des siècles entre leurs mains, qu'ils furent chargés de les inspecter et de les faire circuler, parce qu'ils pouvaient facilement faire rentrer les vieilles et propager les nouvelles par leurs rapports étendus.

A la cour des khalifes, les Juifs remarquables étaient bien reçus, probablement à cause de leur conversation spirituelle, si appréciée par la plupart des gouverneurs. D'autres furent accueillis pour leurs connaissances en astronomie et même en astrologie. Le premier livre écrit en Arabe fut l'oeuvre d'un Juif, le médecin syrien, Messer Yavaich, qui avait traduit du syriaque en arabe les Pandectes médicinales d'Aaron, prêtre d'Alexandrie; il donna lieu à de nombreuses imitations*.

Le plaisir qu'éprouvaient les gouverneurs mahométans aux entretiens scientifiques et surtout philosophiques, devait les engager à converser souvent avec des savants juifs, soit pour se faire une idée de leurs opinions , soit parfois pour leur faire observer avec une certaine vanité d'amour -propre les points sur lesquels ils éi aient supérieurs. Cette circonstance agit indirectement sur le judaïsme. Si leurs écoles restèrent toujours vouées au Talmud, et si leur attention spéciale avait pour but la connaissance de la religion, pourtant l'amour de la gloire, le désir de se distinguer et l'étonnante générosité des princes de l'islamisme envers les savants qu'ils recevaient, poussèrent un grand nombre d'entre eux vers d'autres études, telles que la philosophie et la médecine, et par elles un grand nombre de Juifs atteignirent une situation satisfaisante. L'exercice de leur culte ne fut troublé que par les aberrations des

imposteurs, qui renouvelèrent, dans un but intéressé, ou pour occuper leur imagination oisive, les rêves de l'approche du Messie ; heure jsement qu'ils ne parvinrent jamais à opérer un soulèvement général, et à ces maux on pouvait facilement remédier. En voici un exemple *:

« Omar II venait de faire revivre, à l'égard des Juifs, les règlements sévères qu'avaient édictés tes prédécesseurs, et qui, aussitôt (juc parus, étaient retombés dans l'oubli. Ce khalife théologien, croyant fanatique de l'Islam, •voulait attirer par la force ceux que la prédication ou la persuasion n'avait pas encore amenés à la croyance du Coran, et une terrible persécution s'ensuivit à l'égard des Juifs. Tout ù coup une nouvelle consolante se répand parmi les communautés de Syrie, se propage au loin, 4 arrive en Espagne, et jusque dans la Gaule : le Messie est venu pour Israël. Comme Jésus, Mis de Marie, il ne vient pas non plus annuler la loi de Dieu, mais lui donner sa confirmation. Le moment était bien choisi: l'Orient et l'Occident étaient en guerre. Les Sarrasins, toujours remuants et belliqueux, s'étaient avancés jusqu'à Narbonne et Toulouse, qu'ils assiégeaient sous les ordres de Yésid II, successeur d'Omar II. Léon l'Isaurien, après avoir eu à lutter contre ces mômes Sarrasins qui l'avaient assiégé dans Constanlinople, était à ce moment occupé à introduire une réforme dans l'Église ; il voulait abolir l'usage et le culte des images, et avait à lutter contre Germain, patriarche de Constantinople.

Les Juifs, de leur côté, étaient disposés à croire à un libérateur. Après les tenibles persécutions que leur avait fait souffrir Omar II, qu'ils regardaient comme le Gog et Magog de la Bible, dont le règne devait précéder la venue du Messie, ils ne pouvaient hésiter à croire à un

si heureux événement. Dans ces moments douloureux qu'ils avaient supportés avec tant de patience, ils s'attendaient toujours à voir d'un moment à l'autre la réalisation des promesses de la Bible et du Talmud, dont ils prenaient les textes à la lettre. Ils espéraient qu'un descendant de David viendrait secouer le joug des peuples étrangers, qui pesait si rudement sur eux, et les ramènerait triomphalement dans la Palestine, leur propriété légitime et incontestable. Aussi à celte nouvelle, &i inopinément répandue dans la cinquième année du règne de Léon Tlsaurien, leurs cœurs tressaillirent, et ils embrassèrent avec joie cette idée de délivrance.

Beaucoup de gens s'enthousiasment pour cet aventurier, croient en ses promesses, et, abandonnant leurs biens et leur fortune, quittent la Gaule et l'Espagne pour se rendre en Syrie, et de là en Palestine. Les souverains, sous lesquels ils vivaient, profitent de leur erreur, confisquent leurs biens et en font entrer le prix dans les caisses de l'État. Sérène se voyant si bien accueilli par ses frères, n'en resta pas là; il voulut sans doute faire quelque tentative pour entrer en Palestine à la tète de ces pèlerins, qui, pleins de confiance, étaient venus se ranger sous sa bannière. Mais sans armes et sans moyen de défense, il fut arrêté dans sa marche; fait prisonnier, il dut expier par la mort la folle tentative qu'il avait faite; ses partisans, confus de leur trop naïve confiance, loin de regagner leurs anciennes demeures où les attendaient les moqueries de ceux qui, plus circonspects qu'eux, avaient voulu d'abord recevoir la confirmation de cette nouvelle, durent rester en Syrie, où ils furent accueillis par ceux qui, comme eux, avaient été dupes de leur crédulité.

Les chroniques assez obscures, au sujet des résultats, ne donnent sur ces derniers événements que peu de lumiô-

rcs; mais ces faits, tout hypothétiques qu'ils sont, ne doivent pas être rejetés comme invraisemblables, quand on a pour les corroborer des faits identiques qui se sont passés à d'autres époques, notamment au temps du fameux aventurier messianique Sabataï Tsevi.

La doctrine de Sérène ne nous est connue que par quelques mots cités, à son sujet, dans la décision casuistique résolue par Rabbi Nitrônaï. Le peu qui nous en reste en donne suffisamment l'esprit et les tendances; et Ton peut affirmer, sans que cela puisse être taxé d'invraisemblance, qu'il fut le précurseur du Garatte Ànan. Celuici aurait pris de Sérène les idées réformatrices, et les maintenant parmi les anciens partisans de ce pseudo- Messie, les aurait étendues et serait arrivé à la formation de cette secte, qui rejette entièrement l'autorité du Talmud. Car, sans cela, comment supposer qu'une réforme aussi radicale ait surgi subitement au milieu môme des écoles les plus adonnées à l'étude du Talmud et ait pu aussi facilement prendre naissance et pénétrer dans les esprits, si le terrain n'en eût pas été préparé à l'avance par quelques idées identiques, ayant les mêmes tendances, sans avoir toutefois la hardiesse de rompre en visière avec les partisans exclusifs du Talmud et tout un long passé? • Quelques faits articulés contre Sérène montrent que non-seulement il voulait passer pour Messie, mais qu'il agissait déjà comme réformateur. Or les idées qu'il suppose et qu'il faut analyser avec circonspection semblent indiquer un mouvement analogue à celui qui, il y a dix ou vingt ans, se manifesta parmi nos frères de l'Allemagne. Il n'est pas à supposer, comme nous l'avons dit déjà pour Anan, que Sérène voulût entièrement abolir l'autorité du Talmud, dans laquelle il puisait la sienne. Sa réforme, selon toute vraisemblance, dut porter seule-

megt sur certains préceptes qu'il ne croyait plus obligatoires, ou que le Talmud lui-même envisage comme d'une moindre importance. Eu étudiant les faits et les griefs que ses antagunbtes articulent contre lui, on arrive à cette conclusion, et on n'a pas besoin d'aller jusqu'à admettre que Sérène rompit entièrement avec le Talmud.

En effet, que lui reprochent les partisans du Talmud? L'abolition des prières, du vin, nesekh> du second jour de fête, des contrats de mariage et des actes de répudiation, des Tréphoth et des Araijoth. Ce sont là Jes seuls griefs que nous connaissions aujourd'hui; et certes, s'il y avait eu des réformes plus graves et plus importantes à lui reprocher, ou les eût articulées dans cette demande que l'on lit a Rabbi Nitronaï, si, pour admettre de nouveau ses disciples dans le sein de la synagogue, on devait leur imposer l'ablution comme aux non-Israélites.

Ainsi, l'abolition des prières ne peut pas et ne doit pas vouloir désigner toutes les prières ; car comment supposer que celui qui se disait lils de Dieu songeât à effacer du cœur des hommes cetîe commuuiou intime qui les élève et les rapproche de Dieu?

En résumé, tirant son autorité des faits de la Bib?e commentés par le Talmud, il dut conformer sa vie et ses actes aux indications messianiques, données par la tradition, et par suite ne pas s'en séparer non plus quant à la doctrine, comme Ta fait plus tard Anau. Cependant, par ses réformes, quelque modérées qu'elles aient été, il dut porter atteinte à cette autorité talmudique que sa prétention d'être le Messie devait lui faire ménager.

Auan survint, trouvant la tradition toute faite, les esprits préparés; il formula nettement la négation de la tradition, et rejeta complètement l'autorité du Talmud.

La secte que celui-ci fonda, celle des Karaïtes, ne se dessina nettement que bien plus tard.

Sous Abou-Djafar al Mançour , noD-seulement ils ne furent pas opprimés, mais ils possédèrent la conliance du gouvernement, d'autant plus qu'il était porté à surveiller avec sévérité les chrétiens, que Ton supposait liés secrètement à l'empereur «l'Orient. Cette sévérité fut augmentée Encore par leur retard à payer les impôts, pour lesquels les églises furent mises en gage et placées sous la surveillance des Juifs, jusqu'à ce que le payement fût effectué; mais il n'y a guère de violence à constater. Abdallah, fils d'Ali, fit, il est vrai, une campagne sanguinaire à travers la Syrie et la Palestine, marqua d'un fer brûlant, à la main, les Juifs et les chrétiens, pour les distinguer des musulmans; cette conduite n'était pas habituelle, car les Juifs eux-mêmes entrèrent dans son armée, et beaucoup de chrétiens émigrèrent. Tel fut Tordre de Djafar, l'iman, vers 760, qui interdit tout héritage à ceux qui ne se convertiraient pas à l'islamisme. Il en fut de même des persécutions d'Al-Muhdi, qui succéda à Al- Mançour. Le mouvement général des esprits amena la littérature dans la voie du progrès. Gomme Abou-Djafar cultivait lui-même les sciences avec succès, il les protégeait; il appela auprès de lui les savants de l'école de Gondisapor, leur prodigua les encouragements; grâce à ees efforts, le goût des lettres succéda, chez les Aiabes, à la soif de la guerre, et grâce à cette tolérauce les études juives refleurirent 3.

A cette époque, le judaïsme monta de nouveau sur un trône royal, sur celui des Khazares, peuple de la Tartarie, auquel s'étaient môles des Juifs, des chrétiens et des musulmans. Ce fut sans doute par l'effetdu commerce croissant dans ce royaume, si favorable à l'industrie, et situé

près de la mer Caspienne, que Boulan, un chef de Khazares(ou Cozaree), se laissa convertirau judaïsme 4 . Depuis ce moment un Juif régna constamment pendant plus de trois siècles, assisté d'un ministre juif et d'un conseil formé des divers partis religieux, car la liberté des cultes était consacrée par la loi. Pour les autres Juifs, ce royaume resta en général indifférent, et ne devint que plus tard une curiosité historique. Après cet intervalle de temps les chrétiens finirent par disputer aux Juifs la suprématie; dans la suite , l'administration ne resta plus exclusivement juive s.

L'islamisme fleurissant sous Haroun Al-Rascbid , vers 800, communiqua aussi aux Juifs ses bienfaits. Ce khalife avait un des leurs à son service comme astrologue. Il le fit exécuter plus* tard, voulant démontrer ainsi qu'il ne savait rien de l'avenir, puisqu'il s'était prédit une longue vie 6 . On sait que Giafar, favori du khalife, provoqua celte fin tragique de sdn compétiteur. On ne fut pas plus étonné de voir l'arrivée d'un juif comme ambassadeur de Charlemagne, et la réception favorable que lui fil Haroun, qui le congédia avec de riches présents pour son protecteur. Isaac — ainsi se nommait l'envoyé— avait dû seul remplir sa mission, parce que ses compagnons, les comtes Sansfrid et Sigismond, deux nobles chrétiens, étaient morts en route, et il obtint pour son maître la cession de Jérusalem.

A la mort d 'Haroun, les Juifs, par suite du partage du royaume, entre les deux khalifats de Bagdad et de Cor* doue, furent divisés en deux fractions. Cette séparation eut quelque influence sur les écoles, parce que chaque Resch-Gloutha (chef de la captivité) avait son gaon préféré. Il y eut aussi deux de ces chefs simultanément, Joseph et Abraham, qui voulurent garder chacun leur indépen-

dancc réciproque. S'ils se rencontraient dans une localité, tous deux prêchaient pour affirmer leur suprématie. Cette rivalité causa des plaintes à Bagdad, et Joseph abdiqua publiquement, dans la synagogue, en faveur de son rival, ne voulant plus causer de troubles. Pendant près d'un siècle, des luttes semblables remplirent les annales de3 écoles. 11 en résulte que le plus souvent les rabbins élurent les fils des guèonim à remplacer , pendant que le Resch-Gloutha cherchait à faire nommer ses élèves favoris. Il y avait donc lutte entre le système des dignités héréditaires et celui des choix librement exprimés en dehors de ces familles de savants. C'est ainsi qu'on s'explique l'animation intérieure des Juifs pour leurs affaires communales en Asie.

% 2. — Leur histoire en France et en Angleterre a pour origine leur situation dans la grande monarchie carlovingienne, qui hésitait entre le despotisme et la forme constitutionnelle, entre les éléments des institutions passées et ceux de l'avenir, jusqu'à ce que la masse incohérente des peuples soumis au môme sceptre fût classée et divisée. De l'autre côté de la Manche, les Juifs mêlés aux Anglo-Suxons subissent les persécutions du clergé, et il leur est interdit par l'archevêque d'York de se mêler aux chrétiens pendant les jours de fêtes ecclésiastiques ; ils sont ensuite soumis à diverses lois de restriction jusqu'à leur exil, prononcé par Canut.

En France, les Juifs conservèrent d'abord les libertés légales qu'ils avaient eues sous l'empire romain; mais, avec les progrès du christianisme, ils furent de plus en plus tyrannisés. De l'aveu d'un auteur catholique, qui ne ménage pas les Juifs (le comte de Ségur), le judaïsme ne devint superstitieux que quand le christianisme devint fanatique, au milieu des horreurs du Bas-Empire et de la

barbarie du moyen âge. En dépit de la protection du roi, au mépris des lois et même des engagements réciproques, ces malheureux furent en butte aux vexations de l'autorité.

La haute faveur dont les Juifs jouissaient (ont récemment en Espagne, depuis que le royaume visigoth avait fait place aux mahométans, fit accuser les Juifs du midi de la France d'avoir appelé les Sarrasins pour se délivrer de la cruelle tyrannie de Pévêque de Toulouse. Celle accusation avait une apparence de fondement, parce que, au dire des historiens, les infidèles qui s'étaient avancés jusqu'à Lyon n'avaient épargné dans leurs carnages que les Juifs seuls. Charlcmagne, ayant repoussé les infidèles à son tour, ordonna que, trois fois par an, les Juifs de Toulouse recevraient un soufflet à la porte d'une église, cérémonie humiliante qui subsista longtemps encore après la mort de ce monarque. Cependant beaucoup de Juifs s'établirent en France sous son règne, attirés par la sage protection qu'il leur accordait. 11 les soumit à des juges particuliers, choisis parmi les seigneurs les plus distingués et chargés de les administrer. On voit, en effet, en 828, un comte Ewrard revêtu du titre de magister Judœorum, charge importante, dont les attributions s'étendirent encore dans la suite.

En dehors de cette direction spéciale, les Juifs étaient régis par les capitulaires de Charlemagne et de ses successeurs, qui réglèrent leurs rapports avec les chrétiens, et surtout avec les représentants de l'Église. Ma ! '- r ré les lois et interdictions ecclésiastiques, les prélats engageaient les biens de l'Église, et tels étaient alors le luxe et la dépravation du clergé, qu'il ne rougissait pas de vendre* aux Juifs ce que les trésors des abbayes renfermaient de plus précieux La loi s'exprima donc en ces

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termes 8 : i<> Que nul Juif ne se permette de recevoir un bien quelconque de l'Église par aucun chrétien, soit à titre de gage, soit en payement d'une dette, en or, en argent ou en une autre matière. S'il enfreignait cette défense, qu'on lui enlève tous ses biens et qu'on lui coupe la main droite. 2° Que nul Juif ne se permette de prendre des gages d'un chrétien et encore moins de les détériorer ; s'il se permettait de faire cela, la loi le condamnerait non-seulement à les rendre, mais encore à perdre en même temps sa dette. 3° Nul Juif ne devra avoir chez lui (11? la monnaie courante, ni vendre du vin ou d'uuttes comestibles ; si on en trouve chez lui, on lu; enlèvera ses biens et on le mettra en prison, jusqu'à notre décision ultérieure. 4° Le serment des Juifs dans une cause chrétienne se prononcera de la mauière sui- . Yante : on tracera avec uu bâton un cercle autour de sa tête et de ses pieds; il devra se tenir là en prononçant le serment, porter avec son bras droit le Pentateuque dans le texte hébreu, ou au moins la traduction latine, et dire ceci : « Que Dieu me soit ainsi en aide, ce Dieu » qui a donné la loi à Moïse sur le mont Sinaï ; qu'ainsi » la lèpre ne m'atteigne pas comme elle a atteint Nea- » man, et qu'ainsi la terre ne m'engloutisse comme elle » a englouti Dathan et Abiram; pour la même cause, je » n'ai pas démérité de toi. »

Leurs voyages fréquents, leurs relations si étendues, leurs connaissances dans toutes les parties du royaumei leur dépendance du gouvernement et en même temps du clergé, enfin leur capacité et leur activité les rendirent aptes à entreprendre maintes occupations qui exigeaient de l'habileté, du goût et du savoir. C'est de là que provenait leur crédit à la cour de l'empereur et de bien d'autres princes. L'influence dont jouit le médecin juif

Sédécias sur l'esprit du roi Louis le Débonnaire, valut à ses coreligionnaires les plus grands privilèges. Cet homme célèbre, assez supérieur aux médecins de son siècle pour que ses ennemis l'accusassent de magie et de sortilèges, avait conquis un rang élevé à cette cour. En conséquence le roi favorisa les Juifs, sinon par des lois stables, du moins par de fréquentes circulaires 9 . Ainsi, par un diplôme du 22 février 830, il ût droit à une plainte de divers Juifs de la Septimauie (Languedoc), au sujet de dommages causés à leurs propriétés ; en se référant aux droits généraux établis, il accorda aux plaignants le pouvoir illimité de posséder de3 biens immeubles, de les aliéner, de se pourvoir à cet effet en justice, et d'intenter des procès à leurs adversaires ; enfin il recommande au peuple de ne les tourmenter en rien* 0 . Il leur permit même de prendre des chrétiens à leur service, de les employer comme ouvriers et commis, à condition de leur accorder des congés aux jours fériés. Eu fin, en leur faveur, on relégua les marchés publics aux jours de la semaine en dehors du samedi. Cet état général profita au commerce et concourut au développement de l'industrie, et le bien-être qui en résulta lit oublier tout schisme religieux parmi les concitoyens d'une môme ville.

De leur côté, les courtisans du roi, en voyant ces manifestations de sa tolérance, s'efforçaient de gagner les . sympathies des Juifs, surtout des plus riches d'entre eux, dans l'espoir d'obtenir les bonnes grâces du prince qui occupait le trône. Quelques-uns allèrent môme, dit-on, jusqu'à négliger le dimanche pour observer le samedi, et à se conformer à diverses cérémonies religieuses du judaïsme. Le clergé apprit ces faits avec affliction, ou plutôt il ne put cacher ni son vif déplaisir ni le sentiment de sa jalousie en voyant combien la présence des Juifs

contribuait à la prospérité de la France. Il n'en fallut pas davantage pour exciter le zèle de quelques prélats, à la tête desquels se distinguait Agobard, évôque de Lyon. En vain il usa de son pouvoir et de son influence pour faire cesser leurs relations d'amitié avec les chrétiens et pour provoquer de nouvelles scissions ; en vain il osa enlever aux. Juifs de son diocèse les privilèges que l'empereur leur avait accordés et venir lui-môme à la cour se plaindre de leur insolence. Louis, sans égard pour ses représentations, les rétablit dans leurs droits. Agobard échoua à plusieurs reprises, et tout se calma par l'arrivée de deux envoyés particuliers de l'empereur (missi), chargés de veiller à la sécurité des opprimés.

S 3. — Leur situation changea sous les successeurs de Louis. Le pouvoir royal déchut, le féodalisme se développa, le clergé usait de son influence contre ceux que la protection royale couvrait de moins en moins, et la puissance de quelques ducs et princes devenait de plus en plus arbitraire. A Lyon même, on remarqua, avant tout, la décroissance de la haute protection dont ils avaient joui auparavant. Les Juifs étaient en possession de la plus belle partie de la ville, et ils avaient une synagogue superbe. Comme l'évéque Amulo leur enviait ce bonheur, il écrivit aussi contre eux, demandant surtout qu'on ne leur épargnât pas les impôts (840). L'évéque Remigius attaqua encore davantage leurs droits. Il envoyait le samedi des ecclésiastiques dans la synagogue et y faisait prêcher le christianisme. Quelques prosélytes furent utilisés pour séduire les entants israélites et les attirer à l'église. Les Juifs se virent obligés de faire élever leurs enfants au dehors, à Arles, à Màeon et à Vienne. Craignant que ces dérogations à la liberté civile ne fussent la cause de plaintes, L'évéque s'opposa au détourne

102 HISTOIRE DES ISBAÉLITKS

ment des enfants, mais il tourmenta les Juifs par des sollicitations de conversion volontaire, et engagea aussi l'évêque d'Arles à l imiter.

Les conciles, à leur tour, revinrent aux anciens canons. AMeaux et à Paris, les ecclésiastiques déclarèrent qu'il était méritoire de ne plus accorder aux Juifs les droits de défendre en justice en qualité d'avocats, ni d'administrer, ni déjuger, ni d'entrer au service militaire, ni de construire des synagogues; et, en général, on renouvela contre eux les conciles dcsGoths et des premiers Francs; môme l'évi que de Sens alla jusqu'à les chasser sans molif de son diocèse H. Ces prescriptions eeclési isliqu s, exécutées en partie avec viol nce, motivèrent l'émigration de beaucoup «le Juifs, surtout au Midi, des domaines et diocèses ecclésiastiques, aiusi que des proviuces soumises aux barons.

L'exemple donné par les monarques précédents et les faveurs qu'ils avaient accordées aux Juifs n'avaient pas diminué la haine que leur portait le peuple; mais le contraire eut lieu. A Bé/.iers, on les poursuivait à coups de pierres depuis la veille du dimanche des hameaux jusqu'au dernier jour de la léte de Pâques. A Touiouse, un chapelain remplit un jour avec tant de barbarie l'office de souffleter le syndic des Juifs, devant la principale église, qu'il renversa la malheureuse victime, morte de la violence de son coup *" 2 .

Leur crédit s'évanouit de plus eu plus à la mort de Charles le Chauve, et la natiou française, désolée par les brigandages vies Normands, accusa les Juifs d'avoir favorisé l'invasion de ces hordes d'étrangers et ue barbai es.

En montant sur le irône, Louis II, empereur d'Uccident, ordonna dans un capitulaire que tous les Juifs quitteraient la terre d'Italie avant les calendes d'octobre;

passé ce délai, tout Juif trouvé dans le pays devait être saisi, avec tous ses Liens, et amené devant la cour, qui en ferait justice * 3 .

Au contraire, à Narbonue, ils jouissaient de beaucoup de cousiJératiou, au point qu'un des leurs était toujours second gouverneur de la place. L'évêque s'en plaignit : Il s'étonne, dit-il, de ce que des Juifs aient pu s'élever si haut, et il s'afflige de ce que le peuple tenait déjà leur religion pour meilleure que la chrétienne. Mais ces plaintes n'eurent pas d'écho* 4 .

A quoi faut-il attribuer ces revirements de succès et d'infortunes, ces passages subits du bonheur au malheur? On l'a déjà compris par ce qui précède, et on le verra encore davantage par les chapitres suivants; ces modifications avaient pour cause deux mobiles essentiels. Ce fui d'abord le fanatisme du clergé; ne pouvant surprendre les âmes, il a torturé les corps. Puis survint la jalousie du peuple, des grands et des petits; ils voyaient d'un œil envieux les Juifs affairés, occupés, réussir dans leurs travaux, tandis qu'ils n'avaient pas l'énergie née, Séaire pour les imiter. C'est là ce qui provoqua la haine. Les uns et les autres eussent volontiers tirépaiti de leurs forces pour chasser les Juifs; cependant ils les retenaient pour leur extorquer de l'argent, et ils leur reprochaient ces mômes richesses 1

Depuis ce temps, on les a souvent flétris pour le môme motif et on les a accusés d'avidité. Pourtant, cette accusation est-elle juste et fondée? Moïse, selon l'expression de M. de Ségur, avait fait des Hébreux un peuple de cultivateurs. Qui donc, au moyen âge, changea leur caractère? Qui leur inspira le goût du commerce, ce goût devenu à la longue une véritable passion? Ce fut l'absence d'une patrie, les exib continuels dont ils furent

frappés, l'habitude d'une vie errante. Lorsque le système féodal envabit l'Europe, tout le commerce se bornait à l'échange de quelques productions. Ce système, dans lequel la terre était considérée comme la seule source des richesses et de Pautorité, fut loin sans doute de le favoriser. La difficulté des communications, les guerres continuelles que se faisaient entre eux les seigneurs, Ja dévastation, le pillage qui en étaient les suites, achevèrent de l'anéantir. Q.iels hommes d'ailleurs auraient pu s'y livrer? La société tout entière était partagée en deux classes : Tune puissante, oppressive, méprisant tout ce qui n'étail pas elle, ne connaissant de profession honorable que celle des armes; l'autre iaible, opprimée, enchaînée au sol qui l'avait vue naître, et ne le quittant jamais que pour aller verser son sang dans les querelles de ses maîtres. Il fallait donc, pour faire revivre le commerce, des hommes étrangers à Tune et à l'autre de ces classes. Ces hommes se trouvèrent : ce furent les Juifs. Ils n'appartenaient à aucune nation en particulier. Chassés d'un pays, ils se réfugiaient dans un autre; ils ont ainsi parcouru le monde. Ce changement continuel *de demeures leur fit connaître les productions des différentes contrées; ils sourirent à l'idée de trouver dans leur malheur même une source dè richesses et de splendeurs. Les relations les plus lointaines n'avaient rien qui dût les effrayer; répandus sur toute la terre, ils trouvaient partout des amis, des frères; ils entrèrent donc dans une carrière facile pour eux, dangereuse pour d'autres.

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