‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 12 sur 169 · PARTICULARITÉS DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

PARTICULARITÉS DOMESTIQUES

ces noies : lahlôl il s'agit d'un mariage avec une temme qui apporte, en dot ou dons, 730 florins d'or; tantôt, de Tachai d'une maison qui coûte 212 florins; tantôt, d'une servante moyennant les gages de B florins par an, oii bien d'utïe esclave au prix de 30 livres ; tantôt, d'une nourrice à domicile qu'on paye 16 florins d'or, ou bien, si elle n'habite pas la maison, on lui donne par mois 5Ô sous, plus un berceau, un mantelet avec seize boutons k creux d'argent, un mantelet bled, une jupe de couleurs diverses, cinq pièces de laine, cinq langes, quatorze pièces de lin, une couchette de plumes, un oreiller avec deux taies. Au prix d'une boutique oh ajoute une oîe grasse, qiiî se livre à là Toussaint ou le jour de Noël. Dans là culture des propriétés, oh trouve déjà cette société entre maîtres et laboureurs, qu'on appelle mélayage, qui àssiire une protection au colon et le met en communauté d'intérêts, (i'affeclîons, Jiresque de famille avec le maître; le maître, outre le fonds qu'il donne, contracte l'obligation à'avâncer àii paysan Targbnt nécessaire pour acheter des bœufs.

GalganoGuidini, à vingt-huit niois, perdit son père, qui ne lui laissa que des dettes ; mais sa mère, pour l'élever, ne voulut passe remarier. Son grand-père le prit dans sa maison, commença ison Téducation, 'et \m fit même expliquer Donat, puis renvoya étudier la grammaire à Sienne ; bientôt il put donner des répétitions, et devint enfin notaire. Après la mort de son aïeul , qui avait fait un peu d'usure, sa mère s'empressa dé restituer. Gâlgano remplit avec succès les fonctions de no'laîre, qui lui permirent d'économiser et de faire des acquisitions. Introduit aliprëâ de la bienheureuse Catherine, il s'enthousiasma pour elle et jpôur Dieu, au point qu'il aurait abandonné le monde, si les efforts de sa mère ne l'avaient aniené à se marier. Catherine, vivante et hiorte, fut toujours l'objet de sa vénération ; il lui demandait deé conseils, cl traduisit en làtiri \ek œbvrès qu'elle écrivait en italien, parce que a tout homme instruit ou versé dans la grammaire Ut moins volontiers les choses qui sont faites pour le vulgaire». Il eut plusieurs fils : a Au premier, dit-il^ je donnai le nom de François, en Thourteur de saint François, objet de ma dévotion ; je résolus niéme de le faire entrer dans son ordre, et je veux qu'il en soit ainsi. » De ses nombreux enfants, la plupart eurent des nourrices, et sa femme en allaita quelques-uns (1).

(1) Arclùvet hutoritjucSyVf*

PAKTICULAKITES DOMESTIQUES. 39

BbWàcbdri^ Wttî , aussi adroit qu'un chevalier d'inc^slrie du sîècte dernier, ndui aràcoiilé àe bizarres aventures. En 4370, il se pendit en Prusse pijur vendre du safran, el passa afeiidê, ou il Idmbà malade dané une hôtellerie. Une baridè d'ivrognes, qui faisaient bonne fch'ère et sautaient dans une salle voisine, en^ tendent scè crisplaitttifs, l'artâcheht de son Itt él i'oblîgènt à danser àveb eux ; fetet BiéfclKè ïùi prdcUfè uiie sueiir qui le guérit. Otetti jbiifrs âp^ès, il gagne au jeu i ,000 Aorins à un FÏôirentîYi,V!îP€îcteur'dé rnôt'el 'des monnaies ; il se procure aloré six chéinàÔk , quatre serviteurs, un page, et retourne ^aiis sa patrie iiëè Vbô Boritîs qui lui restaient, ti , il s'enflamme pour une ceWattie Gémtnâ, tfui dferiièuràit a la porte Pintî, et feit tant qu'il peuU'àBordèr et lui dire son amdiir ; k cette déclaration elle répond : (y e^ bien, vàCeh.à tiomé. Croyant liii prouver sa tendresse par urte proihpVé obéiè^ricé, il ^e l'énd à Rome a travers les soldats du pape alors eh guerre avec Florence, et revient un mois après dans l'espoir d'obtenir les faveurs de la belle : « Mais ne âaiâ-tu pas, lui dit-elle en riant, qu'à la porte t^inU, quand nous "■ Toulons envoyer quelqu'un au diable , nous lui disons : Va-fen à Rame! »

ïlfecfttîbattît'aVécle roi de France aux balaïUes d^'fpres et de MohS. Après s'éire enrichi en Angleterire, il retourne à Paris, où il achète pour 10,000 florins de laine, puis il en gagne 5,000 au jeu au d6mtë de Savoie, qui iie les lui paya jamais ; ayant épousé niae Âlbiiârî en 4391, il expédie àeâ laines de Paris sur (ieuxb&timeots, Vuh poùt Gôhes en payarit B pour iÔO d'assurances^ l'autre ]^u*r H^é eh donnant 14 pour 400, be retour à Paris, il fut nomîné niàUrt des écuries du duc à'Ôrlêaris, et sut imilér les vailliintfsés dés barons français, fen 1399, époque (ïes processichl Và^abôYides des flagellants, il fût l^în (les prieurs de Floifehéè. L^anhée shiVënte, là conimune l'envoya comme ambassàdetA* \ Vethperéur Kolbert , qu'il ihîl en garde contre Galéas YîsédWtî , Tefe pèSgnards et lé poison qùll savaU èmi)loye^ au besoiï) ; Gàïéàs lui Voua tant de haine qu'il mit sa t^te a prix. Bonaccorso était du nombre des tonsuls chargés de surveiller la con^ructîon de Sainte-Marie del Fîore, lorsque BVunelleschî dut en fati^ la coupole. En \h3A, il pardonna publiquement à ses ennemis toutes les offenses qu'il en avait reçues, et spécialettieiit aux Ruscoli ; les uns et les autres probiirent de se traiter en amis, eux et leurs descendants. Étant capitaine à Castellaro diAs la Hotkiagiie, en 14^, il découvre une conjuration et fait

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décapiter sept complices. C'est dans cette forme qu'il poursuit son récit, mêlant les faits publics à ceux qui lui sont propres^ les événements européens aux calculs mercantiles.

Jérôme d'Empoli raconte la vie de son oncle , marchand comme lui et fils de marchand, a A sept ans^ il expliquait déjà le Psautier; à treize^ il savait le latin et un peu de grec. Son père lui faisait répéter ses leçons, et lui avait composé un petit livre où se trouvaient rapportés beaucoup de faits des saintes Écritures; afin qu'il eût connaissance des choses de Dieu et les aimât ^ il obligeait son fils à étudier cet opuscule, d Les jours de féte^ Jérôme s'associait à l'une des confréries que frère Savona* rôle avait instituées. Attaché à la banque de son père^ il fit le change des monnaies, et , comme le jubilé de 1500 attira en Italie une foule innombrable^ il eut l'occasion d'en connaître beaucoup de l'étranger; puis il alla s'établir à Lyon, à Bruges, à Lisbonne pour diriger les affaires de négociants florentins, qui l'envoyèrent à Calicut par la voie de mer nouvellement dé* couverte. H fit trois fois ce voyage, dont il envoyait des rapports à son père. De retour dans sa patrie, il s'amusait, avec ceux qui connaissaient la géographie, à indiquer les lieux de la mappemonde, à désigner les noms des pays qu'il avait visités. Il retourna souvent à Malacca et même dans la Chine, et mourut à Canton en 1518.

Le Nicomaque représenté par Machiavel dans la Clizia est, selon moi , le type des Florentins économes, bien qu*il figure comme un personnage de comédie, a C'était d'ordinaire un homme grave, résolu, prudent; il employait son temps d'une manière honorable. Toujours levé de bonne heure, il entendait la messe et pourvoyait à la nourriture de la journée ; puis, s'il avait une affaire sur la place, au marché, avec les magistrats, il la réglait; sinon, il visitait quelque citoyen pour converser sur des matières sérieuses, ou bien se renfermait dans son bureau pour vérifier ses écritures et régler ses comptes. Après ce tra* vail, il dînait gaiement avec sa famille, et, le repas terminé, il s'entretenait avec son fils auquel il donnait des conseils, faisait connaître les hommes et enseignait à vivre au moyen de quelque exemple ancien ou moderne. Il sortait ensuite et passait la jour^ née entière soit à des affaires, soit à des convei*sations honnêtes et graves. Le soir venu, V Angélus le trouvait toujours chez lui, et, si l'on était en hiver, il se chauffait un peu, puis il allait dans son bureau pour examiner ses affaires; on soupait joyeusement

PARTICULARITRS BOMESTIQUËS. 41

à trois heures. Cette <)istribation de sa vie servait d'exemple à tous ceux qui faisaient partie de sa maison , et chacun aurait rougi de ne point Timiter. »

Dans le mémoire des biens qu'il présentait en ia78, messire François Rinuccini fait une longue énumération de propriétés et de maisons; en outre, il devait recevoir de la commune 14^574 florins d'or, qui feraient aujourd'hui plus de 30,000 écus, et de divers particuliers 2,500. A sa mort, il laissa par testament iSO.OOO florins d'or en espèces. Une famiUe aussi riche se composait du père, de six enfants mâles^ d'une fiile^ de trois bras, de quatre petits-fils, de quatre serviteurs, de deux valets d'écurie, de deux servantes, d'une nourrice, d'une femme de chambre^ d'un jardinier avec sa femme et son fils, sans parler de huit chevaux.

En 1460, Gino- Philippe Rinuccini é[K>usait Geneviève dlJgolio, fille de Nicolas Mortelli, âgée de seize ans, qui lui apportait en dot 1,400 florins d'or, dont 1,000 étaient placés sur le Mont des jeunes filles, avec 200 autres de revenu, outre le trousseau qui en valait 200. Il lui donna un collier de cent huit perles, on rubis en table, une rangée de deux cent soixante et une perles, qu'on appelle guêpier^ ornement pour la tête, le tout dans un écrin de cuir de Flandre. Une autre fois, il lui apporta Yingt perles pour faire un ornement de tête, du {)oids de trois onces, qui coûtèrent 10 florins l'once; à différentes reprises, il loi en donna beaucoup d'autres. Il loua même, pour six mois, un collier d'or avec perles et rubis, pour lequel il donna en garantie 200 florins; il fit encore présent à son épouse d'un oroement de tête, de deux petits couteaux avec manche d'argent doré et émaillé à la parisienne, d'une aiguille de tête en argent avec fourreau garni d'argent. Au repas du mariage, il y eut trente convives, et l'épouse reçut en don huit anneaux avec des bijoux qui pouvaient valoir 50 florins d'or. L'auteur décrit en outre le trousseau aj^rté par Genièvre (i).

(1) Voir les Micordi ttorici de F. RofUGCnn, Florence» 1841. Pour que ces dùHrei eussent une valeur positive, il faudrait pouvoir les comparer avec ceux d'autres pays ; or rien n'est plus incertain dans Thistoire que les chiffres, et rien de plus difficile que dériver à leur exacte signification. Dans un autre ouvrage, nous avons présenté des comparaisons ; contentons-nous de dire ici qa'imacte du parlement anf^ais de 1496 fixait 1« salaire du campagnard à 16 MheUingi S sous par an, outre 4 autres pour rhabillement. Cette année, il fut assigné à lady Anna, soeur du roi Edouard IV, mariée an

43 DfoaAVATIOll.

Les familles^ ^ce à ces faRbittMeb ist à Mît utAtfti, Ittfgntefitaient leurs richesses; qui le»r ^ervàtont pcm venir 'en aide à la patrie ou construire des palais^ convertis pluft tard en résidences princières. 0& saviût aussi» quand H s'agissait d'acttés db MMfiiisance^ se montrer généreux : à une di^tribmiOh d^tktaàônes à Florence^ en 1330) ii se présenta dix-huit ttAlte ïnûX^gèM&y \fr satns compte)* les pauvres hotiterot et l5étijt ^ he»pfcef!S^, \A les reKgieui mendiants, qui touchèrent, pddr tetir pftt^ diSIRible, plus de 4^000 florinà(l). d &A\b somme patalltait hibrt)Vkbiè, si l'on ne se jrapfMfeût p^ certaines distributions qui «è font btil!^ore parmi nous, en vertu d'une ancienne institutiofi, oti l'un voit recourir noB-seutement le mendiant^ mais rnie foulfe d%utiiôs personnes*

D'autre part, nous trouvons à Florence mènfiê tmè jèuileate immorale^ débniichée, corrompue, qui passe son teitipi à fUre bonne obère et s'amuse aux dépends des gens timides. Ouet^Ms jeunes Florentins s'étaient associés pour motesDè)* lès persotiïMte tranquilles; ils allèi^nt eherchét un médecin, sous le préttexle que Gosme de Médids réclamaii ^es sôifVs, «t^ lorsqu'il se trotnk sur un pont^ ils le miretit tout nu et Tabreuvèrent d^tra^. A Paide d'un autre mensonge, ils firent porter te viatfqui^ k un prêtre, et l'ftccémpagnèrent avec ûë& torches i^uIIb ^elgnfraftt ensuite, l'abandonnant au milieu des <?éAèbree. Une autre fois , s'étant entparés du chevalier dil ^ddestat s ils 4e phmgèrent dans TArao, et Rattachèrent nu à me odkmnei où 11 fut trouvé le lend^knain (2). Quant aux fraudes et aAx vilentes de toute espèce, on n'a qu'à paroonrnr la seconde UslMfe dé Jesm Gamlcahti^ qin se déchaîne hmguemeiit itontre « la

6l9 du comte de Sorrey, « ponit sou entretleii, dignité, table convenable, M pour un gentilkoAme, uile dame, ime ûlle d'honneur, une noble dame , vat gaixie, trois serviteurs, 80 livres stei'iing par an, pins 26 pour Tentretien de six chevaux. » Ainsi, environ 3,600 fr. d'aujourd'hui suffisaient à une famille montée de la sorte.

Selon Fortescue, vers la moitié du quinzième siècle, les Français «ne buvaient 4uetIèrdâV)','mAifg|^iu^Wâ]SoifilàJ^^ Ai paifi de t^, mais [y^^âé Wadè, ou tont an pi\^ >M ^ de IVtfl , on )^ ^t^MUt^s ^t ta tlPt'é 9'es t^tiimaûk tit^ p<M/r fH n6M«» %t Tes «Afoif^hirMk; Ib ne fMUi^Wt pki visage Vll^Yréi déUib^ 6\i rie pMtaient (}fi*ûiie <g|fttt(î<^ ]6pè ét'cTes chdtiss^s tpii ai1)Va7Mi\ à péltië i(b\ gbnoux, laiiMint M Ji^te htfes. Lt^ fifiMH Vi ]éi MffiAs Mlàfèht 'ihi-|îiâ^ > Voir F. V. 19BBft\ mtt liés )>t^mk, tb!. 1 , {>• î<^ tit M^tes.

(1) JkA^ VtLtkiA, tUtip, r,f .r64.

<2} Chfoniifué^ GàAttilKl, àllUttiêè 1^4».

DÉPRATATION. 43

perverse, Tîusaliable avarice et ràùdàcë dégoùtàritê deà iîi*âuvaîs citoyens d.

Tous ces faits, il est vrai, se prodbisàient alors que tes èWbrassements des princes étouffaient la république; riîWi 11 fabt reconnaître qu'elle eut, à toutèi les époques, dfe bbhà et de mauvais jours. Les mûturs des autres rèptlbiiqufes n'étàJetil pas bob plus ni Sévères ni pudiques. N6(is b'bsôtlà pas îiiriè ïjtfô Vefalàe foinentaft, mais elle tolérait la corruption, èl commune dans un pays dont le commerce embrassait le inonde, et qui voyail acconiïir tant d'étrangers; pom* les attirer, on multïpittJl les fêtes, et le masque excitait alix intriguer.

Les historiens de Gènes déplorent le luxe des malsons, réhipiies de vases d'argent et d'or, comme ils gémisàent ïàr les nombreuses villégiatures dans les vallées de ft)lcevera et de Bisâgilo. Un poêCé d'A$ti, qui pénétra tlhins cette vllté un dimauchede rahnéé i4i§, resta stupéfait & H vue de la Ibulë réalité sor la prôâiênadë publique; les personnes de qtiàliVé lui semUèrent des ëénàtetirs romains vétuft de la pourpre, et tek femiiies autant de Vénbè avec la ceinturé dëè Grâces ; quelques jeunes filles, qui se trouvaient galaninlénl ï^ ïëuik Wconà, raillaient quiconque passait dans la rue, même -en présence de lèurk mèwfS', hardiesse dont il fut seandallSfé. L'hî<rer, cotnme Ife priti- \mps, fes tais nb discônllniiaient pas, et les boulangères même s'y mofttrAient avec des sonlfei's dé soie gatidis de perles. L'été, tous allaient à la campagne, sans êtfe Retenus ni par les emplois ni par les affaires ; à ht (Valcheur de la brise, sur les bords de là mer, chacun se livrait au repos et aiii plaises de la bonne chère. Les pauvres mêmes, tes joui-s de fêtes, voulaient s'amuser; ils ettiprunlaient du revendeur tin vieil habit de soie, et dépensaient à tabte, stf r tes 'cbllines dd voisinage, le produit des aumônds qûlfcËVafeht WcMtefflieè {\). La commune dte Turin, en 1436, «fferttiàit tstik Wk\s6ï\ * 'Un Genevois pour tenît ùh lubknâ^, avec exemption de tegëmehts, db Service hlilitkit'è et de là Me ^ôirt le Vin ^ijtk'il VéAdàH : lefe feiteiies rte pôuvaifent sortir safiè éh pefmission, el devaient ^<Mër, tomme marque dîstindivè, une aigniltelte SûV résidé )^auche, et altet Wùs les Jours ëritertdite la messe à SM bàlmai:zo; 11 fallait encore qu*oti he jpéiVélr&l dààs la mûsoû que ]pàr un gUichét (i).

Les supplices féroces, alors très-communs, comme le sait qui-

(t) Jntonii Attesani Carmen, ch, VIII, IX. {2) Archives fùitoriques^ XUI, 316.

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