‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 103 sur 169 · CHAPITRE CXXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXI

8T8TÈ1IB MILITAIRB. GUEREE DB PI8B. JULES IL UGUE DE GAIIBBAI.

Machiavel s6 présente à nous sous im autre aspect^ c'est-à-dire comme roattre de tactique. Nous avons parlé ailleurs (ch. cviii, cxv) des améliorations que les bandes avaient introduites dans la science militaire : plus tard , les bouches à feu amenèrent des changements dont il était difficile d'apprécier la portée, et les courtoisies chevaleresques succombaient sous un art tout positif; mais l'ancien et le nouveau se trouvaient en face, sans que l'un prévalût sur l'autre. L'infanterie helvétique, serrée en bataillons carrés de trois ou quatre mille hommes, avec des piques de six mètres, des espadons à deux mains, peu d'armes défensives et peu à feu, pr^ntait une haie infranchissable à la cavalerie, et produisait une forte impression sur l'armée ennemie : mais les Suisses, quand ils étaient obligés de combattre par détachements, perdaient courage ; dans les afTaires de poste, dans les sièges ou les assauts, ils valaient peu de chose, et, une fois rompus, ils parvenaient difficilement à se rallier.

Les Espagnols, dans leurs luttes de sept siècles contre les Maures, avaient acquis ce courage que rien ne saurait mieux inspirer que la guerre de bandes. Lorsqu'ils sortirent de leur

âai, dans les Rieordi ai gîovani, écrivait en 1848 : « Et que poonoDS-nous « puiser dans TœuTre de Ifachiavel , si ce n*est la connaissance des pratiques « ténébreuses des méchants, afm de les fuir et de les éviter? Je dis que les « peuples se retrempent dans la vertu, se régénèrent par Tamour, deviennent « grands et puissants par la religion de la vérité , lorsqu'ils peuvent regarder « avec confiance dans les nations et leur propre conscience, et dire : Notre vie « eu une sainte bataille, et notre mort un martyre. Je dis que la moralité est « Tâme des grandes entreprises ; que la tromperie, bonne pour corrompre, di« « vùer, entraver, est favorable aux maîtres , mais impuissante à mouvoir, à

• produire, à créer, et devient fatale aux serfs qui veulent s'affranchir et rede- « venir honmies. Je dis qu'aucun peuple n'a acquis l'indépendance et l'unité de « nation, qu'aucune grande idée ne s'est incamée dans les faits , qu'aucun ac* *• croisaement réel de puissance et de liberté ne s'est ajouté au développement

• d'nne race mortelle par des artifices machiavéliques. »

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306 ARMEES iTRANOÈRES ET ItALIENNES.

pays affranchi de la domination étrangère^ pour molester FEurope, ils étaient réputés les premiers fantassins après les Suisses; on les plaça même au-dessus dès qu'ils eurent appris de oes rivaux, en Italie, à former des bataillons serrés et autres améliorations. Très -sobres, ils ne se laissaient abattre ni par la souffrance ni par la fatigue. Ils avaient pour armes offensives la hallebarde la pique^ i'épée, le poignard ou la dague ; mis en désordre^ ils revenaient à la charge individuellement^ et, couverts du brochello ou cape de mailles , ils se glissaient un à un parmi les piques^ afin de poignarder leurs adversaires. Comme Téloignement de leur pays rendait la désertion difficile, et ne permettait guère aux princes de les congédier après la campagne, ils se fortifiaient dans la discipline et les exercices militaires.

Les Français, durant la guerre avec les Anglais , assignèrent une paye aux soldats, réforme importante. Charles VII introduisit les gens d'armes, première armée permanente, aTec une organisation qui fut ensuite imitée par les autres puissances.

La cavalerie légère, comme corps distinct, ne commença à devenir importante que lorsque Louis XII prit à sa solde les Siradiots, cavaliers grecs, qui portaient un morioQ sans crête ni visière, une cotte de mailles, Tépée, la masse, un long bftton ferré aux deux bouts. Parfois encore ils combattaient à pied. Habitués à la férocité des guerres turques, ils ne faisaient point de quartier. Us se mettaient au service des Vénitiens, dont ils recevaient un ducat pour chaque tète qu^ils apportaient, et des Napolitains, qui les recrutaient parmi les Albaînais établis dans le royaume (1)« ^

Les cavaliers allemands ou reitres , outre qu'ils étaient mal armés, n'avaient qu'un seul cheval, de manière quMls arrivaient fatigués sur le champ de bataille, et ne pouvaient résister aux gens d'armes italiens et français. Les lansquenets, introduits sous l'empereur Maximilien, étaient armés et organisés comme les

(1} « Les Stradiots sont des soldats à pied et achevai, vêtus comme les Turcs, sauf la tète, qu'ils ne couvrent pas de tui'ban : gens durs et qui dorment en pleia air toute Tannée , eux et leurs chevaux. Ils étaient tous Grecs et venaient des pays occupés par les Vénitiens , les uns de Mapoli de Romanie en Moree, ks autres d'Albanie vers Durazzo ; ils ont de bons chevaux, et tous de Turquie. La Vénitiens s^en servent beaucoup et ont confiance en eux ; ils sont braves et font de grands ravages dans un camp lorsqu'ils s'y jettent. » (Gomikes.)

A&MÉ£S ÉTAAN&£]L£S £T ITALIENNES. 307

Suisses, avec lesquels, par rivalité^ ils engageaient souvent des luttes impitoyables. Hauts de taille et d'une belle prestancei ils menaient avec eux leurs femmes et leurs enfants, qui devenaient un embarras sérieux dans les actions; adonnés à la boisson, iminrévoyantSy pointilleux, ils ne savaient pas supporter les privations, et Ton disait qu'ils oignaient leurs armes et leurs mains avec la graisse des cadavres ennemis. Derrière ces armées, on voyait de longues files de prisonniers, hommes et fenunes, jeunes et vieux, attachés entre eux à la queue des chevaux, et poussés à coups de talon de lance et de fouet; sur les chars étaient les malades et les enfants,. entassés parmi les dépouilles, les verres et les bouteilles.

Riches, occupés d^art, d'industrie, de commerce, les Italiens n'avaient ni le temps ni le désir d'embrasser la vie militaire, et préféraient voir les soldats conduits sur leurs marchés, comme les denrées de l'Arabie et de Vlnde : gens sans morale, parce qu'ils faisaient un métier, et dont la lâcheté rendait chaque jour plus méprisable l'usage des armes. Ainsi la nation restait distincte de l'armée. Ces mercenaires, brigands au besoin, payés aujourd'hui pour combattre celui qu'ils serviront peut-être demain , féroces quand le péril est éloigné, braves seulement par l'espoir du butin, faisaient consister la valeur dans des noms pompeux, comme Fracasse, Fièremouche, Tranche-montagne, Sans -miséricorde. Si la paye était retardée, ils cessaient d'obéir et arrêtaient leur général ; souvent encore, entraînés par Tespérance du pillage, ils contraignaient leurs chefs à se battre dans des circonstances désavantageuses, ou bien à livrer des combats sans utilité. Ils avaient le droit de piller une ville pour peu qu'elle se fût défendue ; aussi l'on traitait parfois de son rachat avant de la prendre, ou bien on la vendait à quelque entrepreneur de pillage (1).

Quelques petits seigneurs suivaient encore la carrière des armes comme noble occupation. C'était là sans doute une cause de procédés courtois, accompagnés d'efforts pour épargner le sang, mais la guerre s'éternisait; en effet, on ne se battait que pour de l'or, et le plus riche ou le plus perfide l'emportait, sans

(1) Les Espagnols, en 16S0 , vendârent le pillage d'Empoli, moyennant 6,000 ducats, à Bacdo Valori, qui , quelques mois après, metlait le séquestre sur cette commune, et faisait arrêter plusieurs liabitants pour les dépouiller du peu qui leur restait. (Yaecbi, Storie, iv.)

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