MOEURS BOURGEOISES
« penses nécessaires, mais je procède pour les autres avec pru- <K dence, c'est-à-dire je retarde autant que je puis; en effets je c veux voir si mon désir persistera dans cet intervalle^ et , s*il <r persiste, j'ai plus de temps pour songer au moyen de moins « dépenser et de mieux me satisfaire. »
Avec quel bon sens viril^ avec quelle bonté sans fadeur,- avec quelle supériorité sans arrogance ne traite-t-il pas la femme ! a Le mari et la femme doivent faire comme ceux qui montent la <( garde sur les remparts au service de leur patrie; si l'un d'eux tf s'endort, il ne lui advient pas de mal quand son compagnon tf le réveille. Ainsi l'homme doit tenir à grand bien que sa femme « l'avertisse s'il tombe dans une faute. Lorsque je pris femme^ je ce lui dis : Ma tendre épouse^ il me sera surtout agréable que tu (c fasses trois choses : ta première que, dans ce tit , tu ne désires (( pas d'autre homme que moi (elle rougit et baissa les yeux); la v seconde, que tu soignes bien noire Jamille et t'élèves dans t'hon- « néteté et la tranquillité; la troisième, que tu pourvoies à ve tf que les affaires domestiques ne viennent pas à mal. J'eus soin (( de lui persuader d'avoir une conduite honnête y bien que la tf vertu fût sa qualité naturelle. L'honnêteté de la mère^ lui dis-je, « fait toujours partie de la dot de ses filles ; une belle personne tf plait àaJbordy mais une conduite déshonnéte la rend tout à « coup vile et taide. Ma chère épouse, ce n'est qu'à moi que tu tf dois pluire^ et songe que tu ne pourrais me plaire en voulant tf )ne tromper, en te montrant à moi celle que tu ne serais pas. tf Toutes les fenunes obéissent à leurs maris quand ils savent (( être maris. Il ne me plut jamais de me soumettre à ma femme, (( et je n'aurais pas cru pouvoir me faire obéir par elle, si je « lui avais montré que j'étais son esclave, b
Des personnes de grande famille écrivaient sur l'agriculture, roinmè Vittori; sur les arts^ comme Neri, ou sur la vie sociale, comme Palmieri. Quand on feuillette les ricordi di cose famigliariy les quademi de' conti^ les prioristi^ comme on appelait une espèce de registre sur lequel on inscrivait les prieurs de l'année et les principaux événements, on est étonné de rencontrer la maturité du bon sens jointe à la plus grande perspicacité, i/cducation publique était complétée par les leçons domestiques; car le père ou l'aïeul enseignait à l'enfant la lecture, le latin alors nécessaire, l'histoire du pays et les affaires. La servante y ajoutait des récits de sorcières et de voleurs, le tout entremêlé de proverbes, non sans grossièi^etés, ni sans blesser la
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pudeur. On improvisait des airs de musique ; avec la flûte, la clarinette, la mandore, on accompagnait les chants dans les rues, la danse, ou les rispetti (pièces de poésie que les villageois chantent sous les fenêtres de leurs maîtresses); souvent on racontait des nouvelles et Fon faisait le récit de ses propres voyages ou de ceux, de Marco Polo.
Des gens illettrés composaient même des poésies, etTélite des citoyens se réunissait à Galimata, dans la boutique du barbier Burchiello, pour discourir, plaisanter, improviser. Ce barbier, toujours gai , facétieux et railleur, faisait des vers remplis de quolibets vulgaires et d'idées de carrefour ou de lupanar, mais qu'on relit à cause de ce naturel qu'on trouve si rarement dans les poètes italiens. Nous citerons à côté de lui Dino de Tura, autre poète grossier ; le sonneur de cloches Antoine Pucci, contemporain de Sacchetti, qui, dans le Çentiloquio, mit en tersine l'histoire de Yillani, en faisant chaque chant de cent terzine, et acrostiquela première lettre de chaque chant Un peu plus tard, le barbier Lazzero, esprit bizarre, composait des vers dans un style élégant et poli.
Tandis qu'ailleurs il n'est presque fait mention que de la vie des seigneurs, chez les Toscans, le notaire et le marchand figurent dans ces livres, sans parler de quelque biographie écrite pour honorer une famille. Un grand nombre de ces manuscrites sont oubliés; mais beaucoup d'autres, qu'on a publiés, nous offrent la peinture la plus vraie de la manière de vivre d'alors. Parfois c'était l'œuvre de gens infimes , qui se glorifiaient de leur métier, comme d'autres de leur blason. L'un d'eux écrit : « Mon aïeul fut maréchal, et, dans sa ville, il occupa le premier « rang parmi ses confrères ; il eut trois fils. Cristofano exerça la « profession de son père, et mon père lui succéda ; or, comme « mon père voulait qu'un de ses fils fût maréchal, il me fallut « abandonner l'étude de la grammaire, selon ses désirs, et diri- « ger sa boutique. Ainsi ma famille a fourni six maréchaux fer- « rants l'un après l'autre, et j'ai été le septième (i). d
Guido d^Antella écrivait, à partir de 1298, ses souvenirs domestiques. II commença, dit-il, à travailler sous des négociants, qu'il représenta en Provence, en France, à Naples, à Acre, et devint ensuite leur associé ; il mentionne tous les faits relatifs aux affaires, aux mariages, à ses possessions. Ses fils continuèrent
(1) Ap. Ma 551, lUttstrazione ffel Decnmcrone^ )>. 431.