‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 125 sur 169 · RAPPORTS. LETTRES · texte numérisé non relu

RAPPORTS. LETTRES

tistiquesy offrent des tableaux de coutumes diverses , des préceptes , avec des applications d'économie et de politique. Les Vénitiens nous en ont laissé beaucoup qui bientôt seront imprimées. Jean Guidiccioni de Viaref^o , évèque de Fossom* brone, homme excellent et simple, animé de sentiments chré* tiens et patriotiques^ accompagna, comme nonce^ Gharles-Quiot en Afrique ; dans ses lettres, il nous a laissé un précieux tableau des affaires de ce temps. Un célèbre amateur de livres, Jérôme Ruscelli , a trouvé le moyen de faire une collection de Lettrei de prince» à des princes^ véritablement précieuses. Les Lettret familières de treize hommes illustres, recueillies par Denis Ata* nagi, ont la même valeur; outre celle de da Porto sur la guerre de Venise, et de Busini sur le siège de Florence, un grand nom* bre d'autres ont été tirées naguère des Archives de France par les soins de Molini ; d'autres sont dispersées dans les collections ou parmi les œuvres des écrivains d'alors, ou bien se découvrent çà et là : l'homme qui saurait en faire un choix et les coordonner en une histoire d'Italie, racontée par des contemporains, rendrait à la patrie un service signalé.

Le lecteur a vu que nous puisons largement dans ces docu* ments. Les lettres les plus remarquables par la finesse des observations sont celles qu'échangèrent Nicolas Machiavel et François Vettori, intelligences nourries de fortes études, puis exercées dans les ambassades et les magistratures , mais surtout aiguisées par le mécontentement. Partisans des gouvernements forts, c'est-à-dire absolus, ils avaient d'abord pris ombrage de Venise, comme dangereuse pour l'indépendance des autres Étals italiens; puis ils s'effrayèrent des Suisses, et ne s'aperçurent pas que le plus grand péril venait du prodigieux agrandissement de la maison d'Autriche.

Au milieu de ces combinaisons éphémères , un autre danger^ trop réel encore , échappait à leurs regards, et Vettori, au mois de juin 1513, écrivait à Machiavel : a Nous errons parmi les a chrétiens, et nous laissons de côté le Turc, lequel , pendant que a les princes d'ici règlent des accords, fera quelque chose qui en « étonnera beaucoup. Le Turc a besoin d'être homme de guerre « et capitaine par excellence; on voit que son but est de domia ner. La fortune le favorise -, il a des soldats qui ne le quittent «jamais, beaucoup d'argent, de vastes pays, sans avoir à rea douter aucun obstacle, et se trouve en contact avec les Tara tares; je ne serais donc pas surpris si, avant qu'une année

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f s^écoule , il portait un grand coup à l'Italie et forçait ces prdff très à changer d'ailure ; pour le moment, Je n'en veux pas « dire davantage sur ce sujet, i»

Cette puissance^ en effet, avec une marine formidable^ Punique armée permanente, était alors la plus forte de l'Europe. Tout ce qu'il y avait dans la chrétienté de perturbateurs, de révolutionnaires^ de bannis, tendait à s'affranchir des obligations de l'État et de PËglise en embrassant Tislamisme. Les Turcs , qui faisaient grand cas des renégats^ parce qu'ils les savaient fatalement liés à leur cause, choisissaient parmi eux les principaux magistrats et les capitaines ; ainsi l'activité des chrétiens et l'ardeur ordinaire des proscrits augmentaient la grandeur de la Tur^ quie. Maîtresse d'un vaste demi>cercle autour de la Méditer* renée, elle assiégeait l'Italie, soit de la côte d'Afrique, soit de celle du Levant, et, non contente d'interrompre les relations commerciales, elle enlevait toute sécurité au littoral italien. En 1517, informés que Léon X passait la belle suson sur les côtes de la mer, ils résolurent d'enlever cette riche proie, et, débarquant de dix-hi|it fustes, ils n'échouèrent dans leur tentative que par miracle. Alors ils se jetèrent sur 111e d'Elbe, appartenance du seigneur de Piombino, et la dévastèrent. L'année suivante, « ils prirent à la hauteur d'Ostie et jusqu'à l'embouchure du Tibre quelques navires qui venaient de Rome, et, opérant une descente, ils enlevèrent des hommes et des femmes ; le cardinal de Saint- George et le cardinal Agenense, qui se trouvaient à la campagne à Ostie et près de Porcigliano, se sauvèrent par la fuite (1). i>

lis étaient semblables à des désastres naturels , que chacun prévoit, mais dont personne ne sait prévenir l'arrivée. Le Grand Seigneur lui-même ne pouvait refréner le corps des janissaires, ce monstre organisé pour la guerre , ni la piraterie des Barbaresques. Le danger s'accrut pour la chrétienté lorsque Séiim remplaça Bajazet II, son père. Homme sanguinaire, il ne respi- 1512 rait que guerre sainte, extermination, délices du carnage , bien qu'il eût la prétention de subordonner les massacres aux décisions de la sagesse : il proposait au mufti des cas de conscience, de la solution desquels dépendait la vie de milliers d'hommes; une fois il lui demanda si l'on ne ferait pas œuvre sainte en égorgeant les deux tiers du genre humain pour sauver l'autre. Furieux contre les chrétiens autant qu'avide de nouvelles acqui-

(1) hetire du cardinal Bîbieaa ftrmi cdles àm Prmû$s à des Princes.

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