‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 108 sur 169 · J0LES II · texte numérisé non relu

J0LES II

enlever la cité la plus belliqueuse de ntalie ; elle reprit alors sous les saintes clefs ses privilèges et la liberté.

A Bologne^ Jean Bentivoglio^ après avoir dompté les familles puissantes , dominait par la terreur^ par la munificence et avec Pappui de Louis XII ; mais ce roi , effrayé de l'énergie avec laquelle Jules n réclamait Bologne, déclara qu'il avait garanti à Bentivoglio ses États ^ non les possessions enlevées à l'Église , et il envoya des soldats au pape. Renforcé par ces troupes^ par 6aglione^ par le marquis de Mantoue^ devenu alors son général avec la mobilité de ces aventuriers ^ le pontife s'avance lançant des excommunications^ provoquant au pillage, et Bentivoglio se réfugie auprès des Français. Jules entre à Bologne, où il rétablit les privilèges et l'administration populaires, et confie le goave^ nement à un sénat de quarante personnes , qui a représenté le peuple jusqu'à ces derniers temps ^ comme un contre-poids à l'autorité supérieure.

Dans cette expédition^ le pape avait eu le secours de la France. Mais il apprend que les troupes françaises viennent pour reprendre Gônes révoltée; puis une sourde rumeur annonce que Louis XII songe à desceQdre en Italie, accompagné d'une grosse armée^ de huit cardinaux^ de trente évêques et archevêques^ pour déposer Jules II, lui substituer le cardinal d'Amboise et se faire couroih ner empereur. A ces nouvelles^ le pape s'irrite, et, n'écoutant que sa colère^ il envoie solliciter Maximilien. Ce prince, prodigue de promesses envers quiconque lui prodiguait Targent, mais impuissant à rien faire , avait ajouté des matières inflammables à l'incendie qui dévorait l'Italie : il refusa d'investir le roi de France du Milanais, puis s'entendit avec lui par le traité deBlois, qullne tarda point à rompre ; il se préparait même à franchir les Alpes, afin d'avoir la couronne impériale pour la transmettre à son fib. Jules II fut donc écouté; ayant convoqué les états à Constance, il leur exposa les plaintes du pontife et Pambition de Louis avec tant d'éloquence qu'il attendrit les auditeurs jusqu'aux larmes. Mais, au lieu de trente mille hommes qu'il demandait, il en obtint à peine douze^ dont il ne se présenta même qu'un tiers, et pour six mois seulement.

Maximilien somma les feudataires italiens de lui fournir les hommes et les subsides dus en pareille occurrence ; mais, comme il avait besoin de beaucoup d'argent pour soudoyer des Suisses, il faisait des demandes exorbitantes. Il fut donc mal secondé par tout le monde ; d'un autre côté^ les Vénitiens^ gagnés par la

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France qui leur garantissait leurs possessions de terre ferme y repoussèrent ses fréquentes propositions de partager avec lui le Milanais. Bien plus^ ils le combattirent ouvertement^ défirent ses premiers détachements^ lui enlevèrent ses ports sur l'Adriatique^ et, par leurs ordres^ Barthélémy d'Alviano imposa une forte contribution à Trieste pour la punir de la contrebande qu'elle faisait^ et se rendit maître de Pordenone. L'empereur, privé des secours des Suisses et des Allemands ^ dut retourner sur ses pas avec la honte qu'il retirait d'ordinaire de ses entreprises, et furieux des farces que le peuple vénitien faisait sur lui et les soldats prisoDniers.

Au milieu des désordres passés^ Venise était restée sur la brèche contre les Turcs, menacée de perdre toutes ses possessions d'ootre-mer et de voir campés sur l'Adriatique ces ennemis communs de la chrétienté. Sa cause était donc celle de l'Europe^ et tous regardaient comme un devoir sacré de la secourir; mais chacun le faisait comme un devoir, c'est-à-dire avec le moins de sacrifices possible. Menacée par Bajazet et dépossédée deModon, elle avait fait entendre le cri d'alarme; Ferdinand le Catholique lui envoya une flotte^ qui se battit vaillamment au siège de Géphalonie^ jusqu'au moment où elle fut rappelée pour les guerres deNaples. Alexandre VI fui fournit un bon renfort, avec autorisation de garder le produit des indulgences qui se vendaient dans l'État vénitien , et dont le total s'éleva à 80,000 ducats (j). Une flotte, envoyée par la France, repartit, faute de solde, avant de rendre aucun service. La guerre faite à la Porte par le sofl de Perse produisit de meilleurs résultats; André Gritti, qui était tombé prisonnier des Turcs , put amener une trêve, continuée jusqu'à la paix de 1503, qui dura jusqu'à l'année 1537.

Cette guerre avait contraint Venise de baisser la tête devant les autres puissances et de supporter leurs exigences; maintenant elle la relève pour reprendre son ancien rôle et lutter avec les nations qui, grâce aux découvertes nouvelles, changeaient la face du commerce et de la marine.

On a prétendu que Venise, par la découverte du cap de Bonne- • Espérance, qui transférait son commerce à Lisbonne, s^était vue ruinée subitement; le fait n'est pas exact, puisqu'au seizième siècle elle fut plus riche que jamais, et que Serra, au dix-seplième,

(1) BeMBO , HisU vénitienne , livre V, p. 3 ; Rayic Aldi , Ann» eccles, ad l&OO, parag. 22.

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disait que toutes les marchandises venues d'Asie en Europe passaient par cette ville. Les voies du commerce s'abandonnent tard, et Venise ne perdit ses avantages que lorsque Marseille trafiqua directement avec le Levant. Si donc elle avait persisté dans sa nature de puissance maritime, elle aurait pu lutter avec ses émules nouvelles et asseoir son trône sur TAdriatique : mais^ tandis que l'Espagne et le Portugal s'aventuraient dans d'autres voies^ elle s'obstinait à suivre les anciennes; elle contrariait par d'ignobles intrigues les pays rivaux, au lieu de les devancer en leur faisant une concurrence généreuse. Avec l'Egypte, elle pouvait conclure un traité avantageux et s'assurer le passage de Suez; mais elle préférait fournir des ingénieurs et des canons aux séids de l'Inde pour qu'ils repoussassent les Portugais et les Espagnols. C'est ainsi qu'elle avait recours aux moyens astucieux du siècle.

Venise était devenue un État aristocratique depuis que les familles qui n'avaient pas fait partie du grand conseil dans les années précédentes s'en trouvaient exclues par suite de sa rédaction; l'aristocratie éliminait de plus en plus du gouvememeot l'élément populaire, au point qu'en 1462 on enleva les mots de commune des Vënéties de la promission ducale, pour leiur substituer l'expression dominio. Un petit nombre de gentilshommes (i) exerçaient sur les nobles inférieurs, sur le peuple et la terre ferme une autorité qui ne différait pas de celle des ducs et des marquis. Il restait aux bourgeois les charges de grand chancelier, de chanceliers et de consHiteurs du doge, de notaires et de secrétaires; il y avait en outre le doge des NicoloUi^ élu par les pécheurs et confirmé par le doge, qui lui disait : a Soyez un bon « père pour cette famille, et respectueux envers la majesté pii- « blique; si vous faites ainsi, je vous protégerai toujours et vous « assisterai dans l'occasion, d

Mais Venise , qui imposait aux capitaines de galères l'oUiga-

(1) Comme ia noblesse de Venise ne provenait pas des fieù, elle était la plu» ambitionnée. Dans les derniers temps, le peuple y distinguait les douse apôtr» et les quatre évangélistes. Les pramiers^ comprenaient les anciennes maisons électorales : les €k)ntarini , qui fournirent huit doges ; les Horosini , quaUv ; te Michiel, trois ; les Badoer, les Sanuto, les Gradenigo, les Falier, lei Daodofe, les Maniii, les Tiepolo, les Bolani , les Borozzi. Les quatre évangélistes étaient les Giustiniani, les Bragadin, le^ Bembo, les Corner. 11 faut y ajouter les liaiBcs tribunitiennes des DolGn, des Quirini, des Ziani, etc.

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