‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 107 sur 169 · LES FRANÇAIS ET US ESPAGNOLS DANS LE EOT« DE NAPLBS · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS ET US ESPAGNOLS DANS LE EOT« DE NAPLBS

Dans le pays napolitain^ les usurpateurs^ qui s'étaient partagé sans vergogne le royaume d'un autre, ne tardèrent pas à se dbputer à Toccasion des limites respectives. Gonsalve de Cordooe réclamait la Capitanate, où la migration annuelle des troupeaux pour hiverner dans la Fouille rapportait jusqu'à 200,000 ducats de péage. Le roi de France espéra que cette mésintelligence lui fournirait l'occasion d'occuper le royaume entier. La guerre ayant éclaté, les Français, les Espagnols et les condoU tieri italiens se signalèrent sur les champs de bataille et dans des combats singuliers par des actions d'éclat et de grandes prouesses, mais sans amener aucune issue. Le combat singulier de Barlette , où treize Italiens soutinrent contre autant de Rrançaisque le courage de leur nation n*était pas au-dessous du leur, fut surtout célébré avec emphase (1): déplorable étalage d'une valeur individuelle que personne ne contestait. La complaisance avec laquelle des historiens et des poètes contemponios vantent ces prouesses démontre que les Italiens ignoraient que le courage personnel n'est glorieux que par le but vers lequel il se dirige; leur admiration s'égarait sur quelque duelliste heureux, au lieu de gourmander les braves qui ne savaient pas unir leurs volontés et verser leur sang uniquement pour affranchir la patrie.

Les populations ne participèrent à cette longue lutte que par les souffrances ; le Grand Capitaine fit prévaloir les E^Agiiois malgré le courage de Louis d'Armagnac. La paix se n^odait sur ces entrefaites; il fut enfin convenu qu'on dooneiaitle royaume de Naples à l'infant Charles d'Autriche, né de la fille de Ferdinand d'Espagne et du fils] de Maximilien, à condition qui! épouserait la fille de Louis XII. Plein de confiance dans le traité, le roi de France cessa d'envoyer des secours et enjoignit même à d'Armagnac de suspendre les hostilités; alors Gonsalve de Cordoue, sous le prétexte qu'il n'avait pas reçu d'ordres, attaque les Français à Cérignoles, où il remporte une grande victoire, et, secondé par les Colonna, s'empare de tout le royaume. Piene Navarro, qui avait introduit ou plutôt perfectionné l'usage des mines , et se vantait qu'aucune forteresse ne pounait loi

(1) Haï, huitième volamedu S/HeUêgium romanwm , a publié une description du combat de Barietle, eontenoe dans une lettre d*Anlame GablBBi eonlemporain ; il te trouve encore décrit dans \k FU du gramd Go»mA«« ytf Céiar Gapacio.

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fésister{l), contraignit à se rendre les deux châteaux de Naples, qui furent abandonnés au pillage. Quelques soldats étant venus trouver Gonsalve pour se plaindre qu'ils n'avaient rien eu, il leur dit : Eh bien , dédomfnagez*vou9--€n en saccageant mon palais, c'est-à-dire celui dans lequel il s'était logé; ce qu'ils firent.

Louis XII^ irrité de se voir enlever ce royaume^ assaillit l'Espagne^ tandis qull envoyait en Italie Louis de la Trémouille avec les plus grandes forces que jamais la France eût armées; il les fit même appuyer par des Suisses et des Italiens commandés parce

(1) Nous ne croyons pas qu*il en fût rinventeur^ comme on le dit générale* ment. Philippe de Mézières, né en Picardie en 1312, soldat quelque temps en SicQe, puis chanoine d'Amiens, fit le voyage de la Palestine, devint chancelier do roi de Chypre, puis conseiller de Charles V de France ;- enfin il se retira stix Gélestins, où il mourut en 1405. Parmi ses autres ouvrages restés manuscrits, il en est un intitulé Nova religio mUitim passionié J<rC, pro acquiiitione sanctœ civitaiis Jerusaiem et Terrœ sanctœ , qui renferme les statuts d'un ordre qu'il se proposait d'établir pour la délivrance des saints lieux. Un chapitre est intitulé : De diversiiate muUipUci ingeniortun ad obsidendum cmtaUs^ easWa et fortaScia inimicorumfidei, super faciem terrœ ^ in aqua, in aère et subtus terrant, tanin ingeniis virtute propria et ttrtificiali lapide* projicientibus, quant ingeniis Ttirtute puiveri* et ignis projicieniibns. Là se trouverait la poudre, employée déjà pour les bombardements et les mines avant le quinzième siècle.

Puis, en 1403, un Pisan banni fit connaître aux Florentins une porte, murée des deux côtés , qui se trouvait dans les murailles de Pise ; l'ingénieur Dominique de Florence proposa de la remplir de poudre, laquelle, en éclatant, devait OQTrir une brèche. Les Pisans en furent informés, et prirent des mesures pour s'y opposer.

Conuuzano, poète milanais, disait vers Tan 1480 :

Ghi le muragUe minai sol cura.

Gava fin sotto a* foadameotid'esss^ E 11 sospoode oon intravaiura.

tH>ichè gran parte in su colonne messe, Dk sotto travi ftioco, e loi ftior viene : Caacan le mura allor sbandate e fesse*

Id il n'est question que des mines comme les pratiquaient les anciens; mais François Martini et Léonard de Vinci parlent longuement des mines à la moderne. En 1487, les Génois, assiégeant le fort de Sananello, occupé par les Florentinsi les employèrent ; Pierre Navarro, qui combattait dans le voisinage, put voir ce nouveau procédé. La mine du château de l'Œuf de Naples , qui valut à Gonalve une si grande réputation, parait due au susdit Martini, d'après un gi*and Bombre de témoignages.

318 TRAITÉ fi£ BLOIS.

François Gonzague de Mantoue qui^ capitaine générai des Téoitiens, jeune encore, avait combattu les Français à Fornoue) servi ensuite dans l'armée impériale, et commandé enfin dans le royaume les troupes vénitiennes contre les Français, avec lesquels il se trouvait maintenant. La Trémouille fut remplacé par ce Gonzague dans le commandement général; mais l'orgueil français répugnait à recevoir des ordres d'un Italien, et lenou-

27décembre. vcau cbcf, désobéi et abreuvé d'amertume, dut donner sa démission. Les ennemis, au contraire, avaient la plus grande confiance dans Gonsalve, qui remporta une victoire sanglante à Garigliano.

L'armée française avait perdu la plupart de ses guerriers d'élite, moins par le fer que par les maladies, et presque aucun d*eui ne revit la patrie. Tant de victimes plongèrent la France dans le deuil; Louis ne pouvait s'en consoler, et les Italiens se trouvèrent à la merci des Espagnols. Heureusement Gonsalve, souffrant du climat et décidé par le manque d'argent, fit signer noie trêve de trois ans. Au milieu des négociations qui furent entamées^ Ferdinand le Catholique, honteux de sa conduite perfide envers Frédéric II de Naples , paraissait disposé à le remettre sur le trône. Mais, ce dernier et la reine Isabelle de Caslille étant morts, le roi d'£spagne , oudgré son âge , épousa Germaine de Foii ,

22Mp!Lb. ^^^^ ^® Louis XU, qui lui céda, avec ses prétentions, tout ce qu'il possédait dans le royaume de Naples , sauf à recevoir 700,000 florins pour les dépenses de la guerre ; puis , dans k traité secret de Blois^ Tempereur MaximiUen promit à la France ^investiture du duché de Milan, moyennant 120,000 florins et une paire d'éperons d'or par année.

Les adversaires ne souscrivaient à cette trêve que dans le seul but de reprendre haleine , et les Italiens même ne pouvaient y compter. Le royaume de Naples, proie disputée, ravagé par Ie5 uns et les autres, était tombé dans une tyrannie pire que celle dont il avait voulu s'affranchû* ; les autres pays, s'ils n'avaient pe> perdu Findépendance, étaient soumis à des gouvernements impopulaires. La Péninsule restait à la merci des deux puissances étrangères, qui se tenaient mutuellement en respect ; aiais elles ne pouvaient pas même se considérer comme maîtresses , exposées qu'elles étaient aux arrogantes prétentions de leurs généraux. Gonsalve de Cordoue , principalement, se conduisait en roi, et refusa d'obéir à Ferdinand, qui le rappelait en Espagne. Ce roi, mû par la jalousie, vient en persoime à Naples» le comble

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d'éloges et d'honneurs, et, sous prétexte de le faire grand maître de Tordre de Compostelle , Pemmène en Espagne. £n route , Louis XII les accueille splendidement à Savone , et veut que le Grand Capitaine s'asseye à table avec lui et Ferdinand; cette fa* veur accroît peut-être la jalousie de ce roi, qui, arrivé en Espagne , éloigne Gonsalve de la cour, et le laisse mourir dans l'obscurité à Grenade, à Tàge de soixante-treize ans.

Nous avons vu comment Jules U était devenu pape. Habile dans la politique et môme dans Tart militaire , doué d'un coup d'œil {Nrévoyant et sûr, grandiose dans ses desseins , indifférent aux avantages domestiques , il sut respecter les franchises des populations; néanmoins, sans aucune modération dans ses actes, impérieux, tenace dans ses haines, il punissait comme ennemi du ciel quiconque contrariait ses désirs , bien qu'ils fussent terrestres. Aussi disait-on qu'il avait jeté dans le Tibre les clefs de saint Pierre, pour ne tenir que Tépée de saint Paul. Hardi dans ses paroles et ses actes , au point que son grand ennemi, Alexandre VI, disait qu'il avait tous les vices en partage , moins le mensonge, il profita de cette réputation pour mieux tromper. U fomenta cette frénésie de guerres et d'intrigues; mais, comme la papauté était descendue du rôle sublime qu'elle avait joué dans le moyen âge, pour se dégrader au milieu des intérêts d'un pouvoir terrestre, Jules U voulut au moins la relever, et, pendant dix ans, il sut dominer les forts à la tête d'un pays faible, et diriger les affaires de l'Europe.

Bien que les Français eussent succombé , le pape , gr&ce à la trêve, n'avait pas souffert ; il entassait de l'argent pour réaliser sa grande pensée, qui était de délivrer l'Italie des barbares, c*està-dire de cette soldatesque brutale qui disposait à son gré de l'Italie, et devant laquelle Alexandre VI avait tremblé. Néanmoins, égaré par des intérêts secondaires et ses propres antipa- isos thies, il appelait lui-même ces étrangers. Avant toute chose, il voulut soumettre la Toscane. Après avoir recouvré , non sans difficulté, les ch&teaux qui avaient appartenu au duc de Vaientinois, il se munit d'armes et d'argent, contracte des alliances, somme les Vénitiens de ne pas bouger, et Louis XII de lui en* voyer des soldats ; puis, suivi do troupes , précédé d'interdits, accompagné de vingt^juatre cardinaux, il assaille en personne Baglione dans Pérouse, et, laissant son armée derrière lui, il entre seul dans la ville avec toute la cour. Bagiione, incestueux et parricide, n^ose point être grandiosement criminel, et se laisse

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