‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 13 sur 169 · SUPPLICES · texte numérisé non relu

SUPPLICES

conque jette les, yeux sur une histoire ou sur une chronique, témoignent de sentiments grossiers, c'est-à-dire d'un grand tnéipris pour la dignité humaine. Dans les registres de la chambre des comptes de Turin, on trouve que Jean Gujoto, faux-monnayeur^ fut enfermé pendant vingt jours^ puis jeté dans l'huile bouillante, où il périt; on met à sa charge le prix du louage de la chaudière, le fer mis en travers de celle-ci pour l'attacher, les cordes, Thuile, le bois, le charbon. Philippe de Vigneulles, qui vécut à Naples en 1487, y vit brûler quelqu'un pour crime contre nature; couper les mains à un autre qui avait battu un sergent; pendre un faux-monnayeur; pendre encore et brûler trois autres faux-monnayeurs, qu'on aurait jetés dans Thuile bouillante sans les prières instantes de quelques personnes (1). Si nous consultons une des chroniques les plus modernes, celle de Graziani, nous trouvons, dans quelques pages seulement, que, en 1441, à Pérouse, un certain Luc, pour faux en écriture, eut la langue percée avec un crochet en fer attaché à une ficelle, de manière qu'il devait la tenir hors de la bouche; ce fut ainsi que, placé sur une charrette, et la mitre à la tête, il fut conduit au lieu de l'exécution. On lui coupa la langue , déjà déchirée, ainsi que les mains, et les moignons furent écrasés entre deux poulies. Une main fut attachée au*dessus de la porte du palais, l'autre et la langue au-dessous d'une grande pierre du cloître de Saint- Laurent. L'année suivante , un honmie qui , après avoir tué un de ses compagnons à coups de hachette, l'avait jeté dans le Tibre avec une pierre au cou, fut conduit au supplice portant au cou la môme pierre; puis trois bourreaux, le capuce sur la tète, se mirent à l'œuvre: Pun lui porta trois coups sur le front avec la hachette, l'autre lui trancha les veines du cou, et le troisième, après lui avoir fendu le ventre, lui arracha les entrailles; enfin son corps, coupé en quatre morceaux, fut exposé en quatre endroits. Nous ajouterons, puisque nous parlons de Pérouse, que son statut de 1342 condamne au feu le sorcier, s'il ne paye pas 400 livres dans le délai de dix jours; en effet, en 1445, une Santuccia, devineresse et sorcière^ fut brûlée dans cette ville; on la conduisit au supplice montée sur un âne, le visage vers la croupe, et avec deux démons de chaque côté qui lui tenaient une mitre sur la tête (2). A Florence, en 1436, Angiola de Runci fut en*

(1) Archives historiques^ XIII, 53, Appendice, TX, 234.

(2) Chronique de GBAZiATfi.

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voyée au supplice comme sorcière, avec des cheveux de morts sur (a tête, une bourse, des pièces de monnaie et plusieurs scapulaires (Caicbi). On croyait que les hérétiques avaient recours aux enchantements, qu'ils élevaient et créaient des serpaats, excitaient des tempêtes, et se rendaient, à cheval sur un balai , aux sabbats , où le diable , appelé Martin , leur offrait des banquets et des plaisirs voluptueux. Eugène IV, dans une bulle fulminée de Florence, le 10 avril 1439, contre les Pères du concile de Bftle, se déchaîne aussi contre les vaudois et les sorciers qui infestaient les provinces d'Amédée Vllt de Savoie ; nous savons d'ailleurs que beaucoup de procès furent suivis de condamnations à mort dans les pays montagneux, de la Suisse surtout, et en France. Cette folie païenne des enchantements, qui grandit ensuite misérablement au quinzième siècle, avait donc reparu, non^eulement pour gagner le vulgaire, mais pour obtenir force légale.

Les alchimistes continuaient leurs expériences pour transmuer les niétaux. En 1330, le Ferrarais Pierre le Bon fit paraître àPola la Marguerite précieuse, dans laquelle il combat Talchimie, noQ par des faits, mais par des arguments, comme c'était l'usage alors : a Aucune substance, dit-il, ne peut être changée en une « autre, si on ne la réduit pas d'abord dans se3 éléments; mais « l'alchimie ne procède pas ainsi : donc ce n'est qu'une science a imaginaire. » Par malheur, dans le chapitre qui suit, il prouve, par d'autres arguments, que l'alchimie est une science positive. Berigardo, de Pise, raconte qu'il regarda la transmutation comme impossible, jusqu'à ce qu'un homme habile lui donna nn gros de poudre semblable à celle du pavot sauvage, avec l'odeur du sel marin calciné : « J'achetai moi-même le creuset, ff le charbon et le mercure dans difTérentes boutiques, afin d'em- « pêcher, comme le pratiquent les charlatans, qu^on ne mît de * l'or dans l'une de ces matières. J'ajoutai une pincée de poudre « à dix gros de mercure ; j'exposai le tout à un feu très-vif, et la tf masse, dans peu, se trouva convertie en dix gros d'or, re- « connu fort pur par divers orfèvres. Si cela ne m'était pas ar- « rivé loin de la présence de tout étranger, je croirais à quelque « fraude ; mais je puis attester sincèrement que la chose est «ainsi (1). »

L'astrologie obtenait une croyance plus étendue; en effet, la

(1) Circulus Puanus, 25.

rVsi^ i^f( f^rç^ 9^ V^et de se§ rf cb^hosî ^t moÂiAis susceptible

d«Qqtm c#ui d^ la «çi^^PK^ eçt plu^ ^^rçit. Hq\^ ^ ^ yqçs vite isxip d'^(^l9Pi?S) f t Pliîlippe-])|ar^, nûv\ ^(^Y^ qi^^ U dpcte FloreQce qU Ifi s^gs Y^i^^A fai^aifiQt dép^nc^rç \^^^ r^^o(ution$ de Tasirologîe. ^§ u^^iyççfit^ «Y4iem dif#.ch%irj5s pp\ur rep^çigqer. Coçco éjt^Wj 4*Awoli, içupf epcQiift, Rçofei^ l'astrplog^e ^ Bo^goe. D^ps un con^Qqent^ire suit la sphère de Je^u de Sacvobpsoo , il é^blit qy'il ei(ist€^ daps les sphèr§$ ^up^r^ures de$ gén^rfiUoas d'f^prit^ ^^|in$^ (|vii peuypnt^ ai) ipQ][6P d'enchitoteme^ts, accqiqplir des œuvres m^irveillei^aes; ces fplies et d'^M^r^ )^ r^Qdi^^Qt s^^speci à riuq^isit^çfi, q^û i/^pvpya au bûcher (1)« Pétrarque débitai!, dans la cat|î)^rale (le Milan» le discours d'ipau* guratiop de§ neyei^x de 4^an Yisconti^ quand Tastrologue l'iaterrompit^ parce qu'il avait découvert que c'était le point de la CQ^jonctiQq la plus {aYoi:^ble clés planètes. D'après ^'observation d^ astres, op foixda, en 147Q, le cl\âteau de Pesarp; en 4492^ les bastions d^ Perrape; en \i^% la cjtadellp de ^ girandole. Les Florentins^ ffx i\d^, conférèrent le bâton de capiU^ipe général à Paul VitellO; ^ l'heure Résignée propice par les étoiles.

Jean Villan\, n\arcband positif et de bon sens, que les occupatipns du négoce n'empêchaient pas de jouer un rôle dans les premières fonctions de §^ patrie, voyant la grandeur de Castqiccioy seigneur de Lucques^ inepaççr de servitude la Tospane entière, écrivit à frère Denis de S^int-Sépulçre, professeur à Paris de théologie et de philosopl^^ç, pour si|VQir ce que les astres prédisaient à regard de Castruccio. Cienis lui répondit : «[ Je vois G^strucciq mort' » Comipe cette répppse arriv^ au ropment où C^truccio était c{^ns tou^ Veclat de la victoire, Yillapi la tint C4^hée^ et fx\ parvenir unç seconde lettre au frère, qui répliqua : a J'afQrme de nouveau ce qqe j'ai mandé dans (na première ipissiye. Si Qieu i\'a pas cbapgé s^ sentence et le cours du ciel, je vois Oastr^pçip nïÇ{Vt et ppseveli. d. fCp effet, quand |£^ secpnde

(1) La sentence motivée, de 1327, porte qu'il avoua qu'un homme pouvait naitre sous une constellation qui le fon^aii nécessairement à pécher, et professa d'autres hérésies qui enlevaient à Dieu sa puissance et à Thomme le libre arbitre. « Répétant, affirmant et croyant cela, il dit de plus que Vlorenoe était fQlidée squs |*influenoe du Bélier» et Lacques sous celle du Gancer^ et que, pour cela, si les Florentins marchaient contre cette ville, sa prophétie serait vé* rifiée, etc. »

Mtri innmt à Skunnce, Casimioino avait «eaaé 4e vivv«. VH- 1^ iloif la moBteft aux pnaim ses coqipagnons, c|uî « oonvinmai que le jugement de mattre Denis avait été de tous points une pflaphétie «. Ce seligipiu fut en grande favBur auprès de Bob^ nu ^ Napla8> qui le nomma évéque de Honopoli. il joail fgt^fflWP^ de r^tûoa de Pétvanqu^ qui pleura sa mort en \m dana toituals il 1 wait surloot son pouv:oii^ de lire dans lf^a$tof^ (1) } et, PétMf^e néanmoins se moquait des médecins et da la mMacîDt^.

O9 ^ tenm^j daa pluiea iao^santes grossirent tellaipent les e8i|x de r4i^Q <Hl'U infiiSbda Wut la Casentinp^ la plaine d'<àrezzo, kl xal d'Àroo supéri^ur^ les campagnes autour de Florence^ et la villa prut quç rineuve de spn dernier jour avait sonné. Lorsqqe le fléau §ut cesi^é^ lea saga» aft mirent à discuter pour savoir s'il était sun^enu p^r la iug^maot de Dieu ou la faute des hommes; Villani, eml>rMasaQi V<wnion mayenne, qui est toujours la plus prudente et parfois la vérjitat>l§^ orut « que la cours' du ciel s'accordait §n pela ^ puni; ie§ péchés d^s Florentins. » Il ajoute : c (4 nuit où çoo^i^i^Ç^ l^tdit^ iUQod^tion^ un saint emuite^ étant < en' prières dans son as^\ç ^M^ÂV^ pW^é av^dâssus de Vallom- ( t)^\ise, çAtf qdi^ ijn bf ujt r^el de (i^mopa et quelque ckose qui € K^s^bj^^ ^^ de^ \^^^ 4^ qi^afier^ açméSb chav^uchant avec « %ésiç- Ljîfjit ^mitf , pi^ pntfiqdsftt Wla, fit If, ^jgne de la t cfcp^^ fpit ïs^ tât(^ ^ ^Q% i^MÎQbet ^\ ftp?rput la piuUitude de « ces cavaliers terrible^ et noirs, t.'un d'entre f}p^, q\L% (^yait ff prié^* au nom (le Ôieu, de lui dire ce aue cela s^gni^i^^ Ipi ré- « pondit ; J^oys allons engloutir la^ f^rf ^^ Flore^^ pjq^r set

GchéSy * 5t Dieu le permet. Moi, S)u|eur^ je tien;^ çp f^^t de ibbéÂeVallombreuse^ homme religieux et digne de foi, qui c l'apprit es) conversant avec ledit ermite (2). » Les Elorentins, rcfflonaissant le jugement de Dieu^ résolurent de s'amender et raooncàrent aux gains illicites, à Pavarice^ à la vanité^ aux abus dont leurs vmsins étaient victimes; ainsi une prémisse ^auvaise avait une bonne conséquence. '

Dans ce but, saqç (ip(|i(e, |es pjc^l/^i^tiques parurent quelquefois adhérer à de aemUables folies; mais^ le (Âus souvent^ nous

(1) Qui s tecum consalet astra,

Fatorum sécréta movotts, aut anté notablt Saccaasttt bdU dubioB, mandique tuittultas, Fortanaaqae 4ucum Tarias?

(2) Storie fiorentine, X, 8(]|. *

48 L£$ BOHBlUJSIiS.

les voyons représenter le bon sens. Le fiimeux -Erèfe Jean de Schio désapprouvait les prédictions astrologiques, et frère Jourdain de Rivalta, sur la place de Sainte-Marie Nouvelle à Florence, prêcha contre les personnes qui croyaient à l'inflaenoe des étoiles (i). Pierre d'Albano eut une grande réputation dans ces erreurs; de la conjonction des planètes il déduisait le changement de règnes, de lois, de religions, et Tavénement de Nabîichodonosor, de Moïse, d'Alexandre le Grand, du Naïaréen, de Mahomet (2). Landino, en commentant Dante, écrivait : « H est certain que, dans Tannée i483, au 25 novembre, la conjonction de Saturne avec Jupiter aura lieu dans le Scorpion, ce qui annonce changement de. religion ; or, comme Jupiter Temiiorte sur Saturne, le changement sera favorable. » Par une étrange coïncidence, Luther naquit le 22 de ce mois de novembre. Lorsque Pic de la Mirandole combattit l'astrologie, les savants en furent scandalisés, et Luc Bellanti, fameux astronome, entreprit de le réfuter, déplorant qu'un nom si célèbre fCit souillé par la publication de cet ouvrage. Quand il mourut, jeune encore^ comme on le lui avait prédit, on voulut voir dans cette fin prématurée un châtiment de son incrédulité.

Une nouvelle calamité survint en 1322; nous voulons parler de rarrivée des Bohémiens , d'origine indienne, qui se disaient issus de TÉgypte, et parcouraient les villes sous un duc , mendiant, volant, disant la bonne aventure et déclarant qu'ils allaient se jeter aux pieds du pape, auquel ils ne croyaient pas plus qu*à tout autre, car ils ne songeaient qu'au lucre, sans souci des moyens. I^ i8 juillet, on vit arriver à Bologne un duc d'Egypte, qui s'appelait duc André ; il vint avec des femmes,

(1) Voir ses prédications, publiées par Manui, p. 99-105, et surtout son s*ennon du 7 janvier 1303. On trouve dans la bibliothèque d*Este un bréviaire manuscrit de 1480, d^une écriture élégante et enluminée, précédé d*un calendrier où sont notes les jours néfastes (œgjrpiiael) et les heures, avec des vers pour chaque mois , par exemple, pour le mois de janvier :

Prima dies Jani timor est, et sepUma vanis, Noua paHt bellum, sed qoinia dat iMira ftugellnm.

(2) Ex eonfunetione Saturni et Jov'u in principia Arietis^ tfuod qu'utem cirea fittem novem cenium et sexaginta contigU anuontm, • • . toitu mundtu injerior commntatur, ita quod non tolum regna^ sed et leges et prophetœ conturgtmt in mundo, • . sieut apparuit in adveniu Nahuchodonosor, Mfoysis, Alexandri Ma» gni, Hazareif Maehometi, (Concilia tor controv., fasc. XV.)

BOHEMIENS. FASTE PAINGIER. 49

" des enfants et des hommes de son pays^ au nombre de cent environ... Ils avaient obtenu du roi de Hongrie^ qui était empereur, un décret en vertu duquel ils pouvaient^ durant sept années^ voler partout où ils iraient , avec défense de les pour* suivre en justice. Aussi, quand ils arrivèrent à Bologne^ ils se . logèrent à la porte de Galliera, au dedans et au dehors ; ils couchaient sous les portiques^ excepté le duc, qui logeait dans la maison du roi. Us restèrent quinze jours à Bologne. Pendant ce temps, beaucoup d'individus allaient les voir à cause de la femme du duc, qui savait deviner et dire ce qui devait arriver à nne personne durant sa vie , ce qu'elle avait même actuellement, le nombre de ses enfants, et si une fenune était vertueuse ou non, ou d'autres choses. Elle disait souvent la vérité... Peu de gens allaient auprès des bohémiens sans qulls leur enlevassent la bourse; ils coupaient même les robes de femmes. Réunies au nombre de six ou de huit^ leurs femmes parcouraient la TiHe, entraient dans les maisons des citoyens et leur contaient des sornettes; quelques-unes même enlevaient ce qu'elles pouvaient. Sous prétexte de vouloir acheter quelque chose^ elles visitaient aussi les boutiques, et l'une d*elles volait... (i). d

Le luxe grandissait à mesure que les principautés s'étendaient ; la descente de Frédéric III^ qui vint sans troupes, fut une occasion de fêtes splendides, les seigneurs voulant faire oublier leur récente usurpation par l'étalage des magnificences et leur fibéralité. Alphonse, roi de Sicile^ dépensa 130^000 florins pour le recevoir ; outre une grande chasse, il lui donna un banquet^ où l'on mangeait sur des plats d'argent des mets plus coûteux que délicats ; des bonbons de toute espèce étaient jetés à pleines mains^ les fontaines versaient du vin grec et du muscat, dont chacun pouvait boire dans des coupes d'argent (3). Frédéric, en échange, prodiguait les titres, dont on fit commerce désormais, surtout après qu'il eut concédé à d'autres le droit de les conférer. René en fit autant à Naples ; les nouveaux nobles aimèrent le faste^ et crurent de leur dignité de se soustraire aux fonctions^ de vivre dans une oisiveté pompeuse^ de faire du bruit et d'observer l'étiquette.

Galéas-Marie Sforza^ aussitôt qull eut succédé au duc^ voulut

(1) Dans Vitîma mUeeilanea di Bologna* (Rer. It. Scrip. xviu, à Tannce

(3) Faqo, lÎTre a; PlNOMitTA, livre vr»

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