ART DE LA GUERRE DE MACHIAVEL
que la victoire affaibltt le vaincu, qui cherchait à se relever par la fourberie.
Les capitaines d'aventure de Técole de Braccio et de Sfona, habitués à vivre uniquement du métier de soldat, avaient disparu; il ne restait que les condottieri , qui possédaient d*assez vastes domaines pour entretenir à leurs frais une certaine quantité de mercenaires ; mais ils ne pouvaient avoir de corps nombreux^ et les petits princes en soudoyaient divers sous le nom de lancer pesades (lancie spezzate^ lances brisées). L'armée perdait dès lors toute unité ; d'autre part^ le préjugé qui faisait regarder la cavale* rie comme supérieure à l'infanterie était fomenté par les chefs de bandes.
Malgré cette organisation^ les habitants devaient coneoarir aux transports, préparer les chemins^ les esplanades, les tranchées, garder môme les forteresses, et tenir bon jusqu'à l'a^ rivée des secours. Après l'introduction du fusil, qui donnait aux fantassins toute Timportance enlevée aux cavaliers, ces milices furent encore employées sur les champs de bataille, un homme étant commandé par maison et payé à la journée ; on les envoyait sous des connétables sur les lieux menacés.
Dans ce déplorable système^ les chefs, ne comprenant pas qu'il n'existe aucune société sans gouvernement, ni gouvernement sans force^ se confiaient aveuglément aux aventuriers, par lesquels ils étaient trahis du jour au lendemain. C'est ainsi qu'ils enlevaient aux Italiens le sentiment de leurs forces, l'orgueil national , l'amour pour le bien public. Les soldats^ force matérielle sans justice dans les moyens ni noblesse dans le but, sachant qu'ils pouvaient tout, ne reculaient devant aucun méfait^ et habituaient les populations à les souffrir et à les imiter.
Afin de remédier à l'imperfection de ce système, quelques villes eurent recours aux cerne (milices), qui devaient être exercées et se tenir prêtes à tout événement. Telle fut Vordannanee florentine que, durant la guerre de Pise, Antoine Giacomini et Machiavel suggérèrent à Florence, dégoûtée des mercenaires qui trafiquaient de leur foi. Machiavel eut gi*andement l'occasion d'observer ces étrangers accourant de toutes parts pour se disputer les lambeaux de l'Italie, que quelques-uns d'entre eux ne devaient plus abandonner. Voulant montrer la nécessité de troupes nationales et de la discipline, il entreprit, bien qu'étranger aax armes, d'associer l'art antique aux méthodes nouvelles, et, comme on le faisait à l'égard de toute autre doctrine^ il appuya