‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 115 sur 169 · LA SAINTE LIGUE · texte numérisé non relu

LA SAINTE LIGUE

un grand nombre de Maures et trois cents renégats de toute re-> ligion. Les chroniques sont remplies des horreurs quMls corn* mirent, sans respect pour le sexe, l'âge, la condition^ le caractère religieux; leur génie brutal s'exerçait à inventer de nouveaux supplices ; ils pendaient , tantôt par un membre ^ tantôt par un autre, dans des attitudes diverses^ soit à un mur^ à un arbre ou bien à un poteau; ils coupaient , tordaient et brûlaient les parties les plus délicates et les plus sensibles, rompaient les os^ et faisaient assister les parents à des tortures auxquelles d^ailleurs iU les soumettaient eux*mémes. Malgré ces cruautés, les habitants ne résistèrent nulle part ou ne surent pas, à défaut de courage, montrer du moins la fureur de la victime impuissante; mais il est question de beaucoup de femmes qui se précipitèrent, avec leurs enfants, dans des puits et des rivières, ou sauvèrent leur honneur en tuant ceux qui voulaient y at^ tenter.

Bentivoglio et les Français défendirent Bologne contre Tarmée isu pontificale. Brescia était lasse des excès de la soldatesque fran- JanTier. çaise ; mais» partagée entre les Gambara et les Avogadro, elle ne pouvait s'affranchir. Valère Piûtone s^était fortifié dans le chft^ teau de Monticolo. L'usage des armes et des livres lui avait appris à étudier et à mépriser les hommes. Entouré des phis joyeux compagnons de Brescia, il menait une vie indépendante et tyramiique , rançonnant les voyageurs et les campagnards, obtenant du respect de la république vénitienne, dont le doge, en plein sénat, « pour lui faire honneur, se courba un peu de son siège (i). » Frémissant de voir sa patrie soumise à la France, il forma le complot, avec Laurent Gigli de Rovato , Jean-Marie Martinengo, et d'autres gentilshommes brescians, de soulever s «Trier, le pays et de le livrer au provéditeur Gritti. La conjuration ayant été découverte, les uns furent chassés , les autres envoyés au supplice ; Ventura Fenaroli, découvert dans un tombeau où il s'ét^t caché, se perça de son épée, et fut pendu. Néanmoins Paîtone s'entoura de tous les hommes qu'il put recruter dans les vallées de Camonica, de Sabbia, de Trompia, à Pranciacorta et dans la rivière de Salo, et, secondé par Bergame et les pays voisins, il assaillit et prit Brescia; mais, peut-être arrêté par la prudence de Gritti, il n'attaqua point le château.

Les confédérés espéraient que Gaston, occupé par Bologne, ne

(1) Ainsi s^exprime un certain Nassino, son confident.

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pourrait s'opposer à cette acquisition ; mais le général français les prévint par sa célérité^ et pénétra dans le château , d'où il 19 lérrier. assaillit Brescia. Les habitants se défendirent avec leur courage habituel, et blessèrent Bayard sur la brèche : ses compagnons, furieux^ résolurent de le venger, entrèrent dans la ville, et, après avoir combattu de rue en rue^ ils la livrèrent au pillage et au meurtre; six cents citoyens périrent ^ dit-on» et Ton viola même les asiles sacrés^ où les femmes s'étaient réfugiées. Le butin fut de 3 millions d'écus (72 millions); Avogadro, avec deux de ses fils et d'autres citoyens généreux, subit le supplice des traîtres, auquel voulut assister le chevaleresque Gaston^ ce dont il fut loué par des historiens et des poètes (i).

Bayard, blessé, fut porté dans une maison , dont la maîtresse se jeta à ses genoux, lui ofTrant tout ce qu'elle possédait, afin d'obtenir qu'il sauvât son honneur et celui de deux filles nubiles; il promit de faire selon son désir, et, comme gentilhomme, de ne rien dérober. La dame, très-reconnaissante, lui prodigua les soins les plus attentifs pendant sa longue maladie, de laquelle il guérit; lorsqu'il fut sur le point de partir, elle lui offrit un petit coffret rempli d'argent, comme rançon de sa demeure et de son honneur respectés : tels étaient les rapports de l'Italie avec ses envahisseurs ! Mais Bayard, apprenant qu'il contenait 2,500 ducats d'gr, appela les jeunes filles, qui, belles et bien élevées, avaient dianté et joué du luth et de l'épinette, pour adoucir ses

(1) U faut lire le Récit de Jeart'Jaeques Martinengo, pubUé à la mite de VHiifoire de Milan par Rosmini. Don Raymond Gardona devait empêcher les Français de sortir de Bologne, tandis que les Brescians, avec les Vénitiens, les Espagnols et les Suisses , auraient occupé une grande partie du Milanab ; mais il se laissa corrompre par 30,000 écus que lui compta Gaston de Foix. Les déuib de ce récit, qui finit par les paroles suivantes, excitent un vif intérêt : « Maîn- « tenant, mes chers enfants et descendants , je vous recommande , par robéisa sance que vous me devez, de ne jamais faire en aucun temps ce que j*ai fait a dans celui-ci, c'est-à-dire de mettre votre vie et vos biens au service des princes ; « car, avec eux, il y a beaucoup à perdre et peu à gagner, les princes étant trcstt prodigues de promesses et très-avares de bienfaits. Si vous n'obéisseï pas à mes « commandements, vous vous en trouverez mal. »

On a remarqué une bizarre ressemblance entre l'expédition de Gaston et celle des Allemands, en 1849, contre cette même ville de Brescia. Bayard serait représenté par le jeune Nugent, qui, s'étant avancé pour calmer les esprits, reçut une blessure mortelle. Par son testament, il fit des legs à Brescia, qui écrivit sur sa tombe : Oltre il rogo non vive ira ntmiea. (La haine de rennemi expire sur le tombeau.)

BATAILLE DE BATENNE. 34S

ennuis et ses souffrances ; après les avoir remerciées^ il mit dans le tablier de chacune 1,000 ducats^ avec prière de distribuer le reste aux religieuses de la ville, qu'on avait pillées. Les dames, pleurant, le remerciant et lui donnant deux bracelets avec une bourse, travail de leurs mains ^ prirent congé du loyal chevalier^ après lui avoir souhaité toutes sortes de biens.

fiei^ame, effrayée, acheta son pardon de Trivulce au prix de 30,000 ducats; mais elle se vit dépouiller de ses privilèges et de 8{s livres^ et ses conseils furent supprimés. Parmi le grand nombre de citoyens qu'on jeta dans les prisons était François Bellasini, auteur de Touvrage De origiue et tetnporibus Bergami, et secrétaire de la commune, qui fut enfermé neuf mois dans une tour. Les Français, enrichis par les dépouilles de l'Italie, ne songèrent qu'à retourner dans leur pays, ce qui rendit ces victoires désastreuses.

La victoire de Ravenne , disputée avec un acharnement inouï, eut encore des résultats plus funestes. Les hommes d'armes étaient habitués depuis longtemps à combattre sans courir beaucoup de risque; couverts de fer, eux et leur cheval, exercés dès l'enfance, ils se trouvaient, sans nulle comparaison, supérieurs à la tourbe des fantassins, qui les assaillaient à pied et avec des piques; du reste, même alors qu'ils parvenaient à triompher d'eux par le nombre, ils ne les égorgeaient pas après les avoir jetés à terre, préférant en tirer de grosses rançons. Les armes à feu déplacèrent la supériorité, et, bien qu'elles fussent encore très-imparfaites, le boulet d'un canon ou la balle d'un mousquet tiré par un vilain pouvait tuer le héros le plus célèbre ou un fils de France.

La bataille de Ravenne fut une de celles, en petit nombre, où ii a^rii. la tactique servit plus que la valeur personnelle, et la première que l'artillerie fit remporter. Les canons d'Alphonse de Ferrare furent surtout très-utiles; quelques coulevrines, disposées fort à propos par le conseil de Bayard, foudroyèrent les hommes d'armes de Fabrice Colonna, dont trente, s*il faut en croire le chroniqueiu' , périssaient à cbaque coup. Environ seize mille individus furent tués, et Jean de Médicis, légat pontifical, le marquis de Pescaire, Pierre Navarro, Fabrice Ck>lonna et d'autres chefs des alliés restèrent prisonniers; mais les capitaines français, qui ne voulaient pas se jeter ventre à terre, comme le faisaient les Espagnols, restèrent exposés au feu de l'ennemi , de telle sorte qu'il en périt trente sur quarante, outre le brillant

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Gaston de Foix , perte que l'avantage de la victoire compenaait à peine.

Rome tomba dans la plus grande épouvante, et les cardinaux, dans l'attente de voir arriver d'un moment à l'autre les Françaii avides de vengeance^ se serraient autour du pape eo le suppliant de solliciter la paix. Les cités de la Romagne, atterrées, se r«B« daient au légat du concile de Milan , et les Français , bien que leurs généraux ne leur épargnassent pas le gibet, les piUaiêot sans merci. Mais, à la nouvelle de la mort de Gaston» la plupirt désertèrent, et, une fois dispersés, ils se voyaient arrêtés, in^ suites et souvent massacrés. L'évéque Jules Vitelli reprit Ravemii, que les Français avaient saccagée au moment où l'on traitait di la capitulation : la populace, pour se venger, ensevelit vivaati jusqu'à la tête quatre ofGciers de la garnison. Aussi le roi Loub répondit-il à ceux qui le félicitaient : Souhaitez de parêiUe$ «tf* toires à mes ennemis*

Jacques de la Palisse, qui remplaça Gaston dans le commande ment, était loin d*avoir son habileté guerrière et de procéder tne sa rapidité ; il n'inspirait pas non plus aux soldats oette oonfiaim qui fait à demi la victoire. Le légat prisonnier se voyait reçu à Milan avec vénération; les soldats accouraient en foule lui éh mander l'absolution de leurs fautes , sous promesse de ne plu combattre contre la sainte Ëglise ; le roi de France luinooéoDS, non content de solliciter le pardon de ses victeires , voulait sb réconcilier avec le pape. Le duo d'Urbin avait été absous par aao oncle; la convocation du cinquième eoacile de Latran, iliite pt Jules if, enlevait toute excuse au schisme et tout crédit au coneiliabule. Maximilien, tandis qu'il se proclamait Tallié fidèle de b France , signait des trêves , recevait de l'argent de Venise et subissait l'influence du roi d'Espagne. Le roi d'Angleterre m^ naçait les côtes françaises, et Jules, dont les exigences croissaient à mesure que ses rivaux déclinaient, achetait dix-huit wilk Suisses.

Quatre nations étrangères pillaient donc tour à tour, ou plalM à l'envi l'une de loutre, la riche Péninsule. Les Français, avidit, mais prodigues, a voleraient, il est vrai, avec l'haleine, nnii pour le manger et faire bonne chère avec ceux qu'ils ont dépouil* lés ; lorsqu'ils ne peuvent faire de bien, ils donnent des prômai» ses, et, quand ils peuvenfe^en faire, ils le font avec répugnaooeea n'en font jamais (1). » Néanmoins ils établissaient des relationi

(i) MACaUTn, De im lUOtm dêê JVWm^.

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amicales aiec les Italiens, et séduisaient les femmes au lieu de les violer. Les Espagnols , étrangers par orgueil aux manières affables^ à la pitié^ par Thabitude d'égorger des Maures et dea Américains^ voyaient dans le vaincu moins qu'un homme. Les Suisses et les Allemands, fiers de leur force et de leurs fréquentes Tictoires^ grossiers et brutaux^ insatiables de pillage^ ivrognes surtout^ voulaient des orgies^ non des amours; de l'argent, non des promesses. Où se trouvaient donc les amis et les adversaires de ritalie? Alphonse d'Esté avait raison lorsque, à la bataille de Ravenne, prévenu que son artillerie atteignait même les Français^ il répondit : Tirtt sans égard pattr personne, ear Ums sont n^ ennemis i Et cependant la pauvre Italie était contrainte de regarder les Allemands comme ses libérateurs; puis , victime de l'erreur commune qui fait voir la liberté dans tout changement de maître^ elle s'insurgeait partout contre les Français, égorgeant en détail ceux qu'elle ne pouvait plus affronter sur les champs de bataille.

Le cardinal Schinner, dont les paroles, disait le roi de France, lui ataient fait encore plus de riial que les lances de ses compatriotes^ se dirige par Trente sur la Lombardie^ à la tète des Suis- juin. ses ; pois il proclame doc de Milan Maximilien , fils du More y qui s'était réfugié depuis longtemps à la cour impériale, et que les potentats furent contents de voir maître de ce pays , parce qu'il en excluait les Français^ Mais ^ pour recouvrer le duché , Sforza avait dû le démembrer, et, outre les contributions énormes imposées par les Suisses, les trois cantons montagnards gardèrent Belliazona. Déjà la confédération helvétique dominait sur les bailliages de Lucano; de Locamoet de Val-Maggia; la Valteline était soumise aux Grisons, et le pape possédait Mantoue> Parme, Plaisance, comme provenant de Théritage de la princesse Mathilde. Plus tard, soit pour récompenser ses anciens amis, soit pour s'en faire de nouveau x^ Bfbrxa céda d'autres portions de territoire, comme Lecco à Jérôme Morone 4 son cohseiiler, Vigevano au cadinal de BioUi Mvolttt et la Geradadda à Oldiado Lampugnago ; en outre, Il était contraint d'imposer à ses sujets des tailles énormes et arbitraires, pour rassasier les étrangers, heureux de oes tnesut^s qni de^^ient rendre odieux le gouvernement national.

Les Français, trop faibles, et dispersés dans un pays soulevé, durent abandonner la Lombardie^ mais non pas sans éprouver des pertes sensibles^ litilan» animé de cette lâche fureur qui se déchaîne contre les vaincus, égorgea jusqu'aux marchands frao-

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